En allant au rendez-vous avec le Dr Kevin Teeroovengadum vendredi
dernier, on s'attendait à rencontrer un ancien assistant
chef de clinique imposant. Finalement, c'est pratiquement un jeune
collégien que l'on a découvert. Mais, en l'écoutant,
on a rapidement réalisé que sous cet aspect juvénile
et malgré son jeune âge - il n'a que 34 ans -, c'est
un professionnel formé et sûr de lui et de ses opinions
qu'on avait en face. Un jeune chirurgien pédiatre qui a
choisi de quitter Paris pour venir travailler dans le service
de santé public mauricien. Il explique les raisons de ce
choix qui peut surprendre dans l'interview qui suit.Commençons,
Dr Kevin Teeroovengadum, par résumer les étapes
de votre parcours éducatif et professionnel
Après mes études secondaires au collège Royal
de Curepipe, j'ai obtenu une bourse pour aller faires des études
de médecine en France, en 1994. J'ai toujours voulu faire
médecine parce que je voulais exercer un beau métier
qui me permettrait d'être utile. J'ai fait six années
de médecine à Toulouse, puis de la chirurgie générale
pendant trois ans avant de me spécialiser dans la chirurgie
pédiatrique pendant cinq ans à Paris, où
j'ai travaillé. Je suis rentré à Maurice,
l'année dernière.
La chirurgie pédiatrique est, en tout cas à Maurice,
un terme nouveau. Existe-t-elle depuis longtemps ?
Elle existe depuis une quarantaine d'années dans les pays
développés alors qu'elle est pratiquée dans
les autres pays par des chirurgiens généraux.
Soyons cynique. Est-ce une spécialité médicale
pour enfants de pays riches ?
Avant, il y avait un médecin qui faisait tout : de l'accouchement
au traitement du diabète en passant par les soins aux enfants.
Aujourd'hui, on a la possibilité de faire appel à
des gens formés pour faire mieux les choses et de façon
plus pointue. Un chirurgien pédiatre est un chirurgien
qui opère les enfants de 0 à 15 ans. Cette spécialité
de la chirurgie est en train de se répandre dans le monde
entier avec la démocratisation des soins.
Pourquoi avez-vous choisi cette spécialité ?
D'une part parce que je voulais travailler avec des enfants à
qui on peut ouvrir l'avenir. Ensuite, parce qu'en chirurgie on
est capable de régler un problème médical
par une opération.
Ce n'est pas aussi valorisant de soigner quelqu'un qui a une
partie de sa vie derrière lui qu'un bébé
qui a l'avenir devant lui ?
Je me sens beaucoup plus à l'aise et plus utile en soignant
les enfants qu'en le faisant avec des adultes.
Plus fondamentalement, n'est-ce pas le fait d'avoir affaire
à des malades qui ne peuvent pas discuter, contester vos
choix qui vous fait préférer les bébés
?
Les parents des bébés contestent les médecins
à leur place et c'est d'ailleurs un des gros soucis de
ce métier. Il faut pouvoir convaincre les parents de prendre
la décision de faire opérer leur bébé
et ce n'est pas évident. C'est plus difficile pour les
parents de dire oui à une chirurgie sur un bébé
que sur un adulte. Dans le cas d'un bébé, nous avons
affaire à deux parents qui ne sont pas forcément
sur la même longueur d'onde. Il faut donc discuter, convaincre.
Je n'aime pas que le parent se décharge de sa responsabilité
sur moi. Je préfère qu'il l'assume en connaissance
de cause.
Faites-vous partie des médecins qui écoutent
leurs patients, discutent avec eux ou de ceux qui affirment :
je suis le docteur, j'ai fait sept ans de médecine, j'ai
une longue pratique, je sais tout, point, à la ligne ?!
Cette manière de faire a déjà changé
ailleurs et est en train de se faire à Maurice. Cela change
parce que les gens, plus éduqués, comprennent mieux
leurs maladies et posent des questions pertinentes aux médecins.
Je pense qu'un professionnel qui sait ce qu'il fait devrait plus
demander des questions - qui sont motivantes - à ses patients
plutôt que de refuser d'y répondre. Il ne faut pas
cacher des informations aux patients, même si les cas sont
compliqués. La discussion, même si elle est contradictoire,
est indispensable. Je pratique tellement la discussion que je
passe entre dix et quinze minutes avec les parents de chaque enfant,
ce qui fait qu'on dit de moi que je suis toujours en retard. Je
discute même avec des parents qui ne demandent pas grand-chose
car à Maurice on a une confiance un peu aveugle dans les
médecins. Je fais l'effort d'impliquer les parents dans
la prise en charge du bébé. Pour moi, c'est indispensable.
Pourquoi avez-vous quitté un poste d'assistant chef
de clinique dans un grand hôpital pour enfants de Paris
pour venir travailler à Maurice ?
Ce n'est pas une décision récente : je savais depuis
longtemps que j'allais retourner à Maurice et j'attendais
le moment de le faire, en fait. Je voulais pouvoir rentrer pour
apporter quelque chose avec moi. Tout dans mon parcours professionnel
était orienté vers ce retour qui a été
préparé. J'ai été longtemps en contact
avec le ministère de la Santé pour le tenir au courant
de ce que je faisais dans mon parcours professionnel. Je dois
dire que je n'ai pas eu que des encouragements pour revenir à
Maurice à ce niveau.
Pour quelle raison ?
Parce qu'il existe encore à Maurice l'idée que les
médecins doivent savoir tout faire et qu'on voulait que
je fasse de la chirurgie générale. Moi, je crois
que l'on fait bien ce que l'on fait souvent. Je ne me suis pas
spécialisé pour aller pratiquer comme généraliste.
Pourquoi le public et pas le privé ? Vous auriez pu
faire le même métier à Maurice en étant
mieux rétribué
Je ne dirai pas le même métier. Je n'aurais pas eu
dans le privé la job satisfaction que j'ai dans
le service public. Je ne crois pas que je me serais senti aussi
utile que je le suis aujourd'hui, malgré les difficultés.
J'ai eu des propositions intéressantes pour entrer dans
un groupe privé, mais j'ai dit non. J'ai besoin de fonctionner
au sein d'une équipe et on est en train de la constituer
petit à petit, malgré les lenteurs. Seul, malgré
toute mon expérience, je ne vaux rien. Pour être
efficace, il ne suffit pas d'opérer si je n'ai pas un anesthésiste
formé, si en post-opération je n'ai pas le matériel
et les gens qui savent l'utiliser pour prendre soin du bébé.
Les médecins qui ont créé et fait fonctionner
le service néo-natal et formé le personnel ont créé
les conditions idéales pour mon retour. Je tiens à
les remercier. Je veux rester dans le service public où
j'espère pouvoir contribuer à créer un hôpital
ou un service spécialisé pour les enfants.
N'êtes-vous pas étonné que l'on parle plus
souvent à Maurice de la création d'un hôpital
pour chiens que d'un hôpital spécialisé pour
les enfants ?
Je ne voudrais pas me prononcer sur le parallèle entre
les deux types d'hôpitaux. Je suis étonné
qu'il n'y ait pas encore un hôpital pour enfants à
Maurice mais, en même temps, il faut dire que nous avons
un vieux système de santé publique qui continue
à fonctionner tant bien que mal. Pour créer un hôpital
pédiatrique avec tous les services adéquats, il
faut faire déplacer le personnel humain et les instruments
et machines de tous les hôpitaux où ils se trouvent
aujourd'hui. Ce n'est pas une mince affaire et cela doit être
fait intelligemment.
Est-ce que l'enthousiasme avec lequel vous êtes revenu
à Maurice est toujours aussi vivant un an après
?
Après une année, je peux dire, en pesant mes mots,
que j'ai réussi à sauver plus d'une dizaine d'enfants.
J'essaie de m'accrocher à ce résultat à chaque
fois que je dois faire face à un problème, et cela
arrive de temps à autre. Vous savez, la machine administrative
est terrible à Maurice.
Elle est contre vous ou contre ce que vous représentez
?
Cette machine est contre le changement, contre la nouveauté.
Quand je demande à faire quelque chose de nouveau, on me
dit tout de suite - même avant que j'ai le temps de finir
ma phrase - qu'on n'a jamais fait ça comme ça avant.
Je savais avant de revenir qu'on n'allait pas me dérouler
le tapis rouge. Je savais que ce serait difficile de convaincre
l'administration de ne pas me faire faire de la chirurgie générale
et utiliser mes compétences de spécialiste. Cela
semble logique, mais j'ai dû me battre pour faire accepter
tout cela.
Vous avez dû taper sur la table pour faire accepter cette
revendication ?
Pratiquement. Mais même si c'est une administration lourde,
il y a quand même des gens au ministère qui ont du
bon sens et j'ai eu gain de cause.
Pourquoi faut-il se battre au sein du ministère de la
Santé pour faire accepter ce qui est l'évidence
même : utiliser les compétences d'un spécialiste
au lieu de le faire fonctionner comme un généraliste
?
Je crois que c'est un peu lié à la taille du pays.
Maurice est un petit pays et par extension un petit marché
médical où il faut écraser son concurrent
pour exister. Tout nouveau venu est soumis à cette règle.
Il y a des querelles de personnalités ou des craintes de
voir son pouvoir ou son importance diminuer. Le problème
est que ce sont parfois les patients qui paient les pots cassés
de cette situation. Il y a eu de la résistance et de la
réticence au départ mais elles s'estompent avec
le temps.
La résistance a diminué, êtes-vous plus
accepté aujourd'hui ?
Oui, mais il faut faire ressortir qu'il y a eu quand même
des points positifs dans tout ça. Il y a des gens qui voient
que je suis motivé. L'autre jour, un jeune médecin
m'a dit que je m'occupais d'un bébé avec tellement
de soin que j'agissais comme si je travaillais dans une clinique
privée. Je lui ai répondu que quel que soit l'endroit
où il exerce, un hôpital public ou une clinique privée,
un médecin doit traiter son patient avec la même
attention. Ce n'est pas une phrase en l'air ou un slogan, c'est
la manière de travailler dans laquelle je crois
.
Vous n'êtes pas encore devenu un médecin fonctionnaire
qui vient faire ses heures réglementaires
Je ne l'ai jamais été et je ne le deviendrai jamais
!
Qu'est-ce qui vous irrite le plus dans la machine administrative
de l'hôpital ?
Les gens qui ne veulent pas changer. Ceux qui me disent d'emblée
: c'est pas possible, on ne l'a jamais fait. Je réponds
automatiquement : ce n'est pas parce que vous ne l'avez jamais
fait que ce n'est pas possible ! Et puis je demande pourquoi ce
n'est pas possible d'essayer de trouver une solution. Et après
discussion, chose à laquelle tout le monde n'est pas habitué,
on découvre qu'une solution au problème est possible.
Sans vouloir casser votre enthousiasme : ne craignez-vous pas
de vous retrouver dans cinq ans en train de dire à un petit
jeune qui vient tout juste d'intégrer l'hôpital :
c'est pas possible on ne l'a jamais fait ?
J'espère que non. Je sais que le poids du système
peut finir par peser sur les individus, très compétents
professionnellement, et les pousser à faire comme tout
le monde. Vous savez, c'est tellement facile d'aller dans le sens
du courant. Mais, ma chance, c'est que j'ai été
formé ailleurs, dans un autre système, que je suis
jeune et que si jamais je me sentais glisser, je partirais. J'ai
cette possibilité. Si après cinq ans passés
à Maurice je n'ai pas réussi à faire quelque
chose, je rentrerai en France.
Qu'est-ce qui manque le plus dans le système hospitalier
mauricien selon vous ?
Je dirais un manque de perfectionnisme
On pourrait dire que c'est une caractéristique mauricienne
.
Vous êtes mieux placé que moi pour le dire. Disons
qu'en général chacun se contente de ce qu'il doit
faire, sans plus. Il ne fait pas ce petit effort supplémentaire
qui ne lui est pas demandé mais qui pourrait parfaire le
travail. Il me semble qu'on se contente de ce qui est dans son
schedule of duties, pas plus. Si tout le monde, chacun à
son niveau, donnait ce petit plus, beaucoup de choses pourraient
changer positivement dans le service hospitalier. L'accumulation
des petits plus peut tout faire changer. Comme le disait avec
raison mon ancien patron, la chance c'est une constante attention
aux détails. D'ailleurs, je vous dirai que les choses commencent
à changer tout doucement dans mon équipe.
Maurice est-elle équipée pour prendre en charge
les bébés au niveau de la chirurgie pédiatrique
?
C'est une question que je me suis souvent posée avant de
revenir. Je craignais un manque de matériel, mais ce n'est
pas le problème majeur qui est celui d'abord et avant tout
un problème d'homme. Le problème c'est l'organisation
et le facteur humain. C'est un problème de volonté,
de vision et de motivation. Mais, cela dit, je m'empresse d'ajouter,
avec sincérité, que la santé publique à
Maurice est plus efficace qu'on ne le dit. Elle fonctionne bien
mieux qu'on ne veut l'admettre. C'est pour cette raison que je
pense, après observation de la situation, qu'il vaut mieux
ne pas créer tout de suite un service pour enfants, qui
va faire moins bien que ce qui est fait actuellement dans ce domaine.
Je pense que la création d'un service va améliorer
la qualité des soins pour les bébés, mais
il ne faut pas d'un service à tout prix, tout de suite.
Y a-t-il beaucoup de petits enfants mauriciens qui doivent
avoir recours à la chirurgie pédiatrique ?
En une année à Maurice, j'ai opéré
plus de 200 patients bébés et enfants, dont cinquante
nouveau-nés. Maurice est dans les normes des statistiques
des malformations congénitales, qui sont de 3% des naissances.
Quelles sont les principales causes de ces malformations congénitales
?
Le plus souvent c'est la faute à pas de chance. Il arrive
une ou des mutations pendant la grossesse qui font que l'enfant
va avoir un problème à la naissance. C'est d'ailleurs
ce que je dis souvent aux mamans qui ont tendance à se
culpabiliser et c'est universel. J'essaie de leur faire comprendre
que cette maladie n'est pas arrivée parce qu'elles ont
ou n'ont pas mangé quelque chose pendant la grossesse,
mais à une série de facteurs dont elles ne sont
pas responsables.
Que dit le père dans ce genre de cas ?
Aussi curieux que cela puisse paraître, le père est
souvent fataliste. Il dit que c'est le destin, alors que la mère
a tendance à dire que c'est de sa faute. En général,
le père accepte la maladie plus facilement que la mère,
qui culpabilise et peut délaisser son mari pour son bébé.
Et, malheureusement, il arrive que des couples se séparent
sur cette question douloureuse pour des parents. En dehors de
la faute à pas de chance, les maladies congénitales
sont aussi dues à quelques anomalies chromosomiques que
l'on pourrait améliorer grâce au diagnostic anténatal.
C'est-à-dire découvrir les anomalies avant la naissance.
On en est au balbutiement de cette technique à Maurice.
La consultation anténatale n'est pas encore une chose courante
à Maurice
Mais on fait des échographies à Maurice
Il faut toutefois bien les faire. Il faut prendre le temps nécessaire
pour faire une bonne échographie à la recherche
d'anomalies. Ce qui permet de détecter à temps les
éventuelles anomalies et de prendre les décisions
nécessaires pour réparer les erreurs de la nature.
Tous les bébés souffrant de maladies congénitales
doivent-ils être opérés ?
Pas du tout ! Je n'opère pas tous les enfants que l'on
m'adresse. Cela fait partie de ma spécialité de
déterminer dans quel cas il faut opérer et dans
quel cas il faut laisser faire la nature. Il est parfois plus
difficile de convaincre les parents de ne pas opérer leur
enfant né avec une maladie congénitale et de donner
le temps à la nature d'arranger les choses. J'ai également
vu, ici et ailleurs, des enfants opérés pour des
anomalies qui auraient régressé avec le temps. Certains
parents disaient que je n'opérais pas assez rapidement
leurs enfants, alors que moi je savais qu'il fallait laisser au
temps faire son travail et la nature réparer ses erreurs.
Selon une tradition bien mauricienne, que j'ai découvert
à cette occasion, ces parents sont allés se plaindre
au directeur de l'hôpital. Ils croyaient qu'en mettant un
peu de pression ils allaient faire avancer les choses alors que,
moi, j'avais des raisons pour ne pas opérer tout de suite.
Au départ, cela m'énervait un peu, puis on a fini
par dialoguer et nous nous sommes compris.
Finalement, que manque-t-il pour que l'on puisse procurer aux
enfants souffrant de maladies congénitales les soins auxquels
ils ont droit ?
Une bonne organisation, une unité de lieu avec un personnel
médical - pédiatres, anesthésistes, infirmières
- qui ne fait que ça avec le matériel adéquat.
Il ne faut pas que le petit ciseau qui sert pour une opération
sur un bébé soit par la suite utilisé pour
couper un tendon d'adulte dans une autre opération, par
exemple. Ce sont les petits moins qu'il faut changer en plus dont
nous parlions tout à l'heure. Permettez-moi de souligner
que les jeunes médecins et le personnel soignant du NICU
de Candos sont extrêmement motivés et c'est grâce
à eux que beaucoup de bébés ont été
soignés et bien soignés. Ils font un travail remarquable
avant, pendant et après une opération et il faut
leur rendre hommage.
Autrement dit, il faut traiter le bébé souffrant
de maladie congénitale comme un patient à part entière
pour améliorer la qualité des soins auxquels il
a droit
Exactement. Parce que, et c'est la première chose qu'on
apprend en pédiatrie : l'enfant n'est pas un petit adulte,
n'est pas un adulte en miniature. Il est différent dans
ses besoins et dans ses pathologies. Il faut le traiter comme
il est, en respectant ses spécificités.
Dernière question : c'était un sacrifice de revenir
à Maurice pour vous au niveau de la reconnaissance, des
salaires ?
J'étais assistant chef de clinique en France, mais ce que
je fais à Maurice, dans d'autres conditions, certes, me
donne l'occasion de pratiquer mon métier comme je ne pourrais
jamais le faire ailleurs. C'est inestimable !
Hôtellerie
Sanjiv Ramdanee: "Le Maradiva est un produit unique à
Maurice"
Le Maradiva, anciennement Taj Exotica, vient de lancer une promotion
comme hôtel haut de gamme. Son Executive Manager nous en
donne les raisons.
Sanjiv Ramdanee, vous êtes le Chief Executive de Mauriplage
Ltee, compagnie propriétaire de l'ancien Taj Exotica. Vous
avez mis fin au contrat de gérance de cette hôtel
par le prestigieux groupe indien Taj. Estimiez-vous que le Taj
n'était pas suffisamment bon pour votre hôtel ?
Disons que c'est une décision qui a été prise
entre le groupe Taj et Mauriplace à l'amiable
On ne prend pas une décision stratégique de cette
importance, à l'amiable ou pas, sans raison. Vous n'étiez
pas satisfait de la gestion du groupe Taj ?
Je ne dirais pas que nous n'étions pas satisfaits. Mauriplage
avait une vision de l'approche du management et du marketing différente
de celle du Taj. Je vous le répète : nous nous sommes
séparés à l'amiable et nous avons repris
l'hôtel le premier mars de l'année dernière.
Avez-vous des partenaires pour la gestion de ce "nouvel"
hôtel ?
Non, Mauriplage est un groupe familial. Il nous fallait quelqu'un
qui puisse assurer l'opération de l'hôtel à
un top niveau. Nous avons recruté Francis Longuege qui
a été numéro deux du Crillon à Paris,
directeur de l'hôtel de Paris à Monaco pendant sept
ans et a fait trois ans à la Palmeraie de Marrakech.
Pourquoi avoir choisi comme nouveau nom le Maradiva ?
Il fallait un nouveau nom pour faire redémarrer l'hôtel.
Nous avons pris contact avec une firme anglo-américaine
spécialisée dans le branding. Elle a travaillé
sur le nouveau concept et nous sommes tombés d'accord sur
le nom. Notre stratégie est de consolider notre présence
sur les principaux marchés touristiques haut de gamme qui
sont essentiellement européens : La France, l'Angleterre,
l'Allemagne, ensuite la Russie et le Moyen-Orient
pas le marché indien ?
Pour le moment, Maurice n'est pas perçu comme une destination
haut de gamme en Inde. Donc, notre politique est de consolider
notre présence dans les marchés européens
haut de gamme.
Du coup, le Maradiva a pour concurrents directs à Maurice
le Royal Palm, le Touessrok entre autres. Vous ne manquez pas
d'ambition, en tout cas !
Nous sommes dans le créneau cinq étoiles plus, comme
les hôtels que vous venez de mentionner qui sont excellents
et ont une bonne réputation. Mais nous sommes différents
et en fait il n'y a pas de produit similaire au Maradiva à
Maurice.
Ah bon ! Quelle est la spécificité du Maradiva
?
Nous n'avons que 65 chambres disséminées sur un
terrain de 27 arpents, ce qui nous donne la possibilité
de personnaliser chacune de nos chambres et, partant, le séjour
de chacun de nos invités. Nous sommes un produit unique
à Maurice en termes d'espace.
Avec le Taj, Exotica vous étiez, géographiquement,
du côté de Bollywood, votre nouvelle stratégie
vous emmène aujourd'hui du côté de Hollywood.
On a vous a beaucoup vu en photo à côté des
vedettes de l'écran américainn ces jours-ci. S'il
est facile pour un directeur d'hôtel de se faire photographier
lors d'une manifestation à côté de vedettes,
il est beaucoup plus difficile de faire venir ces mêmes
vedettes à Maurice. Etes-vous en train de réussir
ce nouveau positionnement ?
Je ne suis pas sûr que ce soit facile pour n'importe quel
directeur d'hôtel de se faire inviter aux Golden Globes
Awards. C'est vrai que faire venir ces vedettes à Maurice
n'est pas facile mais nous sommes en train de travailler sur ce
dossier.
La clientèle que vous ciblez tient beaucoup à
préserver son intimité. La campagne de promotion
que vous avez lancée ne risque-t-elle pas de jouer contre
cet objectif ?
Pas vraiment. Une de nos priorités est de préserver
l'intimité de nos clients. Nous avons déjà
eu des vedettes invitées chez nous dans la plus totale
discrétion. C'est également une différence
entre nous et certains établissements mauriciens qui font
la promotion à travers leurs clients. Ce que nous voulons
assurer, c'est le bouche à oreille qui est la meilleure
publicité au sein de cette communauté de célébrités
que nous visons.
Mais si vous visez cette "communauté de célébrités"
pourquoi l'actuelle campagne de promotion de Maradiva dans la
presse mauricienne ?
C'est juste un positionnement pour expliquer les objectifs de
notre hôtel aux Mauriciens. C'est juste une information
qu'il nous semble utile de faire connaître, sans plus.
Comment le Chief Executive du cinq étoiles plus que
vous êtes a pris le reportage de la chaîne de télévision
française M6 sur le produit touristique mauricien qui brade
ses prix ?
Nous continuons à faire la promotion de notre produit dans
le marché haut de gamme. Mais c'est vrai qu'on nous parle
de certains opérateurs qui bradent les prix à tort
ou à raison, ce n'est pas le problème. Mais c'est
vrai aussi que l'on peut voir dans Paris des affiches publicitaires
vendant Maurice pour moins de mille euros par semaine tout compris.
Mais ceci dit, la clientèle de Maradiva n'est pas concernée
par ce genre de promotion, ce qui n'empêche pas que ce genre
d'affiche et de campagne nuit a l'image de la destination.