La Government General Services Union (GGSU) revient à la
charge sur le dossier de la formule de calcul de la pension des
fonctionnaires au moment de la retraite. Après une première
tentative au mois d'octobre de l'année dernière
en vue d'obtenir des amendements au Pension Act pour remédier
à ces lacunes, ce syndicat de la fonction publique a fini
par arracher l'institution d'un comité de haut niveau sous
l'égide des Finances en vue de procéder à
des analyses détaillées de la situation et de soumettre
des recommandations pour des amendements à la loi si besoin
est. Pour le président de la GGSU, Rashid Imrith, la formule
en vigueur et proposée par le Pay Research Bureau (PRB)
avec l'extension de l'âge de la retraite à 65 ans,
constituerait un gros désavantage pour les fonctionnaires.
Interrogé après la première séance
de travail au ministère des Finances, vendredi après-midi,
Rashid Imrith n'a pas manqué de souligner l'importance
de ce dossier pour tous les fonctionnaires indistinctement. "Cette
affaire de pension touche tous les membres de la fonction publique,
qui se retrouvent lésés avec la formule préconisée
dans le rapport du PRB. J'avais soulevé la question dans
une première correspondance adressée au Prime Minister's
Office en date du 19 octobre 2009. La requête fut transmise
aux Finances une semaine après mais, depuis elle était
restée sans réponse jusqu'au début du mois
dernier quand j'avais eu l'occasion de rappeler au vice-Premier
ministre et ministre des Finances que ce dossier était
In Abeyance depuis au moins trois mois à son ministère.
Finalement, nous avons pu avoir une première rencontre",
devait-il faire comprendre.
Dans un mémoire portant sur une analyse comparative de
la formule, le président de la GGSU démontre que
les fonctionnaires sont pénalisés avec les limitations
imposées par le PRB en ce qui concerne le nombre de mois
de service dans le calcul de la pension, soit 400 mois (33 1/3
années) pour les fonctionnaires et autres employés
des corps para-étatiques en poste au 30 juin 2008 et 460
mois (38 1/3 années) pour ceux se joignant au service après
le 1er juillet 2008.
(A inclure ici le tableau intitulé "Pension Computation
in respect pof a worker)
Ainsi, tout fonctionnaire se joignant au service Civil à
l'age de 20 ans et prenant sa retraite à 65 ans, aura accompli
45 années de service, soit 540 mois. "Under the
present Pension Formula, the worker and his/her employer will
pay pension contribution in respect of : 540 - 400 = 140 months
pensionable service (for officers in post as at 30 June 2008,
and 540- 460 = 80 months pensionable service (for officers joining
the service on or after 01 July 2008), that will not be taken
into account in the calculation of his/her gross pension",
souligne le président de la GGSU.
Pour contourner cette difficulté et rétablir les
fonctionnaires dans leurs droits au moment du départ à
la retraite, la GGSU propose que le "Total Length of Service"
soit tenu en ligne de compte au lieu des plafonds de 400 mois
ou de 460 mois. "These contributions over and above will
not be taken into account in the calculation of his/her gross
pension. He/she will thus be cheated of his/her pension contribution
for these months. With a view to preventing this, the GGSU is
proposing that the total Length of Service of a public sector
worker should be taken into account in the computation of his/her
Gross Pension", fait ressortir le président de
la GGSU.
Les comparaisons font voir qu'avec la formule actuelle, le fonctionnaire
touchant des salaires moyens de Rs 20 000 par mois se retrouve
avec une "Gross Pension'" réduite de l'ordre
de Rs 56 000 sur un montant de Rs 160 000 annuellement si le plafond
de 400 mois est maintenu comme le démontrent les tableaux
suivants
En résumé, le président de la GGSU souligne
que "if the pension formulae remains unchanged : the worker
in post as at 30 June 2008 (reference Case A and Case B) will
earn a gratuity of Rs. 500 000 instead of Rs. 675 000 plus a reduced
pension of Rs. 120 000 instead of Rs. 162,000 annually, or a gross
pension of Rs. 160 000 instead of Rs. 216,000 annually".
Même scénario de préjudice pour les fonctionnaires
se joignant au service Civil après le 1er juillet 2008,
soit une "Gratuity" de Rs 500 000 au lieu de Rs 586
957 avec une pension réduite de Rs 120 000 annuellement
au lieu de Rs 140 870 ou une "Gross Pension" de Rs 160
000 au lieu de Rs 187 826.
La GGSU attire également l'attention sur le fait que le
fonctionnaire et le gouvernement sont appelés à
contribuer mensuellement jusqu'à hauteur de 18% des salaires
jusqu'à l'âge de la retraite à 65 ans avec
des risques d'"Underpayments" comme suit :
En conclusion, Rashid Imrith trouve que "in order that
no employee is cheated of any fraction of his/her pension contribution,
the GGSU is proposing that the total length of service is taken
into account in the calculation of Gross Pension". Le
président de la GGSU ne cache pas sa satisfaction devant
cette première manche avec la réunion de vendredi,
mais s'appesantit sur la nécessité d'une vigilance
à toute épreuve pour que les travaux s'accélèrent
et que les amendements nécessaires à la loi soient
apportés dans les meilleurs délais en vue de ne
pas pénaliser indûment les fonctionnaires partant
à la retraite.
Rodrigues
Johnson Roussety rapporté au PM par GSC-Solodarité
Le chef commissaire de Rodrigues, Johnson Roussety, se retrouve
ces jours-ci à la Une de l'actualité avec d'une
part, en position de force après avoir obtenu que des sanctions
soient prises contre l'Island Chief Executive du conseil exécutif
de l'Assemblée Régionale de Rodrigues suite à
des problèmes survenus depuis le mois de novembre dernier.
D'autre part, les principaux animateurs de la confédération
syndicale de gauche, CSG-Solidarité, ont écrit officiellement
au Premier ministre, Navin Ramgoolam, pour dénoncer "la
campagne de persécution" orchestrée par le
chef commissaire contre le président de la Rodrigues Government
Employees Association (RGEA), Alain Tolbize.
En fin de semaine, le gouvernement avait pris la décision
de mettre un terme au contrat de Jean-Claude Pierre-Louis en tant
que Chief Island Executive et de le "Demote" à
ses fonctions antérieures en tant que "Departmental
Head" à la Commission de l'Agriculture de l'Assemblée
Régionale de Rodrigues. Cette décision a été
prise sur la base des conclusions d'une enquête confiée
par le Premier ministre au président du National Pay Council,
Kris Ponnusamy.
Se basant sur une escalade de situations conflictuelles depuis
au moins novembre de l'année dernière, Kris Ponnusamy
a conclu en des positions irréconciliables entre ces deux
personnalités et susceptibles de porter préjudice
à l'intérêt supérieur de Rodrigues.
La sanction a été communiquée officellement
aux concernés en fin de semaine.
Mais, Johnson Roussety s'est retrouvé dans le collimateur
de CSG-Solidarité suite à des conflits avec le président
de la RGEA. L'intervention du Premier ministre a été
sollicitée en vue de mettre un terme à cette "persécution
syndicale" et pour atténuer les "ardeurs anti-syndicales"
du chef commissaire, qui a pris en grippe le syndicaliste rodriguais
en raison de son opposition à la politique de privatisation
de l'eau et d'autres services publics dans l'île.
"This anti-union persecution is being carried out in order
the stifle trade union's and peoples' opposition to the policy
of the Rodrigues Regional Assembly to privatize water and other
public services in Rodrigues", notent Serge Jauffret,
Atma Shanto, Giandeo Peeharry et Ashok Subron de CSG-Solidarité.
Plus loin, ils aexhortent le Premier ministre de prendre les mesures
nécessaires et que "instead of participating in
this debate in a civilized manner, and instead of counter attacking
the union's arguments on the issue of privatization and water,
the Chief Commissioner has adopted a megalomaniac and authoritative
posture. He has opted to deal with the whole issue as personal
matter. He has since the end of last year launched a personal
intimidation and persecution campaign against the President of
the RGEA. The Chief Commissioner has been abusing its authoritative
power, running slander campaign through a newspaper under its
control and circulating highly defamatory 'anonymous' pamphlet
to attack Alain Tolbize : a President of a union who have only
defended the rights of its members and raised issues affecting
the livelihoods of the peoples of Rodrigues".
La CSG-Solidarité n'écarte pas la possibilité
de lancer une campagne internationale de dénonciation des
méthodes abusives du chef commissaire contre des syndicalistes.
Femmes courage
"Kapav koz zourné la fam kan pran nou pou moins
ki zanimo ?"
Nuit et jour, elles se relaient auprès des ex-planteurs
de Riche-Terre qui en sont à leur 17e jour de grève
aujourd'hui. En dépit des intempéries, malgré
la fatigue, malgré l'angoisse, elles accompagnent leurs
époux, enfants, ou proches dans ce combat. "Nou
enn sel fami. Tou planter enn sel fami", disent-elles.
Depuis plus d'une quinzaine de jours maintenant, leur quotidien
est rythmé par la crainte qu'un des six grévistes,
totalement affaiblis, perde la vie. Entre les difficultés
pour faire bouillir la marmite, envoyer les enfants à l'école
et tenter de gagner leur vie
, ces femmes, dont certaines
sont elles-mêmes d'anciens planteurs à Riche Terre,
se disent rongées par l'inquiétude.
Elles sont "révoltées" de l'attitude
des autorités et avouent être "déçues"
du manque de considération à leur égard.
Alors qu'on célébrera demain la Journée internationale
de la Femme, ces femmes courage, installées auprès
des six grévistes de la faim, se demandent : "Eski
ou kroir kapav koz zourné la fam kan pé pran, nou
fam-planter, pou moins ki zanimo ?" Elles sont prêtes,
confient-elles, à entamer elles aussi une grève
de la faim pour que leur voix soit enfin entendue, et que justice
soit faite.
Bien que la femme soit à l'honneur, elles se demandent
si les autorités, plus particulièrement la ministre
de la Femme, Indira Seebun, sont fières de "sa bann
fam ki dan soley, ki kiltiv later, mé ki Premie minis finn
dir zot al krévé ?" Les paroles du Premier
ministre, Navin Ramgoolam, à l'égard des grévistes
de la faim de Riche-Terre, sont ancrées dans la mémoire
de ces femmes. Aurela Édouard, Fleurette Casimir, Suzie
Maoola, Rosemay Jodha, Tanuja Dullowa, Swabhagiawutty Doolary
et Angélique Jean Louis, quelques-unes d'entre elles que
nous avons rencontrées hier, se disent "blessées
ki enn Premie minis finn koz koumsa.""Premier minis
sipozé enn papa pou nou. Mé li pé préfer
laisse nou krévé", estiment ces femmes,
dont certaines sont d'ex-planteurs de Riche Terre et d'autres
des proches des 23 planteurs qui militent pour leurs droits. Elles
font d'ailleurs ressortir que Navin Ramgoolam a prêté
serment en tant que Premier ministre "pou bien-être
lépep et pas pou dir zot krévé."
Depuis plus de quinze jours, elles sont au chevet des six grévistes.
"Nou la pou encouraz sa six zom ki bien courazé
la. Zot pé fer la grev lor nom 23 planter, lor nom 23 fami.
Zot finn met zot lavi en ze pou nou. Gramatin, asoir, nou essaye
accompagn zot", expliquent-elles. Malgré la fatigue
et la maladie, elles tiennent à se retrouver aux côtés
de ces six hommes. "Asoir pa dormi. Mem kan lakaz nou pa
dormi. Parski non selmen nou trakasé pou nou bann pross,
mé trakas lakaz fatig nou latet."
"Gouvernma finn arrass nou boussé manze"
"Nou dan la soufrans", racontent ces femmes,
confiant leur déchirement de voir se détériorer
chaque jour l'état de santé des grévistes.
Mais elles tentent, tant bien que mal, de se rassurer mutuellement.
Chacune raconte les soucis quotidiens auxquels elle doit faire
face depuis que l'État a décidé de reprendre
ses terres. "Dette lor dette. Délo fini koupé.
Lalimière finn ariv Rs 7 000, pré pou koupé
zot inn dir dan biro. Napli koné kouma pou tracé
pou fini paye tou sa dette la", indique l'une d'entre
elles.
Tanuja Dullowa, dont le mari figure parmi les grévistes
de la faim, raconte combien il est difficile chaque jour d'envoyer
ses enfants en bas âge à l'école. "Pé
dir ledykasyon gratis, transpor gratis. Mé eski kapav avoy
zanfan lekol ventre vide ?" demande-t-elle. Cette jeune
mère cultivait la terre avec son mari. Mais, depuis 2007,
elle n'a pas de travail. Son cas, c'est aussi celui de nombreuses
mères de famille à qui "gouvernma finn arrass
zot boussé manze".
Mardi dernier, elles sont allées manifester pacifiquement
devant le Parlement. "Nou pé réklam nou
drwa. Dépi 4 ans nou pé laguer pou ki bann-la pran
nou problem compte. Mé personn na pa tandé",
disent-elles. Si les autorités insistent à faire
la sourde oreille, avec leurs enfants, elles descendront dans
les rues pour manifester, indiquent ces femmes qui comptent elles
aussi entamer une grève de la faim.
"Nou bann dimoun ki finn donn nou corps et âme dan
karo. Zordi pé dir nou pa mérité",
déplorent ces femmes. Le ministre de l'Agro-Industrie,
Satish Faugoo a en effet fait ressortir lors de sa conférence
de presse, vendredi dernier, que des 23 planteurs qui ont refusé
la compensation financière offerte par le gouvernement,
uniquement treize d'entre eux méritent qu'on leur alloue
un terrain en plus des Rs 120 000. Mais, pour les femmes ex-planteurs
de Riche Terre, les explications fournies par le ministre Faugoo
sont pour la plupart des "mensongres".
"Minis pé dir ki nou pa ti kiltiv la terre. Minis
pé dir ki éna entre nou pa mérité
gagné. Si li éna dignité, dir minis-la vinn
koz are nou", martèlent ces femmes. Faisant ressortir
que depuis plusieurs jours les médias ne cessent de parler
du spectacle De l'Ombre à Lumière, organisé
conjointement par le ministère de la Femme, ces femmes
s'indignent que "minis lafam pa finn mem demann li kouma
nou, fam, nou pé fer pou sirviv." "Pe dir pou
tir bann fam dan lombre pou mett zot dan lalimière. Me
nou, fam, ki a pé souffer, gouvernma pé laisse nou
dan trou."
"Boukou fosté dan séki minis pé dir",
estiment les grévistes
Les grévistes ne sont pas prêts à arrêter
leur mouvement. D'ailleurs, les propos du ministre Satish Faugoo
à leur égard et l'arrestation jeudi de leur porte-parole,
Salim Mutty, les a revigorés. En dépit de la détérioration
de leur état de santé - l'un d'entre eux est toujours
admis à l'hôpital -, ces ex-planteurs campent sur
leur position. Ils maintiennent que leur cause est ce qu'il y
a de plus juste et que "la majorité des détails
fournis par Satish Faugoo sont des mensonges."
"C'est le ministre lui-même, lors d'une réunion
à son bureau, qui nous a proposé de retirer l'affaire
en cour, cela en vue de pouvoir entamer les négociations.
Nous n'étions pas d'accord de retirer cette affaire",
disent-ils. Ils soutiennent par ailleurs disposer de toutes les
preuves qu'ils étaient tous, les 23 ex-planteurs qui ont
refusé la compensation financière du gouvernement,
actifs sur leur terrain. Ils maintiennent également qu'ils
sont toujours au nombre de 23 à refuser l'offre gouvernementale,
contrairement à ce que Satish Faugoo a indiqué en
annonçant que l'un des leurs est venu chercher, vendredi
matin, son chèque de Rs 120 000.
Selon eux, le ministre induit la population en erreur. Pour ces
grévistes, si Satish Faugoo parle d'avoir accordé
une compensation de Rs 120 000 à certains planteurs qui
n'étaient pas actifs sur leur terrain "sur une
base humanitaire", pourquoi donc lui est-il impossible
de considérer la demande de ceux qui méritent d'être
compensés à juste titre ? Pour ce qui est de leur
mouvement de grève de la faim, ces ex-planteurs expliquent
que tous les 23 planteurs ne peuvent se le permettre. "Eski
ou kroir ki enn bonomm 75 ans kapav vinn fer lagrev lafaim ? Eski
enn mama ek so piti kapav vinn anba latante et rest san manzé
?"
Les anciens planteurs de Riche-Terre soutiennent que leur demande
de compensation de Rs 900 000 et un arpent de terrain est plus
que raisonnable. "Nous savons combien nous avons dépensé
sur nos terres depuis 1985. Nous avons dû la rendre cultivable.
Nous avons dû mettre des clôtures et installer un
système d'irrigation. Certains d'entre nous sont toujours
en train de payer des dettes", expliquent-ils. Ils déplorent
que le government valuer n'a pas pris en considération
les améliorations apportées à ces terrains
de Riche-Terre avant de soumettre son rapport.
Les 23 planteurs estiment que leur cas devrait être considéré
comme celui des planteurs de cannes, afin qu'il n'y ait pas de
politique de deux poids et deux mesures. Ils assurent que "personn
pa finn mont nou latet." "Depi Clarisse House, nou ti
réfizé". Et d'ajouter que ce n'est pas
les six grévistes de la faim qui tiennent le gouvernement
en otage, mais "c'est gouvernma dépi trois ans
ki pé tenir nou en otaz". "Si le ministre
de l'Agro-Industrie voulait agir correctement, et faire preuve
de bonne foi, il serait venu à notre rencontre",
estiment les grévistes. Ces derniers souhaitent d'ailleurs
avoir un droit de réponse aux propos du ministre Faugoo
sur la MBC.
Salim Mutty, le porte-parole des grévistes, qui a retrouvé
la liberté conditionnelle vendredi après avoir fourni
une caution de Rs 5 000, indique que le mouvement de grève
perdurera tant que les autorités n'auront pas fait un pas
envers les ex-planteurs de Riche-Terre. Une réunion est
prévue demain, indique-t-il, afin de décider de
la marche à suivre.
Grève de la faim des ex-planteurs de Riche-Terre
Satish Faugoo : "Pas de négociation !"
Une mise en garde premier ministérielle. Une proposition
du leader de l'opposition. Une conférence de presse du
ministre de l'Agro-Industrie
Le cas des grévistes
de la faim, qui en sont à leur 17e jour de grève,
demeure au statu quo. Le gouvernement ne cédera
pas. Et les planteurs de leur côté sont déterminés
à continuer leur mouvement, quitte à en mourir,
disent-ils. Après quinze jours, le ministre de l'Agro-Industrie,
Satish Faugoo, est enfin sorti, vendredi dernier, de son mutisme.
Au travers d'une conférence de presse, le ministre est
revenu sur les circonstances qui ont mené le gouvernement
à reprendre possession de ces terres.
S'il est "high time", selon le ministre, qu'on
éclaircisse les détails concernant ce dossier, Satish
Faugoo a fait ressortir la position du gouvernement quant à
l'appel lancé par les grévistes de la faim. "Il
n'y aura pas de négociation", affirme-t-il, ajoutant
que "éna dimounn pé monte latet sa bann
planter-la". Pour le ministre, la lutte des grévistes
de la faim a pris une tournure politique et le gouvernement ne
cédera pas. D'ailleurs, il rejette l'idée de nommer
un facilitateur sur ce dossier, comme suggéré la
semaine dernière par le leader de l'opposition.
Qualifiant les revendications des grévistes de "irresponsables"
et "inacceptable", Satish Faugoo, qui estime
que le bon sens doit prévaloir, les a invités à
mettre fin à la grève de la faim. D'ailleurs, a
fait ressortir le ministre, un des 23 planteurs qui avait au départ
refusé sa compensation a récupéré
son chèque jeudi matin.
Le ministre de l'Agro-Industrie s'est attardé à
donné les détails sur les circonstances dans lesquelles
le gouvernement a décidé de récupérer
les terres occupées par les planteurs en vue de permettre
la création d'une ville satellite, au coût d'investissements
de plus de Rs 22 milliards par les opérateurs chinois de
Jin Fei (ex-Tianli). Satish Faugoo maintient que le gouvernement
avait fait une offre très généreuse aux 120
planteurs en leur accordant, après négociations,
Rs 120 000 et une portion de terrain d'un arpent à Bois-Marchand
ou à Arsenal, à ceux qui le méritent.
Car, en effet, soutient le ministre, des 120 planteurs qui disposaient
d'un contrat, 69 planteurs avaient arrêté toute activité
agricole depuis plus de trois ans. Toutefois, "sur une
base humanitaire", le gouvernement, qui aurait pu récupérer
leur terre, les a inclus dans la liste des bénéficiaires
et ces planteurs ont eux aussi obtenu une compensation de Rs 120
000. Or, 23 planteurs ont tenu tête, et n'ont pas souhaité
accepté l'offre du gouvernement, indique Satish Faugoo.
Et d'ajouter que de ces 23 planteurs, seuls 13 étaient
des planteurs actifs et devraient bénéficier, outre
la compensation de Rs 120 000 par arpent, d'un terrain d'un arpent
à Arsenal ou Bois Marchand. Satish Faugoo fait par ailleurs
ressortir que des six ex-planteurs actuellement en grève,
trois parmi figurent sur la liste des bénéficiaires
actifs. "Trois lézot la, pa ti pé okip zot
la terre."
Il a rappelé qu'il y a déjà un jugement de
la Cour suprême concernant la décision du gouvernement
de reprendre ses terres, moyennant une compensation recommandée
par l'évaluateur du gouvernement. Ce jugement, a indiqué
Satish Faugoo, faisait suite à la demande du gouvernement
à la Cour suprême d'émettre un eviction
order à l'encontre de six planteurs qui avaient refusé
de quitter leur terrain.
"Les planteurs concernés avaient fait appel mais
ont choisi de retirer l'affaire une semaine avant qu'elle ne soit
prise sur le fond", a souligné le ministre. "Il
faut savoir pourquoi ils ont retiré l'affaire en cour",
précise Satish Faugoo, ajoutant que ce sont ces mêmes
six planteurs qui ont entamé une grève de la faim
devant le refus du gouvernement de leur accorder une compensation
de Rs 900 000 et un terrain résidentiel de dix perches.
Selon lui, "éna dimounn ki pé mont zot la
tet." "Pourquoi six seulement font la grève ?
Pourquoi pas tous les 23 contestataires ?" a demandé
Satish Faugoo. "Que chacun assume ses responsabilités.
Six personnes ne peuvent prendre le gouvernement en otage",
estime le ministre.
A la veille de la Journée internationale de la Femme
Elles se donnent l'occasion d'être égales à
l'homme, au volant
Un jour, très bientôt, elles traverseront leur village
au volant de la voiture de leur rêve. Toutes heureuses et
fières. Elles seront encore plus indépendantes.
Mais avant de concrétiser leur vux, c'est au tableau
que les codes et autres panneaux défilent sous leurs yeux.
Au centre de Jeunesse de Rivière du Rempart, où
elles suivent des cours sur les codes de la route dispensés
par NICE (voir plus loin) et apprennent des techniques de conduite
de manière théorique, quatre futures conductrices
âgées entre 21 et 52 ans racontent leur désir
de voiture. Et à la veille de la Journée internationale
de la Femme, elles se donnent l'occasion de s'affirmer pour être
égales à l'homme au volant.
Elles ont toutes les yeux rivés vers lui. Attentives, elles
écoutent ses paroles et suivent ses moindres gestes. Lui,
sur l'estrade, micro à la main, tantôt assis, tantôt
debout, s'adresse à elles au
singulier. Pourtant,
elles sont nombreuses. Une centaine ? Bien plus. Près de
200 femmes. Au loin, cette assemblée fait penser à
une réunion de prière. Lui, ne quittant pas son
micro est très volubile. Il leur demande de répéter
après lui des termes qui disent long sur leur présence
dans le grand hall du Centre de jeunesse du village. Elles, obéissantes,
s'exécutent. De près, cela n'a rien d'un rassemblement
religieux. Sur les genoux des participantes ; jeunes, quadragénaires,
quinquagénaires, voilées, non-voilées, tika
au front, chignon relevé, en tenue traditionnelle ou en
jeans, un livre et un cahier qui rappellent que ces femmes sont
là pour apprendre. Elles font connaissance avec les codes
de la route et les techniques à maîtriser avant de
passer au volant ! Et lui, Vinod Bungsy, ou "Monsieur Bungsy",
comme elles l'appellent, n'est autre que leur instructeur. Aussi,
si elles sont très concentrées, c'est parce qu'elles
ont pour objectif de passer leur test d'oral, en vue de décrocher
leur learner, avant de s'inscrire à l'auto-école
et ensuite obtenir leur permis de conduire.
"Quand je conduirais ma voiture pour la première fois,
je mettrais de la musique à fond et j'irai faire du shopping"
Conduire ! C'est le rêve que berce chaque jour et tous les
soirs, Shabanaz Eckbarally, 21 ans, Mary-Jane Marie-Louise, 23
ans, Isha Persand, 23 ans, Lucette Cangy, 50 ans et Devi Kowlessur,
52 ans. Nos dames ont hâte de se mettre au volant et s'y
voient déjà fières et pimpantes traversant
leurs villages respectifs pour leur première tournée.
Et les voilà qui nous embarquent dans la
voiture
de leur rêve. "Il y a quelques mois, mon père
a acheté sa voiture. Le jour où celle-ci est arrivée
à la maison, je n'ai pas fermé les yeux la nuit.
Je la lave quasiment tous les jours, même que mon voisin
ne peut s'empêcher de se moquer gentiment de moi ! Depuis,
je rêve de ma voiture. Je l'achèterais quand je travaillerais.
Ce sera une M
bleue foncée. Je ne sais pas encore
où j'irai pour ma première sortie, je ferais sans
doute une balade", confie Shabanaz tout sourire. "Ma
voiture, dit Mary-Jane les yeux pétillants, sera une NM
rouge aux vitres teintées. Quand je la conduirais pour
la première fois, je mettrais de la musique à fond
et j'irai faire du shopping. " Les cheveux tirés en
arrière, Isha maquillée, coquette dans sa robe d'été,
le sera aussi dans sa voiture à la marque féline.
"Elle sera bleue", affirme-t-elle dans un éclat
de rire. Ce rire c'est pour expliquer qu'elle ne se voit pas seule
à bord de cette voiture. "Mo trouv mo ti bonom akoté
mwa. Deryer bann zenfan, zot gato dan lamé", dessine-t-elle
déjà dans sa tête. Mais, avant de connaître
ce bonheur familial dans son véhicule, Isha raconte que
sa première destination sera Grand-Bassin. Et comme elle
est fan de Shakira, la Colombienne monopolisera le lecteur de
CD de la sympathique habitante de Plaine des Riches.
"Mo pou démann enn lapriyer pou mo loto"
Lorsqu'elle quittera Belle-Vue Maurel à bord de sa voiture,
Devi Kowlessur, grand-mère et femme au foyer, se rendra,
également à Grand-Bassin, non sans un détour
par le shivala du village. "Je ne veux pas de grande voiture,
de vitres teintées et tout le reste
Mwa mo lé
enn ti loto nwar. Parski nwar fer klas. Mon époux sera
à mes côtés et ma petite-fille à l'arrière",
confie cette dernière. Pour Lucette Cangy, la voiture de
ses rêves est déjà dans sa cour à Goodlands.
"J'ai toujours dit que ma voiture devra être blanche.
Il y a peu, mon époux, qui voulait pour sa part une voiture
noire, s'est rendu chez un concessionnaire. Mon Dieu ! J'ai prié
pour qu'il n'en trouve pas et qu'il revienne avec une blanche
à la maison. Après l'acquisition, il m'a téléphoné
pour me dire qu'il me ramenait une véritable merveille.
C'était vrai, il est rentré avec la voiture de mes
rêves et elle était blanche", raconte-t-elle,
mimant le soulagement éprouvé ce jour-là.
Et de poursuivre : "Quand je la conduirais, seule, j'irai
directement à l'Assemblée de Dieu. Mo pou démann
enn lapriyer pou mo loto. "
Elle voudrait ne plus regarder d'autres demoiselles passer
à bord de leur voiture pendant ses attentes à l'arrêt
d'autobus
Ce n'est pas par fantaisie que Lucette Cangy (femme au foyer)
et ses amies ont décidé de se mettre au volant.
"De nos jours la voiture n'est plus considérée
comme un luxe mais une nécessité. La femme qui conduit
n'a plus besoin de compter sur les autres ! " avance la jeune
Shabanaz avec conviction. Shabanaz n'est pas encore mariée
et vit chez ses parents à Rivière du Rempart. Pour
se rendre à Curepipe où elle prend des cours de
management, elle voudrait bien ne plus regarder d'autres demoiselles
passer à bord de leur voiture, pendant ses attentes à
l'arrêt d'autobus. "Je suis femme entrepreneur et pour
aller livrer mes produits artisanaux, une voiture me serait d'une
grande aide. Je n'aurais plus besoin de me déplacer par
le bus", explique de son côté, Mary-Jane qui
habite au village d'Amaury. Lucette Cangy trouve que lorsqu'elle
aura son permis en poche, elle pourrait se rendre à ses
sessions de prière sans se faire véhiculer par son
époux. "Et puis, si un jour il tombe malade, je n'aurais
pas besoin de courir dans tous les sens pour trouver un taxi et
l'emmener chez le médecin", note-t-elle. Et d'ajouter
: "Si nous sortons et qu'il prend un verre, c'est moi qui
conduirais. " Devi Kowlessur ne veut pas rêver uniquement
de sa petite voiture toute noire. Elle a l'intention de l'acheter
pour être plus mobile et "dépanner", dit-elle,
sa famille. Tout comme Isha d'ailleurs.
Cependant, il y a un peu plus de trois semaines, avant que la
jeune femme, qui suit des cours d'informatique, ne découvre
les talents pédagogiques de "Monsieur Bungsy",
son père s'était farouchement opposé à
sa décision d'apprendre à conduire. "Li ti
pé per tansion mo al kraz kiksoz (rires) ! Mais heureusement
ma mère m'a défendue bec et ongles et il a fini
par céder. Je suis ravie, d'autant que dans la famille
la plupart des femmes ne conduisent pas", confie Isha amusée.
"Mo ti pé per tansion masinn rant dan kanal"
Mary-Jane, qui détient son learner, raconte que ses proches
l'ont en revanche encouragée et même taquinée.
"On m'a fait remarquer que des plus jeunes que moi arrivent
à conduire", dit-elle. Le mari de Devi Kowlessur,
qui, lui, préfère "so gro motosiklet"
à une voiture, a aussi encouragé son épouse
à se familiariser avec un tableau de bord, des pédales,
le frein manuel etc
Mais contrairement aux autres femmes
rencontrées, Devi Kowlessur n'a pas encore eu l'occasion
de passer de la théorie à la pratique. Isha, elle,
se souvient encore du jour où son "chacha" l'a
guidée alors qu'elle s'est mise au volant du 4X4 de celui-ci.
"Mo ti pé per tansion masinn rant dan kanal",
dit-elle. Mais rien de tout cela n'est arrivé. "C'est
aussi mon chacha, Reshad, qui m'a initiée", ajoute
Shabanaz. "J'avais trop peur. Linn pran mwa dan so lébra
linn met mwa asizé lin fer mwa kondir. Sa zour la mo ti
ekstra per, mé monn rési met loto dan garaz",
raconte-t-elle, fière d'avoir vaincu sa frayeur. De son
côté, Mary-Jane avait transpiré le jour où
son mari a pris la place du passager et elle celle du chauffeur.
"Monn transpiré koumsa", dit-elle en montrant
son pouce. Lucette Cangy, elle, a prévenu son mari. "Il
était partant pour une première leçon. Mais
auparavant je lui avais dit : " Si to pou kriy ar mwa, mo
pa pou aprann ", et il ne l'a pas fait. " Mais, c'est
à l'auto-école que Lucette Cangy poursuivra ses
cours de conduite. Nos interlocutrices s'accordent à dire
qu'elles feront partie de celles qui conduiront avec prudence.
"C'est connu, les femmes font moins d'accident", disent
les unes. "Ce sont les hommes qui conduisent souvent sous
l'influence de l'alcool", soutiennent les autres non sans
énumérer des multiples qualités des conductrices
!
Codes de la route : 8 000 femmes formées en 4 ans