o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 20 décembre 2009



  Faits et effets - Parti sans prévenir
  Pris sur le vif - Ambulants fixes


Faits et effets...

Parti sans prévenir
Josie Lebrasse


James Burty David nous a quittés. Sans prévenir. C'est plus les circonstances de sa disparition et sa loyauté sans faille à son parti (le PTr) que son œuvre qui lui ont valu les hommages émus de ses pairs et de la population mauricienne entière. Certes, c'était un homme de culture, au verbe facile mais, dans l'imaginaire populaire, c'est surtout son comportement agressif et fanatique qui reste, lui qui ne ratait aucune occasion de s'en prendre à des adversaires politiques sur un ton des plus hargneux.

Avant-hier, c'était Sir Anerood Jugnauth qui en a fait les frais et c'est ce qui explique sans doute que, tout en saluant la mémoire du disparu, le président de la République n'en a pas moins relevé son côté "provocateur". En alliance avec le MMM de 94 à 97, James Burty David n'a pas arrêté sa croisade contre le Sun Trust. C'est lui qui fut derrière la décision de faire les services éducatifs quitter sur le champ le Sun Trust. Avec les conséquences que l'on sait, un recours en justice des Trustees du Sun et des dédommagements de l'ordre de Rs 45 millions qui leur furent accordés par la Cour Suprême.

Hier, c'était Paul Bérenger qui était sa cible de tous les instants au point où cela gênait et que des auditeurs des radios privées se faisaient régulièrement les échos de cet embarras généralisé devant tant d'acharnement vis-à-vis d'un adversaire en particulier. Ceux qui siègent à l'Assemblée nationale, à commencer par le Speaker et l'opposition, ainsi que ceux qui suivent les débats parlementaires savent quelque chose de sa méthode. Entre les "colons" et les "Le Pen local", des piques rarement spontanées et plutôt bien travaillées. Au point de paraître quelques fois, un peu décalé face à l'histoire. Comme cette allusion à Le Pen alors que les seules photos attestant des accointances du leader de l'extrême droite française avec des personnalités mauriciennes sont celles de SSR et de Sir Gaëtan Duval.

Ceux qui tentent une analyse psychologique de ce phénomène pensent que l'aversion qu'il a développée pour le leader du MMM trouve sa source dans les événements de 1982. Il a probablement tenu Paul Bérenger pour responsable de la chute de Sir Seewoosagur Ramgoolam, son idole, son père politique. Cela a toujours surpris les observateurs que ce soit lui qui bondisse avec véhémence à chaque fois qu'une remarque, même la plus anodine, était formulée en direction de SSR. James Burty David réagissait plus brutalement et avec plus de passion que le fils biologique lui-même, Navin Ramgoolam. Cela tient du fait que lui a accompagné pendant un bon moment SSR en politique. Et de son vivant. Ce qui n'est pas le cas pour l'actuel Premier ministre.

De ses premières années de député, celui qui est arrivé en deuxième position derrière Paul Bérenger aux élections générales de 1976 à Belle Rose/Quatre Bornes, on retiendra la constance dans le parti pris idéologique et dans la défense des intérêts des travailleurs. Il se range avec le MMM pour, par exemple, créer la Cargo Handling Corporation et tandis que la bande à Harish Boodhoo anime une contestation de l'intérieur qui gagne de plus en plus en intensité et qui est soutenue par certains "Senior Ministers" de l'époque, le député se range toujours du côté de son leader même s'il est meurtri par la contradiction qui consiste à faire bloc avec l'ancienne garde tout en préconisant un changement d'orientation après les soubresauts du début des années 70 et l'avènement d'une nouvelle culture syndicale. C'est pareil vis-à-vis du régime d'apartheid d'Afrique du sud, de plus en plus au banc des accusés sur la scène internationale, ce qui n'empêche pas des ministres du gouvernement PTr/PMSD d'aller à Pretoria essayer de vendre un peu de notre thé.

A Maurice, c'est de coutume lorsqu'un homme public meurt, qu'il soit tout de suite crédité de toutes les vertus de la terre. Sa mémoire est glorifiée et son travail démesurément positivé. Il en a été de même pour James Burty David. Or, ses passages dans différents ministères n'ont pas laissé de traces indélébiles. Compte tenu de son expérience de pédagogue, c'est tout naturel qu'après les élections de 1995 son premier maroquin tout trouvé soit celui de l'Éducation. Il y a bien eu la promesse d'une "école de la réussite" mais rien de concret n'en est sorti au point où le ministre David fut, quelque mois plus tard, muté par Navin Ramgoolam, aux Administrations régionales.

Il est revenu à ce ministère depuis les dernières élections générales de 2005 et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il n'y a rien eu de bien probant en quatre ans et demi si ce n'est la préparation d'un manuel de bonne conduite financière pour les administrations régionales. Un document de bonnes intentions. Jamais, les collectivités locales n'ont été aussi mal gérées avec autant de scandales qui se suivent en cascade dans les municipalités comme dans les conseils de district.

La dernière illustration étant, d'ailleurs, ce problème de marchands ambulants de Port Louis où le ministre de tutelle, a été totalement absent sauf, comme nous l'évoquions ici même la semaine dernière, sur les tracts virulents et à caractère hautement communal. Lui qui travaillait pour être un élu de plein droit et ne plus être l'objet de sarcasme de par sa condition de "best loser" voyait dans cette fronde de la rue portlouisienne à son égard une menace à ce qui devait être son heure de gloire.

Il est parti, c'est triste. Son absence sera ressentie au Parlement où il animait la "shouting brigade" avec d'autres remuants élus de deux côtés de la Chambre. Lorsqu'on connaît la propension à la provocation de Nita Deerpalsing et autres Krishna Babajee, gageons que ce ne sera pas monotone dans les travées de la majorité. Et que la relève est assurée…




Pris sur le vif

Ambulants fixes
Jean-Claude Antoine


-D'où tu viens comme ça avec les cheveux chiffonnés et ton visage cuit par le soleil ?

- Du nouveau shopping centre du gouvernement.

- Ne me dis pas que le gouvernement a ouvert un shopping centre ! Où ça, hein ? On vend des produits duty free là-bas?

- Ah non, dans ce shopping centre là on ne vend pas des produits duty free. D'ailleurs les produits en vente là-bas pas même passe par la douane, je crois…

- Mais kot sa shopping centre la été ?

- Mais à la rue Desforges toi.

- Qu'est-ce que tu racontes là? Tu as marché trop longtemps au soleil. Il n'y a pas de nouveau shopping centre à la rue Desforges. Là-bas il y juste les marchands ambulants maintenant.

- Celui la même le nouveau shopping centre du gouvernement.

- Mais pourquoi tu dis ça ?

- Mais parce que c'est le gouvernement qui a permis aux marchands ambulants de travailler à la rue Desforges. Il a cassé un ordre du Lord Maire pour faire ça. Tu ne savais pas.

- Mais ce n'est pas la première fois.

-Quoi ?

- C'est pas la première fois que le gouvernement, que tous les gouvernements acceptent que les marchands ambulants bloquent les rues. Tous les ans c'est le même refrain. En novembre les marchands ambulants arrivent, bloquent les rues. La police saisit les affaires, les marchands font des manifestations et après le ministre dit on va les laisser cette année mais l'année prochaine c'est fini ; il n'y aura plus de marchands ambulants dans les villes. Et l'année suivante on recommence, il n'y a pas de comité, pas de décision. On teigne l'affaire, c'est tout avant de recommencer. Tu ne savais pas ça ?

- Je savais même, mais cette année c'est le conseil des ministres qui a pris la décision. Ca même je dis en foutant que le gouvernement a ouvert un nouveau shopping centre à la rue Desforges.

- Qu'est-ce tu as été faire là -bas? On peut dire que tu manques d'occupation même toi, hein.

- On m'avait dit qu'il y a un petit magasin au milieu de la rue Desforges qui vend des mari jolis tissus à bon prix.

-Alors, c'est vrai?

- Je ne peux pas te dire ma chère parce que maintenant à la rue Desforges pour entrer dans un magasin, il faut pousser des douzaines de marchands ambulants. Tu dois laguerre pour marcher et toutes sortes de gens frottent avec toi. Tu n'a pas de place, to bizin marche sur le chemin. Et comme les gens dans les voitures sont plein avec les embouteillages que font les marchands ambulants, ils te laissent pas passer. A cause ça même j'ai préféré laisser tomber et je suis retournée. Je ne suis même pas arrivée à un quart de la rue Desforges.

- Attends après les fêtes, quand les marchands ambulants seront en congé, lerla tu pourras marcher à ton aise sur les trottoirs. A moins que les marchands ambulants décident de travailler toute l'année.

- Tu crois que le conseil des ministres va avaler cette boulette là?

- Il ne faut pas oublier que 2010 c'est l'année des élections. Le gouvernement va tout accepter pour gagner. Tu vas voir toi-même.

- Si c'est comme ça je sais ce que je vais faire l'année prochaine.

- Toi aussi tu vas poser ta candidature ?

- Tu vas croire, toi. Pour devenir quoi une députée qui bizin attane l'ordre so leader pour li kozé!!! Pas de chemin.

- Qu'est-ce que tu vas faire alors ?

- Je vais entrer marchand ambulant

- Moi croire to pé gagne bouffée chaleur. Tu n'as pas mangé ou bu quelque chose qui fine reste lor to lestomac et commence à te monter à la tête, toi?

- Mais pas du tout. Je suis mari logique. Ecoute moi bien. Tu sais combien de pétition on a fait dans mon quartier pour demander que les rues soient réparées; que les tuyaux de la CWA soient remplacés pour que l'eau coule un peu plus gros ; pour que la police empêche ce************* que tu connais là de jouer des ségas au milieu de la nuit. On a écrit à la police, à la CWA, aux députés, aux ministres et on n'a rien obtenu. Même pas une réponse. On est pourtant des gens bien mais, excuse ma vulgarité, les autorités là font pipi sur toi.

- Mais pourquoi tu veux devenir marchand ambulant ?

- Parce qu'ils sont les maris du gouvernement, comme dit mon dernier quand il ne sait pas que je l'écoute ! Parce que eux le gouvernement les écoute. Comme tu viens de dire toi-même tout le monde, même le Lord Maire était contre laisser les marchands ambulants à la rue Desforges. Les marchands ambulants ont crié deux coups, fait une manifestation et le gouvernement a cédé. Moi j'ai compris : pour faire pression sur le gouvernement il n'y a que les marchands ambulants. Tu veux obtenir quelque chose? Il faut faire comme les marchands ambulants, tu occupes le bureau du maire, tu flanques deux trois calottes à sa secrétaire, tu menaces de voter pour l'opposition aux prochaines élections, tu fais écrire des tracts contre le ministre et hop le conseil des ministres te donne raison. Tu comprends maintenant pourquoi il faut à tout prix devenir marchand ambulant ?





o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 20 décembre 2009