o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 30 mai 2010



  Faits et effets… - Délire liberticide
  Humeur - Ça sent la banane…
  Pris sur le vif - Catalogue


Faits et effets...

Délire liberticide
Josie Lebrasse


Il y a des hommes dangereux qui nous gouvernent. Ici, nous en savons quelque chose. Ils sévissent avec une intolérance et une brutalité dignes des pires dictatures, un peu à la manière de la junte birmane. Même pas peur! Ils ne nous ont pas, pour autant, fait peur, ni hier, ni aujourd'hui et, ni demain, c'est certain. Lorsqu'on est sûr de son honnêteté professionnelle et de son intégrité personnelle et lorsqu'on est porté par ses convictions, on a rien à craindre, si ce n'est le délire liberticide de quelques locataires du temple de la puissance. Pour ceux-là, la référence en matière d'information, c'est sûrement la MBC. C'est dire à longueur de soirées, de jours et d'années que tout va bien dans le pays, qu'il y a des magiciens au pouvoir qui peuvent tout régler d'un coup de bâton magique. C'est peut être joli à entendre pour ceux qui ne croient pas dans le débat contradictoire, mais ça, ce n'est pas la démocratie.

Lorsque des titres, comme le nôtre, avaient injustement subi les foudres de ceux qui se croient les propriétaires de ce pays, certains avaient choisi de regarder dans l'autre direction et de composer allègrement avec ceux qui nous boycottaient. Ce n'est pas pour autant que l'on s'amuse aujourd'hui du fait qu'ils soient, à leur tour, ostracisés. Lorsqu'il s'agit de principes, il n'y a pas de quartier, on se met debout et on dénonce. Et s'il faut aller plus loin, on est prêt. Pas besoin de se faire prier.

Ici, on ne marchande pas. Ce n'est parce que nous avons été bien seuls à dire notre fait à des gens de pouvoir et à dénoncer leurs travers que nous allons profiter pour régler quelques comptes. Non, nous ne pratiquons pas une politique à courte vue. C'est ce qui explique que nous nous sentons parfaitement à l'aise, non pas pour dire à quelques confrères : "Bienvenue au club des exclus", mais pour exprimer notre totale solidarité avec le groupe La Sentinelle, objet de la vindicte renouvelée et étendue d'un cartel de faux démocrates qui veulent faire taire toutes les voix discordantes.

On aurait pu rire du procédé utilisé par les services du nouveau ministre des Finances s'il ne revêtait pas un caractère aussi grave. On a d'abord voulu interdire l'accès de l'enceinte de l'Hôtel du gouvernement au journaliste de Radio One. Les policiers au contrôle à l'entrée revendiquaient avoir reçu des ordres dans ce sens. Toujours est-il que, sur son insistance, le journaliste a quand même pu accéder à la salle de conférence du ministère des Finances pour s'entendre dire, cette fois, par les policiers qui y sont affectés que c'est écrit noir sur blanc que les titres du groupe La Sentinelle n'étaient purement et simplement pas les bienvenus aux activités du nouveau ministre. II ne reste plus qu'à espérer qu'on ne lui fasse pas un procès pour avoir accédé à un "restricted area" comme ce fut le cas pour les journalistes du Groupe Le Défi qui avaient été enquêtés sur les incidents entourant le Kalimaye qui gênait la tranquillité d'un des deux plus fameux habitants de River Walk, en l'occurrence le Premier ministre, Navin Ramgoolam.

Pravind Jugnauth est bien placé, lui qui a la Mauritius Revenue Authority sous la tutelle de son ministère, pour savoir qu'il est payé des fonds publics. De l'argent des contribuables. De tous les contribuables. Et ceux-ci ne se trouvent pas uniquement dans les 50% qui ont voté pour le camp qui gère les affaires du pays. Ils sont aussi dans les 43%; et, ce n'est pas rien, qui n'ont pas voulu de l'équipe et du programme du bleu-blanc-rouge le 5 mai dernier et qui sont des lecteurs des journaux nationaux. Au Sun Trust, qui est sa propriété personnelle, il peut faire ce qu'il veut mais, au ministère des Finances, il ne peut imposer ses diktats. Penser et agir autrement révèlent une conception bien inquiétante de ce qu'il entend de ses responsabilités et de ses devoirs d'Etat.

A quelques jours des élections, nous rappelions, ici même, que pas moins de sept journalistes ont été arrêtés ces dernières années. Certains Mauriciens ont pris cela pour des faits anecdotiques. Ce sont une multitude de petites anecdotes qui préfigurent l'histoire des grandes dictatures. Nous, journalistes, n'avons pas à composer avec les puissants. La finalité de la mission du journaliste n'est ni de se faire "tenir en haute estime" par les hommes publics, ni de saluer le "culte de l'amitié" des uns par rapport aux autres. Le journaliste fait son travail d'informer; il dénonce, parce que c'est ce qui permet d'avancer, émet une opinion selon ses convictions personnelles et non en fonction de ce qu'il obtient ou peut obtenir en retour. Ni poste de prestige, ni ambassade

Ceux qui, dans certaines colonnes, avaient prévu, un changement dans le paysage médiatique avant les dernières élections ne s'y sont pas trompés. II y a tellement de traîtres aujourd'hui dans cette noble profession. Elle est tellement divisée, tellement traversée aussi par des intérêts qui n'ont rien à voir avec ceux des créateurs des titres dont la seule vocation était celle d'informer et non servir de faire-valoir à des groupes financiers distincts. On est loin de l'époque où les journalistes, du Cernéen au Militant, pourtant aux antipodes sur le plan idéologique, de Mauritius Times au Mag en passant par le Mauricien et l'Express, descendaient spontanément dans la rue au moindre piétinement de la liberté d'expression. La presse libre est en danger. Il incombe au plus grand nombre de le réaliser et de réagir. Avant qu'il ne soit trop tard




Humeur

Ça sent la banane…
Jean-Claude Antoine


Les relations pouvoir/presse n'ont jamais été au beau fixe dans ce pays et c'est tant mieux pour la liberté de l'information. Une trop grande proximité de la presse avec le pouvoir peut parfois conduire à des formes de connivence, pour ne pas dire de complicités, pouvant mener la première nommée à jouer au faire-valoir du second. Cette proximité, pour ne pas dire ce copinage, peut pousser les moins regardants à arrondir les angles, ou carrément raboter les aspérités des déclarations avant de jouer carrément aux agents de propagande. C'est comme ça que les politiques aiment que les journalistes soient : des haut-parleurs, des diffuseurs de leurs propos, enjolivés au passage. Ce désir de transformer la presse en corporation aux ordres, en brosse à faire reluire ne date pas d'hier. C'est parce qu'elle n'était pas suffisamment obéissante et se permettait même, en plus, de critiquer le gouvernement ou carrément de ne pas être d'accord avec sa politique et ses décisions que la censure de la presse fut instaurée au début des années soixante-dix. Ramgoolam et Duval pères, avec la complicité de politiques, dont les discours étaient truffés du mot démocratie, obligèrent les journalistes à faire viser leurs textes par la police en empruntant un escalier des Casernes Centrales. Tout à fait en passant, il semblerait que ceux qui exploitaient à mort l'évocation de ce souvenir ont aujourd'hui un trou de mémoire bien commode.

Non, les relations presse/pouvoir n'ont jamais été faciles à Maurice. Au début des années quatre-vingts, quand Anerood Jugnauth se joignit au tandem Ramgoolam/Duval pères, les Mauriciens eurent droit à une autre tentative de museler la presse, cette fois-ci de manière économique. La réaction unanime, solidaire et spontanée de la presse, soutenue par l'opinion publique, fit reculer les apprentis censeurs. D'autres tentatives de censure, d'autres déclarations contre la presse, accusée de tous les maux, eurent lieux par la suite et venant de tous les camps. A Maurice, les politiques adorent la presse quand ils sont dans l'opposition et la détestent quand ils arrivent enfin - même pour une courte période - au pouvoir. Dans l'opposition, ils sont tous pour la liberté totale de la presse, au pouvoir, ils veulent tous tenter de la contrôler. De la brider même. Aucun politicien ne déroge à cette règle comme le démontrent certaines déclarations publiées et, depuis peu, enregistrées. Mais il faut reconnaître que Navin Ramgoolam est un des politiciens qui a eu - et a toujours - la dent la plus dure contre la presse. A intervalles réguliers, surtout dans les moments où il est en difficulté politique, il menace et promet de s'occuper de la presse en temps et lieu. Et il tient parole. Week End a été longtemps l'objet de son "attention" et cela ne semblait pas gêner grand monde dans la presse mauricienne qui a beaucoup "évolué" depuis les années 80 et remplacé certaines de ses valeurs, dont celle de la solidarité, par d'autres considérations. Un peu plus commerciales pour employer un terme poli.

Les critiques contre la presse se sont multipliées ces temps derniers. Navin Ramgoolam qui ne ratait aucune occasion pour le faire, et depuis quelque temps, plus précisément contre l'Express, a été rejoint dans cette tâche par Pravind Jugnauth. Des questions d'estimation de foules à des meetings ont donné lieu à des polémiques puis à une bruyante manifestation devant les locaux de Radio One sous les caméras de la MBC. Même excessives, les menaces proférées pendant la campagne électorale faisaient partie du folklore et de ces relations - toujours un peu conflictuelles - entre la presse et le pouvoir. Mais leur répétition systématique a commencé à inquiéter et le boycott institutionnalisé - que Week-End subit en silence depuis des années - a donné un ton nouveau à la relation pouvoir/presse. Le gouvernement ne se contente plus de critiquer et de menacer, il institue officiellement le boycott d'un titre de presse en demandant à ses ministères et corps paraétatiques de mettre fin à leurs abonnements. Le silence qui a suivi l'annonce officielle du boycott fut assourdissant. C'est sans doute cette absence de réaction qui a encouragé le nouveau ministre des Finances à donner une nouvelle dimension au boycott : interdire à des journaliste d'un groupe précis l'accès à sa conférence de presse. Il y a quelques années à peine la presse unanime et solidaire boycotta une conférence de presse du Commissaire de police qui avait fait emprisonner le rédacteurs en chef et le rédacteur en chef adjoint du défunt Le Mag pour diffusion de fausses nouvelles. Jeudi dernier, l'interdiction des journalistes, du groupe la sentinelle, d'assister à la conférence de presse du ministre des Finances ne provoqua aucune réaction des journalistes présents. Comme la nostalgie, les valeurs ne sont plus ce qu'elles étaient.

Vous ne trouvez pas que ça commence à sentir la banane dans notre république sucrière ?




Pris sur le vif

Catalogue
Jean-Claude Antoine


- Eh ben, ma chère : tu as fini de faire ton shopping pour la fête des mères ?

- Non, toi. Dis-toi que depuis plus d'une semaine je casse ma tête même mais je ne trouve rien de potable pour elle, je te dis.

- Comment ça, tu ne trouves rien de potable ? Avec toutes ces soldes, ces braderies-là, il y a tout ce que tu veux, toi. Mais comme toujours tu dois chercher de l'impossible en poudre, toi.

- Hé toi, ne dis pas ça fort comme ça, les gens vont penser que je suis une grande enquiquineuse. En plus avec les soldes et les braderies on vend n'importe quoi pour te faire acheter. Qu'est que tu vas donner à ta maman : des chaussures orthopédiques, un téléphone digital alors qu'elle ne voit pas bien ou une croisière en bateau ?

- Je suis sûre qu'elle aurait bien aimé faire une promenade en bateau.

- Pas question, moi j'ai le mal de mer.

- Mais le cadeau c'est pour elle, pas pour toi.

- Elle ne voudra jamais aller seule sur un bateau. Même si elle le voulait, je ne la laisserais pas. Taleur un bateau de pirates arrive et la kidnappe toi. Bien sûr je plaisante mais pas question d'envoyer maman en mer, d'autant plus qu'elle pourrait attraper froid. Non, je dois trouver autre chose de plus simple pour elle.

- Je suis sûre que ta maman aurait bien aimé un peu de lingerie, non. Une femme aime toujours de la lingerie.

- En tout cas, pas ma maman. Elle cherche encore des soutien-gorge avec des baleines, je te dis. Elle ne dit pas soutien-gorge mais brassière, le corps robe toutes ces affaires qui n'existent plus. Et puis les modèles de lingerie qu'on met en soldes en ce moment-ci, tu trouves que ces modèles-là c'est pour les mamans toi ? Où maman va cacher ses plis dans ces quelques centimètres de tissu ? Tu vois ma maman avec une nuisette en dentelle avec des trous, des rubans et des fendus partout ? Si je lui donne ça, elle va me foutre une baise, toi. Déjà, quand elle voit des femmes en bikini sur la plage, elle dit que ce sont des personnes de mauvaise vie. Non pas de lingerie. Je crois que ce catalogue-là il n'est pas fait pour les mamans mais pour que les papas et les maris puissent se rincer l'œil.

- Ah, tu as eu le fameux catalogue ?

- Oui, ça oui, je l'ai vu le fameux catalogue, ma chère mais pas autant que mon mari, figure-toi. Monsieur passe sa vie à feuilleter cette affaire-là. Je ne l'ai jamais vu lire quelque chose avec autant d'attention.

- Mais il n'y a rien à lire dans ce catalogue, toi. Éna juste photos.

- Ça même je lui ai dit. Quand on a acheté la télévision ou la machine à laver, il n'a même pas ouvert le catalogue pour m'expliquer comment il fallait utiliser la machine. Il n'avait pas le temps. Pour la lingerie, il a toute sa vie. Ces hommes-là je te dis, tous des cochons. Comme ils voient un petit bout de dentelle, ils sont excités ça. Qu'est ce que je vais te dire…

- Peut-être qu'il regarde bien dans le catalogue pour te faire une surprise.

- Ça même que j'ai cru au début. Encore que je ne vois pas comment je vais faire pour entrer dans ces modèles. C'est vrai que je ne suis pas grosse, comme tu sais, mais il n'y a pas beaucoup de tissu dans ces modèles. Enfin, au début j'ai cru que mon bonhomme avait l'idée de me faire une surprise. Une petite folie, quoi.

- Et alors ?

- Et alors, comme il ne disait rien même, l'autre soir je lui ai posé la question.

- Directement comme ça ?

- Tu vas pas croire, toi-même. Non, j'ai abordé le sujet de loin. Je lui ai demandé lequel des modèles du catalogue est dans mon style.

- C'était un peu direct, quand même.

- Non, je n'ai pas dit donne moi ça en cadeau, mais quel modèle irait bien sur moi. Tu vois, c'était indirect. Comme dirait ma maman, j'ai fait un chemin contourné pour arriver au même but, un chemin zépingle ek zaiguille, comme elle dit.

- Ton mari a compris le message ?

- Ah ça ma chère, li fine recevoir mo message dix sur cinq.

- Tant mieux. Et qu'est-ce qu'il t'a répondu ?

- Ah si je te dis ce qu'il m'a dit.

- Il a dit non carré-carré ?

- Pire que ça. J'aurais préféré qu'il dise non.

- Ayo, toi. Qu'est ce qu'il a dit comme ça ?

- Tu sais ce qu'il osé me répondre, ce p'tit m… … là ? Quand mo pense ça je sens ma tension monté-descendre et je suis sur le point de faire une attaque.

- Mais ki li fine dire koumsa ?

- Tu sais ce qu'il a osé me dire ce gros feuille? Ce n'importe, ce batchiara de la première génération-là….

- … il a dû te dire une affaire terrible même pour que tu sois encore en colère comme ça.

- Il a osé dire qu'il n'y avait pas mon style et surtout mon size dans ce catalogue de lingerie-là.

- Ah bon… il a dit ça ? C'est sûrement un joke… Il voulait te taquiner, toi.

- Ça je ne sais pas. En tout cas, tu me connais, je ne lui ai pas donné gagné. Mo napa fine kil so parade, comme dit ma bonne. Moi quand tu marches sur mon pied, je ne me laisse pas faire. Il a cherché avec moi et il a eu. Il a bien eu même, je peux te dire.

- Ki to fine dire li komsa ?

- Je l'ai regardé droit dans les yeux et je lui ai dit qu'à partir de maintenant quand il aura envie de faire un gâté, surtout en hiver, de ne pas compter sur moi mais d'emmener son catalogue sous la couette pour chercher son style et son modèle !





o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 30 mai 2010