p o l i t i q u e WEEK-END --- dimanche 31 janvier 2010



  Tractations politiques - Le PM se donne le temps de la réflexion
  Gestion des municipalités - De plus en plus foireuse
  Quelques déboires de le communauté créole
  Politique - Eric Guimbeau : "L'idéal serait une lutte à trois mais une alliance PTr/MMM redressera le pays"
  Politique - Harish Boodhoo pour une lutte à trois aux prochaines élections générales
  Raj Dayal veut se mesurer au PM
  Echanges d'opinions avec M. François
  Ça va se savoir


Tractations politiques

Le PM se donne le temps de la réflexion

Pas de développement dans les tractations d'alliance cette semaine alors que certains protagonistes, et non des moindres, pensaient que les choses allaient très vite se décanter. Le Premier ministre a, en fait, décidé de se donner un temps de réflexion avant de poursuivre plus en avant ses démarches en vue de la plate-forme qu'il constituera aux prochaines élections générales.

Ce long week-end de Cavadee marqué par la poursuite de la grève de la faim de Jayen Chellum et les festivités marquant le 175e anniversaire de l'abolition de l'esclavage avec, en plus, l'arrivée d'un visiteur de marque, l'ancien président du Mozambique Joaquim Chissano, a finalement été jugé propice par les uns et les autres pour une sérieuse réflexion sur la suite à donner aux événements. Cela ne veut pas pour autant dire que les signes envoyés ici et là n'ont pas été répertoriés et que les propos tenus de part et d'autre n'ont pas été analysés et interprétés.

Après les deux longues rencontres entre Navin Ramgoolam et Jayen Cuttaree, les lundi 18 et mardi 19 janvier qui, selon les plus informés, évoluaient dans la bonne direction, un partage de 35/25 ayant même été mentionné avec le poste d'Attorney General accordé aux mauves.

Il y a eu l'annonce de la nomination d'Hervé Aimée comme ministre mercredi, sa prestation de serment et,, les événements de vendredi surtout, et les efforts exceptionnels entrepris par le Premier ministre pour rassurer son partenaire le PMSD et démentir tout froid avec Xavier Duval. Un empressement qui a laissé plus d'un perplexe, personne ne croyant vraiment l'annonce d'un coup d'éclat à la réunion du PMSD de ce même vendredi soir crédible. Mais, toujours est-il que le Premier ministre a préféré calmer le jeu avec son partenaire au lieu de laisser dégénérer une situation déjà pas très saine.

Absences remarquées

Du côté du MMM, après la conférence de presse du samedi, il y a eu l'assemblée des délégués de dimanche où Paul Bérenger réaffirmait sa préférence pour une lutte à trois, tout en ne fermant pas la porte à une éventuelle alliance avec le PTr. Même si, lors de deux sorties cette semaine, Paul Bérenger a visiblement choisi de ne pas se montrer en compagnie des membres du gouvernement.

Il a ainsi refusé de participer personnellement mercredi au télédon pour Haïti, même si ses collègues et lui y ont remis leur contribution, l'affaire ayant été complètement politisée sur une base partisane. Son entourage avance qu'il était particulièrement remonté que l'on agisse d'une telle manière sur le dos du malheur d'un peuple. Il a aussi déploré l'absence de toute organisation protocolaire pour cet événement, personne ne sachant à l'avance qui aurait droit ou pas à la parole et également la présence au premier plan des ministres Valayden et Dulull.

Vendredi, lors du lancement du livre sur Sir Robin Ghurburrun, écrit par son épouse, Lady Padma Ghurburrun, à l'Hôtel Intercontinental, à Balaclava, le Premier ministre et le leader de l'opposition étaient, certes, tous deux présents, mais ils ne se sont en fait jamais croisés. Et pour cause, arrivé avant Navin Ramgoolam, Paul Bérenger était déjà assis à sa place et après la projection d'un film sur la vie de Sir Robin et le lancement du livre par le Premier ministre, il s'est éclipsé et n'a pas participé au cocktail où trônaient pourtant ses bons amis farouchement en faveur d'une alliance avec le PTr, Cassam Uteem et Jean-Claude de l'Estrac. Ces derniers, de même que Manou Bheenick - en attente du renouvellement de son contrat comme gouverneur de la Banque de Maurice - se sont d'ailleurs longuement entretenus avec le Premier ministre.

Ce n'est qu'hier, aux célébrations officielles de Cavadee au Kaylasson de Port-Louis, que l'on a vu le Premier ministre et le leader de l'opposition se serrer la main. Cette poignée de mains a paru bien amicale, mais elle ne fut pas très chaude, comme on peut le voir sur le document plus loin. Les discussions étaient par contre nettement plus amicales plus tôt à la Rivière Ébène entre Paul Bérenger et Rama Sithanen, toujours pour la célébration de Cavadee.

Au Kaylasson de Port-Louis toujours, les discussions animées et avec force gestes de la main entre le président de la république, sir Anerood Jugnauth, et le Premier ministre étaient suivies avec attention par les politiciens de tous bords présents à cette cérémonie et par Pravind Jugnauth surtout, qui était assis dans deux rangées derrière.

Quoi qu'il en soit, des signes et des symboles, le MMM a, semble-t-il, décidé de poursuivre ses activités comme s'il allait seul ou presque, soit avec ses partenaires acquis, l'Union nationale et le MMSD d'Éric Guimbeau. Le leader du MMM, qui rencontre régulièrement Ashock Jugnauth et Éric Guimbeau, s'est, une nouvelle fois, entretenu avec eux pour passer en revue la situation et discuter programme surtout. "Aucun problème", ont déclaré tous ceux interrogés sur l'état des relations entre les trois formations, alliance ou pas.

Dinesh Ramjuttun recueille de plus en plus de faveurs

Paul Bérenger était aussi dans la circonscription de Navin Ramgoolam jeudi, où il a animé une réunion de routine au N°5. Rien de bien probant n'est sorti de cette réunion, bien qu'une éventuelle candidature de Dinesh Ramjuttun a été évoqué. Ce qu'il ressort des discussions au MMM, c'est qu'ils sont de plus en plus nombreux ceux qui sont en faveur de sa candidature à Pamplemousses-Triolet, bien que la direction ne soit pas pressée de l'avaliser officiellement.

Le MMM peaufine ailleurs aussi sa liste de candidats. Au N°3, où il se dit très satisfait de la prestation d'Adil Ameer Meah, les noms de ses deux autres colistiers pourraient être annoncés dans un proche avenir. Si tout se passe bien dans cette circonscription, tel n'est pas le cas pour le N°9. Les mauves sont, ici, confrontés, dit-on, à un trop-plein de candidats.

Il y avait déjà, bien installé depuis quelque temps, l'avocat Navin Ramchurn avant que ne soit désignée sa collègue du barreau Gaytree Dayal. Un candidat de l'Union nationale, l'avoué M. Chukooa, serait aligné tandis qu'un outsider pourrait venir jouer le trouble-fête. Il s'agit d'un planteur de la cinquantaine qui présente le même profil qu'Anil Baichoo. Et il s'appelle… Ramgoolam ! Le MMM est donc devant un dilemme, choisir entre ce qu'il considère être la "très bonne candidate" Gaytree Dayal et ce nouveau candidat au patronyme si résonant.

Si le MMM avance avec ses préparatifs en vue des prochaines élections générales, d'autres ne sont pas en reste. Il en est ainsi du PMSD qui, de plus en plus méfiant et craignant de subir un coup fourré de dernière minute et d'être laissé sur la touche, s'organise. Il prend quelques initiatives et a déjà préparé une liste de candidats bleus. En sus des élus Xavier Duval, Richard Duval et Maurice Allet, le nom de Michael Sik Yuen a été cité pour briguer les suffrages à Curepipe-Midlands. Même si cela ne risque pas de faire particulièrement plaisir à ceux qui prétendent que c'est la seule prérogative du Premier ministre que d'annoncer les candidatures.

Au MSM, pour ne pas changer, on attend. Pas de rencontre entre Navin Ramgoolam et Pravind Jugnauth. Dans le cercle intime du leader du PTr, il est dit que les discussions ont lieu ailleurs, même si c'est un fait que le remuant Showkutally Soodhun multiplie les contacts avec certains, tant au PTr qu'au PMSD.

On en est visiblement encore aux agitations et cela risque de perdurer un petit moment, et tant que Navin Ramgoolam n'aura pas tranché de manière définitive. Peut-être pendant la visite de Joaquim Chissano, s'il lui prend de jouer les Michel Debré, ou après son départ. C'est à voir…


Gestion des municipalités

De plus en plus foireuse

On avait cru avoir tout vu dans les administrations régionales sous gestion d'édiles de l'alliance sociale, la condamnation d'un adjoint au lord-maire pour corruption d'agent de l'ordre, l'agression de la secrétaire de l'ancien lord-maire qui avait osé interdire les marchands ambulants à la rue Desforges, un maire qui fait la quête auprès de Gamma Civic pour arrondir le paiement de son billet d'avion, les frictions communales et les conseillers agressant le personnel municipal. Mais non, chaque jour qui passe offre son lot de spectacle affligeant dans les municipalités. Ce qui est certain aujourd'hui, c'est que la gestion des villes est de plus en plus… foireuse.

Dans les conseils de districts, c'est également la pagaille, le dernier exemple en date étant l'affaire des maraîchers de Rivière du Rempart qui furent interdits d'accès à l'emplacement forain pour des raisons qui n'ont pas été explicitées jusqu'ici. C'est sur l'intervention du nouveau ministre des Administrations régionales, Hervé Aimée, qui veut agressivement montrer sa marque, que les opérateurs ont pu reprendre leurs activités.

La coïncidence a, par ailleurs, voulu que quatre des cinq municipalités ont tenu leur réunion trimestrielle cette semaine et la palme du meilleur spectacle revient sans conteste à Beau Bassin-Rose Hill. Ce qui à partir de 1977 fut un fleuron et une référence même en matière de gestion saine et avant-gardiste est, depuis 2005, une véritable catastrophe. Chaque séance trimestrielle du conseil municipal est un cirque avec affrontements entre conseillers.

Jeudi dernier, c'est suite à l'intervention de la police durant une suspension de séance que le conseiller Jean Maurice Jean-Pierre, expulsé par Daniel Emilien - qu'il a invité à "vine tire moi to même" - a accepté de quitter la salle du conseil. Il avait estimé ne pas avoir mérité une telle sanction. C'est donc encore une fois sous haute tension que s'est déroulée une réunion de ce conseil municipal.

Chacun en est à sa propre version sur ce qui a contribué à la dégradation du climat jeudi dernier. Jean Maurice Jean-Pierre et Dean Teeroovengadum soutiennent qu'il y a eu des bouncers dans l'enceinte municipale avant le début de la réunion du conseil et certains soutiennent même qu'ils ont eu accès au secrétariat, ce qui a quelque peu empoisonné le climat déjà. La police présente, consciente que cela pouvait dégénérer, avait d'ailleurs pris la précaution de faire venir du renfort.

Autre grief formulé, le fait que des réponses écrites étaient déjà en circulation avant même que les interpellations ne soient posées. Ce n'est que sur l'intervention de la conseillère Lovena Sowkhee, avocate, qui a argué, à juste titre, que c'était contraire aux standing orders, que les réponses ont été reprises.

Accusation de cover-up

Le fond du problème est que le conseiller Jean Maurice Jean-Pierre avait déposé une interpellation réclamant des détails sur le contrat du service de voirie à la foire de Plaisance et qu'elle a été rejetée par le maire Daniel Émilien. Pour justifier sa décision, il a expliqué que l'Independent Commission against Corruption (ICAC) a été saisie de cette affaire et qu'il ne pouvait permettre qu'un débat soit engagé sur ce dossier. Ce n'est que lorsque l'ICAC aura bouclé son enquête que la municipalité sera en mesure de donner de plus amples détails sur ce dossier, a-t-il expliqué. Toujours est-il que Jean Maurice Jean-Pierre a parlé de "cover-up" et qu'il a accusé le maire de dissimuler des informations.

Les détracteurs du conseiller lui reprochent son "ton agressif et insultant" à l'endroit du maire et les attaques personnelles proférées. Malgré les rappels à l'ordre successifs de Daniel Émilien, Jean Maurice Jean-Pierre n'en démordra pas.

Quant à son interpellation sur le cas de l'employé municipal Jean-Marie Laviolette, pour lequel il a réclamé le même traitement que le chef inspecteur municipal Kailash Bhagoban, à savoir que la municipalité lui fournisse une assistance légale, elle n'a pas été prise.

Comme on le sait, suite à un accrochage avec le conseiller Dean Teeroovengadum après qu'il a verbalisé un marchant ambulant, Kailash Bhagoban avait porté plainte. La municipalité avait décidé de soutenir son employé contre le conseiller en lui assurant les services de conseil légal.

Ce sont Richard Rault, avocat et Jean Christophe Bellepeau, avoué, les représentants légaux de la mairie qui défendront donc l'employé. Jean-Marie Laviolette qui a, lui, eu des démêlés avec le conseiller Varen Andee a voulu obtenir le même traitement, mais aucune décision semble avoir été arrêtée dans son cas.

Autre vedette de la dernière séance, Dean Teeroovengadum. Ce dernier voulait savoir pour quelles raisons l'ancien maire Rajkumar Aubeeluck avait organisé un dîner au coût de Rs 32 000 alors qu'il avait été décidé que, pour des raisons de coupe budgétaire, il n'y aurait pas de fête de fin d'année. Le même conseiller a voulu déposer une motion pour qu'il y ait une enquête sur certains paiements relatifs à la location des étals, mais sa demande a été rejetée pour cause de mauvaise formulation de la motion.

À Quatre-Bornes, où l'affaire d'aménagement d'un centre communautaire à Sodnac sur un espace vert qui jouxte le poste de police que personne n'a demandé fait toujours des vagues, ce n'est guère mieux. Les hostilités, lors de la réunion trimestrielle du conseil municipal de jeudi dernier, ont porté sur le sujet sensible des permis et des maisons de jeu dans la ville, d'autant plus que les incidents se sont multipliés autour de ces lieux, le dernier en date étant le meurtre du jeune Bernie Évariste dans les premiers jours de 2010, vis-à-vis de la municipalité.

QB : le maire reconnaît des irrégularités

Depuis ce qui a été appelé le "permis express" octroyé aux promoteurs de Bagatelle Shopping Mall sous l'administration d'Idriss Sakabuth l'année dernière, certains conseillers restent très frileux sur ce dossier. C'est ainsi que sous la pression de Reshad Lotun, qui a relevé un cas flagrant de favoritisme, un permis ayant été refusé puis accordé pour le même emplacement, le maire Anand Rajkoomar n'a eu d'autre alternative que de reconnaître qu'il y a eu des "irrégularités". Une promesse de référer certains dossiers à l'ICAC a bien été faite, mais il reste à savoir si une suite sera effectivement donnée à cette affaire.

Plus cocasse, il a été établi, après des questions pressantes de Dev Badree et de Jean François Battour, que la compagnie Stevenhills, qui organise des paris sur les rencontres de football à l'étranger, opère depuis mai 2008 sans permis. Il a fallu toute la diplomatie de Suren Appadu pour que les choses rentrent dans l'ordre. Et c'est contre une promesse que le promoteur Stevenhills sera verbalisé le lendemain que les conseillers contestataires se sont calmés.

Cela est ridicule, mais c'est comme ça. Un opérateur opère sans permis, ce qui est parfaitement illégal. Il y a des protestations et comme consolation les décideurs de la ville acceptent qu'il ne soit que pris en contravention. C'est, paraît-il, une nouvelle méthode de gestion.

À Curepipe, il règne aussi une certaine tension. Clency Lajoie, qui avait mis en lumière les aides douteuses de la mairie aux organisations socioculturelles, a effectué un walk-out en début de semaine pour protester contre une entorse aux standing orders. Ailleurs, ce n'est pas mieux non plus et c'est parce que chaque jour amène son lot d'excès et de passe-droits que la chose a fini par se banaliser…

Frictions PTr/PMSD

Le malaise à Beau Bassin-Rose Hill est plus profond dans la mesure où il se décline sur le mode de la fracture politique au sein même de l'alliance sociale. Ce sont les travaillistes qui sont montés au créneau jeudi dernier pour défendre Rajkumar Aubeeluck pendant que Dean Teeroovengadum, campaign manager de Rama Valayden à Stanley lors des élections de 2005 et passé, comme tous les membres du MR, au PMSD, donnait la charge contre l'ancien maire dans l'affaire du dîner à Rs 32 000.

Un froid s'est installé parmi les conseillers des villes sœurs depuis que Rajkumar Aubeeluck avait ouvertement critiqué Rama Valayden après ses propos selon lesquels ce sont les membres de la population générale qui sont surtout victimes de brutalité policière.

Après les sanctions - "Varen Andee kan ti PMSD ça ?"

Jean Maurice Jean-Pierre a été le premier à réagir après l'annonce, dès vendredi matin, de sa suspension du PMSD. Ce conseiller de l'ancien PMXD était très remonté après la décision prise à son encontre, d'autant plus que c'est l'ancien maire MR Varen Andee qui s'est, dit-il, arrogé le rôle de procureur contre lui et son collègue, Dean Teeroovengadum, également objet d'une suspension.

"Varen Andee kan ti PMSD ça ?" s'est-il demandé non sans avoir rappelé le parcours de son collègue conseiller, commencé au MMM pour finir au PMSD en passant par le MR. Il semble, en tout cas, que certains, issus du PMXD et du MR, ont quelques difficultés à se retrouver dans le grand bleu… du PMSD.


Quelques déboires de le communauté créole

Durant l'année 2009, on a beaucoup parlé de la communauté créole à Maurice. Il a été question de ses droits, ses revendications, sa langue, sa culture, son folklore, son patrimoine, etc. Les grands rassemblements n'ont suscité que de grandes controverses et polémiques au sein même de cette communauté. Pourtant, le "Malaise Créole " dont le père Roger Cerveaux fut le premier à en parler existe toujours; le message de Rémy Ollier à la population de couleur "Instruisez-vous " devrait résonner aux oreilles de chaque membre de la communauté créole.

Ouvrons ici une parenthèse pour exprimer notre appréciation de la nouvelle politique réaliste du ministre de l'éducation, Vasant Bunwaree. Cette politique de réforme permettrait aux enfants créoles des familles défavorisées de Roche Bois, Ste. Croix, La Cure, Tranquebar, Cassis, Richelieu, Barkly, Camp Levieux, Petite Rivière et tout le long des côtes de la Rivière Noire à voir un brin de lumière au bout du tunnel. A mon sens, ni l'Église, ni aucun membre de la communauté créole n'ont le droit moral de vouloir enfermer les enfants créoles dans un ghetto culturel. J'y reviendrai. Car si je me tais, " les pierres mêmes crieront " en faveur de cette communauté, comme nous dit le Christ.

Qui suis-je?

Qui suis-je? Suis-je un rancunier? Suis-je un revanchard? Suis-je amer? Suis-je un pessimiste, un fataliste? NON. Je suis tout simplement réaliste et pragmatique. Est-ce que je me considère comme un créole? "Mama créole, papa créole; moi aussi, mo bizin créole", nous dit la chanson de Serge Lebrasse.

Est-ce que je suis un chrétien? Je crois en la mort et la résurrection du Christ. Suis-je un descendant d'esclave? Je sens couler dans mes veines un mélange de sang malgache, africain, indien et européen.

Suis-je un communaliste? Je laisse répondre tous mes ex-élèves, surtout ceux du SC, HSC et GCE.

Est-ce que je suis un raciste? Un "GRAND NON" diront les tamouls de Mont Roches, les hindous de Maingard et de Petite Rivière, les musulmans de Martindale et du centre de Beau-Bassin ainsi que tous ceux que j'ai eu le privilège et la joie de représenter comme député et ministre de 1967-1982.

N'empêche, j'ai toujours ressenti le besoin de réclamer une part du Gâteau National pour la communauté créole. Depuis décembre 1994, MAM mène campagne en faveur de tous les créoles à Maurice et à Rodrigues. Je me bats contre les injustices. Je me bats surtout en faveur des familles les plus démunies, les plus défavorisées de la société mauricienne; des familles créoles. Et dans cet ordre d'idées, je me permettrais d'analyser quelques déboires de la communauté créole.

Gaëtan Duval Leader PMSD.

La contribution de Sir Gaëtan Duval dans le développement économique de l'Ile Maurice après l'indépendance a été d'une valeur inestimable. Il a très bien travaillé dans beaucoup d'autres domaines. Cependant, il n'est pas moins vrai de dire qu'il a causé deux torts immenses à la communauté créole, durant la période pré-indépendance:

Primo: Gaëtan Duval avait incité les créoles à retirer leur argent de leurs comptes d'épargne (toutes leurs économies) qui se trouvaient dans les bureaux de poste. Avec quel résultat!...

Secundo: Lors du procès Duval v/s Mohamed en 1962, l'avocat de la défense posa la question:-

Me. Moollan: Est-ce qu'un membre de la population hindoue qui serait en même temps un excellent homme d'État et membre du Parti Mauricien n'aurait pas l'appui de la population générale et des autres minorités?

Duval: Il l'aurait définitivement, mais M. Mohamed a toujours maintenu le contraire. C'est donc en regard des déclarations successives de M. Mohamed à l'effet que la population générale ne vote pas les hindous et les musulmans... Cette croyance de M. Mohamed est dénuée de tout fondement. Nous en avons eu la preuve dimanche à Curepipe (L'élection de Cassam Coowar comme conseiller municipal.)

Gaëtan Duval voulait faire du PMSD un parti national avant les élections de 1967 - une très belle et noble initiative! Ce fut aussi une démarche très louable de sa part. Mais à quel prix? Au détriment de quelle communauté? Qui devait en payer les pots cassés si ce n'était pas la population générale (les créoles en particulier.) Gaëtan préféra me sacrifier, (le candidat le plus côté à cette époque) au No. 1 pour Monaf Fakira.

Il sacrifia Jules Koenig, (le candidat favori et ex-député de Beau-Bassin) au No. 20 pour Sham Panchoo. Il envoya Jules Koenig à l'abattoir au No. 15 alors qu'il plaça Krishna Ramlagun au No. 17.

Bien entendu, Fakira, Panchoo et Ramlagun furent élus, alors que Jules Koenig mordit la poussière. Gaëtan avait relevé le défi de Me. Moollan: il avait gagné son pari. Comme toujours, contre les intérêts politiques de la population générale. Cela se passa aux élections de l'indépendance à un moment où la population générale (les créoles) était à 99.9% derrière le PMSD de Gaëtan Duval. L'ironie du sort ici et que la communauté créole n'obtint pas son quota de députés élus à ces élections; elle a dû avoir recours au système de Best Loser. Et, la grande question qu'on peut se poser est ceci : si les membres de la population générale n'arrivent pas à se faire élire comme députés dans les régions urbaines où ils sont en majorité, où pourront-ils le faire? A Plaine Verte? A triolet?

La Compensation aux Descendants d'Esclaves.

Sans vouloir paraître dogmatique ou rancunier; sans même vouloir critiquer ou faire la leçon à quiconque, je dirais que Sylvio Michel n'aurait jamais dû accepter un amendement à la motion d'Armance. Il existait un monde de différence entre 'Esclaves' et 'Travailleurs Engagés' quoique ces derniers aient eux aussi connu des périodes très difficiles. Ils ont certes beaucoup souffert mais pas comme les esclaves. Ils étaient arrivés à Maurice libres comme l'air tandis que nos ancêtres, les esclaves, avaient été chassés, capturés, et déracinés de l'Afrique et de Madagascar. Pire que des bestiaux, ils débarquèrent avec des chaînes autour du cou, des chaînes autour des reins et avec des chaînes aux mains et aux pieds.

Voici un extrait d'un article que j'avais écrit en 2008 à ce propos :

"Les esclaves furent les pionniers de notre industrie sucrière. A coup de fouets, ils étaient contraints à défricher les forêts et planter la canne à sucre. Ils étaient donc les premiers à travailler dans les champs de canne. Ils étaient tous des esclaves; hommes, femmes, filles et enfants, mais non pas des travailleurs engagés. Ils ont été torturés, violés, tués et massacrés. MAM n'a nullement l'intention de prôner une politique de haine ou de vengeance contre quiconque lors de ses revendications pour une compensation aux descendants d'esclaves. Au contraire, MAM réclame justice pour ce qui est dû à une section de la population mauricienne."

Lors du grand rassemblement de MAM/LES VERTS FRATERNELS à Mont Choisi, le dimanche de Quasimodo en l'an 2000, j'avais proposé, entre autres, une action de revendication et de réparation, à travers l'ONU, pour que les pays qui avaient profité de la Traite des nègres tels la Grande- Bretagne, la France, le Portugal, l'Espagne, les Pays Arabes etc, y souscrivent financièrement. J'avais aussi déclaré que cette action auprès de l'ONU devrait être soutenue par le gouvernement mauricien, le secteur privé, les propriétés sucrières et les banques à Maurice.

Il n'avait jamais été question alors du gouvernement mauricien ou du secteur privé, qui devraient payer la compensation. Il n'avait jamais été question, non plus, d'organiser des manifestations devant certaines banques ou certains bureaux à Port Louis, ni même de proférer des menaces contre une section de la population mauricienne, qu'elle soit blanche, rousse, noire, jaune ou verte. Notre action devait être menée, non sur une base de dénonciation et de conflit mais plutôt sur la concertation et la réconciliation.

Si seulement Sylvio Michel avait poursuivi la lutte dans cette direction, la communauté créole aurait peut-être bénéficié d'une partie de ces 2000 arpents de terre que le secteur privé a donnés au gouvernement. (Sans rancune!)

EBC et découpage électoral.

Comme je l'ai déclaré précédemment, MAM rejette 'In toto' le rapport de l'EBC sur le nouveau découpage électoral. Malgré tout le respect que j'ai pour le président de l'EBC, Me. Yusuf Aboobakar et les membres de la commission, je dirais que le travail est resté inachevé, incomplet, ressemblant plutôt à une opération cosmétique. La grande disparité du nombre d'électeurs dans certaines circonscriptions est demeurée presque inchangée. MAM pense, à juste titre, que les recommandations que contient ce rapport vont totalement à l'encontre des intérêts de la communauté créole. Les créoles éprouveront beaucoup de difficulté pour faire élire deux de leurs représentants dans la circonscription No. 4 et celle du No. 20. Si toutefois, Paul Bérenger, le leader du MMM, espère obtenir un avantage à court terme, pour son élection au No. 19 et celle de trois musulmans au No. 2 avec le nouveau découpage électoral, il ferait un tort immense à toute la communauté créole, tout comme Gaëtan Duval en 1967. Le découpage électoral doit être un travail global mais non fragmentaire. Donc, MAM suggère que le rapport, dans son ensemble, soit mis au frigo pour être revu, retravaillé, après l'élection du prochain gouvernement.

Commission Justice et Vérité.

Dès le début, la Commission Justice et Vérité a pris une allure de Mickey Mouse. Elle ressemble plutôt à un mort-né, ou à un film comique dont l'acteur principal ne s'est jamais présenté en scène. Un peu comme ces fantômes dont on parle souvent mais que personne ne voit jamais. Un nouveau déboire pour la communauté créole. Et, je me croyais dormir debout l'autre jour, en lisant un compte rendu du journal Le Mauricien intitulé " Justice et Vérité - Reprise des travaux. " Je cite :

"Selon Vijaya Teelock, qui présidait les travaux de la commission depuis son institution en l'absence de l'ancien président Robert Shell, l'organisation de cette session en plein air s'inscrit dans une politique de décentralisation des activités de la commission."

Je me permets de poser au moins trois questions à qui de droit.

1 Est-ce que la présidence de la commission par Mme. Vijaya Teelock répond aux aspirations de la communauté créole, et à celles des descendants d'esclaves, en particulier? (Rien de communal)

2 Si oui, pourquoi avoir cherché un oiseau rare en la personne de Robert Shell ou celle de Alex Boraine? (Je perds mon latin.)

3 Dans toutes les instances internationales de l'ONU, la traduction en différentes langues se fait simultanément et instantanément, est-ce que la Commission Justice et Vérité a pris les dispositions nécessaires pour que le nouveau président désigné, Alex Boraine puisse suivre et comprendre les dépositions des descendants d'esclaves de la communauté créole, venant du Morne et d'ailleurs? If not? Why not? (Une simple question de Justice et Vérité.)

Finalement, est-ce que c'est le gouvernement de Navin Ramgoolam qui refuse de reconnaître le droit de la communauté créole à un jour de congé public pour le lundi Pâques? J'y reviendrai dans un prochain article.

Eliézer François

22 janvier 2010.


Politique

Eric Guimbeau : "L'idéal serait une lutte à trois mais une alliance PTr/MMM redressera le pays"

Le leader du Mouvement Mauricien Social Démocrate (MMSD), Eric Guimbeau, lors d'un point de presse, vendredi, s'est prononcé pour une alliance PTr/MMM, qui, selon lui, épurera le pays du phénomène alarmant de la drogue et de la prolifération des maisons de jeux. Toutefois, l'idéal, dit-il, demeure une lutte à trois "mais il y a l'idéal et réalité en politique".

Selon Eric Guimbeau, une alliance entre les deux grands partis politiques (PTr/MMM), "nettoiera le pays de fond en comble de la drogue et de la prolifération des maisons de jeux". Toutefois, argue-t-il, Paul Bérenger doit tenir la place qui lui revient, car c'est un homme qui, durant sa carrière politique, a démontré ses capacités. Ainsi, dit-il, l'heure n'est plus aux affronts mais à un consensus mutuel pour "le redressement" de l'île Maurice. "La inn arriv ler pou aret bann confrontations, tomb dan enn concensis lor vision pu developman pei ek popilation", dit-il.

Justifiant un éventuel accord électoral entre le PTr et le MMM, Eric Guimbeau a affirmé que tout deal entre les rouges et le MSM de Pravind Jugnauth serait mal perçu de tous. "Kifer Navin Ramgoolam pu donn serum Pravind Jugnauth alor ki li pe aspire vinn Prémié minis?", ajoute-t-il. Sollicité quant à ses positions antérieures très critiques par rapport au Premier ministre, Eric Guimbeau devait dire que ce dernier est mal conseillé. "Je reconnais dans le passé avoir accusé Navin Ramgoolam de tenir des propos communaux mais je soutiens qu'il a été mal conseillé étant donné qu'il est entouré de têtes brulées".

Concernant le PMSD, il déclare que ses dirigeants font des négociations avec le MSM à l'insu du PM, Navin Ramgoolam. Pour lui, "PMSD pe perdi so role bequille, li pe vinn enn épine. Travailliste pou larg PMSD tot ou tard". En ce qu'il s'agit de son accord avec le MMM, Eric Guimbeau a assuré que tout est presque finalisé. Il se dit entièrement d'accord avec le "programme" du MMM. "Mone finn zwenn Paul Bérenger ek Ashock Jugnauth plisier fois. Ek zot d'akor avek mo vision ek mo program notamment konstrir 20 000 lacaz pu bann seki ékonomikman feb", a-t-il affirmé. Il a également affirmé que les élections municipales ont été abordées et a insisté sur la nécessité de trouver des candidats valables pour les collectivités locales.

Par ailleurs, Eric Guimbeau s'est dit chagriné que les réservations des chambres d'hôtels à l'occasion de la Coupe du Monde ont été annulées. Selon lui, cela démontre bien les conséquences de l'insécurité à Maurice. "Slogan résiltats lor résiltas gété kot noune arrivé", s'insurge-t-il.

Par ailleurs, le leader du MMSD s'est dit en faveur de l'introduction de la langue créole dans les écoles. "Nu le nu pas le, nou tou morisiens nou tou coz créole, ne pas reconnaitre le créole est une insulte voire meme du mépris envers la langue créole. Nu bizin rekonet li ek donn li so valer", dit-il. De plus, selon lui, il est temps qu'après l'Anglais et le Français, le Créole aussi soit officialisé. Eric Guimbeau se dit également solidaire avec Jayen Chellum de l'ACIM. Il se dit pour la démocratie, la liberté d'expression et la liberté de pensée. Enfin, il se dit fier de la recette recueillie pour le télédon d'Haïti, mais déplore toutefois "ki politiciens marse lor cadavres lezot pu fer politik". "Ti bizin ena au moins enn minimum de retenue. Pas ti ler pu fer tamtam",conclut-il.


Politique

Harish Boodhoo pour une lutte à trois aux prochaines élections générales

Harish Boodhoo s'est, cette semaine, invité dans le débat en cours sur les alliances électorales, sujet qui a agité le landerneau politique depuis le début de l'année. Lors de ses différentes sorties cette semaine, il s'est farouchement prononcé pour une lutte à trois, PTr, MMM, MSM allant séparément aux prochaines élections générales.

Pour lui, qu'elles que soient les alliances, PTr/MMM ou PTr/MSM/PMSD, elle seront porteuses d'instabilité. C'est mieux pour la population et c'est plus démocratique que chacun aille de son côté et présente son propre programme au choix de l'électeur.

Il n'a pas été tendre envers le Premier ministre qui se "déclare éléphant mais qui en même temps court après des moustiques pour essayer de conclure des alliances électorales". Il l'a même traité de "capon" pour avoir opté de ne pas se présenter seul aux prochaines échéances alors que lui- même et ses thuriféraires le présentent comme "fort et imbattable".

Les parrains qui roulent pour que l'une ou l'autre alliance se concrétise en ont aussi pris pour leur grade. Harish Boodhoo accuse les "franc-maçons d'être derrière les manoeuvres tendant à faire aboutir une alliance et de n'être motivés que par la défense de leurs propres intérêts personnels".

Il a aussi fait une sortie contre le projet Jing Fei, qualifié de "pire que Diego Garcia", et estime que ce dossier est suspect dans la mesure où les contrats passés avec la partie chinoise sont gardés secrets. Sur un aspect plus géopolitique, Harish Boodhoo a aussi mis en garde contre l'éventualité que Maurice ne se retrouve au coeur d'un conflit entre l'Inde et la Chine.

L'évolution des médias a aussi été l'objet de commentaires de la part d'Harish Boodhoo qui s'est élevé contre la décision de l'ancien gouvernement MSM/MMM d'autoriser des étrangers de venir s'implanter. Il a nommément cité Le Matinal, journal qui, aujourd'hui, bénéficie, en plus, des faveurs publicitaires du gouvernement.

Les agissements de la Voice of Hindu de même que ceux des bouncers augurent d'une campagne à haute tension communale, a aussi prévu Harish Boodhoo qui a invité les uns et les autres à tout faire pour qu'il n'y ait aucun dérapage communal en marge des prochaines élections générales.


Raj Dayal veut se mesurer au PM

Raj Dayal avait, non sans raison, observé, à la fin de l'année dernière, que le Premier ministre avait "anesthésié l'opposition". Lors d'une rencontre avec la presse, durant la semaine écoulée, le leader du Mouvement Démocratique National a dit sa détermination de se mesurer au Premier ministre. Il a, en effet, réclamé un face à face télévisé avec Navin Ramgoolam pour discuter de plusieurs problèmes auxquels le pays est confronté.

Les sujets qu'il a en tête sont l'ordre et la sécurité publique, le transport gratuit, la congestion routière, la dette publique, le gaspillage dans les entreprises d'Etat, l'agriculture et même la corruption.

S'agissant des alliances, Raj Dayal a dit qu'elles doivent avant tout oeuvrer pour l'avancement du pays. Il a estimé, à cet effet, que les anciennes plate-formes bleu-blanc-rouge, sous le leadership de Sir Anerood Jugnauth ont eu l'occasion de faire leurs preuves.


Echanges d'opinions avec M. François

M. Elièzer François, ancien syndicaliste qui a connu ses heures de gloire dans le secteur du Port dans les années 60, ancien conseiller municipal, député correctif travailliste puis élu de Beau-Bassin/Petite Rivière (de 1967 à 1982), dirigeant, puis dissident, du PMSD et un des meneurs du Parti de l'Alliance nationale (PAN) de Sir Seewoosagur Ramgoolam aux élections de 1982 avant sa mise à l'écart de la scène a le privilège d'être un des rares politiciens encore vivants qui a activement participé aux affaires publiques durant la période pré et post-indépendance et, également, à le mérite de pouvoir en parler avec une certaine authenticité.

Week-End ne partage évidemment pas l'intégralité de son analyse, mais nous reconnaissons à M. Francois qu'on a, effectivement, beaucoup trop parlé de la communauté créole à Maurice ces derniers temps pour ne pas deviner que l'adhésion de cette communauté aux prochaines élections sera un enjeu majeur et pour le régime en place et pour l'opposition.

Ainsi, malgré toute notre aversion des débats qui portent sur le communalisme ou le communautarisme - même sous ses aspects les plus soft -, on ne pourra pas, dans la campagne électorale qui vient, systématiquement évacuer ce genre d'exercice. D'autant que M. Elièzer François semble inviter à réfléchir si Gaëtan Duval avait eu raison de transformer son PMSD, un parti national en 1967 ? Initialement sectaire et fondé, en 1955, que sur le regroupement des minorités, le PMSD devint un parti ouvert à toutes les composantes de la nation au sortir des bagarres communales de 1965 qui avaient vu une confrontation, heureusement très vite oubliée, entre créoles et hindous dans des régions sud... En fait - et ce qui nous donne l'occasion de dire à M. François notre désaccord avec lui - il n'est du tout vrai d'affirmer que " 99.9 % de la population générale était derrière le PMSD aux élections de 1967 qui mènent à l'Indépendance du pays".

Si tel avait été le cas, un Raymond Rault à Port-Louis/Nord-Montagne Longue, un Marcel Mason à Vacoas-Phoenix, un Harold Walter à Mahébourg-Plaine Magnien et leurs colistiers non créoles n'auraient jamais été élus députés sous la bannière travailliste dans ces circonscriptions où l'apport du vote de la population générale avait été décisif. Et, même si le vote de cette communauté créole valait cinq sous, il fut ce qui avait arrondi la roupie de l'élection de MM. Rault et consorts comme dirait l'autre. Donc, il faut, une fois pour toutes, tordre le cou à ce genre d'analyse réductrice tenace qui, depuis plus de quarante ans, n'a fait que de continuer à faire accroire que la lutte pour l'Indépendance (encore faut-t-il qu'il y ait véritablement eu lutte contre l'Angleterre qui, à l'époque, lâchait alors ses colonies?) n'a été que le fait d'une communauté majoritaire (comme s'interrogeait, justement, à ce sujet Kher Jagasingh) il existerait réellement une quelconque communauté majoritaire à l'île Maurice.

En 1967, le Parti travailliste était une force de progrès qui regroupait aussi une élite créole

Il faudra, manifestement, encore beaucoup d'effort de la part de vrais historiens pour, enfin, faire comprendre aux gens de ce pays que, lorsque le peuple, à plus de 52%, se prononça pour l'Indépendance, en 1967, le Parti travailliste était une force de progrès qui regroupait aussi une élite créole et une très conséquente frange de la classe laborieuse de cette communauté encore très attachées aux combats des pères fondateurs du Labour mauricien. Qui sait ? Peut-être que, si le Parti travailliste de Sir Seewoosagur n'avait pas, lui-même, de manière cynique, choisi d'envoyer à l'abattoir électoral cette élite composée, entre autres, de Guy Forget, Régis Chaperon, Michaël Leal, Willy Dupré, Guy Balancy et Elièzer François lui-même au lieu de les positionner judicieusement dans quelques circonscriptions sûrs pour les travaillistes sûrs, au contraire de ce que Gaëtan Duval avait fait avec Ramlagun, Fakira et Panchoo, le malaise créole - du moins sous son aspect allégué de sous-représentation politique - n'aurait pas eu de raison d'être aujourd'hui. Et, pourtant, ce fut le Parti travailliste même qui avait fait imposer un système électoral de 20 circonscriptions à sièges multiples qui était censé être destiné à neutraliser le communanalisme. A la place de M. Elièzer François, au lieu de reprocher à Gaëtan Duval d'avoir ouvert les circonscriptions à prédominance population générale, nous aurions plutôt réclamer au leader du Parti travailliste d'émuler Gaëtan Duval en jetant tout son poids, par exemple pour commercer, pour faire élire un candidat non-hindou à Triolet- Pamplemousses. Et, avec ce qui parait être les certitudes du moment nous ne sommes pas du tout certains que l'électorat éclairé du no. 5 dirait non à son bien-aimé Navin Ramgoolam... Notre option demeure, certainement, que la noble démarche de Rézistans ek Alternativ auprès des Nations unies aboutisse afin de metre hors la loi les pratiques électorales communalistes à Maurice. Mais, si jamais cette démarche échouait, pourquoi ne pas exiger que les leaders politiques envoient un signal fort à la population que n'importe quel citoyen Mauricien peut être élu n'importe ou à Maurice qu'importe sa religion ou son soi-disant appartenance ethnique ?


Ça va se savoir

Silence, on tourne…

Ce n'est pas silence, on prie, mais silence, on tourne. Et on ne finira probablement jamais de s'étonner des méthodes utilisées par l'Église chrétienne et ses organisations satellites. La dernière illustration de cette propension à avoir un comportement bien singulier a été notée à la rencontre avec la presse organisée par les dirigeants de cette église vendredi dernier à Port-Louis. Un cameraman, à sa solde ne s'est pas contenté de filmer Micky Hardy et ses adeptes, mais aussi les journalistes venus couvrir leur activité. À quel usage cet enregistrement ? Là est toute la question. C'est peut-être pour voir si les membres de la presse présents ont le bon profil pour adhérer à l'Église chrétienne.

De la CNT à la CWA

La valse des directeurs-nominés politiques d'un organisme para étatique à un autre semble devenue une caractéristique de la gestion de l'Alliance sociale. Après le débarquement, sans raison officielle, de Robin Soonarane de la Wastewater Authority, dont la gestion des contrats fut critiquée par le bailleur de fonds européen et son atterrissage en quatrième vitesse à la Corporation nationale de transport, un cadre de la CNT qui jouit d'une protection politique en haut lieu annonce à qui veut l'entendre que sa place de manager à la CWA est déjà réservée. Et dire qu'après avoir placé agents et colleurs d'affiches, avec ou sans qualification, ici et là, le gouvernement procédera à la promulgation du Equal Opportunity Act à la veille des élections, juste pour jeter de la poudre aux yeux de la population.

Un dossier sur Raj Ringadoo

Il semble que les malheurs rencontrés par Raj Ringadoo avec le personnel d'Air Mauritius par le candidat battu aux générales de 2005 et écarté de la partielle du N°8 au profit de Pravind Jugnauth ont inspiré certains de ses détracteurs. Des employés de BDM veulent que l'on s'intéresse au rôle qu'il a joué dans la réalisation du projet de Hawkers Palace, devenu Garden Tower, qui a été l'objet de vives critiques de la part du conseiller municipal port-louisien travailliste, sous caution dans l'affaire Boskalis, Bashir Nazeer, lundi dernier. Ceux de la State Investment Corporation souhaitent, pour leur part, que soient éclaircis certains aspects du dossier de RS Denim, usine montée par Ram Mardaymootoo, de celui des Éditions de l'Océan Indien, de la Ring Road qui favorise une compagnie en particulier, laquelle a pris une sérieuse option pour l'achat du Domaine les Pailles après les prochaines élections. La conclusion d'une transaction dans ce sens avant cette échéance devant confirmer les accusations de favoritisme qui pleuvent déjà a donc été repoussée.



p o l i t i q u e WEEK-END --- dimanche 31 janvier 2010