o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 7 février 2010



  Faits et effets… - Mind your language…
  Juste pour rire - SAJ n'attend plus le train, il se fait lui-même chef de gare !


Faits et effets...

Mind your language…
Josie Lebrasse


Il a beaucoup été question cette semaine de langue, de langage et d'expression. Commençons par ce qui est positif. On avance sur le front de la reconnaissance du kréol avec l'annonce du Premier ministre que cette langue nationale pourra être prise comme sujet optionnel à l'école. La conversion est trop soudaine pour ne pas être un peu suspecte. Et le jour où la décision a été annoncée par Navin Ramgoolam, un 1er février, trop symbolique pour ne pas relever du champ de l'opportunisme politique.

Il y a à peine deux semaines, le ministre de l'Éducation, Vasant Bunwaree, disait que le gouvernement n'était pas "convaincu". Il était resté dans tellement de généralités que l'on avait même cru qu'il remettait en question l'utilisation du kréol comme médium d'enseignement. Le PM lui-même, en plein débat sur cette question, avait laissé apparaître une certaine réticence. D'autant que ses soutiens les plus vocaux au niveau socio-culturel avaient fait une sortie en règle contre le kréol en langue optionnelle à l'école.

Mais, voilà, on est à la veille des élections et il n'est pas question d'ouvrir des foyers de tension surtout lorsque les sujets concernés sont à fort contenu émotionnel et symbolique. Et que des voix, ici aussi, bien influentes se sont mises de la partie pour appuyer la demande. Après le kréol, après l'ACIM, faut s'attendre à tous les revirements possibles d'ici la date des élections générales.

Venons-en maintenant au "petit crétin" qui a été la vedette de la semaine. Le leader de l'opposition, à qui on ne dira jamais assez "mind your language", a eu une expression malheureuse et il s'en est expliqué hier à sa conférence de presse. Nul n'est à l'abri de la critique. Mais encore faut-il qu'elle se fasse dans les limites de l'honnêteté et de la mesure. Paul Bérenger aurait certainement pu faire l'économie d'une telle expression vis-à-vis de Pravind Jugnauth. Venir parler, comme l'a fait Nando Bodha, de "mentalité colon", est excessif et, surtout, bourré de relents racistes et communaux. S'il parle de "colon", c'est uniquement parce que la peau du leader de l'opposition est d'une certaine couleur. Lui aussi devrait "mind his language" au lieu d'essayer d'attiser la division communale.

Ah bon, c'est avoir une mentalité de colon que de traiter quelqu'un de "petit crétin", qui n'est, en fait, rien d'autre qu'une version polie de "ti couillon" ou "ti imbécile"? Nita Deerpalsing et feu James Burty David doivent tomber dans la même catégorie puisqu'ils ne se sont pas privés pour traiter, plus d'une fois, le leader du MSM de "pinocchio" à l'Assemblée Nationale. Que doit-on donc penser et conclure de ceux qui, comme Sir Gaëtan Duval, avait parlé de "malbar sauvage" après qu'il ait été interpellé et incarcéré en 1989 suite aux dénonciations du récidiviste Shumoogum à La Caverne, à la résidence du PM d'alors, Sir Anerood Jugnauth.

Sir Gaëtan Duval avait, il est vrai, eu le malheur d'appeler à voter pour Ivan Collendavelloo à la partielle du 13 juin 1989 à La Caverne/Phœnix et cela avait déplu aux Sheila Bappoo et autres Alain Laridon qui avaient fait placarder "Qui a tué Azor Adelaide?" dans tous les coins et recoins de la 15e circonscription. Et que dire de Sir Anerood Jugnauth qui avait utilisé le mot "démon" pour qualifier certaines personnes, ce qui avait provoqué une onde de choc dans le pays en 95 et qui avait abouti au second retentissant 60/0 de l'histoire du pays! Et quid de "ou fine get li, so figir kouma enn poutou rasi" envoyé par le même SAJ à l'endroit de Sheila Bappoo pendant la campagne électorale de 2000 après sa participation à un meeting travailliste à Chemin Grenier.

Puisqu'on en est au florilège des mots et des expressions les plus originaux prononcés par les hommes politiques, il est bon de souligner que personne n'avait pensé que Pravind Jugnauth était communal lorsqu'il avait traité Paul Bérenger de "serpent" ou qu'il ait un trop grand souci castéiste lorsqu'il s'était inquiété que Rajesh Jeetah et Balkissoon Hookoom, tous deux de la même caste, puissent rester au No 7.

Faut-il retourner sur les "créoline" utilisés par les travaillistes au No 11 par les adversaires de Pravind Jugnauth en 2005 pour dénigrer les origines de son épouse et les fleurs envoyées à Sir Anerood Jugnauth et son épouse traités de "vendère" sur tous les tons et sous tous les épithètes, les uns plus insultants que les autres. Tant et si bien que Lady Jugnauth, déjà épouse de président de la République, s'était jetée dans la bataille au point où la Electoral Supervisory Commission dut, pour la première fois de son histoire, la rappeler à l'ordre.

Il est vrai que ce n'est pas parce que certains dérapent que tout le monde doit en faire de même. Il faut constamment se battre pour qu'il y ait un minimum de décorum pas seulement dans les discours mais aussi dans les comportements et l'action publique. Nous ne pouvons à cet effet que saluer quelqu'un comme Reza Issack qui, sur Radio One, vendredi, loin d'emboîter le pas à Nando Bodha, a temporisé sur le "petit crétin" de Paul Bérenger, a relativisé pour demander à savoir dans quelles conditions la déclaration a été faite et finalement donner à l'incident le caractère qu'il mérite, celui de la tempête dans un verre d'eau. Le "petit crétin" avait, en effet, éclipsé la vraie question du vrai-faux déjeuner privé de la State House.

Reza Issack a choisi la correction du ton et du verbe peut-être parce qu'il avait découvert, bien avant tous les intermédiaires officiels et officieux, les vertus d'une alliance PTr/MMM, lui qui a, secrètement d'abord et bien moins après, rencontré Paul Bérenger lorsque sa vie de Lord-Maire avait été mise à rude épreuve. Tout n'est apparemment pas perdu lorsque certains politiciens sont capables d'élégance.




Juste pour rire

SAJ n'attend plus le train, il se fait lui-même chef de gare !
H M


La démarche du Président de la République, Sir Anerood Jugnauth, visant à réunir le Premier ministre Navin Ramgolam (travailliste), Xavier-Luc Duval

(PMSD) et son fils Pravin (MSM) autour d'une même table sous prétexte d'un "déjeuner privé" en l'honneur de son ex-homologue mozambicain, Joaquim Chissano, est, naturellement, interprétée comme le prélude à une recomposition de l'Alliance bleue-blanc-rouge de 1983-1990. A la seule différence que, cette fois, ce sera le Parti travailliste qui en serait la locomotive.

Si quelques-uns semblent s'offusquer d'une telle "grossièreté" de la part du Président - eu égard à l'humiliation historique que lui fit subir les mêmes travaillistes en le forçant à faire assermenter les ministres du présent gouvernement sur la place publique après le "baté condiré" de juillet 2005 - d'autres, par contre, préfèrent en sourire. Car, justement en parlant de locomotive, c'est sur, après tout, que Sir Anerood aime beaucoup les trains

Il faut, effectivement, se souvenir que, en inégalable opportuniste qu'il a toujours été tout au long de sa carrière d'homme public, l'actuel locataire du Réduit - poste où il entend d'ailleurs jouer les prolongations - a avoué dans le passé qu'il s'arrange toujours pour être à l'heure quand passe le train électoral !

C'était lors d'un meeting organisé à Rivière-des-Anguilles, en 1990, à un moment critique où le MSM, détenteur des leviers de commandes gouvernementaux mais sans, toutefois, une réelle base populaire, était sur le point de se faire abandonner sur le quai par une alliance PTr-PMSD menée par le tandem d'enfer Navin, dit Le Lion, et feu Sir Gaëtan Duval. A l'époque, c'était grâce à la pression exercée, entre autres, par le duo Jean -Claude de l'Estrac et Cassam Uteem (toujours eux!) que SAJ put conserver son poste de Premier ministre pour un quatrième mandat par le biais d'une réconciliation de la famille dite militante. Facilitée aussi par les agwas magnifiques que furent Manick Veerassamy et Gaëtan Pillay, l'alliance MSM-MMM ainsi reconstituée fut qualifiée par Sir Anerood lui- même de train de la dernière chance. Quand "train passé mo pas pou ress lor lagar", avait -t-il lancé à ce meeting non sans cynisme, lui qui venait juste, pendant plus de huit années, de faire sauter Paul Bérenger "couma enn ti bétang da lopposyon".

Comme Montesquieu, Si Anerood doit certainement savoir que la République est un régime qui demande le plus de vertus. Mais, allez faire comprendre ce qu'on appelle s'élever au-dessus de la mêlée à un père, lui-même bête politique, qui s'est assigné pour mission d'assurer l'"avenir politique de son fils Trop de différences ont séparé Sir Anerood Jugnauth du Parti travailliste depuis les années 60 pour qu'on puisse le croire mû par le seul intérêt de la Nation. Et, pour pas que Jugnauth fils "ress lor lagar", SAJ n'attend plus que passe le train. Son déjeuner privé a tout l'air d'indiquer qu'il est lui-même le chef de gare qui assemble locomotive et wagons. De là à suspecter qu'il pourrait être en train de se faire conseiller par un auguste prédécesseur qui, fort à propos, connaît les trains jusqu'au moindre boulon, il y une gare de plus qu'on pourrait franchir. Teuf ! Teuf ! teuf !





o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 7 février 2010