é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 20 décembre 2009

ADIEU BURTY !
Gérard Cateaux


Quand j'avais été arrêté, avec ma consœur, Annabelle Volbert, et mon confrère, Josian Valère, de Radio Plus, sous une accusation de publication de fausses nouvelles, le téléphone sonnait par la suite. "Allo ! C'est Burty ! Je suis avec toi, mais je réclame le silence de l'apprenti..." J'avais, bien sûr, compris. Qu'en tant que ministre, il ne pouvait pas apporter, officiellement, son soutien, ni sa désapprobation. Mais, ce silence de l'apprenti était un silence tonitruant, actif, fraternel, pour ne pas dire confraternel.

Burty avait été, avant tout, un journaliste, lui qui avait fait ses premières armes sous la férule de Kher Jagatsingh, au Nation, puis à Mauritius Today. S'il avait manifesté, à mon égard, ce soutien corporatiste, c'était parce qu'il avait été, d'abord, journaliste, politicien ensuite.

Burty avait contribué à plusieurs titres, parce qu'il aimait s'exprimer, faire part aux autres les idées qu'il avait reçues d'ailleurs, de ses profs antérieurs, de ses lectures livresques - son fils Fabrice nous disait, le jour de ses funérailles, que pour lui faire plaisir, il ne fallait pas chercher loin : fouiller dans les librairies et lui rapporter des livres.

La réalité veut que pour notre génération de baby-boomers issue de la Seconde Guerre mondiale, la fenêtre qui s'ouvrait à nous sur le monde, c'était la lecture et la radio. A travers ces deux pôles, nous voyagions dans nos têtes et quand nous voyions les navires des Messageries Maritimes traverser le Bell Boy dans la rade de Port-Louis, nous savions que nos nourritures livresques étaient arrivées et allaient être débarquées avec trois mois de retard...

Nous avions été nourris dans ce Ward IV des années 50 par tant d'hommes qui avaient un penchant certain pour l'écriture. Advance de Seewoosagur Ramgoolam, de René Noyau, de Malcolm de Chazal, d'Anauth Beejadhur de Marcel Cabon, non sans oublier Raoul Rivet au Mauricien, de son successeur, André Masson, mais aussi, Jacques Rivet, Bickramsing Ramlallah du Mauritius Times, de Hervé de Sornay du Cernéen qui ont, tous, contribué à placer le journalisme mauricien au cœur du débat de la chose politique.

Burty s'était nourri, dès son jeune âge, de cette chose-là. On pourrait même dire qu'il y était entré dedans dès son jeune âge, pour en devenir, plus tard, le gardien du temple du travaillisme moderne. Mon ami, Yvan Martial, ne disait-il pas, avec raison, l'autre jour, sur les antennes de la MBC, que James Burty David s'était érigé comme le rempart du travaillisme, pur et dur, face aux jeunes loups du Mouvement militant mauricien.

Il faut reconnaître que Burty avait du coffre (intellectuellement) pour affronter ces loups aux dents longues. Je me remémore ces longues joutes oratoires, où il donnait la réplique à son vis-à-vis, qui n'était autre que ... Paul Bérenger ! Je sais, qu'au fond de ce dernier, avec la disparition de James Burty David, il n'aurait plus d'adversaire avec lequel se mesurer. Parce que Burty était le dernier des Travaillistes ...!



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 20 décembre 2009