a c t u a l i t é s WEEK-END --- dimanche 9 août 2009



  Malgré les dispositions annoncées - Maurice frappée de plein fouet
  Grippe A - Réclamation de l'institution d'une Fast Track
  Sensibilisation à l'école - Des mesures pas toujours évidentes à mettre en pratique
  La polémique enfle - Zouberr Joomaye (PMPA) : "25 % de la population présenteront des symptômes de la grippe …"
  S'il faut fermer les écoles - Des bouleversements conséquents, à prévoir, dans le calendrier scolaire
  Après le premier cas de grippe A (H1N1) confirmé cette semaine - Les Rodriguais déplorent le manque de communication sur le sujet dans l'île


Malgré les dispositions annoncées

Maurice frappée de plein fouet

Quatre décès officiellement associés et près d'une quarantaine de cas confirmés de grippe A (H1N1) à Maurice. Tel est le bilan du ministère de la Santé indiqué hier. Néanmoins, ces données statistiques ne reflètent pas la "réalité" sur le terrain. Les 38 cas confirmés ne représentent que le sommet de l'iceberg, indique le ministère. Qui plus est, par rapport au taux de mortalité mondiale relative à ce virus, les statistiques mauriciennes effrayent. Le pays a enregistré le plus grand nombre de décès associés à la grippe A (H1N1) dans la région. Les prévisions des autorités pour les prochaines semaines parlent de 9 000 Mauriciens qui pourraient contracter le virus. Des médecins du privé estiment quant à eux que Maurice compte déjà quelque 10 000 cas. Le ministère, insistant sur le terme de pandémie - "inévitable" pour le pays - se targue de communiquer et d'avoir pris les dispositions nécessaires…

Alors que la propagation du virus prend des proportions démesurées dans la population, de son côté le ministère dit vouloir jouer la transparence en communiquant les informations requises à travers les médias. Le ministre de la Santé, Rajesh Jeetah a réuni une fois de plus cette semaine, la presse hier, à l'hôpital de Candos. En présence des représentants de différents ministères, des directeurs d'hôpitaux, des directeurs régionaux, des pharmaciens et autres techniciens et des représentants du privé - avec lesquels il avait eu une réunion juste avant - le ministre a tenu à rassurer la population. Une conférence de presse programmée principalement pour indiquer que les autorités communiquent et que la situation, "inévitable", est sous contrôle. Les principaux points avancés, outre l'insistance sur le fait qu'il est toujours demandé à la presse de poser les questions qu'elle souhaite, concernent les recommandations de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) suivies à la lettre depuis le 25 avril dernier. Une date que le ministre Jeetah ne cesse de rappeler depuis le premier décès confirmé lié au virus de la grippe A (H1N1) la semaine dernière. Alors que la grippe A (H1N1) faisait rage en Europe, aux États-Unis et dans d'autres régions du monde, à Maurice, il est reproché aux autorités locales d'avoir, depuis quatre mois, opté uniquement pour des mesures minimalistes, se contentant de "screen" les arrivées de voyageurs au port et à l'aéroport. Ce n'est que cette semaine que la campagne de sensibilisation, qui reste à faire ses preuves, a été instituée dans les écoles. Entretemps, le ministère ne pouvant réaliser que 12 analyses par jour, l'inquiétude auprès du public reste des plus vives. D'autant que les symptômes de la grippe A (H1N1) sont quasi-similaires à ceux de la grippe saisonnière, qui sévit actuellement à Maurice. S'agissant de l'affaire de la date de péremption quant à un traitement au Tamiflu, en dépit de l'assurance donnée par les autorités, le flou persiste toujours.

Pour leur part, les autorités demandent de nouveau à la population de ne pas céder à la panique. Cela, même si la situation est plus que jamais alarmante.

Deux enfants, Ryan Henri et Farheen Husgur, âgés de deux ans et demi et quatre ans respectivement ont été emportés par la grippe A (H1N1). Mahmad Yusha Abdoollah (29 ans) et Fareeda Jowaheer (54 ans), deux adultes, sont également décédés cette semaine des suites de complications liées à la grippe A (H1N1). Si officiellement le nombre de décès causés par ce virus est passé à quatre hier, deux autres - celui relatif à une femme de 34 ans, domiciliée à Belvédère et d'un homme de 46 ans habitant Vacoas - sont en cours d'analyses. L'autopsie qu'a pratiquée hier matin le Dr Sudesh K. Gungadin, Principal Police Medical Officer (PPMO), sur l'habitante de Belvédère, Satianee Heeramun, révèle que la jeune femme est décédée d'une pneumonie.

Ces décès, survenus en moins d'une semaine, suscitent de nombreuses interrogations au sein de la population. Certains opérant dans le secteur médical privé avancent que le chiffre officiel communiqué quant aux décès suite à la Grippe A serait inférieur à celui ayant cours dans le pays.

Lors d'une conférence de presse tenue hier, le ministère de la Santé a indiqué que le taux de mortalité au plan international, selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), s'élève à 0,5 %. En fonction de cette projection, le ministère a établi une prévision de 45 décès liés à la grippe A (H1N1), sur les 9 000 cas qui pourraient être recensés à Maurice. Un chiffre qui fait froid dans le dos, laissant place à de nombreuses interrogations également concernant tant les soins accordés aux patients atteints de la Grippe A que les mesures de prévention en place.

Le ministère de la Santé attend toujours le rapport des prélèvements effectués sur Satianee Heeramun, qui avaient été transmis au laboratoire de l'hôpital Victoria, Candos, à des fins d'analyses. Cette habitante de Belvédère, rappelons-le, est soupçonnée d'être décédée des suites de complications liées à la grippe A (H1N1). Selon les informations recueillies, elle a été admise d'urgence hier matin à l'hôpital de Flacq après qu'une "Chest infection" a été diagnostiquée. De sources concordantes, il ressort que la patiente, une diabétique, a reçu une injection d'insuline avant d'être admise au sein de l'Intensive Care Unit (ICU). Elle a également été placée sous traitement de Tamiflu, selon nos informations, avant de rendre l'âme hier matin. Le cas a ainsi été référé au département médico-légal de la police pour autopsie. Dans les milieux hospitaliers, le décès de Sooniamray Sutita à la mi-journée, hier, fait également l'objet de soupçons quant à un éventuel lien avec la grippe A (H1N1). Il a été admis à la Surgical Intensive Care Unit (ICU) de l'hôpital Jeetoo hier matin. Ce cas a été confirmé par le ministère parmi les quatre nouveaux enregistrés officiellement ce matin.

Les analyses de la Santé ont aussi attribué le décès du petit Ryan Henri à la grippe A. Selon nos informations, présentant des symptômes grippaux depuis jeudi, le garçonnet, habitant Batterie-Cassée, a été conduit par sa mère dans un dispensaire de la localité. En dépit de son état de santé jugé inquiétant par des membres de sa famille, il a été renvoyé chez lui après qu'on lui a prescrit des antibiotiques, soutient-on. Constatant une détérioration de son état de santé vendredi matin, sa mère l'a emmené d'urgence à l'hôpital Jeetoo mais son décès a été constaté à son arrivée au centre hospitalier. Ce cas de "brought in dead" a été référé à des fins d'autopsie. Selon les conclusions de l'autopsie du Dr Satish Boolell, n° 1 du département médico-légal de la police, le petit Ryan est décédé d'une "acute suppurative broncho-pneumonia with consolidation", soit, pour le profane, des suites d'une pneumonie aigüe, qui a littéralement bloqué ses poumons de pus. Ce pus s'étant, par la cause du virus, solidifié très rapidement. Selon les observations du Dr Boolell, ce virus est d'une rare virulence. Le Dr Boolell a recommandé que des prélèvements soient effectués en vue d'analyses approfondies. L'on ne sait cependant, d'après le médecin-légiste, combien de temps le virus de la grippe A (H1N1) reste présent dans les prélèvements effectués.

Mahmad Yusha Abdoollah (29 ans), un habitant de Port Louis est lui décédé vendredi dernier aux petites heures du matin après être tombé dans le coma. Le jeune homme avait été admis aux soins intensifs à l'hôpital Jeetoo, depuis mercredi. Si certaines sources médicales soutiennent que le patient avait des antécédents cardiaques, sa famille rejette cette thèse, invoquant qu'il était en bonne santé. Il s'est rendu à l'hôpital souffrant de problèmes respiratoires, selon les indications. Il nous revient que son cas devait être référé à l'Isolation Ward de l'hôpital Jeetoo, mais devant l'aggravation de son état de santé, il a dû être admis aux soins intensifs. Il est tombé dans le coma avant de succomber. Des analyses révèlent que ce décès est aussi lié à la grippe A (H1N1).

Farheen Husgur est le premier cas d'enfant confirmé être décédé des suites de complications liées à la grippe A (H1N1). Cette habitante de Eau-Coulée avait été référée par des médecins du privé en début de semaine aux soins de l'hôpital Candos, soupçonnant un cas de grippe A. L'enfant présentait des symptômes de vomissements et de fièvre depuis le début de la semaine. Elle a reçu une injection en vue d'arrêter ses vomissements mais son état s'aggravant, un généraliste l'a référé à un spécialiste du privé. Par la suite, devant l'état léthargique dans lequel se trouvait la fillette, elle a immédiatement été admise à l'hôpital Victoria mercredi matin. L'enfant est décédé jeudi matin. La première victime fatale de cette grippe A (H1N1), Fareeda Jowaheer est, quant à elle décédée, samedi dernier (Voir notre édition du lendemain).


Cassam Kurreeman : "La Nurses' Union craint que la situation ne devienne incontrôlable"

L'affluence dans les centres hospitaliers, les salles d'admissions bondées, le personnel soignant surmené… La situation face à la grippe A (H1N1) est préoccupante, avance le président de la Nurses' Union, Cassam Kurreeman. Néanmoins, soutient-il, le ministère, en voulant éviter à tout prix une psychose, a failli à sa tâche. Aujourd'hui, poursuit le syndicaliste, la situation enfle et la Nurses' Union craint qu'elle ne devienne incontrôlable. Cassam Kurreeman réclame des mesures de prévention pour tout le personnel traitant et l'équipe paramédicale des services hospitaliers. Il s'interroge également sur la crédibilité du stock de Tamiflu disponible pour la grippe A (H1N1), demandant "comment le ministère a pu obtenir un certificat attestant que le Tamiflu est valide alors que dans le milieu médical, nous savons que les ingrédients se désintègrent après sa date d'expiration?".

Radakrishna Sadien (GSA) :

"Le gouvernement a failli concernant l'achat des appareils à des fins d'analyses"

L'affirmation est claire. Pour le président de la Government Servants' Association (GSA), Radakrishna Sadien, le gouvernement a failli à sa tâche pour n'avoir pas acheté d'autres appareils à des fins d'analyses. "Le gouvernement se vante de la croissance économique, il peut très bien acheter d'autres appareils. Rs 4 M ne représentent rien pour un pays, principalement quand il s'agit de la santé de la population", estime-t-il, ajoutant qu'un seul appareil de dépistage n'est pas suffisant. Pour les membres de la GSA, il ne faut pas attendre la confirmation de la grippe A (N1H1) pour administrer du Tamiflu. "Une personne doit recevoir les soins appropriés dès qu'elle présente les symptômes", estime Radakrishna Sadien. Et de poursuivre que tous ceux évoluant dans l'enceinte de l'hôpital doivent être protégés. "Médecins, infirmiers et personnel paramedical doivent être pris en charge", estime-t-il. En vue de sortir de cette situation, il faut que tout le monde s'y mette, conclut-il.

Le CAS en appelle au ministre des Finances pour un nouveau budget à la Santé

Dans la conjoncture, un nouveau budget devrait être alloué à la Santé. Tel est l'avis du Comité pour l'amélioration de la santé (CAS) qui lance un appel au ministre des Finances, Rama Sithanen. Ce nouveau budget, indique Serge Rayapoullé, servirait à l'achat d'un deuxième appareil PCR en vue du dépistage. Le CAS estime que le ministre des Finances pourrait puiser de la somme attribuée au Stimulus Package, et ce en tenant compte des conséquences socio-économiques dans le pays suivant l'ampleur que prend la grippe A (H1N1) ces jours-ci.


Grippe A

Réclamation de l'institution d'une Fast Track

Le ministère de la Santé à beau essayer de rassurer la population qu'il a pris toutes les mesures nécessaires afin de fournir le plus rapidement possible des soins aux personnes atteintes de la Grippe A, il n'arrive pas à totalement convaincre. A commencer par un ancien fonctionnaire du ministère concerné lui-même. Ainsi, ce dernier n'a pas hésité pas à faire savoir son incompréhension que le ministère de la Santé n'a pas juger bon, jusqu'ici, d'instituer un système dit de Fast Track pour traiter les catégories de personnes les plus vulnérables, soit les enfants, les personnes du 3è âge et les femmes enceintes.

Cet ancien fonctionnaire, qui semble savoir ce dont il parle, a adressé une lettre dans ce sens directement au ministre de tutelle, M. Rajesh Jeetah afin, déclare-t-il, "d'être certain que le message lui parviendra et ne sera pas bloqué par quelque bureaucratie".

Selon l'ancien fonctionnaire, "il n'était, certes, pas déraisonnable de s'attendre à ce que le taux de mortalité soit élevé parmi les groupes de la population dits vulnérables. Mais, dès le début de la pandémie, il était indispensable de faire tous les arrangements nécessaires afin que les personnes de ces groupes soient traités par une voie beaucoup plus rapide qu'elle ne l'a encore été jusqu'ici".

Dans sa correspondance au ministre Jeetah, l'ancien fonctionnaire cite l'exemple d'un malade âgé ou d'un enfant qui commencerait à ressentir des symptômes de la grippe. Dans un tel cas, le malade ne doit pas attendre (wait and see) que son état se détériore car chaque minute compte désormais pour sa survie. Un rendez-vous pour vérifier s'il s'agit bien de la grippe A doit être immédiatement sollicité par téléphone et le test requis doit être fait dans les minutes qui suivent au Centre de santé le plus rapproché. Les malades dans cette situation peuvent ainsi être convoqués audit Centre de santé à des moments différents afin d'éviter qu'il y ait des contacts entre eux. Aussitôt le test terminé, ces malades pourront être renvoyés chez eux. L'ancien fonctionnaire suggère que les résultats du test soient communiqués aux malades et à leurs parents dès qu'ils sont connus et qu'en cas où ces résultats se révèlent positifs des directives claires soient données pour la prise du Tamiflu ou pour d'autres traitements.

Tout en assurant ne vouloir aucunement faire du persifflage, le correspondant du ministre Jeetah souligne "c'est pour ce genre de situation pandémique qu'on aurait dû, en fait, insister pour la mise en place, sans délai, d'un service 24 / 7 (vingt-quatre heures sur sept jours)".

Dans la dernière partie de sa correspondance au ministre, l'ancien fonctionnaire pose une question très pertinente qui, à son avis, démontre que les autorités font preuve d'une certaine légèreté malgré la gravité avérée de la grippe A. "Le Mauricien moyen ne se déplace pas en voiture personnelle. Il est connu que surtout durant l'hiver, nombre d'usagers des autobus sont enrhumés et toussent tout au long du trajet. Les officiers de votre ministère ne devraient-ils pas réfléchir d'urgence sur les implications de cet état de fait dans la propagation possible de la grippe A ?", s'interroge l'ancien fonctionnaire au ministre.


Sensibilisation à l'école

Des mesures pas toujours évidentes à mettre en pratique

Depuis mercredi dernier, les établissements scolaires ont été invités à suivre des consignes en guise de mesures préventives. Notamment, s'assurer que les élèves se lavent les mains régulièrement, les garder en isolation au cas où ils présenteraient des symptômes grippaux… Toutefois, selon des enseignants, "il n'est pas toujours pratique de demander aux enfants de se laver les mains à chaque fois qu'ils éternuent" d'autant que certaines classes se situent à l'étage du bâtiment que et cela implique plusieurs va et vient pour le plus grand plaisir des enfants. "Pourtant, nous avons maintes fois réclamé un lavabo dans chaque classe!" s'exclame Sunil Jhugroo de la General purpose Teachers' Union. Par ailleurs, ce dernier note que les autorités auraient dû prévoir la désinfection des écoles. Tandis que Vinod Seegum président de la Government Teachers' Union, pense que celles-ci devraient penser à distribuer des vitamines C aux écoliers. Quant au savon liquide, préconisé pour le lavage des mains, il n'est pas disponible dans tous les collèges. Un établissement du nord a préféré demander à ses élèves d'apporter leur propre savon. D'autre part, faute de place, plusieurs écoles et collèges n'ont pu aménager de salle d'isolement, indispensable actuellement, comme recommandé. A Rodrigues, il nous revient que les institutions scolaires n'auraient pas encore eu d'instructions officielles pour l'application des mesures préventives contre la grippe A. "Les responsables des écoles en parlent pendant le morning assembly. Mais nous n'avons pas été informés de manière formelle sur un mode de sensibilisation", confie une enseignante de l'île.

Du côté des 19 écoles non formelle du réseau d'ANFEN, la rentrée des classes, prévue demain comptera avec des posters et autres dépliants sensibilisant sur l'hygiène et des précautions à prendre pour éviter la grippe A. Ce support a été offert à ANFEN par la Fédération Internationale de la Croix Rouge et du Croissant Rouge respectivement.


La polémique enfle

Zouberr Joomaye (PMPA) : "25 % de la population présenteront des symptômes de la grippe …"

Au sein des services de Santé, publics et privés, des professionnels relèvent un taux supérieur de décès liés à la grippe A (H1N1) que celui officiellement communiqué par le ministère de la Santé. Depuis deux semaines déjà, des médecins du privé insistent sur le point que certains cas, référés à l'État pour des analyses, sont suivis de mortalité. Certaines sources - qui souhaitent garder l'anonymat - avancent, pour leur part, qu'il y aurait une dizaine de décès à ce jour dans le contexte de la prolifération du virus dans le pays. Pour sa part, le ministère de la Santé a affirmé hier après-midi, être en présence de quatre morts liés à la grippe A (H1N1).

La polémique enfle sur les informations communiquées par les autorités. Et ce, en dépit de l'insistance de la Santé à l'effet qu'elle fournit toutes les informations nécessaires à la population à travers la presse ; à laquelle elle demande également de poser toutes les questions requises. Qui plus est, avec quatre décès officiellement confirmés comme étant associés au virus, le pays recense le plus fort taux de mortalité en relation avec la grippe A (H1N1) au niveau de la région. Le continent africain ne compte qu'un cas à ce jour. A La Réunion, où 40% de la population ont été atteints, aucun décès n'a été enregistré. Au plan mondial, le nombre de décès s'élève à ce jour, selon les données de l'OMS, à 1 462 pour 177 457 cas confirmés.

Cette situation est alarmante, indiquent des médecins de la Private Medical Practitioners'Association (PMPA), qui chiffrent à "10 000" le nombre de personnes souffrant de la grippe A (H1N1). "Tous les chiffres avancés ne pourront être que des estimations car par rapport au diagnostic de la grippe, beaucoup de patients ne se tournent pas vers les services de soins, d'autres font de l'automédication, et certains guérissent seuls", soulignent le Dr Zouberr Joomaye.

Des professionnels du privé estiment, par ailleurs, que la morbidité relative au virus est préoccupante. Les profils différents des patients décédés interpellent car habituellement la mortalité liée à la grippe est sujet de terrain, c'est-à-dire, qu'il existe un plus fort taux de mortalité quand il y a une maladie préexistante telle que la bronchite chronique, l'asthme ou les maladies cardiovasculaires. Nous ne disposons pas suffisamment de recul scientifique pour expliquer la gravité du virus de la grippe A chez une personne antérieurement en bonne santé.

Ainsi, les médecins privés souhaitent l'institution, dans les meilleurs délais, d'un Scientific Committee en vue de discuter de la question. "Nous sommes en situation de pandémie et on peut penser que 25 % de la population présenteront des symptômes de la grippe à un moment ou un autre", avance le Dr Zouberr Joomaye, porte-parole de la PMPA. Les syndicats du personnel soignant des hôpitaux réclament une meilleure communication sur la "situation réelle" de la grippe A (H1N1) dans le pays.

De nombreux professionnels de la Santé publique soutiennent que les chiffres quotidiennement communiqués par le ministère, tant au niveau des cas confirmés que ceux de décès ne reflètent pas la réalité. Ils demandent au ministère de communiquer des informations capitales en guise de mesure de prévention afin que le public puisse prendre ses précautions. La PMPA ajoute, elle, qu'en fonction de l'évolution de la situation, il conviendra d'adapter la stratégie et d'accorder les moyens nécessaires en vue de répondre aux besoins en temps réel. Pour des médecins privés, la prévention de la grippe A (H1N1) doit devenir une priorité nationale, et une grande campagne de sensibilisation doit être menée au plus vite sur les mesures d'hygiène et de prévention avec les moyens de communication habituels.


S'il faut fermer les écoles

Des bouleversements conséquents, à prévoir, dans le calendrier scolaire

Faut-il fermer les établissements scolaires? Cette question qui revient sans cesse depuis ces derniers jours, soit avec la propagation de la pandémie grippale, divise dans le milieu éducatif. Les 219 écoliers et collégiens, présentant des symptômes de grippe et renvoyés chez eux, l'admission à l'hôpital de l'un d'entre eux porteur du virus, l'inquiétude des parents, les risques de contamination tant pour le personnel que pour les plus jeunes, la pression exercée de toute part… sont autant d'arguments qui, jusqu'à hier, ont conforté des syndicalistes de l'éducation dans leur opinion : la fermeture des écoles est impérative. Mais la fermeture des écoles, à long terme, ne sera pas sans conséquences.

A hier toujours, le ministre de l'Education, Vasant Bunwaree, campait sur sa position. Il ne partage pas l'avis des représentants des enseignants et selon lui "la vigilance est au maximum dans les écoles" et la nécessité de fermer leurs portes ne se pose pas, pour l'instant. Tout en reconnaissant que "l'inquiétude des parents est justifiée", Vasant Bunwaree relève que la suspension des classes ne résoudra pas forcément le problème de la grippe A. Et de rappeler que le ministère de l'Education a jusqu'ici "fait tout ce qui est humainement, scientifiquement et administrativement possible" pour gérer la situation dans les écoles. La General Purpose Teachers' Union, elle, croit aussi qu'il est "encore trop tôt pour envisager la fermeture des écoles." Les écoles, affirme Sunil Jhugroo, président de la GPTU, arrive à faire face à la pandémie, même avec les moyens du bord. Si les autorités prennent la décision de fermer les écoles, cette semaine ou à l'avenir, dépendant de la courbe de la pandémie, le Bureau de l'Education Catholique (BEC), tout comme la Government Teachers Union (GTU) principal syndicat du primaire, se disent fin prêts à collaborer pour la mise en pratique et assurer l'impact de cette décision. Car s'il arrive que la grippe A dicte le moment et la durée de la fermeture des institutions scolaires, les conséquences ne seront pas minimes et se répercuteraient sur les examens clés, notamment celui du Certificate of Primary Education en primaire et du School Certificate et du Higher School Certificate de Cambridge au secondaire, lesquels ne sont pas si loin que ça! Pour Lucien Finette, directeur du Mauritius Examination Syndicate (MES), le report de ces examens serait "catastrophique!"

Le renvoi des examens de Cambridge impliquerait des coûts additionnels

La pandémie frappe en plein troisième trimestre! Période cruciale pour les étudiants en fin de cycle (primaire et secondaire) qui seront prochainement en révision. Dans une conjoncture où l'école reste un endroit propice à la prolifération de l'épidémie, tous s'accordent à dire que la santé des enfants et du personnel prime sur le reste, lequel entre autres impliquerait le renvoi des examens. A l'heure actuelle, ceci est dit au conditionnel! Cependant, comme l'analyse le directeur du MES, qui s'est penché sur la question, cela signifierait d'une part "la perte de six mois de travail!" et d'autre part, la mobilisation des ressources humaines et le déboursement d'un budget additionnel pour rattraper le retard causé . "Le report du CPE explique Lucien Finette, n'aura aucune incidence sur les questionnaires étant donné qu'il s'agit là d'examens nationaux. Toutefois, il y aura des incidences sur l'exercice de correction qui se fait pendant la période des vacances. Dans cette configuration les correcteurs ne seront pas en vacances! Il faudra aussi trouver des centres de corrections. Renvoyer les examens c'est aussi repousser l'exercice d'admission et la rentrée des classes en secondaire! Si nous ratons cette étape nous connaîtrons des complications dont la portée ne peut être évaluée tout de suite. Cela nous ramène à une question: est-ce que la fermeture des écoles veut aussi dire qu'il faudra reporter les examens de CPE?" En revanche le schéma serait différent, plus compliqué et plus ennuyeux, pour les candidats aux examens de Cambridge. "Il faudrait alors que Cambridge annule les papiers de Maurice et que nous réorganisions d'autres épreuves. Tout comme pour le CPE, les correcteurs de Cambridge procèdent à la correction des papiers pendant les vacances, nous aurions à prendre ce problème-là en considération. Et nous préparer à toute éventualité en terme de coût financier, traumatisme psychologique pour les candidats et encore d'autres conséquences", fait ressortir le directeur du MES. En revanche, une solution envisageable serait, avance-t-il, que Maurice et d'autres pays frappés par la grippe A et dont les étudiants concourent aux examens de Cambridge, trouvent un accord avec l'université britannique pour la tenue des épreuves à l'intention de leurs candidats.

Vinod Seegum: "les enseignants seront disposés à assurer les cours de rattrapage"

Demain, la Secondary and Preparatory School Teachers Union (SPSTU) réunit ses membres: enseignants des collèges catholiques, où la discussion sera axée sur la question de maintenir l'ouverture des établissements ou pas à l'heure de l'épidémie de la grippe A. "Nous nous posons des questions", concède la présidente du syndicat Lysie Ribot. "D'un côté les élèves de la Form V et VI s'opposent à la fermeture et de l'autre côté, nous encourageons les enseignants malades à rester chez eux, nous sommes dans l'obligation de renvoyer des élèves malades, de désinfecter les salles…" explique Lysie Ribot. De son côté, le président, Naraindranath Gopee, de la Government Secondary Schools Teachers Union, ne cesse de rappeler l'urgence, selon lui, "de fermer temporairement les collèges pour la désinfection des lieux." Après 2 à 3 jours les élèves pourront dit-il reprendre les cours et à leur départ, les écoles désinfecteraient à nouveau les salles etc… "Ceci pour éviter le renvoi des examens", dit-il. Le BEC, explique pour sa part sa directrice, Gilberte Cheung, ne s'opposerait pas à la fermeture de ses collèges et écoles primaires, d'autant que depuis la propagation de la pandémie, 10 élèves sont renvoyés chez eux chaque jour. De son côté, Vinod Seegum, président de la GTU, se dit conscient du bouleversement dans le calendrier scolaire, "mais dans un cas pareil, pour des raisons humanitaires, les enseignants seront disposés à collaborer pour assurer les cours de rattrapage qui s'imposent." Si Vinod Seegum se prononce pour la fermeture des écoles, avec pour conséquences le renvoi des examens du CPE, c'est parce que dit-il, "celles-ci ne sont pas en mesure de réagir au cas où un enfant tomberait malade en classe." Il poursuit en se posant les questions: "comment est-ce qu'une école pourrait gérer une situation de panique? Pourquoi est-ce que le ministère de l'Education n'a-t-il pas jugé utile de mettre un comité comprenant les représentants des enseignants et des écoles pour étudier toutes les questions découlant de la grippe A dans le secteur? Pourquoi est-ce que les unités médicales de chaque zone ne font pas de contrôle dans les écoles?" A la Government Hindi Teachers Union, son président Suttyhudeo Tengur, réclame également la fermeture des écoles. "Dans le passé, le ministère a fermé les écoles dans des conditions moins critiques. Le ministre Bunwaree qui est aussi médecin est bien placé pour savoir que les écoles sont des lieux où la masse ne peut éviter des contacts et que le moment est propice pour leur fermeture. La situation est inquiétante et les enfants sont vulnérables!"


Sensibilisation à l'école

Des mesures pas toujours évidentes à mettre en pratique

Depuis mercredi dernier, les établissements scolaires ont été invités à suivre des consignes en guise de mesures préventives. Notamment, s'assurer que les élèves se lavent les mains régulièrement, les garder en isolation au cas où ils présenteraient des symptômes grippaux… Toutefois, selon des enseignants, "il n'est pas toujours pratique de demander aux enfants de se laver les mains à chaque fois qu'ils éternuent" d'autant que certaines classes se situent à l'étage du bâtiment que et cela implique plusieurs va et vient pour le plus grand plaisir des enfants. "Pourtant, nous avons maintes fois réclamé un lavabo dans chaque classe!" s'exclame Sunil Jhugroo de la General purpose Teachers' Union. Par ailleurs, ce dernier note que les autorités auraient dû prévoir la désinfection des écoles. Tandis que Vinod Seegum président de la Government Teachers' Union, pense que celles-ci devraient penser à distribuer des vitamines C aux écoliers. Quant au savon liquide, préconisé pour le lavage des mains, il n'est pas disponible dans tous les collèges. Un établissement du nord a préféré demander à ses élèves d'apporter leur propre savon. D'autre part, faute de place, plusieurs écoles et collèges n'ont pu aménager de salle d'isolement, indispensable actuellement, comme recommandé. A Rodrigues, il nous revient que les institutions scolaires n'auraient pas encore eu d'instructions officielles pour l'application des mesures préventives contre la grippe A. "Les responsables des écoles en parlent pendant le morning assembly. Mais nous n'avons pas été informés de manière formelle sur un mode de sensibilisation", confie une enseignante de l'île.

Du côté des 19 écoles non formelle du réseau d'ANFEN, la rentrée des classes, prévue demain comptera avec des posters et autres dépliants sensibilisant sur l'hygiène et des précautions à prendre pour éviter la grippe A. Ce support a été offert à ANFEN par la Fédération Internationale de la Croix Rouge et du Croissant Rouge respectivement.


En vue de lutter contre la grippe A - L'Église catholique modifie quelque peu

ses rituels à la messe à titre provisoire

En vue de contenir la progression de la grippe A (H1N1) dans le pays, l'évêché de Port-Louis a pris la décision d'initier une série de mesures lors des célébrations à l'église. Ainsi, l'on demande aux donneurs de communion de suspendre, temporairement, la communion dans la bouche et de ne communier les fidèles que dans la main.

A titre provisoire, il a été décidé de suspendre la poignée de main que les fidèles s'échangent en signe de geste de paix au moment d'aller communier.

Les prêtres de même que les fidèles qui seraient grippés sont invités à ne pas prendre part, temporairement, aux célébrations en commun. Il a, aussi, été décidé d'assécher les bénitiers où des fidèles ont l'habitude de plonger les doigts avant de faire le signe de croix à l'église.


Après le premier cas de grippe A (H1N1) confirmé cette semaine

Les Rodriguais déplorent le manque de communication sur le sujet dans l'île

Rodrigues a enregistré son premier cas de grippe A (H1N1) confirmé au début de la semaine écoulée. Il s'agit d'un cas importé, celui d'une touriste de 55 ans. Ce premier cas a suscité un émoi au sein de la population, qui craint une propagation du virus dans l'île, d'autant, soutiennent des habitants, que les autorités n'ont pas communiqué de manière adéquate à ce sujet.

Nous avons d'ailleurs tenter vainement d'entrer en contact avec le Commissaire de la Santé à Rodrigues et avec le responsable de l'hôpital, dont les téléphones ne sont pas en service depuis jeudi. Le Chef commissaire de Rodrigues, Johnson Roussety n'a également pas répondu à nos appels. Nicolas Von Mally, leader du Mouvement Rodriguais (MR) indique, pour sa part, que la situation est sous contrôle et que le pays compte un cas confirmé.

Se disant satisfait de la gestion de la situation par les autorités, Nicolas Von Mally assure que les dispositions nécessaires ont été prises en vue d'éviter une propagation dans l'île. "Comme à Maurice, des mesures ont été prises. Tout ce qui est fait à Maurice est également entrepris chez nous. Nous suivons les directives", indique-t-il. S'il parle de campagne de sensibilisation, notamment au niveau des écoles, et de l'aménagement d'un "Isolation Ward" à l'hôpital, des Rodriguais que nous avons pu interrogés tiennent, eux, un discours autre. Certains avancent que l'"Isolation Ward" en question ne serait qu'un ancien "Psychiatric Ward" (aménagé pour les besoins d'isolation de patients). "Il y a des barreaux dans cette salle. Le faux plafond ne tient presque plus et par temps de pluie, l'on relève des traces d'eau à l'intérieur." Et une interlocutrice d'expliquer, d'autre part : "Nous aurions souhaité que les autorités fassent quelque chose. Nous sommes dans le flou. Nous ne savons même pas ce qui est advenu de la touriste malade à Rodrigues". Elle s'interroge par ailleurs : "Les gens ayant voyagé avec elle dans l'avion ont-ils été pris en charge. Comment savoir si des proches qui ont voyagé récemment ont été atteints ou non par cette grippe?".

Par ailleurs, un des principaux soucis à Rodrigues demeure une éventuelle propagation du virus parmi les enfants ou adolescents au sein des écoles.



a c t u a l i t é s WEEK-END --- dimanche 9 août 2009