o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 31 janvier 2010
Faits et effets...

Avec ces gens-là…
Josie Lebrasse


Ce n'est pas encore pour quoi. C'est juste avec. Avec qui faire alliance pour s'assurer d'un ticket gagnant pour la Government House. C'est là toute la question qui occupe les esprits ces jours-ci au sein de nos principales formations politiques. Il y a ceux qui hésitent, qui ont un sursaut, ceux que les principes n'ont pas totalement abandonnés, puis ceux qui sont intéressés ou encore ceux qui savent qu'ils ne pourront rien contre l'argent et aussi, peut-être plus nombreux que ce que l'on devine, ceux qui sont fatigués, usés et qui veulent terminer leur carrière sur une victoire coûte que coûte. À n'importe quel prix.

Et vous savez quoi, on peut ne pas être d'accord avec eux, avec leur calcul froid, leur opportunisme et leur cynisme mais, avant de les condamner sans appel, il faut aussi se poser la question de savoir si c'est bien de la faute de nos politiciens si l'on est un pays où on sacralise de plus en plus l'insignifiant au lieu de consacrer le méritant. Où on s'accommode du faux au lieu de célébrer le vrai. Où on accepte un état partial au lieu de faire valoir l'équité pour tous.

Où le peuple, jadis vraiment admirable et qui pouvait choisir, pour Pamplemousses-Triolet, un Dev Virahsawmy, sans moyen, sans rien plutôt qu'un Dr Nundllall et son armada étatique, s'est laissé, au fil des années, corrompre avec les tempos, les manuels scolaires, les promesses d'emplois et de patentes en tous genres ou tout simplement les roupies sonnantes et trébuchantes. Si l'on n'y prend pas garde, on deviendra vraiment une nation veule et de rodère boute, à l'image même de ce que nous nous plaisons à dénoncer durant les émissions radiophoniques où c'est le peuple qui prend la parole.

Ce qui est le plus écœurant, dans tout ce remue-ménage autour des alliances à contracter, c'est que toutes les dérives, tous les abus qui ont existé et qui semblent atteindre leur apogée en ce moment sont comme occultés, mis sous le boisseau pour satisfaire des ambitions et une soif d'accéder ou de rester au pouvoir. C'est avec ces gens-là que l'on pactise, que l'on veut s'acoquiner. Avec ceux qui, comme le soulignait un confrère, utilise les deniers de l'état, de ses nombreux contribuables de toutes les couleurs, y compris, politiques pour punir ceux qui ne marchent pas au pas et qui ne courbent pas l'échine et pour récompenser les suiveurs et les couards.

Il y avait la politique discriminatoire vis-à-vis de certains titres trop indépendants du pouvoir, elle s'est étendue, s'est propagée ailleurs et, aujourd'hui, c'est l'ACIM qui en fait les frais. À qui le tour, qui est le prochain ? Cette question, on devrait sérieusement se la poser. L'argent de la Sécurité sociale, ces fonds publics auxquels nous contribuons tous, n'appartient pas personnellement à Sheila Bappoo. Elle devrait s'en souvenir un peu plus souvent au lieu d'aller faire du mauvais show à la télévision et parler du salaire de Jayen Chellum. Il touche Rs 21 000. And so what ? On peut citer des dizaines d'exemples d'agents politiques, de parfaits incompétents avec ça, qui pompent de grosses sommes de l'argent des contribuables sans rien faire de constructif pour la société. Il faut rétablir les subventions de l'ACIM parce que cette organisation a démontré son utilité sociale.

S'arranger avec qui, avec ces gens-là, avec ce shérif folklorique de Port-Louis, plus rouge que nature, qui a été déposé un paquet de Kentucky près de la tente où Jayen Chellum est en plein double jeûne pour le Cavadee ? Avec ces conseillers municipaux qui polluent les villes ? Entre celles qui se déplacent avec Rs 200 000 de bribe dans leur cabas et ceux qui concèdent que la politique d'octroi de permis est entachée d'irrégularités ou encore ceux qui prennent les réunions de conseils municipaux pour un ring ou un tatami, le choix n'est pas vaste.

S'allier à qui, à ceux qui ont le temps de recevoir des pauvres diables d'un comité régional alors que d'autres se plaignent de ne pas obtenir audience dans le meilleur délai ? Faire bande avec qui, avec celui qui en sus d'un petit "boute" de job de conseiller du dernier ministre venu, va jusqu'à choisir de faire campagne, non pas dans une circonscription où il a posé mais dans une circonscription où son ex-femme est candidate ? À ceux qui se sont étonnés qu'un Sanjit Teelock, renvoyé sèchement de la présidence de la State Informatics Ltd par Étienne Sinatambou et qui croyaient avoir affaire à un gentleman puisse agir ainsi, certains ont eu cette réponse implacable : "Non, ce n'est qu'un travailliste !"

Et puis, qu'on se le dise, il y a des gens qui sont faits pour s'entendre. Ceux qui croient qu'être "fils de" leur confèrent plus de droits qu'à d'autres partagent forcément la même conception de la justice et de la méritocratie et n'ont que faire de la notion des chances égales pour tous. Ceux qui prennent des libertés avec la démocratie vont forcément bien avec ceux qui ne supportent pas une voix différente. Ceux qui croient que détenir le pouvoir, même si c'est pendant quelques années, signifie avoir droit de vie et de mort sur les autres ne peuvent qu'être d'accord avec ceux qui étouffent toutes les voix contestataires.

Et lorsqu'on entend ce Maurice Allet, qui détient le triste record de deux allées et venues au pouvoir dans un même mandat, parler de bleu-blanc-rouge, hier, avec sir Anerood Jugnauth, sir Seewoosagur Ramgoolam et sir Gaëtan Duval et, aujourd'hui, avec Navin Ramgoolam, Pravind Jugnauth et Xavier Duval comme d'un grand happening républicain ou qu'il désigne Éric Guimbeau "comme le cousin de Paul Bérenger" avec ce que cela suggère comme sous-entendu, on ne peut que désespérer de la classe politique. Chacun choisit ses cousins là où ils peuvent les trouver. Pour certains, c'est chez les trafiquants ou les passeuses de Subutex, pour d'autres, c'est chez l'Église chrétienne ou plus terre à terre, dans les écuries d'Augias. C'est à qui de voir…





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