c o u r r i e r WEEK-END --- dimanche 7 février 2010



  Echange d'opinions avec M. Elièzer François
  Lettre Ouverte à Madame Eva Joly - Cessez votre injuste campagne


Echange d'opinions avec M. Elièzer François

(suite et fin)

Pour faire suite à notre échange d'opinions avec M. Elièzer François, leader du Mouvement Authentique Mauricien (MAM), dimanche dernier, celui-ci nous a adressé la lettre suivante afin, declare-t-il, de mettre quelques points sur les i.

D'habitude, je lis les analyses politiques de M. Marimootoo avec un grand intérêt et beaucoup de plaisir. J'ai éprouvé ce même sentiment en lisant ses commentaires suite à mon article "Quelques déboires de la communauté créole".

Je ne vois aucune raison à vouloir polémiquer avec M. Marimootoo. Au contraire, j'apprécie et je respecte ses opinions. Néanmoins, puisque M. Marimootoo et moi-même semblons être sur la même longueur d'onde sur beaucoup de points soulevés, j'aimerai pouvoir mettre quelques points sur les i.

Voyons ce que nous dit M.Marimootoo :

"D'autant que M. Eliézer François semble inviter à réfléchir si Gaëtan Duval avait eu raison de transformer son PMSD en parti national en 1967?"

Et plus loin : "A la place de M. Eliézer François, au lieu de reprocher à Gaëtan Duval d'avoir ouvert les circonscriptions à prédominance population générale, nous aurions plutôt réclamer au leader du Parti Travailliste d'émuler Gaëtan Duval en jetant tout son poids, par exemple, pour commencer, pour faire élire un candidat non-hindou à Triolet-Pamplemousses."

Et voilà ce que je dis : Gaëtan Duval voulait faire du PMSD un parti national avant les élections de 1967- une très belle et noble initiative ! Ce fut aussi une démarche très louable de sa part. Mais à quel prix ? Au détriment de quelle communauté ? Qui devait payer les pots cassés si ce n'était pas la population générale (les créoles en particulier.)

Le drame pour la population générale au début des années 60-67 fut l'obsession de Gaëtan Duval de jouer la carte communale des minorités. Tangavel Narainen et D. Moorghen étaient conseillers à la municipalité de Port-Louis, représentant la communauté tamoule, pour les besoins de la cause. En 1963 ou 1964, il insista pour que D. Moorghen soit le premier Lord maire à la place de Norbert Poupard, non pas sur une question de mérite ou de compétence mais purement sur la base ethnique. Il voulait s'assurer de l'appui total de la communauté tamoule au PMSD. Gaëtan Duval fut même prêt à casser le PMSD en deux si Moorghen n'était pas Lord maire: il ne s'agit pas du "Hearsay", car Gaëtan était venu chez moi pour me dire de choisir de quel côté je voulrais être.

Une autre opinion de M. Marimootoo qui nous met tous les deux sur la même longueur d'onde :

"En fait - et ce qui nous donne l'occasion de dire à M. François notre désaccord avec lui -, il n'est du tout vrai d'affirmer que 99.9 % de la population générale était derrière le PMSD aux élections 1967 qui menèrent à l'Indépendance du pays."

"Si tel avait été le cas, un Raymond Rault à Port Louis/Nord-Montagne Longue, un Marcel Mason à Vacoas-Phoenix, un Harold Walter à Mahebourg-Plaine Magnien et leurs colistiers non créoles n'auraient jamais été élus députés sous la bannière travailliste dans ces circonscriptions où l'apport du vote de la population générale avait été décisif. Et, même si le vote de cette communauté créole valait cinq sous, il fut ce qui avait arrondi la roupie de l'élection de MM. Rault et consorts comme dirait l'autre."

Ici, je fais une concession à M. Marimootoo. Au lieu de 99.9 %, je dis 99% de la population générale était derrière le PMSD de Gaëtan Duval en 1967, c.à d. les 95 sous de la roupie. Ceci explique cela : la défaite des ténors du parti travailliste , "entre autres, Guy Forget, Régis Chaperon, Michaël Leal, Willy Dupré, Guy Balancy", dont M. Marimootoo a fait allusion. Moi-même, je fus battu par Sham Panchoo, à Beau-Bassin/Petite Rivière.

Donc, M. Marimootoo et moi, nous sommes quittes dans cet " échange d'opinions! "

Ce qu'il appelle cinq sous de la roupie pour le parti travailliste, moi, je le considère comme 99% derrière le PMSD 1967.

Eliézer François.


Notre réponse

Loin d'être une polémique, nous avions voulu échanger nos opinions avec M. François. Nous avons apprécié son ton correct. Mais, nous demeurons convaincus que, même si les tensions communales étaient très vives à Maurice aux élections générales de 1967 et étaient surtout entretenues par les deux blocs politiques alors dominants, chacun à sa façon, les résultats, finalement, avaient été déterminés beaucoup plus par l'idéologie de la majorité des électeurs plutôt que par les réflexes communalistes. Parmi, cette majorité, il y avait des fonctionnaires de toutes les communautés confondues qui voulaient se débarrasser des administrateurs britanniques après plus de 150 de domination, les travailleurs de l'industrie sucrière (laboureurs hindous et artisans créoles) pour lesquels le Parti travailliste représentait encore à l'époque un rempart contre leur exploitation.

Ainsi, en sus de la compétence et du mérite des candidats à la gestion du pays, c'est au niveau des idées et des idéologies qu'il faut toujours ramener le véritable débat politique. L'échange d'opinions s'arrête là.

H.M


Lettre Ouverte à Madame Eva Joly

Cessez votre injuste campagne

Chère Madame Joly,

Je voudrais faire référence aux nombreux articles de presse par rapport à votre inlassable campagne contre ces pays que vous qualifiez de paradis fiscaux, dont le dernier en date a été publié en page de grand lectorat, photos à l'appui, dans le journal Week-End de l'île Maurice, reprenant du coup de larges extraits de votre interview que vous avez accordée il n'y a pas longtemps, selon le journal mauricien, au Nouvel Observateur.

Si ce n'était pas pour votre campagne que j'estime injuste, voire de mauvaise foi, contre les pays plus pauvres que l'ensemble des pays Européens que vous représentez au Parlement à Bruxelles, ma lettre n'aurait pas eu sa raison d'être. D'autant plus que selon le journal mauricien, je cite "personne à Maurice n'ose donner la réplique à la redoutable députée Européenne Écologiste."Vous voilà servie dans un premier temps.

Dans votre croisade, vous citez beaucoup mon pays, Maurice, ainsi que d'autres pays, dont la plupart sont des pays pauvres ou en voie de développement ou encore ceux qui auront récemment réussi leur combat contre le sous-développement à l'instar de Singapour, Hong-kong, Dubai et Bahrein, mais jamais Londres, New York et Bruxelles ou se trouvent votre raison professionnelle de députée du Parlement Européen financé à grand frais par les contribuables de ces pays membres où, comme vous le savez bien, les taux d'imposition fiscale sont les plus élevés au monde.

Pourtant, selon tous les spécialistes de la finance dans le monde (et je comprends que vous êtes que politique) ainsi que la presse spécialisée, à l'instar du Financial Times, reconnaissent que ce sont ces trois grandes capitales du monde capitaliste où l'argent sale atterrisse le plus et le plus souvent, bien plus que tout l'ensemble de ces 70 pays que vous avez choisi de discriminer.

Dans le même souffle, il semble que vous passer sur une grande réalité du fonctionnement du capitalisme international. Chaque année, depuis ces dernières années, plus de 5000 milliards de dollars de capitaux franchissent les frontières des pays surtout en provenance des pays les plus nantis à la recherche de la rentabilité la plus élevée par rapport au retour sur l'investissement. Sans cette mobilité essentielle des flux financiers, le système capitaliste n'aura plus sa raison d'être.

Je ne voudrais pas vous faire la leçon du fonctionnement du système par rapport à ces flux financiers entre les pays. Ce que je voudrais par contre vous dire, c'est que certains pays plus pauvres que les autres dans leur difficile combat contre le sous-développement et la pauvreté, ont pu identifier, entre autres choses, un créneau de développement fondé sur les avantages de coûts comparatifs de la main-d'œuvre et de la fiscalité légère pour gagner une petite part de marché. Ce qui explique le développement spectaculaire de certains pays géographiquement plus rapprochés de la source de ces flux financiers, comme l'Irlande et le Luxembourg, dont le revenu par tête d'habitant est aujourd'hui parmi les plus élevés au monde.

La réalité des choses dans les pays à la recherche du développement, vous n'en pouvez rien. Comme Maurice, ces pays ont une fiscalité légère parce qu'ils n'ont pas besoin de grandes dépenses budgétaires à l'encontre de vos pays pour le maintien de vos armées de fonctionnaires notamment. Et les entreprises du monde à la recherche de la rentabilité financière en raffolent des juridictions à fiscalité légère. Les fiscalistes internationaux peuvent vous en faire la démonstration.

Pointer du doigt Maurice pour sa fiscalité légère, c'est se sentir aussi mal par rapport aux coûts comparatifs de Maurice, notamment pour ses coûts administratifs plus attrayants que ceux de leurs collègues à Londres ou à Bruxelles.

Venons-en au prétendu cas de cette multinationale de cuivre zambienne qui selon vous cède du cuivre à un prix de transfert que vous estimez immoral, sinon illégal. Je ne sais si votre accusation est fondée ou pas. J'en laisse cela aux autorités compétentes. Cependant, il est bon pour vous de savoir certaines choses surtout au nom de la justice face à une accusation aussi grave contre un Etat et un peuple dont la destinée vous est indifférente.

D'abord, même si je dois par inadvertance sous-estimer votre connaissance des pratiques de transfert des prix, il faut savoir que dans les juridictions financières institutionnellement régulées telle que Maurice, il existe des lois et des règles dites de Transfer Pricing and Arms Length rules qui sont immédiatement mises en oeuvre par les autorités financières du pays avant de permettre l'accès aux avantages fiscaux.

Bien d'autres pays n'en sont pas pour autant bien encadrés. Pourtant vous choisissez Maurice une nouvelle fois pour être l'objet de votre prétendue certitude. Comme ce fut le cas récemment impliquant des ressortissants Européens.

Maurice, même un petit pays, est un Etat de droit dans sa plénitude et pays très démocratique. Il est commode de lui jeter la pierre dans un journal de grand tirage en France surtout quand on n'a pas les moyens d'un pays puissant ou d'une députée puissante. Je ne sais pas si la Multinationale du cuivre et les Français qui ont utilisé selon vous la juridiction mauricienne sont en effet des bandits de grand chemin. Mais j'aimerais conclure en vous disant ceci: Si vous vous empressez à nous condamner, il faudrait d'abord pour vous les pays riches, nettoyer devant vos portes, là où la chaîne commence. La mission de politique qui vous anime serait bien plus juste et le monde bien plus propre.

Georges Chung Tick Kan

Beau Bassin

Ile Maurice



c o u r r i e r WEEK-END --- dimanche 7 février 2010