À probablement douze semaines de la présentation
par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Pravind
Jugnauth, du budget 2011, le ministère des Finances s'affiche
toutes griffes dehors avec The 2011 to 2013 Programme-Based
Budget Call Circular. Dans ce document, le secrétaire
financier, Ali Michael Mansoor, émet des directives à
la fonction publique quant aux principales orientations pour le
prochain budget. Deux mots d'ordre spécifiques qui reviennent
comme un véritable leitmotiv dans ce document de neuf pages,
en l'occurrence "tighter controls" et "major adjustments".
Néanmoins, à droite de l'hôtel du gouvernement,
notamment à la Bank of Mauritius Tower, le principal souci
dans la conjoncture demeure les risques de "slippage"
dans la mise à exécution des projets faisant partie
du Public Sector Investment Programme (PSIP) générant
des effets négatifs sur la croissance.
L'un des quatre risques majeurs dont doit faire face l'économie
avec la crise économique secouant la Grande-Bretagne et
les pays de la zone euro concerne les recettes d'exportations
vu l'évolution catastrophique de ces deux devises par rapport
à la roupie mauricienne. Ainsi, les dernières statistiques
officielles semblent confirmer le diagnostic établi par
le secrétaire financier.
La progression des recettes d'exportations au cours du premier
semestre de cette année a été relativement
maigre. Les statistiques officielles indiquent que de janvier
à juin de cette année, les exportations ont été
de l'ordre de Rs 29,9 milliards, soit Rs 1,4 milliard de plus
que la performance enregistrée pour la période correspondante
l'année dernière. Ces indications confirment la
faiblesse dans la demande pour les produits d'exportations de
Maurice.
La situation ne serait guère brillante du côté
de la filière des exportations manufacturières.
Ces items ont rapporté Rs 23,8 milliards, soit seulement
Rs 300 millions de plus que l'année dernière. Le
marché britannique a connu un écroulement au cours
des six premiers de l'année, soit des recettes de Rs 5,4
milliards contre Rs 8 milliards en 2009, alors qu'en France une
progression a été notée, passant de Rs 3,7
milliards pour le premier semestre de 2009 contre Rs 5,1 milliards
pour janvier à juin 2010.
De son côté, dans un récent rapport, la Banque
de Maurice est arrivée à la conclusion que "estimates
for the external-led sectors, namely tourism and textiles, showed
their second consecutive positive growth after several quarters
of contraction." "While growth estimates for the textile
sector remained weak at 1%, the tourism sector experienced a robust
growth of 7,2%". Force est de constater que les exportations
sucrières au cours du second semestre devront s'ajouter
pour alléger la situation.
En sus de cela, le secrétaire financier a fait état
de trois autres éléments de risques, soit la hausse
des prix des commodités sur le marché mondial, la
facture d'importations élévée en raison du
taux de change du dollar américain et du cours pétrolier
et des effets de la crise sur la profitabilité des entreprises
et les revenus des ménages.
Pour le ministère des Finances, la principale répercussion
de ces risques se fera sentir avec un "considerable narrowing
in the national tax base" et des revenus fiscaux à
la baisse pour le gouvernement en 2011 et en 2012 comparativement
aux estimations publiées. À ce stade, les prévisions
établies par les Finances indiquent qu'un point de la Taxe
à la valeur ajoutée (TVA) représente des
recettes de l'ordre de Rs 1,3 milliard. Pour l'exercice financier
2010, le budget avait prévu des revenus de l'ordre de Rs
20,6 milliards pour la TVA. La promesse électorale de l'Alliance
de l'Avenir avec l'abolition de la National Residential Property
Tax (NRPT) et de l'impôts sur les intérêts
en banque devrait résulter en un manque à gagner
de l'ordre de Rs 900 millions.
Les recettes sous forme d'"Income Tax - Companies and Bodies
Corporate" dans la fourchette de Rs 8 milliards à
Rs 10 milliards demeurent sous l'influence du ralentissement de
la croissance économique et la baisse dans la profitabilité
des entreprises. Avec la dernière échéance
du 30 juin dernier, la Mauritius Revenue Authority (MRA) met actuellement
la dernière main à un exercice de simulation pour
évaluer les effets de la crise sur les revenus du gouvernement
pour cette année et les deux prochaines années,
que ce soit par rapport à la TVA ou encore aux impôts
sur les compagnies.
Avec le début du compte à rebours pour les préparatifs
budgétaires, la recette proposée par le secrétaire
comprend un mélange de coupes budgétaires drastiques
classiques avec un recours aux "public-private partnerships"
et un redéploiement des ressources humaines dans le service.
Il préconise une mesure qui pourrait faire beaucoup de
bruit dans cette conjoncture politique à la sortie de récentes
élections générales, notamment l'introduction
des "user fees" pour des services jusqu'ici gratuits.
"Examine possibilities for cost recovery and cost sharing
schemes both to pay for new services and to catch up on the erosion
of fees due to inflation", est-il recommandé aux
responsables de la fonction publique parmi les huit commandements
signés Ali Michael Mansoor.
De son côté, la Banque de Maurice mise sur les effets
du récent Economic Restructuring and Competitiveness Programme
(ERCP), présenté par le ministère des Finances
en prologue budgétaire, pour conjurer les difficultés
économiques qui se profilent à l'horizon. "Several
risks emanating from the external front may spill over to the
domestic economy. As economic conditions in Europe remain fragile,
consumer spending there may remain subdued leading to lower demand
for our exports of both goods and services. However, the ERCP,
introduced recently, may ease those concerns to some extent",
indique-t-on officiellement du côté de la BoM Tower.
Pour la Banque de Maurice, les principaux moteurs de la croissance
économique en 2010 devront être dans l'ordre la construction,
le tourisme, le transport et la communication et la "Financial
Intermediation". Ces secteurs devront connaître des
taux de croissance entre 5 % et 5,9%. Mais ce scénario
ne devra se matérialiser que si les activités économiques
domestiques sont encadrées par la mise à exécution
rapide et efficace des projets d'investissements publics.
"These projections depend on the assumption that the domestic
activity remains well-supported with several public sector investment
projects being implemented this year. Bottlenecks in project implementation
may unfavourably impact on growth", avertit sans détour
la Banque de Maurice, qui se garde de se laisser prendre par la
morosité ambiante.
Projets d'infrastructure
L'introduction du péage constitue un jackpot
Un récent rapport du ministère des Finances sur
le Public Sector Investment Programme 2010/2014 - Fisrt 2010
Review confirme que l'introduction du péage sur les
routes à Maurice représentera le prochain super
jackpot. Mais la firme qui décrochera cette super cagnotte
est actuellement en voie d'être désignée dans
la mesure où après la "Request for Qualification"
pour le toll road project de mars dernier, les firmes préselectionnées
devaient soumettre au cours de ce mois leurs "Request for
Proposals" (RFP).
Au-delà de ce calendrier, ce rapport du ministère
des Finances lève le voile sur la gestion financière
avec l'introduction du péage. La première surprise
pour les usagers de la route pourrait être sous la forme
des routes sujettes au péage.
Jusqu'ici, l'impression générale qui se dégage
est que le péage ne concernera que les nouvelles routes
en construction, en l'occurrence la Harbour Bridge, la Port Louis
Ring Road ou encore la route Terre-Rouge - Verdun. Les investissements
pour la construction du Harbour Bridge sont estimés à
quelque Rs 11 milliards et de la Port- Louis Ring Road à
Rs 6 milliards. La Banque mondiale a déjà alloué
une somme de Rs 70 millions pour les advisory services
pour la Port-Louis Ring Road et la Harbour Brudge.
Le ministère des Finances indique qu'une extension du péage
est également envisagée sur le réseau routier
existant, qui a fait l'objet de réhabilitation, et reliant
la capitale à d'autres régions de l'île. "The
new/upgraded road network would be operated as a user pay toll
road. The Toll Road Project has been initiated by government with
a view to alleviate traffic congestion along the Port Louis/Curepipe
Corridor", indique le document officiel des Finances,
qui confirme que l'étude de faisabilité de ce projet
a été bouclée depuis décembre de l'année
dernière.
Néanmoins, les recettes générées par
le péage ne seront pas suffisantes pour garantir la profitabilité
de l'opérateur privé qui sera choisi. Pour complémenter
le "toll jackpot" à la compagnie à être
désignée, le gouvernement, se basant sur les conclusions
de l'étude de faisabilité, a déjà
entériné la décision de prévoir le
versement d'un "annual service fee". "Revenue
from user toll fee may not be sufficient to fund the project in
which case the Government would pay an annual service fee to the
private developer", confirme l'étude du ministère
des Finances.
Le coût d'exécution du "Toll Road Project"
est estimé à quelque 530 millions de dollars américains
(Rs 17 milliards) avec la période de construction échelonnée
sur 38 mois alors que la période de concession à
l'opérateur privé sera de 30 ans. Le montant du
annual service fee, qui sera versé à la compagnie
privée au cours de ces 30 ans, ne sera déterminé
qu'à la lumière des "Requests for Proposals"
reçues et analysées.
Par ailleurs, le gouvernement mise sur la formule de partenariat
public-privé pour la mise à exécution de
cinq autres projets, soit :
la construction du marché de Rose-Hill au coût de
dix millions de dollars (Rs 320 millions) allouée à
un opérateur du privé avec la municipalité
assurant la gestion. "In return, the private developer
would be given the right to develop, finance, build, market, maintain
and operate an integrated mixed use facility over a period of
30 years", confirme le ministère des Finances.
Un premier exercice d'appel d'offres lancé en juillet 2009
été en vain avec de "fresh tenders" en
mars 2010 et l'exercice d'évaluation en cours ;
la transformation du Mahébourg Waterfront en une attraction
touristique au coût de 48 millions de dollars (Rs 1,5 milliard)
avec une concession de 60 ans à l'opérateur privé
désigné ;
les centrales électriques de 100 MW avec des "additional
capacities required to be added to the system from the year 2014".
Pour satisfaire la demande jusqu'en 2025, sept turbines de 50
MW chacune devront être installées, la première
en 2014 et la septième en 2024. Le feu vert du gouvernement
est attendu avant l'élaboration d'une "detailed feasibility
study" ;
la ferme éolienne de 25/40 MW de Curepipe au coût
de 56 millions de dollars (Rs 1,8 milliard) avec un "power
purchase agreement" sur une période de 20 ans en voie
d'être mis au point et ;
la ville nouvelle de Highlands sur une superficie de 920 hectares,
nécessitant des investissements de trois milliards de dollars
(plus de Rs 100 milliards) sur une période de 15 ans. "Out
of the five firms which submitted proposals, two were retained
to participate in a competituve dialogue exercise. Several rounds
of discussions have taken place and the exercise in nearing its
completion", confirme le rapport des Finances.
Souveraineté territoriale
Chagos : volte-face de Londres !
Quatre mois après l'espoir suscité par l'arrivée
au pouvoir des conservateurs et des libéraux en Grande-Bretagne,
la désillusion est totale dans le camp des déracinés
des Chagos. Le nouveau gouvernement britannique a confirmé
officiellement qu'il n'entend pas se désister devant la
Cour Européenne des Droits de l'Homme saisie par les Chagossiens
pour revendiquer leur droit au retour dans leur archipel natal.
Cette affaire doit, en principe, être débattue devant
cette instance internationale au mois d'octobre prochain. Cette
nouvelle démarche des Britanniques pousse le gouvernement
mauricien encore plus près de sa décision de solliciter
en dernier recours la Cour Internationale de Justice pour réaffirmer
le droit de souveraineté sur cette partie du territoire
démembré par les Britanniques avant l'accession
à l'Indépendance, le 12 mars 1968.
En effet, le ministre britannique des Territoires Outre-Mer, Henry
Bellingham, qui avait reçu le PM Navin Ramgoolam à
Londres, lors de son passage en juin dernier, a mis un terme à
l'illusion des Chagossiens et des Mauriciens en général
d'un changement de politique de la part du gouvernement britannique.
Ce développement est intervenu sous forme de lettre du
ministre britannique au leader du Groupe des Réfugiés
des Chagos, Olivier Bancoult.
"The United Kingdom will continue to contest the case
brought by the Chagos Islanders to the European Court of Human
Rights. This is because we believe that the arguments against
allowing resettlement on the grounds of defence, security and
feasibility are clear and compelling", écrit Henry
Bellingham dans une correspondance officielle à Olivier
Bancoult.
Cette volte-face politique et diplomatique des Britanniques est
également ressentie de manière vive à l'Hôtel
du gouvernement dans la mesure où le ministre Bellingham
s'est permis de justifier, contre toute attente, le projet du
précédent gouvernement britannique visant à
transformer l'archipel des Chagos, à l'exception de la
base américaine de Diego-Garcia, en un Marine Protected
Area (MPA). Ce projet avait été la cause d'un
froid diplomatique entre Londres et Port-Louis depuis le début
de cette année.
Le ministre Henry Bellingham s'est transformé en véritable
avocat du MPA des Chagos. "The (British) government also
believes that a MPA is the right way ahead in furthering environmental
protection of the Territory and encouraging others to do same
in important and vulnerable areas under their sovereign control",
déclare-t-il en relançant tout le différend
anglo-mauricien surtout avec l'expression "sovereign control".
Des milieux bien informés à l'Hôtel du gouvernement
stgimatisent la "perfidie" des décideurs
politiques britanniques sur le dossier des Chagos avec les fonctionnaires
de Whitehall donnant la mesure. En marge de ces changements
de positions de Londres, le gouvernement poursuit ses consultations
avec le nouveau legal adviser en vue de mettre au point
le dossier à être déposé devant la
Cour Internationale de Justice.
Pour des raisons tactiques, très peu de détails
ont transpiré sur le timing ou encore la forme de
cette offensive juridique pour la revendication de la souveraineté
de Maurice sur les Chagos. Dans l'immédiat, il n'est pas
à écarter que Port-Louis fasse transmettre une nouvelle
Note Verbale aux services du Foreign Secretary, William Hague,
pour consigner formellement le désaccord profond sur la
manière de faire.
De son côté, le ministre des Affaires étrangères,
Arvin Boolell, qui participe à une réunion de la
COMESA à l'étranger, a confirmé à
Week-End, hier, que la priorité des initiatives
diplomatiques en cours est de garder intact le droit de Maurice
pour exercer la souveraineté sur les Chagos. "Depuis
le Traité de Lisbonne, et puis avec l'Accord de Cotonou,
Maurice a objecté à l'utilisation de l'expression
de l'Overseas Country Territory (OCT). Nous poursuivons nos consultations
avec la Commission Européenne pour que cette référence
ne fasse pas partie du Full Economic Partnership Agreement (EPA)
que Maurice signera bientôt", a-t-il soutenu.
"Après le soutien de l'Union Africaine, de la Southern
African Development Community, les Etats membres de la COMESA
ont pris la décision de soutenir la démarche de
Maurice pour éliminer toute mention de l'Overseas Country
Territory dans des textes officiels en guise de solidarité
avec Maurice dans sa lutte pour l'intégrité de son
territoire", a poursuivi Arvin Boolell
Dilapidation alléguée
L'ICAC s'intéresse au bal des contrats de la NDU
Des contrats pour des travaux d'une valeur de plus de Rs 1
milliard alloués en 2008/09 par la National Development
Unit (NDU) sous la tutelle du ministère de l'Environnement
intéressent l'Independent Commission Against Corruption
(ICAC). Mais avant le débarquement des hommes du commissaire
Anil Kumar Ujoodha dans les locaux de la NDU à la Sterling
House en vue de compiler des informations ou encore de procéder
à l'Impounding des dossiers à des fins d'enquête,
le rapport de l'Audit a étalé au grand jour le véritable
bal des contrats intervenant en 2008/09, en particulier avec l'exécution
de l'Emergency Rehabilitation Programme (ERP) après
les graves inondations en mars 2008 ayant fait des victimes à
Mont-Goût. Les responsables de la NDU ont systématiquement
eu recours à l'Emergency Bidding prévu dans
le Public Procurement Board pour l'allocation de ces contrats,
d'une valeur de Rs 745 millions pour 55 projets sous l'Emergency
Rehabilitation Programme et Rs 340,6 millions pour 329 contrats
alloués en une année.
Le Directeur de l'Audit dénonce avec force la décision
administrative d'allouer ces 329 contrats de travaux de route
et de drain à travers l'île à deux contracteurs.
Dans le dernier rapport, les noms de ces deux bénéficiaires
ne sont pas révélés même si l'un des
deux s'est vu octroyer des contrats pour presque le double de
la valeur de l'autre, soit Rs 221,1 millions contre Rs 119,5 millions.
L'Audit note que cette pratique de limiter l'octroi de ces contrats
à deux compagnies est contraire à celle qui avait
été adoptée pour les précédentes
années où un plus large éventail de compagnies
étaient concernées par cet exercice. L'identité
de ces deux compagnies devrait permettre d'élucider en
partie ce traitement de faveurs mis à l'index par l'Audit.
Mais le résultat catastrophique de cette démarche
ne s'est pas fait attendre dans un contexte où le mot d'ordre
est, semble-t-il, la lutte contre le gaspillage et le favoritisme.
L'Audit souligne que "the decision to allocate contracts
to only two contractirs was an administrative decision to enable
a better performance and monitoring of projects". Mais
c'était encore loin de la réalité.
"As a result of very limited number of contractors, significant
delays were noted in the execution and completion of the works.
In spite of the delays to complete the jobs, NDU did not enforce
the liquidated damages nor did they seize the performance bonds",
note le rapport de l'Audit dans l'espoir que l'enquête initiée
récemment par l'ICAC apportera des réponses à
ces questions des plus pertinentes relatives au laxisme et complaisance
affichés par les autorités.
Ainsi, à la fin de l'année dernière, sur
les 329 projets alloués, les chantiers ont été
bouclés dans 123 cas avec des délais accumulés
de plus de 200 jours dans pas moins de 5 cas. Le Management de
la NDU a cru nécessaire de justifier ces longs retards
en faisant état de prétextes comme les conditions
climatiques, les protestations des habitants contre le déroulement
des travaux ou encore la pénurie de bitume sur le marché
local.
Si la NDU n'a pas jugé utile d'exiger des compensations
pour ces retards, en contrepartie, cet organisme s'est retrouvé
avec des réclamations pour un montant de Rs 56 millions
entre le 1er juillet 2008 au 31 décembre 2009 par ces contracteurs
suite à des changements dans les "legislated prices
of inputs".
"The extra payments have had a negative impact on cash
resources of the NDU and this would have been avoided had the
projects been properly planned, designed, supervised and closely
followed up to the timely completion of projects as per work programme",
avance l'Audit en guise d'éternelle rengaine.
Néanmoins, le second volet du bal des contrats à
la NDU est intervenu au lendemain des inondations à travers
l'île dans le sillage de la dépression tropicale
ex-Lola en mars 2008 avec des dotations budgétaires de
Rs 900 millions consacrées à un Emergency Rehabilitation
Programme sans contrôle avec l'exécution de 55 projets
définis.
"All the 55 projects were considered urgent and were done
in accordance with the provisions on Emergency works of the Public
Procurement Act", souligne le directeur de l'Audit dans
son dernier rapport. La formule était tout trouvée
et malgré l'extrême urgence de la situation, à
décembre dernier, seuls 11 des 55 avaient été
complétés et sur 38 autres chantiers, aucun développement
n'était encore intervenu.
Peut-être que l'urgence était dans l'allocation de
ces Rs 743 millions de contrats à un une poignée
de contracteurs se comptant sur les doigts d'une main! Les conclusions
de l'enquête de l'ICAC devraient faire la lumière
sur les véritables intentions des décideurs. Malgré
le fait que la valeur des contrats variait de Rs 14 millions à
Rs 107 milions, les contracteurs choisis par le truchement de
l'Emergency Bidding n'avaient aucune contrainte majeure.
"Each of the contractors submitted a bond of Rs 1 million,
irrespective of the total value of projects awarded to them. In
a number of cases, the performance bonds expired and were not
renewed to cover the extension of time. The perfomance bond of
Rs 1 million is considered very low, as compared to the value
of works awarded to contractors", rapporte l'Audit d'un
point de vue général avant d'aborder des travaux
spécifiques, qui n'auraient servi à rien comme dans
le cas de la construction de drains à Petite-Julie.
En juillet 2008, un contrat de Rs 10,8 millions avait été
alloué pour la construction de drains à Petite-Julie
en vue d'éviter une répétition des dégâts
causés par les inondations de mars 2008. Même si
le projet avait été présenté comme
étant urgent, à février dernier, les travaux
n'avaient pas été bouclés.
Le contracteur avait abandonné le chantier depuis le 29
septembre 2009 après avoir empoché la moitié
du montant du contrat. A la fin de janvier 2010, la NDU devait
prendre la décision d'exiger la reprise des travaux. "During
the same period, specifically on 7 February 2010, there was heavy
rainfall in the region and the drains were over flooded. A number
of houses were flooded", rapport l'Audit comme pour mieux
démontrer l'absurdité des Emergency Procedures
pour l'adjudication des travaux.
La situation n'est guère différente avec les drains
à Amaury où la valeur des travaux sont de Rs 11,8
millions. Les travaux ont démarré depuis le 11 août
2008 et devaient être complétés le 13 avril
2009. Aux dernières nouvelles, ces "Emergency Works"
ne seront terminés qu'en novembre prochain.
Entre-temps, les travaux avaient été abandonnés
depuis septembre 2009 sans aucun préavis. "During
a site visit in early March 2010, it was noted that only 250 metres
of drain were placed and left uncovered, thus, representing a
danger to the public. Liquidated damages estimated at more than
Rs 600 000 had not been claimed in spite of the fact that very
long delays were noted to complete the works", conclut
l'Audit à ce chapitre en attendant l'entrée en scène
des "gladiateurs" de l'ICAC pour essayer d'agencer
"Emergency Procedures" pour l'allocation des
contrats et "long delays" dans l'exécution
des travaux avec littéralement des actes de dilapidation
de fonds sans aucun contrôle...
Bid Rigging
Double gifle en 24 heures de l'Independent Review Panel
Les dernières décisions de l'Independent Review
Panel renversant en 24 heures l'octroi de deux contrats sont venues
s'ajouter à la polémique avec, au centre, le Central
Procurement Board dans des allégations de Bid-Rigging.
En effet, le contrat pour accueillir le Fashion and Design Institute
du ministère de l'Education tertiaire d'un montant de Rs
43 millions et celui pour l'installation d'incinérateurs
(crématoires) dans 5 cimetières de l'île ont
été annulés suite à des contestations
de soumissionnaires non-satisfaits des procédures adoptées
pour l'adjudication de ces marchés. D'autre part, les informations
disponibles officielles indiquent que depuis 2008 à la
mi-août dernier, l'Independent Review Panel s'est prononcé
contre des décisions entérinées sous le Public
Procurtement Act pour l'allocation d'importants contrats financés
de fonds publics.
La dernière décision en date de l'Independent Panel
Review concerne l'affaire de 5 incinérateurs à être
instalés et opérés dans les cimetières
de Lallmatie, de Bois-Marchand, de Rivière-du-Poste, de
Montagne St-Pierre (Bambous) et de Chebel. Après un premier
exercice émaillé de vices de procédures et
annulé une première fois en août de l'année
dernière suite à la contestation d'un des deux soumissionnaires,
soit Kabelek Engineering Limited, le Ruling de vendredi
est venu remettre en question tout le projet.
En mai 2009, la firme Securiclean avait soumis une cotation de
Rs 87 785 721. 50, alors que l'offre de Kabelek Engineering était
de Rs 37 894 524. Mais le ministère des Administrations
régionales devait refuser d'allouer le contrat au "Lowest
Bidder" avec pour excuse que Kabelek Engineering Limited
ne disposait pas d'une expérience de trois ans dans ce
domaine. Un premier appel fut interjeté devant l'Independent
Review Panel. Les autorités n'eurent d'autre choix que
d'annuler l'exercice et de lancer un nouvel appel d'offres avec
la participation de pas moins de 7 firmes soumissionnaires, dont
Kabelek Engineering Limited.
Cette fois-ci, la décision d'allouer le contrat à
la firme Sotravic pour une cotation de Rs 99 402 758.15 fut contestée.
Kabelek Engineering devait soutenir que le budget alloué
par le ministère des Administrations régionales
pour ce projet était de Rs 53,6 millions. Face à
ce développement, le ministère devait se raviser
en adjugeant le contrat des crématoires à la firme
Rey Lenferna Ltd, qui avait soumis une offre de Rs 53 994 081.
Kabelec Engineering et Sotravic devaient s'en remettre à
l'Independent Rview Panel, composé de M. Allybokus, Denis
Vellien et Mme Esther Hanoomanjee, pour une révision de
cette décision. En fin de semaine, cette instance est arrivée
à la conclusion qu'une nouvelle évaluation des cotations
s'imposent dans la conjoncture, vu que l'offre retenue ne serait
pas conforme aux spécifications définies lors de
l'appel d'offre.
Vingt-quatre heure plus plus tôt, la firme GFA Investments
Ltd, qui avait participé à un appel d'offres pour
accueillir le Fashion and Design Institute du nouveau ministère
de Rajesh Jeetah, avait obtenu gain de cause. Le montant du contrat
alloué à Cyber Properties Limied était de
Rs 43 millions. L'Independent Review Panel a annulé le
Bidding Process parce que la cotation retenue n'était
nullement "responsive".
La conclusion de cette instance d'appel est des plus catégoriques
à l'effet que "the bidding documents in respect
of location of floors was tainted with imprecision at the initial
bidding process, which has not been properly cured at the pre-bid
meeting, that the panel has no alternative than to recommend annulment
of the bidding process in accordance with section 45 (10) (b)
of the Public Procurement Act 2006".
GFA Investments Limited avait soumis une offre de Rs 21 millions
alors que la cotation de Cyber Properties Investment Ltd était
de Rs 42,7 millions. Cinq soumissionnaires avaient participé
à cet appel d'offres pour la location au Fashion and Design
Institute d'une superficie allant entre 2 000 et 2 600 mètres
carrés d'immeuble.
Une analyse des cotations démontre que GFA Investments
Limited, avec un nouvel immeuble en plein centre de Rose-Hill
et un loyer proposé de Rs 255 par mètre carré,
était le "Lowest Bidder" avec les autres comme
suit: Cyber Properties Limited avec Rs 438 par mètre carré,
Nexteragon (Ebène) avec Rs 606 par mètre carré;
Société Civile Immobilier (Rs 571 par mètre
carré). Et Rocket Design avec Rs 372 par mètre carré.
Accueillant favorablement cette décision de l'Independent
Review Panel, Abdel Ruhomutally, Deputy Managing Director de GFA
Assurance souligne que "le Tender Process doit être
relancé dès le début. Si la décision
n'avait pas été contestée, nous aurions vu
la dilapidation de Rs 43 millions représentant des fonds
publics. Tout ce que je peux souhaiter, c'est que le ministre
de tutelle, l'honorable Rajesh Jeetah, va maintenant veiller au
grain à tout le processus du nouvel exercice de façon
qu'il n'y ait pas de Bid Rigging ou de gaspillage de fonds publics".
D'autre part, un document déposé le 17 août
à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale
par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Pravind
Jugnauth, suite à la Private Notice Question du
leader de l'opposition, Paul Bérenger, dresse la liste
de 27 contrats majeurs alloués par le Central Procurement
Board et annulés par l'Independent Review Panel depuis
2008 suite à des contestations. Parmi les contrats contestés,
l'on retrouve principalement, en sus de l'affaire des consultants
de la "Port-Louis Ring Road" mentionnée par Week-End
dimanche dernier, les suivants:
-le House Connections and Maintenace Work, avec des critiques
sévères contre le Central Procurement Board
à l'effet que "the CPB was wrong to accept bank
certificate produced as evidence as availability of adequate financial
resources as the amount required in the Bid Data Sheet was Rs
2 million, whereas the document mentioned only Rs 1,5 million.
Moreover, the CPB disregarded the allegation of misrepresentation
in deciding to approve the award of the contract";
-approvisionnement de produits alimentaires à la police:
procédure annulée car "the Bid Evaluation
Committee had considered the criterion of unsatisfactory past
performance by the bidder, which was not among the criteria stipulated
in the bidding document";
-fourniture de 80 000 compteurs à la CWA en raison du fait
que "full marks were awarded to the selected bidder for
past experience of five years when it had been incorporated only
a year ago and another mistake was the non-evaluation of responsive
bids and evaluation of non-responsive ones";
- gestion et entretien du St-Martin Waste Water Management Plant
avec l'Independent Review Panel faisant état de "serious
shortcomings in the evaluation of the bids" et que "the
selected bidder had offered its key personel for six months only
instead of one year as stipulated in the bidding document and
subject to replacement by local staff duly trained. The period
of training initially proposed was considered inadequate";
-des Logging Sets pour le primaire avec la conclusion de
l'IRP portant sur une "major technical deviaton in the
offer of the selected bidder. The Ministry of Education was wrong
in awarding the contract to the bidder as it was not responsive";
- des consultants pour la route Verdun/Trianon Link Road dans
la mesure où "the selected bidder's technical proposal
did not meet the requirements as at least three key personnel
did not meet the eligibility criteria" ou encore le Management
Contract de la CWA avec l'IRP soutenant que "the CPB was
wrong to apply alternatively two different criteria to assess
financial soundness, which however, did not give same results
despite the advice of a financial adviser".
Bataille de Vieux-Grand-Port - clôture de la commémoration
Navin Ramgoolam : "Assumer l'histoire sans complexe et
de manière introspective"
"Notre histoire est une et indivisible. Il nous faut l'accepter
dans son intégralité. C'est ainsi que nous reconnaissons
la maturité d'un peuple", a déclaré
le Premier ministre. Navin Ramgoolam intervenait hier après-midi
lors de la cérémonie marquant la fin des célébrations
du Bicentenaire de la Bataille Navale de Grand-Port. Une cérémonie
lors de laquelle une minute de silence a été observée
en mémoire des disparus de la bataille et lors de laquelle
l'enveloppe du Premier Jour et la table d'orientation ont été
respectivement lancés et inaugurés par le PM et
par le président du Groupe d'Amitié France-Maurice
de l'assemblée nationale française, Jean-Pierre
Door.
Le PM s'est tout d'abord dit heureux de constater le succès
de la célébration de cet événement
qui a vu défiler au moins 400 000 visiteurs. Saluant l'amitié
et la collaboration de nombreuses personnalités, il a particulièrement
tenu à remercier le président français, Nicolas
Sarkozy, qui a délégué Jean-Pierre Door.
Il s'est dit également heureux de constater l'intérêt
suscité par bon nombre de chercheurs, universitaires et
artistes venus de toutes parts notamment de la France, de La Réunion,
des Seychelles, de Maurice même, qui ont apporté
leur collaboration à cet événement.
Rappelant que Maurice a consécutivement été
convoitée par les Arabes, les Portugais, les Hollandais,
les Français en 1715 et les Anglais en 1810 jusqu'à
ce que l'île n'obtienne son indépendance en 1968,
Navin Ramgoolam devait souligner que Maurice a connu la colonisation,
l'esclavage et l'engagisme, ce qui lui a valu de connaître
un peuplement de l'Europe, de l'Afrique, de l'Inde et de la Chine.
"Ces hommes, venus d'horizons lointains dans des conditions
et des navires différents qui se sont parfois affrontés,
ont fini par se connaître en réalisant qu'ils étaient
dans un seul bateau. C'est cette diversité qui fait la
force de notre peuple mauricien. Et nous avons réussi l'unité
dans notre diversité", a soutenu Navin Ramgoolam.
Il a également rappelé que l'île Maurice contemporaine
a retenu, en 150 années de colonisation, son attachement
à la culture française, à sa langue et au
code Napoléon.
Navin Ramgoolam a également rappelé l'invitation
qu'il a reçue du Président français pour
commémorer la bataille navale de Grand-Port inscrite sur
l'Arc-de-Triomphe à Paris où flottera le drapeau
Mauricien. "J'aurai un tête-à-tête
avec le Président Nicolas Sarkozy et une session de travail
avec le Premier ministre français, François Fillon,
dès le lendemain", a-t-il précisé.
Le PM devait, avant de conclure, rappeler que le gouvernement
a décidé que le musée du peuplement, le toit
et l'amphithéâtre de Pointe-Canon, et la table d'orientation
nouvellement inaugurés seront de manière permanente
les témoins pour les générations à
venir. "La plaque en souvenir des morts et les documentaires
et autres publications seront porteurs de l'histoire",
a-t-il soutenu. Et d'ajouter : "Il est important de connaître
l'histoire de son pays et son évolution pour comprendre
notre histoire" et a conclu en souhaitant "que
l'amitié entre la France et Maurice se maintienne".
Prenant la parole auparavant, Jean-Pierre Door a quant à
lui remercié le gouvernement mauricien pour son initiative.
"Si 1810 n'a pas été un tournant dans le
monde ni même dans l'histoire de la France, il a été
toutefois fondamental pour Maurice. Bien que loin d'être
idyllique, cette bataille a de façon durable créé
l'histoire et la destinée de Maurice et a été
décisive dans la construction de la population mauricienne",
a-t-il dit.
S'adressant lui aussi à l'assistance, le ministre des Arts
et de la Culture, Mukeshwar Choonee, devait quant à lui
exprimer toute sa gratitude envers tous ceux qui de loin ou de
près ont contribué à la conception de cette
grande première à Maurice. Il a, lors de son discours,
exprimé son souhait de célébrer cette amitié
entre Maurice, la France et le Royaume Unis annuellement.
La cérémonie de clôture s'est terminée
par la projection d'un film sur la Bataille navale de Grand-Port
conçu par Thierry Lagesse et Gaspard de Chavagnac suivie
d'une réception au centre de créativité à
Pointe-Canon, Mahébourg, et d'un spectacle culturel.
Le PM demande aux journalistes d'être des patriotes avant
toute chose