Faits et effets
-
Parti sans prévenir
Pris sur le vif
-
Ambulants fixes
Faits et effets...
Parti sans prévenir
James Burty David nous a quittés. Sans prévenir.
C'est plus les circonstances de sa disparition et sa loyauté
sans faille à son parti (le PTr) que son uvre qui
lui ont valu les hommages émus de ses pairs et de la population
mauricienne entière. Certes, c'était un homme de
culture, au verbe facile mais, dans l'imaginaire populaire, c'est
surtout son comportement agressif et fanatique qui reste, lui
qui ne ratait aucune occasion de s'en prendre à des adversaires
politiques sur un ton des plus hargneux.
Avant-hier, c'était Sir Anerood Jugnauth qui en a fait
les frais et c'est ce qui explique sans doute que, tout en saluant
la mémoire du disparu, le président de la République
n'en a pas moins relevé son côté "provocateur".
En alliance avec le MMM de 94 à 97, James Burty David n'a
pas arrêté sa croisade contre le Sun Trust. C'est
lui qui fut derrière la décision de faire les services
éducatifs quitter sur le champ le Sun Trust. Avec les conséquences
que l'on sait, un recours en justice des Trustees du Sun et des
dédommagements de l'ordre de Rs 45 millions qui leur furent
accordés par la Cour Suprême.
Hier, c'était Paul Bérenger qui était sa
cible de tous les instants au point où cela gênait
et que des auditeurs des radios privées se faisaient régulièrement
les échos de cet embarras généralisé
devant tant d'acharnement vis-à-vis d'un adversaire en
particulier. Ceux qui siègent à l'Assemblée
nationale, à commencer par le Speaker et l'opposition,
ainsi que ceux qui suivent les débats parlementaires savent
quelque chose de sa méthode. Entre les "colons"
et les "Le Pen local", des piques rarement spontanées
et plutôt bien travaillées. Au point de paraître
quelques fois, un peu décalé face à l'histoire.
Comme cette allusion à Le Pen alors que les seules photos
attestant des accointances du leader de l'extrême droite
française avec des personnalités mauriciennes sont
celles de SSR et de Sir Gaëtan Duval.
Ceux qui tentent une analyse psychologique de ce phénomène
pensent que l'aversion qu'il a développée pour le
leader du MMM trouve sa source dans les événements
de 1982. Il a probablement tenu Paul Bérenger pour responsable
de la chute de Sir Seewoosagur Ramgoolam, son idole, son père
politique. Cela a toujours surpris les observateurs que ce soit
lui qui bondisse avec véhémence à chaque
fois qu'une remarque, même la plus anodine, était
formulée en direction de SSR. James Burty David réagissait
plus brutalement et avec plus de passion que le fils biologique
lui-même, Navin Ramgoolam. Cela tient du fait que lui a
accompagné pendant un bon moment SSR en politique. Et de
son vivant. Ce qui n'est pas le cas pour l'actuel Premier ministre.
De ses premières années de député,
celui qui est arrivé en deuxième position derrière
Paul Bérenger aux élections générales
de 1976 à Belle Rose/Quatre Bornes, on retiendra la constance
dans le parti pris idéologique et dans la défense
des intérêts des travailleurs. Il se range avec le
MMM pour, par exemple, créer la Cargo Handling Corporation
et tandis que la bande à Harish Boodhoo anime une contestation
de l'intérieur qui gagne de plus en plus en intensité
et qui est soutenue par certains "Senior Ministers"
de l'époque, le député se range toujours
du côté de son leader même s'il est meurtri
par la contradiction qui consiste à faire bloc avec l'ancienne
garde tout en préconisant un changement d'orientation après
les soubresauts du début des années 70 et l'avènement
d'une nouvelle culture syndicale. C'est pareil vis-à-vis
du régime d'apartheid d'Afrique du sud, de plus en plus
au banc des accusés sur la scène internationale,
ce qui n'empêche pas des ministres du gouvernement PTr/PMSD
d'aller à Pretoria essayer de vendre un peu de notre thé.
A Maurice, c'est de coutume lorsqu'un homme public meurt, qu'il
soit tout de suite crédité de toutes les vertus
de la terre. Sa mémoire est glorifiée et son travail
démesurément positivé. Il en a été
de même pour James Burty David. Or, ses passages dans différents
ministères n'ont pas laissé de traces indélébiles.
Compte tenu de son expérience de pédagogue, c'est
tout naturel qu'après les élections de 1995 son
premier maroquin tout trouvé soit celui de l'Éducation.
Il y a bien eu la promesse d'une "école de la réussite"
mais rien de concret n'en est sorti au point où le ministre
David fut, quelque mois plus tard, muté par Navin Ramgoolam,
aux Administrations régionales.
Il est revenu à ce ministère depuis les dernières
élections générales de 2005 et le moins que
l'on puisse dire c'est qu'il n'y a rien eu de bien probant en
quatre ans et demi si ce n'est la préparation d'un manuel
de bonne conduite financière pour les administrations régionales.
Un document de bonnes intentions. Jamais, les collectivités
locales n'ont été aussi mal gérées
avec autant de scandales qui se suivent en cascade dans les municipalités
comme dans les conseils de district.
La dernière illustration étant, d'ailleurs, ce problème
de marchands ambulants de Port Louis où le ministre de
tutelle, a été totalement absent sauf, comme nous
l'évoquions ici même la semaine dernière,
sur les tracts virulents et à caractère hautement
communal. Lui qui travaillait pour être un élu de
plein droit et ne plus être l'objet de sarcasme de par sa
condition de "best loser" voyait dans cette fronde
de la rue portlouisienne à son égard une menace
à ce qui devait être son heure de gloire.
Il est parti, c'est triste. Son absence sera ressentie au Parlement
où il animait la "shouting brigade" avec
d'autres remuants élus de deux côtés de la
Chambre. Lorsqu'on connaît la propension à la provocation
de Nita Deerpalsing et autres Krishna Babajee, gageons que ce
ne sera pas monotone dans les travées de la majorité.
Et que la relève est assurée
Pris sur le vif
Ambulants fixes
-D'où tu viens comme ça avec les cheveux chiffonnés
et ton visage cuit par le soleil ?
- Du nouveau shopping centre du gouvernement.
- Ne me dis pas que le gouvernement a ouvert un shopping centre
! Où ça, hein ? On vend des produits duty free là-bas?
- Ah non, dans ce shopping centre là on ne vend pas des
produits duty free. D'ailleurs les produits en vente là-bas
pas même passe par la douane, je crois
- Mais kot sa shopping centre la été ?
- Mais à la rue Desforges toi.
- Qu'est-ce que tu racontes là? Tu as marché trop
longtemps au soleil. Il n'y a pas de nouveau shopping centre à
la rue Desforges. Là-bas il y juste les marchands ambulants
maintenant.
- Celui la même le nouveau shopping centre du gouvernement.
- Mais pourquoi tu dis ça ?
- Mais parce que c'est le gouvernement qui a permis aux marchands
ambulants de travailler à la rue Desforges. Il a cassé
un ordre du Lord Maire pour faire ça. Tu ne savais pas.
- Mais ce n'est pas la première fois.
-Quoi ?
- C'est pas la première fois que le gouvernement, que tous
les gouvernements acceptent que les marchands ambulants bloquent
les rues. Tous les ans c'est le même refrain. En novembre
les marchands ambulants arrivent, bloquent les rues. La police
saisit les affaires, les marchands font des manifestations et
après le ministre dit on va les laisser cette année
mais l'année prochaine c'est fini ; il n'y aura plus de
marchands ambulants dans les villes. Et l'année suivante
on recommence, il n'y a pas de comité, pas de décision.
On teigne l'affaire, c'est tout avant de recommencer. Tu ne savais
pas ça ?
- Je savais même, mais cette année c'est le conseil
des ministres qui a pris la décision. Ca même je
dis en foutant que le gouvernement a ouvert un nouveau shopping
centre à la rue Desforges.
- Qu'est-ce tu as été faire là -bas? On peut
dire que tu manques d'occupation même toi, hein.
- On m'avait dit qu'il y a un petit magasin au milieu de la rue
Desforges qui vend des mari jolis tissus à bon prix.
-Alors, c'est vrai?
- Je ne peux pas te dire ma chère parce que maintenant
à la rue Desforges pour entrer dans un magasin, il faut
pousser des douzaines de marchands ambulants. Tu dois laguerre
pour marcher et toutes sortes de gens frottent avec toi. Tu n'a
pas de place, to bizin marche sur le chemin. Et comme les gens
dans les voitures sont plein avec les embouteillages que font
les marchands ambulants, ils te laissent pas passer. A cause ça
même j'ai préféré laisser tomber et
je suis retournée. Je ne suis même pas arrivée
à un quart de la rue Desforges.
- Attends après les fêtes, quand les marchands ambulants
seront en congé, lerla tu pourras marcher à ton
aise sur les trottoirs. A moins que les marchands ambulants décident
de travailler toute l'année.
- Tu crois que le conseil des ministres va avaler cette boulette
là?
- Il ne faut pas oublier que 2010 c'est l'année des élections.
Le gouvernement va tout accepter pour gagner. Tu vas voir toi-même.
- Si c'est comme ça je sais ce que je vais faire l'année
prochaine.
- Toi aussi tu vas poser ta candidature ?
- Tu vas croire, toi. Pour devenir quoi une députée
qui bizin attane l'ordre so leader pour li kozé!!! Pas
de chemin.
- Qu'est-ce que tu vas faire alors ?
- Je vais entrer marchand ambulant
- Moi croire to pé gagne bouffée chaleur. Tu n'as
pas mangé ou bu quelque chose qui fine reste lor to lestomac
et commence à te monter à la tête, toi?
- Mais pas du tout. Je suis mari logique. Ecoute moi bien. Tu
sais combien de pétition on a fait dans mon quartier pour
demander que les rues soient réparées; que les tuyaux
de la CWA soient remplacés pour que l'eau coule un peu
plus gros ; pour que la police empêche ce************* que
tu connais là de jouer des ségas au milieu de la
nuit. On a écrit à la police, à la CWA, aux
députés, aux ministres et on n'a rien obtenu. Même
pas une réponse. On est pourtant des gens bien mais, excuse
ma vulgarité, les autorités là font pipi
sur toi.
- Mais pourquoi tu veux devenir marchand ambulant ?
- Parce qu'ils sont les maris du gouvernement, comme dit mon dernier
quand il ne sait pas que je l'écoute ! Parce que eux le
gouvernement les écoute. Comme tu viens de dire toi-même
tout le monde, même le Lord Maire était contre laisser
les marchands ambulants à la rue Desforges. Les marchands
ambulants ont crié deux coups, fait une manifestation et
le gouvernement a cédé. Moi j'ai compris : pour
faire pression sur le gouvernement il n'y a que les marchands
ambulants. Tu veux obtenir quelque chose? Il faut faire comme
les marchands ambulants, tu occupes le bureau du maire, tu flanques
deux trois calottes à sa secrétaire, tu menaces
de voter pour l'opposition aux prochaines élections, tu
fais écrire des tracts contre le ministre et hop le conseil
des ministres te donne raison. Tu comprends maintenant pourquoi
il faut à tout prix devenir marchand ambulant ?
|
o p i n i o n
|
WEEK-END --- dimanche 20 décembre 2009
|