o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 17 janvier 2010



  Faits et effets - Rétrograde…
  Humeur - Le Dieu des trafiquants de Subutex
  Pris sur le vif - Re ŕ suivre
  Juste Un Mot - Attention …


Faits et effets...

Rétrograde…
Josie Lebrasse


Le gouvernement semble avoir un vrai problème avec le créole. Lorsqu'il a été interrogé à l'Assemblée nationale sur la possibilité d'utiliser la langue nationale des Mauriciens dans l'hémicycle, le Premier ministre a exprimé certaines réserves en soutenant que les débats pouvaient dérailler et devenir, même, vulgaires.

Ce qu'il ne sait pas c'est que depuis 1977, les "Standing Orders" ont été modifiés dans les municipalités et que les élus peuvent s'exprimer en créole. Même si le personnel politique de ces administrations s'est beaucoup dégradé depuis, on ne peut pas, sauf le bazar noté ici et là, et de temps en temps, dire que le créole a été la cause de dérapages. Au Parlement donc, tout le monde est d'accord mais, et il y a toujours un mais, les choses n'avancent guère.

Dans le secteur éducatif, la place du créole qui ne devrait plus être problématique et ne souffrir d'aucune contestation est encore et toujours un sujet de discorde. Alors que l'on croyait acquis que la langue maternelle de la quasi-majorité des Mauriciens pouvait servir de médium d'enseignement, l'Education nationale vient d'y porter un rude coup. Le ministre de l'Éducation a, en effet, affirmé que le gouvernement n'est pas convaincu de la pertinence de l'utilisation du créole à l'école.

Il semble que, trop félicité par les adversaires, le ministre de l'Éducation, bien décidé à réformer le secteur, a été embarrassé auprès de son propre camp. Bombardé de qualificatifs les uns plus insultants que les autres par les plus passéistes des acteurs de l'éducation qui n'ont pour seul programme, depuis des lustres, que le maintien du statu quo et d'une pédagogie d'un autre âge et la compétition criminelle depuis la première année jusqu'au CPE, Vasant Bunwaree a dû finalement céder.

Devant ceux pour qui évoquer le créole dans l'éducation revêt un aspect avant tout communal alors que le morisyen, comme on aurait dû l'appeler depuis très longtemps, pour dissiper tout malentendu, est un patrimoine national. Il n'y a pas d'amalgame possible. Sauf pour ces esprits obtus qui empoisonnent l'éducation au point de vouloir la figer dans le temps.

Le ministre de l'Éducation a, par ailleurs, dû se dire qu'attaquer le bonanza des leçons particulières du corps enseignant et introduire le contrôle continu, faire tout çà en même temps c'en était trop. Si ce n'est pas "his doing" que de rétro-pédaler de cette sorte sur le créole, çà doit être celui de son gouvernement, particulièrement sensible aux lobbies, historiquement rétrogrades, en cette année électorale. Il n'y a pas d'autres explications logiques.

Mais qu'elles qu'en soient celles que le ministre et le gouvernement veulent mettre en avant, il n'en demeure pas moins que cette décision est rétrograde. Cela fait des années que des enseignants utilisent le créole à l'école, sans avoir demandé l'autorisation à leur hiérarchie. Cette décision, ils l'ont prise parce que cela coule de source et parce qu'en tant que pédagogues ils sont depuis longtemps arrivés à la conclusion que c'était plus facile d'inculquer les connaissances de base à l'enfant en utilisant le médium qui est celui de sa vie de tous les jours, de tous les instants.

Revenir sur un tel acquis c'est priver de nombreux enfants d'une chance égale à l'école et dans la vie. Lorsqu'on nous vend comme révolutionnaire le fait d'avoir voté un Equal Opportunity Act, dont aucune des clauses n'a jusqu'ici été promulguée, on peut commencer à rigoler. C'est de la propagande, du slogan et de la foutaise. Nier à tous ces petits Mauriciens ce qui leur appartient de plus cher, leur médium de communication, est un crime, un autre que ce gouvernement commet après avoir réintroduit le classement au CPE, un système de A + et des collèges nationaux dont plus personne ne sait comment s'effectue véritablement la sélection pour y accéder. Un vrai recul.

C'est dommage que les travaillistes au gouvernement aient toujours sacrifié les enfants mauriciens au nom de leurs petits dividendes électoraux. Et quelle histoire ! On avait eu la promesse de l'école de la réussite avant que Kadress Pillay vienne avec un vrai projet de réforme qui a été enterré avant même qu'il n'ait été discuté. De comité en comité, le projet a fini dans un tiroir. Lorsque Dharam Gokhool - apparemment meilleur ministre pour certains alors que la majorité des Mauriciens ne savent même pas quel ministère il occupe - est arrivé à l'Education, ce fut le grand chambardement avec retour à l'ancien système. Puis est venu Vasant Bunwaree un peu à la manière de Kadress Pillay avec un pas devant, deux pas en arrière.

Il paraît que Xavier Duval s'est ému de la décision de son propre gouvernement de ne pas autoriser le créole à l'école et qu'il s'est précipité vendredi même après le Conseil des ministres chez le vicaire général Jean Maurice Labour pour des discussions sur le sujet. Il devrait maintenant savoir qu'il est plus facile d'organiser, année après année, un Festival Kréol pour amuser la galerie et espérer engranger quelques voix supplémentaires tandis que se révèle plus ardue la réalisation d'un pan fondamental de l'éducation, qui est celui de l'accès d'un grand nombre d'enfants mauriciens aux outils primaires de l'école.

De ceux qui ouvrent la voie à l'avancement et à la mobilité sociale. On peut se rendre gratuitement à l'école pour débarquer devant un mur qui vous sépare de l'essentiel et être confronté à un système qui vous rejette à la rue. Encore des masques qui tombent ! Vraiment triste pour un pays lorsque l'éducation est soumise au seul impératif du clientélisme électoral.




Humeur

Le Dieu des trafiquants de Subutex
Jean-Claude Antoine


Il est communément admis que l'île Maurice est un pays qui fonctionne à deux vitesses. Certaines mauvaises langues affirment même qu'il en existerait plusieurs, dépendant de l'appartenance politique, religieuse et ethnique de chaque habitant de ce pays. De temps à autre, des associations ou des individus dénoncent le "noubannisme" qui fait que pour obtenir un emploi ou une admission dans un collège d'État, il faut faire partie de cette bande et pas de cette autre. Après ce qui vient de se passer dans le dernier épisode du feuilleton Subutex, on pourrait légitimement se demander si la police mauricienne ne pratiquerait pas, elle aussi, un double standard dans le traitement des trafiquants de drogue. Plus particulièrement pour les trafiquants de Subutex. Voici les faits: le 3 janvier au soir, Denis Fine, dont on dit qu'il est mêlé au trafic de cette drogue, est assassiné par un sniper. L'enquête ouverte suite à cet assassinat a révélé des choses plus que troublantes. Pour commencer, que la victime avait, quelques heures avant son assassinat, participé à une fête dans un hôtel avec des amis vivant en France et étant venus, comme lui, non seulement célébrer la nouvelle année à Maurice mais également l'anniversaire de Sivom Paupiah. Un ressortissant français d'origine mauricienne, un parent de Sada Curpen actuellement emprisonné et soupçonné d'être un des cerveaux du trafic de Subutex entre Paris et Maurice. Un trafic juteux pour ceux qui le contrôlent et auquel était mêlé le steward français Caterino qui avait été arrêté avec deux valises de ces fameux comprimés à l'aéroport de Plaisance. Deux valises remises par un inconnu à ce spécialiste de l'aviation qui avait accepté de les transporter à Maurice sans poser de questions. Après une période de détention, le steward français avait été condamné à plusieurs années de prison et fait appel contre le jugement. En attendant, il avait été autorisé à demeurer dans un hôtel cinq étoiles - payé par qui ? - avec obligation de se présenter journellement à la police. Caterino réussit à déjouer la surveillance de la police - qui croyait qu'il avait attrapé la grippe porcine et n'osait s'approcher de lui !!! - et à quitter Maurice par bateau pour gagner La Réunion puis la France. De quoi se demander si comme il y a un Dieu pour les soûlards, il n'y en aurait pas un autre pour les trafiquants de Subutex!?

Mais revenons à Sivom Paupiah. Le 29 décembre, agissant sur la base de renseignements sûrs, l'ADSU effectue une descente des lieux à l'hôtel où logeait la bande venue célébrer l'anniversaire. La perquisition des chambres de la bande ne donne rien, mais une valise est trouvée abandonnée sur le terrain de golf de l'hôtel. Avec du gandia, du haschich, une somme d'argent et le passeport de Sivom Paupiah et de sa compagne. Avant même que le police ne commence son interrogatoire, un des membres de la bande venue fêter l'anniversaire, un ressortissant français d'origine maghrébine déclare que la valise et tout ce qu'elle contenait lui appartenait. Et c'est le nouvel épisode de flic en délire qui commence. Personne à l'ADSU ne pense à demander à Sivom Paupiah comment son passeport peut se retrouver dans une valise contenant de la drogue qui ne lui appartient pas. Il y a mieux: alors que tout petit fumeur surpris avec un quart de pouliah de gandia est immédiatement arrêté avant de passer en Cour avant d'être libéré sous caution avec une objection to departure automatique, non seulement la police laisse Sivom Paupiah en liberté apres un bref interrogatoire, mais son passeport lui est rendu et aucune objection to departure logée contre lui jusqu'à la fin de l'enquête. De quoi se demander s'il y a, à la police mauricienne, un traitement spécial à la limite du VIP pour certains. En tout, Sivom Paupiah ne tenta pas le diable. Dès le lendemain de l'assassinat de Denis Fine, il abandonnait son billet retour prévu pour le 6 et achetait un autre billet pour rentrer à Paris via La Réunion. Une fois en surêté à Paris, il se permit de téléphoner à une radio locale pour déclarer, sur un ton à la limite de l'insulte, que contrairement à ce qu'avait déclarait son ami maghrebin, les drogues qui se trouvaient dans la fameuse valise lui appartenaient. En ajoutant que la police ne lui avait pas demandé la provenance de cette drogue. Et, qui plus est, qu'il était arrivé avec de Paris fin décembre. Autrement dit, il faisait également un petit coucou au service des douanes.

Il aura fallu plusieurs jours après cette déclaration radiophonique ridiculisant la police mauricienne pour que celle-ci enclenche les mesures qui auraient dû avoir été prises lors de l'interpellation de fin décembre. Vendredi dernier, soit 19 jours après la découverte de la valise, l'ADSU a inculpé Sivom Paupiah de trafic de drogue. Après la mort la tisane, puisque beaucoup coulera sous les ponts avant que M. Paupiah ne soit obligé, quand les procédures d'extradition auront été exécutées, de venir répéter devant une Cour de justice mauricienne tout ce qu'il déclarait en début de semaine sur Radio One. Une accusation à postériori qui n'explique toujours pas pourquoi M. Sivom Paupiah a eu droit a un traitement de faveur de la part de la police mauricienne. Décidément, il doit exister un Dieu pour les trafiquants de Subutex.




Pris sur le vif

Re à suivre
Jean-Claude Antoine


- Mawsi… Mawsi… écoute-moi, s'il vous plaît... mo napa pé comprend nanrien… explique moi ki S… fine faire ou kumsa…

- Mo fek fini dire toi that I don't want to hear this name … dans ki langaz mo bizin dire toi ça ? En mérikain ?! Mo napa lé tan sa batchiara la so nom dans mo zoreille...

-... Mawsi ou napa kapav koz kumsa pour ou propre zenfant… pou ou propre di sang.

-… mo zenfant ? … kun kalité zenfant été sa do ? Zenfant ki donne sa mama cout couteau dans le dos… Pas en zenfant sa.. he is a snake I tell you… mo fine faire grandi en serpent dans mo le corps… mo fine donne li boire mo propre dilait... mo fine lave so tata… donne li mangé… Mo fine faire tout séki enne maman bizin faire pou so piti, et zordi guette récompense... I have teach him how to walk, how to go to school, help him to become someone in society…

-... ou fine bien réussi Mawsi... Li finne passe tout so bane l'examen....

-.... what are you saying : li fine passe tous so bane l'examens. ?..

-... mais Mawsi ou fine bliyé ki... ou garçon la fine gagne so diplome... ou rappel sa fête ou ti faire la pou célébrer...

-... To dfelebrate his diploma : to faire moi rié toi, beti... You don't know... really ? Ou bien to pé faire bouffon are moi ?

- Ki ou pé dire Mawsi ?

- Vrai même to napa koné ?... laisse mo dire toi alors : ene faire fout l'examen li napa fin passé... after that.... you know how much demarche nou fine bizin faire pou li gagne so diploma...

-... Mawsi !!! ou pé divagué... Oulé dire ki S...

-... I've told you... pas prononce sa nom la are moi... I'm warning you... si to dire sa nom la once more mo napa pas pou cause are toi... si to dire sa nom la one more time, mo coupe sa téléphone la...

-... Mawsi, mo né pli comprend narien... ou pé dire ki.... ou garçon pas fin passe so l'examen ?

-... to pas ti koné ? Au lieu alle lekol he spent his time in pubs and li ti pé garde banne ti femmes blanc malangue la... you know bane femme mauvais la vi la. Quand li fine failed at the exams nou fine bizin faire boucoup démarches... do you know how much money nu fine dépense to buy his diploma… Mo fine bizin vane lakaz ki mo mama ti laisse pou moi... Tout sala mo fine faire... Aio mo mama, vine cherche moi... mo népli capav are sa lavi la... Maaa... vini...

-…Mawsi ki ou pé raconté… pas ou ki pé kozé la... l'alcool kip é kozé dans ou place Mawsi… pas ou sa…

-…l'alcool ? This is not alcohol but the truth mo piti… the real thruth mo faire serment ar soleil...

-... Mawsi si ça kozé la vrai, faudrait pas ou raconte sa lor téléphone... dimoune kapav tane ou.... zot pou faire palab.

-... mo bien fout pas mal... I am going to tell anyone the story... I want the world to know that mo fine nouri en serpent dans mo propre lakaz.... Bizin dimoune koné ki kalité batchiara li été... I know when you look at him you think he is an angel... mais moi mo koné ki li été, mo fine démasqué li... li enn serpent... li enn démon... he is a batchiara ki azordi pé déclare mari avec so propre mama...

-... mais ki li fine faire ou kumsa Mawsi, dire moi ?

-Ki li croire ? ki mo ene gopia ki pou aksepté séki li lé ? Seki li napa koné séki are moi sa dal napa pu cuit. Mo pou raconte tout dimoune... I am going to call the newspapers in Mauritius to tell them all the story, with all the details... Dimoune bizin koné ki manière sa batchiara la fine faire la tête so mame baissé... I am going to tell all the story...

-... commence par raconté moi seki fin arrivé...

-... Mo pou dire toi tout... Toi to mo vrai famille, beti... toi ki ti bizin mo zenfant au lieu sa batchiara la... I am going to tell you tout seki li fine faire moi... but wait a minute, beti... pas coupé hein.. wait...

-... Kot ou pé allé Mawsi ?

-... wait mo dire toi... mo pou raconte toi tou seki li fine faire moi... but before... let me have a little more whisky....

(A suivre)




Juste Un Mot

Attention …
Patrick Jean-Louis


Il y a de l'euphorie dans le petit monde de la natation mauricienne depuis le week-end dernier, après ce qu'on pourrait appeler une performance honorable des nageurs dans les championnats des Zones 4 et 5 au Kenya. Dans une piscine de Kasarani - qui date des Jeux Africains de 1987 - qui ne répond pas à toutes les critères pour le déroulement d'une compétition africaine, les 15 nageurs soutenus par le Trust Fund For Excellence, sont donc revenus avec, dans leurs escarcelles, 69 médailles, dont 38 d'or, 13 d'argent et 18 de bronze et quatre titres de meilleurs nageurs.

A priori, la Fédération mauricienne de Natation (FMN), tout comme le ministre de la Jeunesse et des Sports et encore plus le Trust Fund For Excellence In Sports (TFES) ont toutes les raisons de laisser éclater leur joie, somme toute légitime en pareille circonstance. Jamais dans l'histoire de la natation mauricienne, une sélection est revenue d'une compétition à l'étranger avec autant de médailles et c'est sans aucun doute une excellente chose pour cette discipline qui était au plus bas il n'y a même pas deux ans. Qu'importe également le débat qu'on peut engager sur le niveau de ces Championnats des Zones 4 et 5, il est néanmoins très légitime qu'on dise un grand bravo à ces nageurs qui ont sacrifié leurs fêtes de fin d'année pour ne pas avoir de break dans leur préparation. C'est tout à leur honneur, car cette preuve d'abnégation de la part de ces jeunes mérite qu'on leur tire le chapeau.

Cependant, nous manquerons à notre devoir si dans la foulée, on ne dit pas attention tant aux nageurs qu'à ceux qui les entourent, en particulier au Directeur Technique National (DTN) dans l'interprétation de ces résultats. Certes, les médailles brillent et font du bruit quand on commence à les secouer, mais la natation est comme ces disciplines où la vérité se situe dans les chiffres. Il est à espérer que dans de telles circonstances, le DTN comme la FMN ont déjà fait le nécessaire pour que ces jeunes, débordant d'enthousiasme et d'ambitions, aient à nouveau les pieds sur terre.

Il faut faire attention, puisque avec les chronos qu'ils ont ramenés de Nairobi, ils n'obtiendront pas une qualification pour les Jeux Olympiques des Jeunes à Singapour, ni pour les Mondiaux de Shanghai en 2014 et certainement pas une plus haute marche du podium en 2011 à La Réunion. Philippe Pascal sait plus que tout le monde cette cruelle vérité et nous osons espérer que, dans l'avion qui a ramené la délégation dimanche dernier, il a pris le temps de bien situer les résultats de Nairobi. S'il ne l'a pas fait encore, il compte bien le faire dans les jours qui viennent.

Certes, la marge de progression de ces jeunes est encourageante et de ce fait, ils méritent d'avantage de soutien. Toutefois, il est inquiétant quand même qu'on a osé affirmer jeudi, que ces jeunes sont l'ossature de la sélection pour le rendez-vous seychellois. A moins que la Fédération mauricienne de Natation n'a aucune ambition pour les 8es JIOI et que Philippe Pascal n'est à Maurice que pour s'occuper des jeunes du TFES.

Nous osons espérer que tel n'est pas le cas. Et si d'aventure Week-End n'est pas en train de se tromper, c'est alors une information vitale qu'il faudra que ceux concernés y apportent très vite des précisions.






o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 17 janvier 2010