o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 9 août 2009

Trop peu, trop tard !


Trop peu, trop tard ! C'est le reproche que l'on pourrait adresser au gouvernement mauricien et au ministère de la Santé pour la présente gestion de la grippe A (H1N1). Si, depuis le mois de mars lorsqu'est apparue cette grippe au Mexique, après un départ déjà raté, nous étions sous l'impression que nos responsables de la Santé avaient pris les dispositions nécessaires pour nous prémunir contre l'invasion de cette maladie - pas si dangereuse que ça si les précautions élémentaires sont prises -, malheureusement, le premier décès, samedi dernier, d'une Mauricienne ayant contracté la maladie sur notre sol, est venu nous révéler que ce dossier avait, en somme, été géré avec une légèreté que la suite des événements cette semaine nous démontre implacablement.

Le bilan est lourd : déjà 4 décès confirmés et d'autres soupçonnés d'y être associés sur la quarantaine de cas officiellement annoncés par les autorités cette semaine.

Que reprochent les Mauriciens aux pouvoirs publics ? D'abord, de n'avoir pas suffisamment préparé et informé la population sur les réels dangers de cette pandémie. Jamais cette semaine n'a-t-on autant communiqué sur ce virus alors que durant les 4 derniers mois, on s'était en gros contenté de dire à la population de dormir sans crainte et que le gouvernement veillait sur nous. Aujourd'hui, dans la panique qui s'installe, la Santé s'en remet surtout à la responsabilité de cette même population pour tenter de juguler la propagation locale de cette grippe A, qui a déjà tué et qui tuera encore.

Le deuxième reproche adressé concerne le manque de précautions pour barrer la route à une installation d'un foyer dans notre pays. Quoique cette pandémie ait déjà gagné plus de 180 pays, souvent par des cas isolés importés, comme nous l'avions connu il y a quelques semaines, sa propagation rapide dans le pays ces dernièrs temps était prévisible si l'on prend en considération que l'un des foyers touristiques les plus importants de notre pays est l'île de La Réunion et que nos voisins avaient officiellement enregistré plus de 3 000 cas avérés de grippe A. Aucune précaution supplémentaire à l'arrivée de ces touristes n'avait été prise en compte avec le résultat que l'on connaît aujourd'hui. L'équilibre entre le besoin de tourisme en ces temps de crise comparé aux précautions contre la maladie a fait définitivement basculer la balance en faveur de l'économie.

Enfin, le ministère de la Santé est pointé du doigt du fait du manque de préparation de nos services et de nos personnels de santé pour parer à une évolution rapide de cette maladie dans nos institutions hospitalières. Il a fallu ce premier décès pour qu'enfin, lundi dernier, de nouvelles dispositions soient prises pour tenter de séparer de façon limpide les porteurs du virus grippal A (H1N1) des autres malades dans nos hôpitaux. Ne parlons pas du laboratoire de l'Hôpital Victoria dont le personnel dévoué fait de son mieux, mais qui n'a de moyens que pour analyser 12 cas par jour. Pas étonnant que nos statistiques officielles soient si basses… Que dire de la prolongation du délai d'expiration de deux ans du Tamiflu révélée cette semaine seulement par les autorités mauriciennes, alors que les autorités américaines et européennes l'avaient déjà rendu publique depuis le 18 mai dernier!

Mais le plus grave reste la lenteur du diagnostic, la longue attente des malades dans les antichambres des hôpitaux et aussi l'inefficacité de certains traitements.

Avec la quarantaine de cas officiellement avérés, nous avons déjà enregistré 4 morts officielles et d'autres sont soupçonnées d'y être associées. Il y a définitivement déficience quelque part et la Santé devra rendre des comptes. L'heure n'est pas aux mesurettes du type de se laver les mains et de porter des masques, l'heure est de prendre les taureaux par les cornes, de se resserrer les coudes et de faire barrage contre cette grippe A, comme nous l'avions fait contre la malaria et le chikungunya dans le passé, tout en désamorçant tout effet de panique. Car une prolongation de cette épidémie dans notre pays n'aura d'autres effets que de saper davantage le moral de la population avec le cumul des décès à la semaine, de miner l'éducation et l'économie locale par un taux d'absentéisme élevé, avec comme conséquence "un risque de ralentissement de l'économie", alors que les premiers signes de reprise sont annoncés.




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