o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 7 mars 2010



  Faits et effets… - À chacun son rôle
  Humeur - Une alliance pour qui ?
  Pris sur le vif - Bazar


Faits et effets...

À chacun son rôle
Josie Lebrasse


Disons-le d'emblée. Les jeux d'alliance ne nous intéressent que dans la mesure où elles sont susceptibles de modifier la configuration politique et de dessiner une nouvelle orientation sociale. Nous nous sommes déjà exprimés sur le côté un peu indécent des pourparlers entre le PTr et le MMM après quatre années de violentes attaques mutuelles et de dénonciations en tous genres autour du Subutex, de la corruption et même du libéralisme économique à outrance. Cela dit, il ne nous appartient pas de nous prononcer sur qui doit s'allier avec qui et de décider à la place des partis, de leurs adhérents et de leurs leaders. À chacun son rôle. Le nôtre est de rapporter les faits et de les commenter. Aux décideurs de décider.

Cette mise au point était nécessaire parce que certains politiques, frustrés de ne pas être dans le secret des dieux des négociations d'alliance, ont accusé les journaux d'inventer des rencontres et de favoriser telle alliance plutôt que telle autre. Ce n'est quand même pas de la faute des journalistes si, un samedi, Nita Deerpalsing et Deva Virahsawmy montaient sur leurs grands chevaux pour nier tout projet d'alliance de leur parti avec les mauves et que, bien qu'ayant pris connaissance de leurs propos si catégoriques, Navin Ramgoolam ait choisi, dès le lendemain, de rencontrer Paul Bérenger à la Clarisse House.

S'ils étaient devenus les dindons de la farce et s'ils doivent s'en prendre à quelqu'un, ce n'est pas aux journalistes qui, faut-il le rappeler, n'ont aucune compétence ni de contrôle sur l'agenda des dirigeants politiques. Le Premier ministre a déjà dit qu'il n'avait pas confiance dans ses ministres. On ne pense pas que cela est radicalement différent pour ses collègues de parti. S'il ne les informe pas de ses démarches en vue de constituer une nouvelle plate-forme dans le cadre des prochaines élections générales, ce n'est pas de notre faute.

Il y a aussi ceux qui reprochent aux journalistes d'être à l'affût du body language de nos dirigeants politiques et de veiller à la qualité de leurs sourires ou de leur poignée de mains. Ici aussi, nous répétons : à chacun son rôle ! Lorsque des discussions autour d'une éventuelle alliance ont été reconnues par les principaux protagonistes, dans un camp comme dans l'autre, c'est d'un intérêt certain pour le grand public de savoir comment cela se passe réellement entre eux.

C'était une nouvelle que de découvrir les protagonistes du déjeuner du 2 février à la State House autour de l'ex-président Joaquim Chissano, comme c'est aussi intéressant pour nos lecteurs de savoir comment ont évolué les rapports entre le Premier ministre et le leader de l'opposition depuis que toute l'île Maurice sait qu'ils sont engagés dans des discussions en vue de contracter une alliance. Quoi de mieux que des photos pour illustrer tout ça. Les expressions des uns et des autres traduisent mieux que des kilomètres de textes une situation, à un moment donné.

Le Star de notre collègue et ami, le député travailliste Reza Issack, n'a-t-il pas jugé intéressant pour ses lecteurs cette photo, plutôt originale d'ailleurs, de la dernière conférence de presse du tandem Nita Deerpalsing-Deva Virahsawmy montrant le nouveau ministre des Administrations régionales, Hervé Aimé, accroupi et en sommeil, visiblement indifférent aux propos de ses collègues ?

Le bon ami et colister de Nita Deerpalsing, le leader du PMSD a, lui aussi, trouvé des boucs émissaires idéaux dans la presse. Il se permet même, lors de ses virées nocturnes, quelques faussetés en public sur certains journalistes à qui ils attribuent des rapports bien plus que professionnels avec l'un ou l'autre de nos dirigeants politiques. Des commentaires dignes d'un "désorienté" en mal d'arguments. Mais soyons indulgents, il a reconnu, lui-même sur les ondes de Radio One mercredi, qu'il y a "du stress et des tensions au sein de l'alliance sociale." Il a tout l'air d'en être profondément marqué.

Il nous accuse de "l'attaquer". En tout cas, nous ne l'attaquons, ni lui, ni son PMSD. Pas plus que Navin Ramgoolam d'ailleurs. Le Premier ministre et leader du PTr prend un malin plaisir à remettre son parti et son ancien leader à sa place à chacune de ses interventions publiques. Lors du lancement du livre de Jean-Claude de l'Estrac, Navin Ramgoolam est revenu sur l'histoire de la chambre d'hôtel parisienne de sir Gaëtan Duval et de la base militaire française de Mahébourg et, le mardi 23 février, le lendemain de son tête-à-tête avec Paul Bérenger, il a, cette fois, sorti l'histoire du certificat de seul représentant de la population générale que SGD avait réclamé des travaillistes.

Au lieu de répondre au Premier ministre, Xavier Duval, dans un de ces actes de grand courage dont il est capable, cible certains journalistes. Mais, en fait, il n'y a rien de bon à attendre de quelqu'un qui, comme aimait le rappeler Maurice Allet jusqu'à récemment, a dit avoir "honte de porter le nom de Duval" et, qui, mécontent que les photos publiées par l'express et Le Mauricien du 11 septembre 2000, étaient trop éloquentes et trop annonciatrices d'une victoire sans appel de l'alliance MSM-MMM, jour du scrutin, s'organisa pour acheter toutes les copies de ces deux journaux dans la région de Curepipe, où il avait été contraint de se réfugier après avoir été élu, une année seulement auparavant, à Beau Bassin-Petite Rivière, à cette partielle qui consacra le bribe électoral, avec l'ami Stauffer distribuant de l'argent aux électeurs et d'autres assurant la distribution de cahiers d'école et de billets de cinéma.

Aussi, un conseil à ceux qui veulent nous mêler à leurs petites combines, qui nous rendent responsables de leurs malheurs, supposés ou avérés, ou qui sont incapables de maîtriser leur état d'âme, un bon conseil, allez voir ailleurs ou, alors, allez consulter




Humeur

Une alliance pour qui ?
Jean-Claude Antoine


Le feuilleton du mariage annoncé par un seul des deux fiancés commence à tourner à la farce. Depuis bientôt quinze jours, c'est seulement du côté mauve que l'on entend parler de ces noces alors que Navin Ramgoolam ne dit mot - ce qui ne veut pas forcément dire qu'il y consent - et vaque à ses occupations et sourit. Par contre, Paul Bérenger joue à la mouche du coche (supposément) nuptial, sourit dès qu'il voit apparaître Navin Ramgaoolam et se précipite pour lui serrer la main, les coudes ou tout ce qu'il peut attraper comme on a pu le voir en très gros plan hier à la Une de Samedi Plus. On a également vu que depuis l'annonce de l'alliance, le leader des mauves s'est même fait faire une nouvelle coiffure - prématrimoniale ? Face à tous ces revirements, Navin sourit. De contentement prénuptial affirment des mauves experts en body language. Avec le sadisme de l'araignée qui voit sa proie s'empêtrer à chaque mouvement dans sa toile bien tissée, assurent les anti-alliances rouges. Qui sont aussi embarrassés que les mauves et ne savent plus que dire. Cette incapacité à parler est d'ailleurs le seul et unique point commun entre le MMM et le PTr, ces jours-ci et conduit à des situations qui contribuent à la farce. C'est ainsi que Nita Deerpalsing, membre du Bureau politique rouge, membre de la fameuse commission pour la démocratisation de l'économie et député PTr, qui d'habitude ne mâche pas ses mots, est intervenue dans un débat radiophonique l'autre jour en tant que simple "citoyenne". C'est en cette qualité qu'elle a dénoncé le grand capital qui imposait l'alliance PTr/MMM au pays. Tiens, je croyais que depuis juillet 2005, c'est l'Alliance sociale qui détenait le pouvoir politique. A quel moment a eu lieu ce changement ? Du côté MMM, Rajesh Bhagwan qui ne ratait pas une occasion pour intervenir sur les radios - et au besoin créait les occasions - joue aux abonnés absents. C'est également le cas de Vishnu Lutchmeenaraidoo qui a complètement disparu de la circulation. On le comprend : il vient de passer quatre ans à démontrer que la politique économique de l'Alliance sociale et de son ministre des Finances était suicidaire et qu'elle menait le pays à la catastrophe et appauvrissait davantage les Mauriciens et il découvre que c'est avec cette même Alliance sociale que le MMM qu'il avait réintégré est en train de se remarier. Pauvre Vishu qui, si l'alliance se concrétise, va être obligé de renouer les liens de famille avec son petit cousin préféré qu'il appelait le valet du FMI et qui le surnommait, en retour, rasoir.

Mais il n'y a pas que Vishnu Lutchmeenaraidoo et Dinesh Ramjuttun qui seront les seules victimes collatéraux de ce remariage annoncé. Il y a aussi les 45 candidats du MMM présentés en grande pompe comme étant la nouvelle sève mauve, ceux qui allait permettre au parti de sauver le pays des griffes de l'Alliance sociale et de Navin Ramgoolam. Ces candidats qui avaient commencé à travailler dans les circonscriptions qui leur avait été attribués et que l'on montrait à tour de rôle lors des conférences de presse du samedi auront à céder leurs places aux nouveaux alliés rouges qu'ils étaient censés combattre. Pour les consoler, on leur aurait promis des tickets aux prochaines élections municipales. Et si le PTr décidait d'étendre l'accord pour les législatives pour les municipales dans les mêmes proportions ? Hé bien, on donnera à ces jeunes qui n'auront pas de ticket aux législatives et aux municipales une investiture pour les élections villageoises. Avec cette alliance et ces permutations, marqué-gardé, le MMM va se renouveler et continuer à être plus fort que jamais. Mais comment peut-on être le parti le plus fort du pays et se contenter d'un rôle de junior partner dans une alliance avec moins d'un tiers de tickets ? Je suis sûr qu'aucun membre du MMM - vieille garde et nouveaux venus confondus - n'a osé poser cette question à leur leader. Mais les Mauriciens n'ont aucune discipline du parti à respecter, ni aucune crainte de ne pas avoir un petit boutte - une présidence de corps para-étatique, un job de conseiller, une nomination ici ou là. Ils commencent à en avoir assez de ces politiciens qui leur répètent pendant quatre ans que leur adversaire politique est le diable avec tous les péchés de la terre pour subitement découvrir qu'il est le prince charmant en personne. Les Mauriciens commencent, heureusement, à se fatiguer des politiciens qui les prennent pour des moutons de Panurge. D'autant plus qu'avant même qu'ils ne soient consultés, on a déjà annoncé qu'ils vont plébisciter l'alliance par un autre 60-0. Paul Bérenger a même commencé à annoncer qu'il ne fallait pas avoir peur d'un tel score. Autrement dit, le MMM sera le rempart contre les éventuelles dérives qu'un 60-0 pourrait faire naître dans la tête de Navin Ramgoolam. Qui, il est bon de la rappeler, a souvent regretté que l'électorat ne lui ait pas donné en 2005 une majorité de trois quarts.

Que l'alliance PTr/MMM se fasse ou non, les électeurs ont intérêt à bien réfléchir avant de remplir leur bulletin de vote aux prochaines élections. Après, il sera trop tard pour dire je ne savais pas ou je croyais que.




Pris sur le vif

Bazar
Jean-Claude Antoine


- Tu as vu cette vidéo-là, toi ?

- Ne me dis pas qu'il y a encore une vidéo porno avec des Mauriciens en circulation ! On connaît les " acteurs " ?

- Aio, tu es pire que les hommes toi… il n'y a que ça qui t'intéresse dans la vie…

- Ne viens pas faire ta grande hypocrite avec moi-là, hein ! On dirait que ça ne t'intéresse pas du tout, toi, que tu es une sainte. En tout cas c'est pas moi qui ai été chercher du viagra pour donner un " boost " à mon bonhomme !!!!

- Bouche ta bouche un peu, donc. Tu vois comme tu es : je te confie un secret et tu vas hurler ça sur tous les toits. Après tu es étonnée quand on te dit rien. Moi, je te parle pas de vidéo porno, je parle de la vidéo du bazar.

- Qu'est-ce que c'est que cette affaire-là ?

- Tu ne sais pas que des commerçants de Rose-Hill ont fait une vidéo de la ville et de son bazar ?

- Je ne savais pas. Ils ont fait ça pour participer à un concours organisé par la municipalité ?

- Non, toi. Ils ont fait ça pour dénoncer le manque d'hygiène dans la ville, surtout chez des marchands bazar.

- Ca j'ai toujours dit : ces marchands bazar qui vendent les légumes sur les trottoirs, c'est pas possible, toi. Dans un pays civilisé on ne peut pas autoriser ça. Moi si jamais par hasard j'achète des légumes avec eux, ce qui arrive rarement, je mets à tremper dans une solution pour tuer les microbes avant de cuire. On n'a pas besoin de faire une vidéo pour montrer qu'ils ne respectent pas l'hygiène ces marchands de bazar sur la rue-là.

- Je ne te parle pas des affaires que l'on vend sur les trottoirs, mais des choses qu'on vend dans le bazar même.

- Mais dans le grand bazar il n'y a pas des inspecteurs sanitaires de la municipalité qui travaillent ?

- On dirait que non sinon on n'aurait pas vu les horreurs qu'il y a sur la vidéo des commerçants dans la section viande fraîche du bazar.

- Qu'est-ce qu'on voit comme ça sur cette vidéo-là ?

- Des rats, ma chère. Des rats gros, gras, comme des petits chats.

- Quoi ? Tu veux dire qu'on vend de la viande de rat dans ce bazar-là !!! Quelle horreur…

- C'est une véritable horreur. Moi quand j'ai vu la vidéo, j'ai failli rejeter je te dis. Heureusement que j'ai pu me retenir, toi…

- Mais qu'es-tu en train de me raconter-là : on vend des rats au bazar. Qu'est-ce que c'est : il y a des bouchers pour rat aussi maintenant à Maurice…

-… pas du tout, ces rats sont vivants…

- J'ai pas bien compris là. Tu veux dire qu'il y a des rats vivants dans la section boucherie du bazar de Rose Hill ???

- Oui, toi. On les voit bien sur la vidéo je te dis.

- Mais où ça ils sont ces rats ?

- Tu ne vas pas croire, toi, mais on voit bien sur la vidéo : ils se promènent entre les morceaux de viande sur la table des bouchers.

- Aio, tu vas me faire rendre mon thé de ce matin. Tu dis que les rats se promènent autour des morceaux de viande qu'on va vendre !!!! En tout cas moi je vais faire comme ma fille : je vais me faire végétarienne. Mais dis-moi il y a aussi des rats dans la section légume du bazar ?

- Ca je peux pas te dire.

- Mais ce pays est en train de "grainer" en petits morceaux, toi. J'aurais dû partir en Australie avec mes parents. Sans mon couillon de mari-là, je serais citoyenne australienne aujourd'hui. Depuis quand les commerçants ont fait voir leur vidéo-là ?

- Depuis le commencement de cette semaine je crois.

- Et qu'est-ce que la municipalité dit ?

- Tu sais, les conseillers sont tellement en train de "la guerre" entre eux-mêmes qu'ils n'ont pas le temps de faire autre chose. Seule affaire qu'ils ont fait ils ont empêché les commerçants de faire une conférence de presse dans une salle de la municipalité.

- Sa même tout ?

- Oui, toi.

- Ca qui s'appelle que ces conseillers-là sont des n'imp…. Et le ministre de la Santé : tu te rappelles son cinéma à l'aéroport pour la grippe A ? Il vient d'organiser une grande parade avec ses officiers avec des blouses blanches au Champ de Mars, pour dire à quel point son ministère est efficace dans le respect des normes sanitaires. Et il n'a pas encore fait fermer le bazar de Rose-Hill avec des scellés sur les portes !!! Qu'est-ce qu'il attend : que les rats mordent les consommateurs ?! Tu te rappelles le cinéma qu'il avait fait pour l'affaire de poulet Kentucky. Le ministère de la Santé avait fait fermer tous les Kentucky pour protéger la santé des Mauriciens pendant je ne sais combien de jours parce que les inspecteurs avaient trouvé un microbe dans le poulet frit…

-… ca c'est ce qu'ils avaient dit en premier. Après ils ont changé et sont venus dire qu'une étiquette était mal écrite, ça même ils avaient empêché de vendre les Kentucky.

- On dirait que c'est plus facile pour le ministre de la Santé de mener la bataille de l'hygiène contre des étiquettes de produits congelés que contre des rats vivants !!!





o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 7 mars 2010