o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 11 octobre 2009



  Faits et effets - Et si…
  Pris sur le vif - Performance appraisal


Faits et effets...

Et si…
Josie Lebrasse


Et si Navin Ramgoolam n'était pas ce Premier ministre fort et intraitable que sa communication a, tant bien que mal, essayé de nous vendre ? Au vu des derniers événements qui ont secoué le landerneau politique, la question mérite d'être posée. Et si le matamore n'était plus qu'une baudruche dégonflée, empêtrée dans sa stratégie et ses calculs politiciens, prisonnier d'alliés de plus en plus dérangeants et gourmands mais dont il ne peut se séparer et que cela, finalement, le paralyse au point où, sollicité en trois fois par des journalistes en tant que ministre de l'Intérieur pour un commentaire suite aux propos de Rama Valayden sur la brutalité policière, il a esquivé toute question. Pour toute réaction, les Mauriciens n'ont eu droit qu'à une "déclaration informelle" relayée par une radio privée, sans appui sonore, à l'effet que les statistiques sur la brutalité contredisent les propos de son Attorney General. C'est tout.

Paul Bérenger a parlé de "silence coupable et honteux" du Pm dans l'affaire Valayden. Silence oui, mais silence calculé. Le jeu de Navin Ramgoolam est tellement limpide. Depuis qu'il a annoncé son programme "mo pou fini MMM", il met, en fait, tout en œuvre pour donner un peu de substance à son grand projet de rayer les mauves de la carte politique mauricienne. Les sorties hebdomadaires du tandem James Burty David/Deva Virahsamy, qui ont consisté à casser systématiquement du Bérenger, s'étant révélées contre-productives - les réactions de la population étant hostiles et violentes à leur égard sur toutes les radios privées confondues -, il a bien dû trouver autre chose. La réunification du PMSD lui a donné une occasion de changer son fusil d'épaule et ce sont, manifestement, les bleus qui sont envoyés au front "pou fini MMM".

A tall order, on dirait, puisque le Pm est capable de s'accommoder de tous les excès pour essayer de parvenir à ses fins. Certains diront que son impuissance face à ses troupes et à ses alliés n'est pas nouveau. Navin Ramgoolam est le seul Pm depuis l'indépendance à avoir été confronté au chantage de la démission de la part de trois de ses ministres. Rama Sithanen avait, en février 2007, envoyé une lettre de démission à Rashid Beebeejaun, Pm suppléant après la nomination par Navin Ramgoolam de Manou Bheenick comme Gouverneur de la Banque de Maurice. C'est au terme de longues tractations que les choses se sont arrangées, le candidat pressenti du ministre des Finances étant repêché à la tête d'une autre banque.

Deux autres ministres ont fait le même numéro. Xavier Duval, alors leader du PMXD, doublement mécontent de l'arrivée du PMSD dans le giron de l'alliance sociale et d'une coupe dans le budget de la MTPA, avait menacé de démissionner mais s'est ravisé par la suite. Rama Valayden, tancé par le Pm pour ses ingérences dans les enquêtes policières, a lui aussi,envoyé une lettre, s'était mis en congé de son bureau d'Attorney General, le temps d'une journée, avant de reprendre sa correspondance. Les trois ministres "lettres démission dans poche" sont toujours en fonction, le Pm n'ayant pu lever le plus petit doigt contre eux, même lorsqu'à l'instar de Rama Valayden, il y a récidive.

C'est la nouvelle stratégie de Navin Ramgoolam qui l'amène à dire certaines choses parfois délirantes. On pensait que celui qui était présenté comme un grand "rassembleur" souhaitait que Rose-Hill devienne un bastion travailliste, question d'aspirer à devenir un vrai leader politique national, non, même pas. Il a souhaité que Rose-Hill redevienne un bastion du PMSD, celui qu'il fut il y a bien longtemps et pour peu de temps.

Mercredi dernier, jour du dévoilement de la statue de Sir Gaëtan Duval, Navin Ramgoolam a raconté quelques anecdotes pour amuser la galerie. C'est bon de revenir sur 1991 mais ce que l'histoire récente retient, c'est ce qui a été dit et écrit noir sur blanc pour la postérité. Un peu de retour en arrière est ainsi souvent salutaire. Dans un entretien accordé le 17 décembre1995 à Marylène François, alors journaliste à Week-End, Sir Gaëtan Duval laissait apparaître toute sa déception et sa frustration d'avoir été berné par le leader du PTr. N'a-t-il pas dit, dans cet entretien que "Navin Ramgoolam m'avait donné sa parole pour deux tickets. Il téléphone à la presse devant moi pour dire qu'on est tombé d'accord . Et, à ma grande stupéfaction, Alan Driver et Maurice Allet ne sont pas sur sa liste de candidats. Je n'ai jamais vu une duplicité pareille".

Alors que l'on était à trois jours des élections qui allaient enregistrer le deuxième 60/0 de l'histoire, Sir Gaëtan Duval, toujours dans le même entretien, allait plus loin pour déclarer: "Vous savez, Bérenger va se mordre les doigts avec Navin, comme tout le monde qui traite avec lui. Vous savez, avec un éventuel Premier ministre mardaye qui ne tient pas ses promesses, la tendance ne peut être qu'à la baisse. Je suis très très tracassé pour le pays et si je vous dis que je suis content finalement que Bérenger soit là… Il y aura au moins un homme intelligent et intègre dans le prochain gouvernement".

Pour ceux qui l'auront oublié, Sir Gaëtan Duval, éconduit par Navin Ramgoolam, avait réalisé l'exploit de monter une équipe de 60 candidats et il avait recueilli, sur son seul nom, plus de 10,000 voix à Curepipe/Midlands, ce qui lui avait ouvert les portes du Parlement. Il devint même leader de l'opposition jusqu'à son décès, le 5 mai 1996. C'était son dernier baroud d'honneur. Les formules lapidaires à l'encontre d'une certaine culture travailliste, il en avait le secret. C'est lui qui avait dit, après les 60/0 du gouvernement PTr/MMM, que les élus étaient comme des personnes qui avaient réussi à se procurer une clé de contact alors même qu'ils ne savent pas conduire et, mieux encore, que les travaillistes étaient restés tellement longtemps hors du pouvoir qu'ils allaient certainement se comporter en affamés. Prophétique…




Pris sur le vif

Performance appraisal
Jean-Claude Antoine


- Qu'est-ce qui t'arrive toi? C'est rare de te voir aussi souriante comme ça le matin au bureau. Généralement to prend une demi journée pour avoir un bon mood pour travailler. Qu'est-ce qui t'es arrivé? To fine gagne ene promotion?

- Mieux que ça, ma chère... je viens de remettre le chef à sa place et devant témoins, s'il te plaît...

-Quoi? Qu'est-ce que tu as fait?...Ki fine arrivé?

-Figure toi que je suis arrivée un tout petit peu en retard au bureau parce que j'avais un papier à aller quitter dans un autre ministère. C'est pour ça que je suis arrivée au bureau vers neuf heures et demie, en même temps que le chef...

-.. il était en retard lui aussi?

-...Tu vas croire toi même! Tu veux dire qu'il était en avance!..il n'arrive jamais avant dix heures, comme tous les chefs quoi. Quand il arrive il a l'air occupé et concentré comme si dirait il avait tous les problèmes du gouvernement à régler .

-...alors ki fine arrivé?

-Lui et moi on est arrivé en même temps au bureau. C'était rempli toi. Il y avait des gens qui étaient venus le ministre, comme tous les mercredis. Je lui ai fait un sourire et je lui ai dit bonjour...

-... qu'est ce qu'il a dit?

-...Il a fait comme tous les chefs font quand ils veulent déclarer mari devant du monde... tu sais...il s'est arrêté devant le bureau de la secrétaire...

-... ki senla?.. la vieille garce qui fait ses cheveux avec de la teinture bon marché la ?

-Elle même toi. Alors le chef m'a regardé et a dit fort pour que tout le monde, même les filles du typing pool et de la correspondance, qui sont de l'autre côté du couloir, l'entendent bien...

-... qu'est-ce qu'il a dit comme ça...

-...il m'a regardé en disant " ou koné ki kan arrive en retard biro capave faire ou perdi points dans performance appraisal?"

- Il t'a dit ça?

-Oui toi. En en créole et devant tous ces gens, tous les collègues du bureau qui avaient arrêté de travailler pour bien entendre...et surtout devant cette vieille garce de secrétaire que je ne peux même pas voir en peinture...ça c'était tout much...

-... aio, j'aurais pas aimé être à ta place pour tout l'or du monde... alors qu'est-ce que tu as fait ?

- ... j'étais enragée, toi... s'il m'avait dit ça dans son bureau, lui et moi, je ne lui aurais rien dit... mais là, devant tout ce monde… comme disent les gens ordinaires : mon tata est monté dans ma tête...

-... aio.... tu me fais avoir des frissons toi... et qu'est-ce que tu lui a dit?

- Tu sais quand mon tata monte dans ma tête la, tu ne peux plus m'arrêter ça...je l'ai regardé en face et j'ai dit bien fort pour que tous les collègues du bureau entendent bien... j'ai dit...

-...aio, je n'en peux plus toi... qu'est-ce que tu as dit?

-... mais attane foutour va!!! Je lui ai dit, en créole moi aussi...kan pou faire performance appraisal faudré pas blié faire appraisal performance ban chef...

-..to fine dire li ça...devant tout ce monde la... mais tu es folle, toi...

-... tu trouves ? Mais tout le monde au ministère sait que si on fait un appraisal performance des chefs il y a beaucoup de têtes qui vont tomber...tout le monde ne sait pas que le chef arrive à dix heures, part à trois heures et prend deux heures de déjeuner? Tout le monde ne sait pas qu'il envoie le chauffeur du bureau quitter et aller chercher ses enfants à l'école et aux leçons?.. tout le monde ne sait pas qu'il envoie le chauffeur chercher sa femme pour son cours de yoga et sa maman faire son bazar et les commissions au supermarché?... tout le monde ne sait pas que pendant toute la journée le chef s'occupe de ses business, fait écrire des lettres et téléphoner depuis le bureau par les employés du ministère.... Et après il ose venir me parler de performance appraisal parce que je suis arrivée au bureau à neuf heures et demie!!! Et puis quoi encore?

-... mais tu as perdu ta tête , toi... tu ne réalises pas ce qui va arriver...il va t'envoyer devant le comité disciplinaire... tu es vraiment devenue folle... et tu oses me dire que tu as eu mieux qu'une promotion...qu'est-ce qu'il a dit quand tu as eu fini de parler de performance appraisal pour les chefs...

- Il était fou furieux... puis il m'a fait un grand sourire...

-...quoi... qu'est-ce tu dis...li fine faire toi ene sourire...

-... oui toi...il m'a fait un grand sourire car il sait que je connais toutes ses transactions au bureau...Il m'a fait un sourire et m'a dit en français cette fois... "vous êtes terrible même vous madame... on ne peut pas faire un joke avec vous... on sait que dans ce bureau du plus petit au plus grand tout le monde travaille bien...et que le performance appraisal est automatique comme les promotions"...tu comprends maintenant pourquoi je suis souriante?





o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 11 octobre 2009