Notre invité est Tariq Ramadan qui, personne ne peut l'ignorer,
avec la campagne médiatique dont il bénéficie,
effectue un séjour à Maurice. L'interview, dont
vous allez lire la transcription, a été réalisée
mercredi dernier à Plaine-Verte, au Centre Idrice-Goomany.
Dans quel cadre faut-il situer votre neuvième visite
à Maurice, Tariq Ramadan ?
Dans la suite des huit visites qui l'ont précédée.
Maintenant nous allons aller dans le sens de deux notions, celles
de la citoyenneté et de l'engagement. Le but c'est de transcender
les appartenances secondaires et d'essayer de faire en sorte que
l'on puisse se retrouver autour de valeurs partagées, de
projets communs et de luttes, aussi. C'est finalement poursuivre
ce qui avait été commencé il y a quatorze
ans, toujours dans le sens de l'ouverture.
Au cours de ces visites réparties sur quatorze ans êtes-vous
parvenus à atteindre les objectifs fixés ?
Il y a énormément d'actifs avec ceux et celles avec
qui j'ai commencé au sein de la communauté musulmane.
Il y a une vraie évolution de la mentalité des gens
autour de moi. Mais également, plus largement, au sein
d'autres courants de la pensée musulmane et qui comprennent
mieux ce que je suis en train de dire.
Vous avez le sentiment d'être aujourd'hui mieux accepté
par ces courants-là ?
Je pense que le discours est mieux compris beaucoup plus largement
et qu'on comprend mieux que je ne suis absolument pas dans une
posture conflictuelle. Que je ne cherche pas le conflit pour le
conflit. Je pose des questions. Je critique des attitudes qui
sont installées sans être questionnées et
que l'on présente comme la seule opinion musulmane. L'autre
formidable acquis c'est la capacité de ce discours de toucher
le citoyen mauricien de toutes les appartenances. Je l'ai constaté
une fois encore en rencontrant dans les rues de Maurice des gens
de toutes les communautés qui viennent discuter avec moi
comme avec quelqu'un avec qui ils partagent une pensée
commune.
Êtes-vous conscient qu'il existe d'autres Mauriciens
qui ne partagent pas du tout cet avis ?
Je suis tout à fait conscient de l'existence de ceux qui
souhaiteraient que je ne sois pas là. De ce point de vue,
je n'idéalise rien.
Y a-t-il eu des acquis positifs à ce niveau précis
?
Je crois que l'on peut répondre par l'affirmative. La dernière
fois que je suis venu à Maurice il y a eu une campagne
de mouvements qui avaient laissé entendre à la population
qu'il ne fallait pas venir m'écouter. Dans la mesure où
il n'y a pas eu de campagne semblable cette fois-ci, je dirais
qu'il semblerait qu'il y ait quelque chose qui s'est calmé
à ce niveau pour plusieurs raisons. Ma ligne reste claire
et je passe mon temps à expliquer les choses. Et puis,
chose importante, je ne travaille pas pour des résultats,
ce sont les résultats sur le terrain qui parlent pour moi.
On se rend compte que l'impact est plutôt positif, même
s'il est exigeant, même s'il est critique.
Au cours de cette neuvième visite vous allez parler
sur les sujets suivants : l'écologie, la responsabilité
sociale, la sexualité et l'engagement des jeunes, la religion
et la spiritualité. Est-ce que vous n'avez pas choisi exprès
une liste de sujets porteurs, à la mode, susceptibles de
faire bouger les foules ?
Ce sont des sujets que j'ai moi-même portés depuis
vingt ans et qui sont aujourd'hui des sujets de notre époque.
Nous ne pouvons pas aujourd'hui regarder le monde en face sans
poser la question de savoir si l'on peut continuer avec une économie
qui se moque de l'éthique. L'écologie et le changement
climatique ne sont pas des questions à la mode, mais de
survie réelle. Ce sont, comme la sexualité, des
sujets sensibles et fondamentaux qu'il faut que l'on aborde.
La nouveauté pour cette neuvième visite consiste
aussi à donner une conférence payante à l'intention
des directeurs d'entreprises. Seriez-vous en train de surfer sur
la grande vague de gourous qui arrivent avec des solutions clés
en main en vue de faire progresser l'entreprise et accroître
les profits ?
Je vais participer à un séminaire avec les acteurs
de la vie économique mauricienne où l'on va discuter
ensemble de la responsabilité sociale de l'entreprise et
c'est une vraie question. J'ai envie de discuter du rôle
du travailleur, du produit que l'on vend et des consommateurs
au niveau éthique dans le cadre de la responsabilité
sociale de l'entreprise.
N'aurait-il pas été plus logique que cette discussion
réunisse aussi les travailleurs ?
J'ai différentes audiences lors des interventions à
Maurice, mais à un moment donné il faut aussi spécialiser
les choses. C'est les décideurs qu'il faut conscientiser,
c'est à leur niveau que cela va se jouer. Il n'y a pas,
comme vous le disiez, de gourous et de solutions clés en
main mais des questions à poser, des critiques à
faire et des améliorations de réformes à
accompagner.
Cette neuvième visite est également marquée
par le lancement de votre dernier ouvrage, "L'autre en nous".
Il a été déjà lancé en France
et il est totalement en phase avec les sujets dont nous sommes
en train de débattre dans cette interview. C'est un livre
qui aborde des questions philosophiques en essayant de voir comment,
par les différentes fenêtres qui sont les nôtres,
nous avons des conceptions et des valeurs universelles communes.
Mais vous dites aussi que nous sommes enfermés dans
nos petites peurs, nos petites convictions, notre individualisme.
Ce n'est pas contradictoire dans notre mode désormais globalisé
?
La globalisation nous a été présentée
comme l'ouverture, le concept qui devait unir et sauver le monde.
Mais avec la culture mondiale on s'aperçoit concrètement
sur le terrain, national comme régional, que c'est exactement
le contraire qui existe : affirmation des identités, cloisonnement,
enfermement, individualisme et conflit potentiel des appartenances.
Mon livre, qui parle de tout ça, est un ouvrage de résistance...
Peut-on résister à la globalisation ?
La globalisation est un fait, on ne peut pas être pour ou
contre. Mais par contre on peut, de l'intérieur, travailler
à sa réforme en éveillant les consciences.
Nous avons besoin aujourd'hui d'individus, de femmes et d'hommes
qui nourrissent en eux les trois dimensions fondamentales de l'histoire,
de la philosophie et de la connaissance du fait religieux. Parce
que la mémoire est extrêmement importante et constitue
une histoire commune. Quand on n'a pas d'histoire commune on a
un conflit des mémoires. C'est en se connaissant qu'on
peut mieux aborder la différence. D'autre part les questions
philosophiques sont importantes aujourd'hui comme la connaissance
du fait religieux.
Vous choisissez à dessein de dire "fait religieux"
plutôt que "religion" ?
Oui, parce que quand on parle de religion on peut confondre avec
l'enseignement de la foi qui appartient à la liberté
de chacun. Par contre il faut que les citoyens ait un minimum
de connaissances du fait religieux, la connaissance de ce qu'est
une religion, son système et ses principes fondateurs et
après chacun fait ce qu'il en veut. Ce que j'essaie de
faire dans ce que je dis ou dans ce livre, c'est qu'après
avoir discuté de ce qui nous est commun - du respect de
l'éthique et de la justice, de l'amour, du rapport à
la mort, des civilisations, de l'identité - il faut admettre
qu'il y ait différents chemins menant à un univers
très partagé. Ca c'est un acte de résistance
intellectuelle aux effets d'une mondialisation qu'on ne maîtrise
plus et qui provoque beaucoup de peurs et de craintes. Il faut
aujourd'hui se réconcilier avec la confiance en soi, en
notre capacité à réformer les choses. Je
suis fondamentalement optimiste par rapport à la capacité
des hommes à résister et à changer le cours
des choses.
Et ce, malgré le fait que l'homme s'engage de moins
en mois et ou que l'engagement est en train de devenir une non
valeur ?
Oui et non. Je dirais que dans les sociétés d'aujourd'hui,
surtout les plus pauvres, la pensée victimaire est en train
de s'installer. On est toujours les victimes soit de ceux qui
viennent nous coloniser, soit de ceux qui ne nous aiment pas quand
on est musulman, par exemple. Une pensée victimaire a deux
attitudes la première c'est qu'on écoute très
peu ce que l'autre a à nous dire et deuxièmement
c'est qu'on devient de plus en plus passif. On blâme l'autre
de son état de déliquescence ou de négativité.
Au sein des populations la peur de l'autre est en train de devenir
un sentiment majoritaire et c'est très grave. C'est à
ça qu'il faut résister aujourd'hui. Faut-il observer
les choses et laisser aller ou aller plus loin et se débarrasser
des peurs pour faire sortir la capacité en chaque homme
de dépasser ce stade. Cette capacité existe. C'est
ce qui m'intéresse aujourd'hui : faire un travail de terrain
qui confronte les peurs des gens pour essayer d'établir
des relations de confiance et d'engagement.
Pourquoi provoquez-vous autant de réactions négatives
au sein de la communauté musulmane ?
Je suis conscient qu'il y a une histoire de l'Islam à Maurice,
l'installation de traditions mais aussi de pouvoirs. J'ai toujours
manifesté du respect pour les savants et les ulémas
mais tout en leur disant qu'ils n'avaient pas la seule réponse
islamique possible et que le respect de leur position devait leur
faire admettre l'existence d'autres positions à partir
du moment où nous restons dans le cadre de la référence.
J'ai toujours choisi de rencontrer les personnes qui pouvaient
être en opposition avec moi et je crois qu'il y a eu une
évolution de la part de certains responsables.
Vous savez sans doute qu'il n'y a pas qu'au sein de la communauté
musulmane que vous n'êtes pas, disons, apprécié.
Dans ces milieux non-musulmans on vous reproche un double discours,
l'un modéré pour les non-musulmans et un plus violent
pour les musulmans, d'être le porte-parole intellectuel
de l'islam radical. Ce discours a-t-il toujours cours ?
Il existe dans certains petits milieux d'intellectuels et de journalistes
en France, qui a fait qu'à un certain moment j'ai été
diabolisé. Jusqu'aujourd'hui il m'est très difficile
de trouver une salle pour m'exprimer publiquement en France. Il
ne faut pas oublier que l'actuel président de la République,
qui était alors ministre de l'Intérieur, avait dit
qu'il allait me pulvériser ! La campagne continue mais
il faut se dire que ceux qui parlent le plus fort dans les médias
et sur internet ne représentent qu'une petite minorité.
Parce que la cohérence de mes propos, par exemple sur la
laïcité en France, a mis en évidence le fait
qu'ils contenaient dans leur affirmation des ouvertures et des
possibilités ô combien plus positives que ce que
certains idéologues de la laïcité en France
- où des gens qui ont confondu laïcité et l'idéologie
antireligieuse - soutenaient. Le temps m'a donné raison.
Comme la décision de la Cour de Manhattan de remettre en
cause la base de l'accusation contre moi. Cette remise en cause
a mis en évidence le fait que durant quatre ans l'administration
la plus puissante du monde a essayé de me coincer sur une
fausse accusation.
Comment expliquez-vous que le pays le puissant du monde ait
essayé de vous coincer sur une fausse accusation. Toute
cette histoire d'interdiction de séjour aux Etats-Unis
repose quand même sur quelque chose ? George W. Bush ne
s'est pas réveillé un beau matin pour se dire :
"Je vais faire de Tariq Ramadan une de mes cibles préférées
!"
C'est venu après le 11 septembre 2001. En 2004 j'allais
m'installer définitivement aux Etats-Unis où l'on
m'avait proposé une chaire universitaire. Dans la logique
de la guerre contre le terrorisme, l'administration américaine
a fait flèche de tout bois en ciblant particulièrement
les intellectuels musulmans. Je ne suis pas le seul à qui
on a refusé l'entrée aux Etats-Unis.
Mais vous êtes le seul qui en a fait un événement
médiatisé.
Cela vient de l'impact médiatique de mon travail et du
fait que des associations aient décidé d'en faire
un cas d'exclusion idéologique. C'en était une.
Après quatre ans l'administration la plus puissante du
monde n'est pas parvenue à prouver les raisons de mon interdiction
pour soutien aux organisations terroristes. Cela a également
prouvé que les positions que je défends depuis 25
ans sont justes.
Donc vous avez toujours raison sur toute la ligne.
Je n'ai pas dit ça. Je dis que ma cohérence a eu
raison des attaques mensongères. Je me trompe, ça
m'arrive et ça peut m'arriver souvent, j'évolue
dans ma pensée mais je ne veux pas que des erreurs de jugement
soient traduits par la manifestation d'un double agenda ou d'un
double discours.
Restons aux Etats-Unis. J'ai interviewé la semaine dernière
Léon Crémieux, un des dirigeants du Parti Anti-Capitaliste.
Il soutenait qu'il ne fallait pas se leurrer et qu'avec Barack
Obama les Etats-Unis n'ont fait que changer de président,
pas de système et d'idéologie politique. Partagez-vous
cette opinion ?
C'est vrai. On ne devient pas président des Etats-Unis
sans le soutien d'un certain nombre de lobbies et d'un certain
nombre de multinationales. On sait très bien que tous ces
groupes avaient décidé qu'il fallait changer de
président pour restaurer l'image des Etats-Unis. Le système
produit ce dont il a besoin. Mais attention est-ce qu'on doit
s'arrêter à ça ? Je ne le pense pas, Obama
a une histoire, un engagement, une intelligence sophistiquée
et une vision. Ses discours aux noirs américains et au
monde musulman à partir du Caire le prouvent. On ne peut
pas réduire l'homme à l'appareil. Je pense qu'Obama
est en train de changer les choses et je suis de ceux qui pensent
qu'il faut absolument prendre le positif là où on
le trouve avec l'élection d'Obama, mais il ne s'agit pas
d'idéaliser la personne.
Pensez-vous que l'image des musulmans, qui était très
négative, après septembre 2001, s'est améliorée
depuis ?
Je pense que l'évolution est extrêmement lente et
que l'on est toujours aujourd'hui dans une perception très
négative de l'Islam au sein du monde occidental. Après
le 11-Septembre elle était négative sur le plan
du rapport à la violence, mais tout de suite après
nous avons eu plusieurs crises à répétition,
comme la crise sur les caricatures de l'Islam, qui sont liées
à d'autres choses...
... sur cette question que vous appelez crise, justement, le
monde musulman n'a-t-il pas accordé trop d'importance à
cet incident ? Si quelques caricatures peuvent insulter certains
croyants, pourrait-on dire que leur conviction ne repose pas sur
quelque chose de solide ?
Je crois qu'il faut aussi faire attention à l'instrumentalisation
politique de cette affaire. Parce qu'au cours des trois premiers
mois qui ont suivi la publication des caricatures il n'y a pas
eu de réactions au Danemark. Ce n'est que plus tard que
ces caricatures ont été utilisées dans des
pays musulmans comme un prétexte à laisser leurs
populations exprimer leur ressentiment par rapport à eux-mêmes.
C'est une réalité qu'on a vu sur le terrain et il
ne faut pas que l'on soit naïf par rapport à ça.
Je reviens à votre question. Si aujourd'hui on regarde
les choses en face l'image de l'Islam reste négative, il
y a beaucoup de peurs et beaucoup de méfiance.
Et dans le sens de l'Islam envers l'occident l'image est-elle
également négative ?
Le regard a un peu évolué dans le sens de l'idéalisation
de la personne de Barack Obama. Mais d'un autre côté
quand écoute les discours par rapport à l'Europe,
qui a tendance à soutenir une idéologie très
à droite et parfois populiste, l'image est négative.
C'est le cas pour l'image de la France et de l'Allemagne, pour
la manière dont les immigrés turcs sont traités
dans ce dernier pays. On a des contentieux qui entretiennent des
perceptions négatives et il faut absolument lutter contre
ça. Et ceux qui, de ce point de vue, ont un rôle
important à jouer, ce sont les occidentaux musulmans et
j'en suis un. Je passe mon temps à essayer de construire
des ponts pour changer cette perception.
Pas à mettre de l'huile sur le feu comme on aurait tendance
à croire ?
C'est le contraire que je fais. Je jette des ponts et il y a,
comme l'a récemment souligné le Vice- Chancellor
de l'Université de Maurice, une surdité à
mon discours en Occident.
Changeons de sujet. Que pensez-vous de la situation actuelle
en Iran ?
Nous faisons face à deux propagandes qui sont en opposition
: celle interne du système qui se protège et celle
de l'opposition qui a évolué à l'intérieur
du système. Le mouvement réformiste n'est pas majoritaire
en Iran comme on a voulu le faire croire. Il est majoritaire dans
les villes mais pas dans les villages où le président
Ahmadinejad est extrêmement populaire, qui vit de façon
extrêmement simple. Son discours sur Israël est très
entendu et très suivi en Iran mais aussi dans tout le monde
arabe. Dire que le président Ahmadinejad est minoritaire
sans tenir compte de ces paramètres est faux et il faut
faire attention aux deux sources de propagandes.
"Le Monde" a repris des extraits d'un journal gay
danois qui sont jugés choquants. Comment l'homme de l'ouverture,
de l'acceptation des différences que vous prétendez
être a pu déclarer que l'homosexualité est
" un dérangement, un dysfonctionnement, un déséquilibre"
Mes propos ont été déformés. Suite
à la publication de cet article, la municipalité
danoise qui m'emploie a fait une enquête et a rétabli
les faits publiquement. Les citations sont soit tronquées,
soit hors contexte, soit exactement le contraire de ce que j'ai
dit et certaines ont été mal traduites de l'arabe
sur internet.
Soyons clairs Tariq Ramadan sans citer "Le Monde",
qui cite le journal danois, qui cite internet en mauvaise traduction.
Quelle est votre position sur l'homosexualité ?
L'Islam interdit l'homosexualité et ma position est que
je ne vais pas dire le contraire. J'ai dit que certains disent
que l'homosexualité est "un dérangement, un
dysfonctionnement, un déséquilibre" et j'ai
ajouté " je n'adhère pas à ceci. "
Ces quatre mots n'ont pas été cités. C'est
une campagne menée contre moi et j'ai été
lavé de tout ça et je continue à travailler
au Danemark.
Il y a une chose que je ne comprends pas, Tariq Ramadan : pourquoi
êtes-vous toujours pris à partie ?
Parce que je dérange, bien sûr. Puisqu'on ne peut
rien dire sur mon discours on invente des propos pour pouvoir
m'attaquer. Il y a des gens qui ont une volonté de faire
du fait religieux l'opposition à la réalité
et de Tariq Ramadan le penseur du radicalisme musulman. Ces arguments
ne tiennent pas. Toutes les accusations portées contre
moi tombent une à une.
Vous êtes le prophète qui a raison et que personne
n'écoute ?
Je ne suis pas un prophète. J'essaie simplement d'être
un penseur cohérent. Nous avons parlé de deux accusations
portées contre moi et je vous ai donné les réponses.
Quand on est cohérent au bout du compte il y a une justice
quand même qui va apparaître. Plutôt que de
se poser la question sur ce que je dis ou je ne dis pas, demandez-vous
quel est l'agenda de ceux qui me font dire ce que je n'ai pas
dit. Vous trouverez alors des gens, comme des leaders libéraux,
qui ont déclaré que l'Islam est un problème
pour l'Europe. Évidemment le musulman européen que
je suis, et mon discours les gêne, et les oblige à
révéler leurs agendas cachés, racistes et
xénophobes.
Que souhaitez-vous dire pour terminer cette interview ?
Que tout ce dont nous venons de parler est périphérique.
Mon discours est l'essence de ce que je fais depuis quatorze ans
à l'île Maurice. C'est sur la réalité
concrète de mon discours qu'il faut me juger, pas sur des
citations tronquées.
Rashid Meerun, ambassadeur de Maurice au Pakistan:
"Compte tenu de la situation, nous déconseillons
aux Mauriciens d'aller étudier dans les zones sensibles"
Les étudiants qui envisagent d'aller étudier au
Pakistan sont priés, préalablement, d'obtenir du
ministère de l'Education un "no objection certificate"
avant de partir. "Ceux qui décident de partir sans
tenir compte de cette recommandation le font à leurs risques
et périls", soutient Rashid Meerun, ambassadeur
de Maurice à Islamabad, dans une interview-minute à
Week-End. M. Meerun explique que c'est au terme d'un security
audit réalisé sur place et compte tenu de la présente
situation au Pakistan que le gouvernement a décidé
de ne pas encourager des étudiants mauriciens d'aller étudier
dans des institutions situées dans un certain nombre de
zones troublées.
Week-End: Quel est le but de votre visite au pays?
Rashid Meerun : J'accompagne l'équipe de quatre chirurgiens
ophtalmologues pakistanais conduite par le Professeur Wajid Ali
Khan qui est venu, pour la deuxième fois, réaliser
à l'hôpital ophtalmologique de Moka une cinquantaine
d'opérations sophistiquées ainsi que des greffes
de la cornée sur des patients mauriciens.
Il s'agit de la deuxième venue, à Maurice, de cette
équipe de médecins de la Al Shifa Eye Hospital de
Rawalpindi. La dernière fois quand ils étaient venus,
c'était il y a un an, en août de l'année dernière.
Ils avaient, là encore, réalisé une cinquantaine
d'interventions sur des patients mauriciens. Il faut dire que
la liste des patients en attente d'être opérés
à Moka est assez longue. D'autre part, certaines de ces
interventions sont très délicates.
Cette fois, les bases ont été jetées en vue
de permettre, à l'avenir, à des membres du personnel
local, notamment, des infirmiers et des infirmières, de
venir sur place à Rawalpindi en vue de se perfectionner
dans le domaine de la chirurgie ophtalmologique. Le fait que c'est
dans le cadre de leur congé personnel que ces chirurgiens
sont venus à Maurice réaliser sur place des opérations
est d'autant plus méritoire de leur part. Ces médecins
qui sont partis, hier, devraient revenir, l'an prochain, pour
un séjour encore plus long.
Qu'en est-il des bourses d'études au Pakistan pour des
étudiants mauriciens dans le cadre du Pakistan Technical
Assistance Programme?
Je dois dire, d'abord, que le gouvernement mauricien n'a pas rejeté
ces bourses. Toutefois, compte tenu de la présente situation
au Pakistan, le gouvernement mauricien a délégué
sur place une équipe en vue d'un security audit pour, notamment,
de renforcer la sécurité au niveau de notre ambassade
à Islamabad. Dans le cadre de la même mission, cette
délégation s'est enquérie des dangers que
peuvent encourir des Mauriciens, sur place, et en particulier,
des étudiants.
C'est ainsi qu'il a été recommandé de ne
pas envoyer des étudiants dans des institutions éducatives
situées dans des zones sensibles pour la sécurité
même de ces étudiants. Nous n'allons pas, là-dessus,
transiger. D'ailleurs, récemment, des responsables de la
Dhera Ismaëlkhan University nous ont demandé de rapatrier
deux étudiants mauriciens en raison de la situation de
guerre dans l'endroit où se situe cette institution.
Le gouvernement mauricien ne peut prendre le risque d'envoyer
des étudiants dans des régions troublées
où ils risquent leur vie. C'est ainsi qu'il a été
décidé jusqu'à nouvel ordre de demander à
tous ceux désireux de partir étudier au Pakistan
d'obtenir, au préalable, du ministère mauricien
de l'Education un "no objection certificate" qui leur
sera délivré en fonction de la région où
se situe l'institution où ils envisagent de poursuivre
des études et des risques qu'ils sont susceptibles ou non
d'encourir sur place.
Les étudiants ainsi que leurs parents peuvent aussi s'enquérir
d'informations au sujet d'institutions pakistanaises auprès
de notre ambassade à Islamabad. Nous prions aussi instamment
tous ceux qui vont étudier sur place de laisser leurs coordonnées
à l'ambassade qui pourrait, éventuellement, les
contacter en cas de pépins. Ceux qui, malgré tout,
décide de partir étudier à titre privé
sans prendre en considération ces mises en garde le font
à leurs risques et périls.
Où en est la question de dessertes aériennes
réciproques entre les compagnies nationales pakistanaise
et mauricienne?
Compte tenu des pertes énormes sur un exercice de "hedging"
de l'ordre de $ 2 millions encourues par Pakistan International
Airline, ce projet qui était en bonne voie a été
reporté à plus tard. Il était question d'une
desserte Pakistan-Maurice-Afrique du Sud par la compagnie pakistanaise
et d'une connexion Maurice-Inde-Pakistan par Air Mauritius. Aussitôt
que la situation financière le permettra, le dossier sera
réouvert et, on l'espère, mis en application.
Et la Zone d'Echange Préférentielle entre Maurice
et le Pakistan?
La 8e "Joint Working Group" relatif à notre Traité
commercial va se réunir à Port-Louis du 5 au 9 octobre
de cette année. Ce sera, assurément, un tremplin
en vue de la signature, l'an prochain, d'un "free trade agreement".
Par ailleurs, aussitôt que je rentre à Islamabad,
le 5 août prochain, je signerai, sur place, un Protocole
d'accord portant sur la science et la technologie.