o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 13 septembre 2009



  Faits et effets - Desaveu cinglant
  Humeur - Après la mort la tisane
  Pris sur le vif - Correspondant


Faits et effets...

Desaveu cinglant
Josie Lebrasse


Comme ces milliers de vaillants Mauriciens, ils ont quitté tôt leur domicile ce mardi 8 septembre pour prendre la route, faire ce trajet matinal et quotidien qui les emmène sur leur lieu de travail. L'itinéraire obligé du gagne-pain. Ils n'y sont pas arrivés parce que leur vie s'est arrêtée sur l'asphalte de Montebello. Triste fin pour quatre Mauriciens qui ne savaient sans doute pas que leur route sur terre s'achèverait aussi brutalement en un matinal mardi d'hiver. Ils entrevoyaient, pour certains, l'avenir en famille, avaient des projets plein la tête et s'y appliquaient avec patience et espoir. Il n'en sera rien. Bilan de l'accident de la route à l'entrée de Port-Louis : des familles brisées et des blessés traumatisés à vie.

Comme à chaque drame national, on a malheureusement eu à déplorer le spectacle de ces vautours professionnels qui se sont précipités pour se montrer à la télévision - encore un peu plus exécrable ce mardi dans la couverture de cet événement tragique. Un élu local qui aspire à être candidat aux prochaines élections générales, la ministre de la localité et même un député de l'opposition de la même circonscription ont tenu, soit à se faire voir, soit à se faire entendre, même s'ils n'avaient rien de bien original à présenter ou à dire. Il y a mille manières d'exprimer sa solidarité et sa sympathie à des familles endeuillées sans verser dans la démarche partisane et espérer à tout prix en tirer un capital politique. C'était tellement grotesque que cela a provoqué un haut le cœur même chez ceux qui sont habitués à tous les coups tordus des tenants du pouvoir et à toutes les bassesses dont la MBC a le secret.

Les causes exactes de cet accident ne seront établies qu'après la conclusion de l'enquête qui est en cours. Mais on peut d'ores et déjà dire que l'anarchie sur nos routes est, certes, la faute des gouvernements qui se sont succédé, mais il est surtout le fait de celui qui est présentement aux affaires. Il n'a rien fait, strictement rien. Pas une nouvelle route construite, alors même que celles aménagées par le gouvernement, comme à Ébène, sont déjà saturées, des réasphaltages récents, au compte-gouttes et tardifs. Comme "mesures urgentes", on n'a eu droit qu'à des effets d'annonce, dream bridge par ci, bus lane par là. Et dire que la décongestion routière avait été présentée comme une priorité par l'alliance sociale.

On ne s'attendait pas à des miracles ni à "une solution dans poche", comme annoncée pour l'éducation en 1995. Mais, au lieu de ne rien entreprendre, il aurait pu faire aboutir des dossiers déjà bien avancés. Commençons par les petites mesures qui ne coûtent pas grand-chose mais qui permettent de rendre, un tant soit peu, plus fluide le trafic. Aux Infrastructures publiques pendant quelques mois seulement, Ajay Gunness, sur les recommandations des techniciens de son ministère, avait réussi à réorganiser la circulation dans le centre de Port-Louis avec le déplacement des taxis de la Place Bissoondoyal et l'enlèvement de l'îlot directionnel devant la municipalité de la capitale. C'est pour ne citer que deux aspects du programme de facilitation de l'entrée en centre-ville.

Parmi les mesures faciles à appliquer et qui ne coûtent pas grand-chose aux contribuables avait aussi été annoncé, début 2005, l'aménagement d'une voie supplémentaire de La Louise à St Jean, soit la conversion du parking en voie motorisée le matin. C'est cette semaine que les travaux ont commencé, soit quatre ans après que la décision a été annoncée. Il avait même été question, en plaçant des bornes sur la route St-Jean les après-midis, de permettre à ceux qui empruntent la voie de gauche pour l'avenue des Tulipes en direction du Morcellement St-Jean et Sodnac de le faire directement au lieu d'avoir à être dans la file de ceux qui vont en direction de La Louise. Rien de tout ça n'a été fait, alors que l'entrée à Quatre-Bornes est aussi chaotique que sa sortie le matin. Comment voulez-vous que les techniciens et autres ingénieurs du transport qui avaient planché sur le dossier des mesures présentées comme immédiates ne soient pas complètement frustrés de ne pas les avoir vu exécuter dans le meilleur délai ?

Venons-en maintenant au projet qui aurait contribué à régler durablement le problème de la circulation entre les Plaines-Wilhems et la capitale : le métro-léger. Le dossier avait atteint le stade de réalisation. Le secrétariat, placé sous la responsabilité du Dr Baguant, un professionnel respecté, avait initié les premières étapes de la mise en œuvre de ce projet sous la supervision de la Banque mondiale et non un de ses courtiers de bas étage qui hantent les couloirs des bureaux où se discutent les gros projets. Tout a été stoppé après les élections parce que le programme était de défaire tout ce qui avait été auparavant fait. Avec quelles conséquences, c'est aujourd'hui qu'on le voit : l'anarchie et la dégradation partout avec des pertes de vie humaine très (trop) souvent.

Le Premier ministre a présidé un comité après l'accident de mardi. C'est après la mort, la tisane, mais c'est quand même mieux que rien. Sa démarche constitue un désaveu cinglant de deux de ses ministres, Rashid Beebeejaun qui a été aux Infrastructures publiques pendant trois ans et Anil Baichoo. Le premier n'a laissé aucun bilan tandis que le second a quand même fait quelques efforts pour rehausser le réseau existant. Navin Ramgoolam ne doit pas s'arrêter là et il doit voir de plus près comment fonctionne sa police sur les routes, la National Transport Authority, dont la réputation n'est plus à faire, le massacre routier dont sont capables et coupables les contracteurs de la Wastewater Management Authority.

En matière de politique nationale d'aménagement du territoire et de circulation routière, il n'y a pas tout à refaire, mais tout à commencer. Pour cela, il vaut mieux ne pas compter sur ceux qui, inconscients et incompétents, ont joué aux abonnés absents depuis des années. Et c'est ainsi que nous continuerons à compter nos morts…




Humeur

Après la mort la tisane
Jean-Claude Antoine


C'est une habitude tellement ancrée dans les mœurs mauriciennes qu'elle est en train de devenir une de ses caractéristiques: c'est après un drame que l'on décide d'imposer les mesures qui auraient pu l'avoir éviter. L'année dernière, c'était la fermeture des écoles pendant des pluies diluviennes, cette semaine c'est le drame de jeudi dernier. Autrement dit, après la mort la tisane. C'est exactement ce qui vient de se produire après le drame de Montebello, mardi dernier. Il aura fallu que quatre Mauriciens meurent et que quarante trois autres soient blessés, et le pays paralysé pendant une matinée pour que les autorités dites responsables décident que l'autoroute soit interdite aux poids lourds entre 6 h 30 et 9 h 30. Il aura fallu ce drame - que certains confrères ont qualifié de carnage - pour que ces mêmes autorités décident d'imposer de nouvelles limites de vitesse aux autobus et aux poids lourds. Et pourtant, cela fait des mois que les Mauriciens se plaignent de la manière dont certains chauffeurs de poids lourds et d'autobus conduisent sur l'autoroute et les routes étroites de Maurice transformées en circuit de formule un. Cela fait des mois que ces pratiques sont dénoncées sur les ondes des radios privées et dans le courrier des lecteurs de la presse écrite sans susciter de réaction. Si ces dénonciations avaient été écoutées et les mesures nécessaires prises par les autorités dites responsables, le drame de mardi dernier aurait peut être été évité. Mais, à Maurice, il faut que des vies soient perdues pour que les comités ministériels de haut niveau soient constitués pour étudier des problèmes qui ne datent pas d'hier et prendre les décisions qui auraient dû avoir été prises depuis des années. A Maurice, on ne prévoit pas, on se contente de réagir. Pour faire oublier que les mesures interviennent tardivement, on va taper sur la table, parler haut et fort, menacer. Durant quelques semaines, des mesures seront prises pour que les chauffeurs respectent les limites et puis, la surveillance se relâchera et les chauffards recommenceront à faire des courses poursuites sur les routes au péril de la vie de leurs passagers et de ceux d'autres véhicules ayant le malheur de se trouver sur leur trajectoire.

Ce qui est particulièrement choquant dans le drame de Montebello est la publication des conclusions d'un étude réalisée par les techniciens du ministère des Infrastructures Publiques et du Transport intérieur en septembre de l'année dernière. Cette information a été publiée par notre confrère Bernard Saminaden dans l'express de jeudi dernier. L'étude révèle qu'il existe 31 zones dangereuses pour les automobilistes aux quatre coins du pays. Ces zones sont dangereuses, entre autres, en raison de "la géométrie même de la route" et de "l'infrastructure de certaines gares routières" écrivent les techniciens du ministère des Infrastructures publiques et du Transport intérieur. En oubliant une chose fondamentale: c'est ce même ministère qui est censé décider de la construction des routes et veiller à ce qu'elles soient construites selon les normes. Pourquoi faire des constats à postériori alors que c'était à priori qu'il fallait s'assurer que les infrastructures soient construites en respectant les règles de sécurité? A quoi cela sert-il de dénombrer les zones et routes dangereuses de Maurice si aucune mesure concrète n'est prise pour les rendre plus sûres? Mais il y a pire : dans ce qui ressemble à de l'irresponsabilité. Les conclusions du rapport réalisé en septembre dernier rejoignent celles d'un autre rapport sur le sécurité routière à Maurice réalisée par une firme britannique il y a... huit ans. Ce rapport avait déjà établi à l'époque que "35% des routes mauriciennes sont mal construites" pour une série de raisons dont de trop nombreux contours et de monticules affectant la visibilité des automobilistes. Dans la mesure où les conclusions du rapport de l'année dernière rejoignent celles faites il y a huit ans il faut, malheureusement, conclure que les recommandations faites n'ont pas été mises en pratique. Se pose alors la question de savoir pourquoi les gouvernements mauriciens commanditent des rapports - celui fait il y a huit était "volumineux" et a dû coûter cher - s'ils ne mettent pas leurs recommandations en pratique? Juste pour pouvoir dire qu'ils ne sont pas aussi irresponsables qu'on le croit puisqu'ils étudiaient le problème?

Après Montebello, combien d'autres morts faudra-t-il pour que les autorités prennent les mesures nécessaires pour que les 31 routes et zone dangereuse répertoriées dans le rapport de septembre derniers soient repérées ou carrément refaites ?




Pris sur le vif

Correspondant
Jean-Claude Antoine


- Je suis sûre que tu as appris pour X ?

- Quelle X, la fille de Y, celle qui cause dans le bout de la langue la ?

- Non, pas cette X la. Moi je te parle de la sœur de W qui avait épousé ce malheureux Z à qui elle a fait voir de toutes les couleurs la ?

- Ah, bon cenla la. Celle qui dit tout le temps "Parrrluuis" et "RivièrNoarrre" et croit qu'elle est en train de parler un français impeccable la ?

- Elle-même.

- Tu sais, moi je ne peux pas avec ces gens qui conne tout sur tout et causent sans arrêt. Je la voyais une fois de temps en temps chez les cousins, mais bonjour, bonsoir ça même tout. Qui fine arrive li ?

- M ne t'a pas dit ?

- On n'a pas eu occasion de voir ces jours-ci… qu'est-ce qui est arrivé à X ?

-Elle a trouvé un correspondant…

-… Elle a quoi ? … mais elle n'a pas dépassé l'âge de la retraite depuis un bout de temps, non.

- Il n'y a pas d'âge pour l'amour toi.

- Arrête avec tes couillonnades. L'amour… pour une grand-mère… et avec un correspondant encore… si tu m'avais dit qu'elle avait rencontré quelqu'un, par hasard, dans un home pour troisième âge, ça j'aurais pu comprendre…. Mais un correspondant… ça veut dire que c'est elle qui a cherché… à son âge ! Il y en a qui manquent d'occupation même. Alors elle a réussi à trouver quelqu'un en France parce que je suis sûre qu'elle n'a cherché que là-bas.

- La tu te trompes, c'est ici qu'elle a cherché.

- Ne me dis pas qu'elle a trouvé un correspondant ici même ?... elle qui croit qu'elle descend du roi de France chercher un Mauricien, je n'aurais jamais cru.

- Non, c'est pas ça. Elle n'a pas cherché un correspondant mauricien à Maurice mais un correspondant français qui vit ici.

- Comment elle a fait ça ?

- Elle est passée par une agence matrimoniale locale.

- Ça existe ici, ça.

- Oui, toi. Enan deux, trois agences qui marient les gens à Maurice. Alors elle a payé et on l'a mis en contact avec un Français, un retraité je crois, qui cherchait une Mauricienne pour amitiés et plus si affinités comme on dit dans ces affaires-là.

- Ils se sont rencontrés ?

- Ils se sont parlés au téléphone pour commencer et elle a dit qu'il parlait bien son français. Ils ont décidé de se donner rendez-vous au Caudan. Elle m'a raconté qu'elle a mis ses bigoudis pendant deux jours, et s'est fait faire des mèches, un masque, la totale quoi.

- Elle a réussi à réparer les dégâts ? Parce que la dernière fois que je l'ai vue, elle avait le visage un peu dans baize hein.

- Je crois qu'elle était satisfaite du résultat. Alors, elle est allée au rendez-vous au Caudan. Mais quand elle a vu son correspondant, elle a bourré en désordre.

- Pourquoi ?

- Elle m'a dit que c'était un petit vieux, avec très peu de cheveux et qui boitait un peu.

- Ki li ti pé attane : George Clooney, Julio Iglesias ou bien Brad Pitt !!!

- Je ne sais pas à quoi elle s'attendait, mais certainement pas un petit vieux, plus court qu'elle je crois.

- Ça lui apprendra. A son âge elle devrait passer sa journée à faire des prières ou à veiller ses petits enfants au lieu d'aller chercher des correspondants. Elle manque d'occupation, on dirait. J'espère qu'elle a eu sa leçon.

- Ça oui toi, elle a eu sa leçon et bien même, je peux te dire. Parce qu'elle est allée demander à l'agence matrimoniale qu'on la rembourse parce qu'elle n'avait pas rencontré le fameux correspondant.

- Elle a un toupet monstre même. C'est elle qui refuse de voir le correspondant et elle demande le remboursement. Alors on lui a rendu son argent.

- Non, toi.

- Pourquoi ?

- Parce qu'ils ont su qu'elle était allée au rendez-vous.

- Comment ils ont su ça ?

- Ils lui ont dit à l'agence que le correspondant était venu avant elle et s'est plaint qu'il y avait tromperie sur la marchandise.

- Pourquoi ?

- Il avait vu une femme se sauver au Caudan et avait deviné que c'était X.

- Mais pourquoi il a parlé de tromperie sur la marchandise ?

- Ça même qui est terrible pour X qui, comme tu le sais, se prend au moins pour Catherine Deneuve. Le correspondant a dit à l'agence qu'il avait payé pour rencontrer une femme d'âge mûr et que, tiens toi bien, on lui avait envoyé une arrière grand-mère maquillée comme une... tu sais quoi ! Quand X a entendu ça, elle est partie sans regarder devant derrière et sans même réclamer son argent.





o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 13 septembre 2009