o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 28 juin 2009



  Faits et effets… - On prend acte…
  Humeur - Sap dan caray pu tom dan difé ?
  Pris sur le vif - Certitude


Faits et effets...

On prend acte…
Josie Lebrasse


On prend acte du départ de Bijaye Madhoo. C'était dans l'air depuis quelque temps déjà. Depuis que les révélations de l'opposition, à l'Assemblée nationale, sur les excès de la MBC ont fini par interpeller le Premier ministre qui, devant l'accumulation de zones d'ombre dans la gestion de la compagnie et l'étalage, en public, des différends entre le président et le directeur général, a récemment décidé de mettre à contribution le Management Audit Bureau pour y voir plus clair. Il est en présence de plusieurs rapports qui confirment que ça va mal à la Rue Pasteur et il a décidé de demander à Bijaye Madhoo de débarrasser le plancher, quitte à être récupéré ailleurs, le principal concerné assurant sur Radio Plus, hier, qu'il "reste dans l'équipe politique du Premier ministre".

Lorsqu'il parle de son bilan, le directeur, débarqué, évoque le numérique alors que tout le travail avait été fait par le précédent gouvernement, qui voulait favoriser l'avènement de la télévision privée. Il n'a donc pas été pour grand-chose si ce n'est de l'avoir lancé, dans la précipitation, deux jours avant les municipales du 2 octobre 2005. C'est pareil pour le nouveau quartier général de la MBC au Réduit. Il est situé sur un terrain d'Illovo et le financement de sa construction avait été conclu lors d'une visite officielle du Premier ministre en Chine en janvier 2005, la presse indépendante ayant été de ce déplacement. Son bilan est autrement moins reluisant et il n'y a qu'à s'arrêter à la saga de la voiture pour s'en convaincre si l'on ne l'est pas déjà.

On prend acte de son remplacement par le conseiller du Premier ministre, Dan Callikan qui a déjà été directeur général de la MBC sous Sir Anerood Jugnauth. Personne n'a jusqu'ici eu l'élégance d'un Hootesh Ramburn, qui, approché par le gouvernement MSM/MMM pour prendre les rênes de la MBC après les élections de septembre 2000, a insisté pour qu'il y ait un appel à candidatures, qui a bel et bien eu lieu ; c'est au terme de cet exercice qu'il fut désigné directeur général avant de démissionner à la suite de divergence avec la présidente du conseil d'administration d'alors, Shirin Aumeerudy-Cziffra.

Dan Callikan sera, sans doute, moins gros sabots que Bijaye Madhoo mais faut-il pour autant s'attendre à la fin de la propagande grossière ? Rien n'est moins sûr lorsqu'on sait comment les uns et les autres fonctionnent. Le mal est profondément institutionnel à la MBC. Prenons le cas de vendredi, TF1 a consacré l'essentiel de son bulletin télévisé de 20 heures au décès de Michaël Jackson, avec, sur le plateau pour témoigner, un autre monument du spectacle, Liza Minelli, la visite, pourtant importante du président Nicolas Sarkozy en Martinique et en Guadeloupe, où il y a eu une grève générale pendant quatre mois pleins, étant reléguée à un petit sujet de fin de journal. Il y a même évoqué l'autonomie de gestion, un peu comme celle introduite à Rodrigues en 2002.

Ici, à 19 h 30, c'était toujours l'ouverture avec "le conseil des ministres présidé par le Premier ministre, le Dr Navinchandra Ramgoolam" suivie de l'annonce de quelques décisions insignifiantes. Le sujet sur Michael Jackson est arrivé en brève en toute fin de journal. La bien étrange conception de l'information de la MBC fait qu'il n'est pas rare de voir les vociférations de sectaires et de dirigeants de sociétés socioculturelles occuper le début du journal télévisé surtout si c'est pour passer en live le moment où c'est soit le Premier ministre ou le gouvernement qui font l'objet de félicitations. Les responsables de la télévision devraient commencer par regarder un peu les télévisions étrangères, cela les aiderait… à ne plus faire dans le ridicule.

On prend acte de la clarification du ministre des Finances quant au fonctionnement du mécanisme de la fixation du prix du carburant à la pompe et des Rs 700 millions de subsides sur le riz et la farine qui y sont annuellement ponctionnés. Mais ce n'est pas la bonne méthode et ce n'est surtout pas juste. Il n'y a pas un prix à la pompe pour les propriétaires de Mercedes, de BMW, de Ferrari, de Porsche et d'Aston Martin et un autre pour le chauffeur de taxi ou pour le petit travailleur qui roule à mobylette. Ils paient tous leur litre d'essence à Rs 42.30 et contribuent chacun la même quote-part pour les subsides sur le riz et la farine. Ce n'est pas acceptable. Il faut impérativement réintroduire ces subsides dans le budget de l'État qui, au moyen d'une politique fiscale dégressive, peut prendre de ceux qui en ont pour subventionner ceux qui sont dans le besoin. La redistribution, çà sert aussi à cela un budget.

On prend enfin acte d'un sondage dans le sondage sur l'avortement où une majorité de Mauriciens se prononce contre. Ce résultat dépend de la manière dont la question a été posée. Si c'est la question classique, êtes-vous pour ou contre, le résultat tel qu'il a été enregistré n'étonne personne. Et si on avait demandé aux Mauriciens s'ils sont en faveur d'un choix libre, dépendant de leurs convictions personnelles et de leur libre arbitre, quels auraient été les résultats ? That's the question. Et de toute façon, pourquoi ne pas avoir aussi demandé "êtes-vous pour ou contre la peine de mort ?". Comme la réponse aurait été oui à 80% est-ce à dire qu'elle doit être réintroduite. Un État est là pour trancher dans le sens du bien commun et pas pour subir la dictature de l'émotion.

On prend aussi acte du volet politique du sondage, réalisé à la mi-mai après la partielle qui a vu la victoire de Pravind Jugnauth, avec 51% devant Ashock Jugnauth avec 41%, et après le 1er mai marqué par un discours du Premier ministre qui avait choqué et avant le budget du 22 mai et d'autres événements qui ont marqué les esprits. Navin Ramgoolam est imbattable, dit ce sondage. Il faut maintenant attendre le prochain pour voir si la tendance se confirme ou si ce ne fut qu'une poussée plus mathématique que réelle. A moins que l'on ait un, grandeur nature, une élection générale bien avant. Ce ne serait pas plus mal…




Humeur

Sap dan caray pu tom dan difé ?
Jean-Claude Antoine


Enfin, me suis-je dit en apprenant que le Premier ministre avait convoqué vendredi soir Bhijaye Madhou et l'avait sommé de soumettre sa démission comme directeur général de la MBC. Est-ce que c'est le sondage Sofres - commandité par on sait qui mais dont les résultats sont largement circulés - et qui annonce sa prochaine victoire électorale, qui a donné le courage nécessaire à Navin Ramgooolam de prendre cette décision ? Car, comme tout le monde le sait, Bhijaye Madhou aurait dû avoir été remercié depuis bien longtemps. Depuis qu'à la veille des élections municipales de 2005, il avait organisé le lancement de la TNT par le Premier ministre alors que les décodeurs n'avaient pas encore été livrés à Maurice par un de ses copains. Depuis, il n'a cessé de récidiver dans l'anti-professionnalisme pour faire la MBC tomber, à tous les points de vue, un niveau auquel la corporation, qui a portant connu des vertes et des pas mures au cours de son existence, n'avait jamais atteint. En dépit de ses multiples manquements professionnels répétés - ne serait qu'au niveau de sa voiture dont le montant de réparations, avec un nombre d'accidents record, a depuis longtemps dépassé le prix de l'achat. En dépit de ses multiples déclarations affirmant qu'il avait été nommé pour faire la promotion du Premier ministre et des membres du gouvernement et que c'était sa seule et unique préoccupation, Bhijaye Madhou était inbougeable. Il aurait dû avoir été limogé, ou tout au moins suspendu le temps d'une enquête, quand l'animatrice Neelam Sharma avait juré un affidavit accusant le directeur général de la MBC d'une série de manquements professionnels graves. Ne parlons pas de sa guerre ouverte et publique avec le président du conseil d'administration de la MBC et ses déclarations selon lesquelles il était tout à fait normal qu'une émission dont le coût de production avait été estimé à un peu plus de Rs 500 000 finisse par coûter plus de Rs 14 millions. Sans compter toutes les autres dénonciations sur la politique, très particulières, d'achat de films, la distribution des bourses d'études, des promotions et des heures supplémentaires aux petits copains. Malgré ces ardoises extrêmement lourdes, et les mauvais traitements audiovisuels dont il était lui-même fréquemment la victime, Navin Ramgoolam avait, contre toute attente et toute logique, gardé Bhijaye Madhou à son poste. Ce maintien incompréhensible était justifié, disent certains, par le fait que Bhijaye Madhou contrôlerait plusieurs sociétés socioculturelles très actives dans la circonscription numéro 5. Est-ce que ce sont les résultats du sondage Sofres qui ont permis à Navin Ramgoolam de prendre sa décision ? Peut importe, l'essentiel est qu'il ait fini par débarrasser la télévision mauricienne d'un de ses plus mauvais directeurs.

Ouf, me suis-je dit en apprenant que le remplaçant de Bhijaye Madhou à la tête de la MBC était Dan Callikan. Mais ce soulagement n'a pas duré longtemps. A mon point de vue, Dan Callikan était un des meilleurs directeurs de la MBC. Alors que cette corporation sortait péniblement d'une longue main-mise travailliste et des expérimentations du MMM, il sut pendant le premier règne d'Aneerod Jugnauth donner un peu de professionnalisme et un sens de l'ouverture culturelle à la MBC, tout en servant le pouvoir en place. Mais vers la fin de sa première carrière à la MBC, surtout en période électorale, il perdit son vernis d'homme de télévision au profit de celui du propagandiste n'hésitant pas les partis-pris. Il a fortifié cette image en tant que conseiller au bureau du Premier ministre depuis le retour au pouvoir de Navin Ramgoolam. Certains employés de la MBC, et non des moindres, n'hésitent pas à dire que c'est au PMO que le contenu du journal télévisé est décidé et que dans les grandes occasions, comme le meeting du 1er Mai par exemple, en dépit du fait que le président du conseil d'administration monte sur le mirador pour vérifier le cadre de la manifestation de l'Alliance Sociale, c'est le conseiller du Premier ministre qui touche et tranche avant le montage définitif des images. Même l'ex-directeur général a laissé souvent entendre que le contrôle de l'information ne dépendait pas de lui mais du PMO. C'est en me rappelant ces faits que mon ouf saluant la nomination de Dan Callikan a évolué du stade du soulagement pour atteindre celui de l'interrogation. Et si au lieu de venir refaire de la MBC une corporation de radio télévision digne de ce nom, comme celle des années 80, Dan Callikan avait pour mission de venir professionnaliser et rendre plus acceptable la propagande politique en faveur de Navin Ramgoolam ? Surtout en cette période précédant la prochaine campagne électorale.

Le court terme nous dira si c'est l'homme de télévision qui est revenu à la MBC ou si le propagandiste de Navin Ramgoolam vient faire au grand jour ce qu'il faisait dans l'ombre. En attendant, adoptons à la situation ce vieux proverbe créole : eski nou pa fin sappe dans caray avec Bhijaye Madhou pou tome dans difé avec Dan Callikan ?




Pris sur le vif

Certitude
Jean-Claude Antoine


- Aio, mon baba… excuse-moi d'arriver comme ça, mais je viens d'apprendre la nouvelle… je ne pouvais pas te laisser seule… tu tiens le coup ?

- Mais, qu'est-ce que…

-… Je sais, je sais…tu n'aimes pas parler de tes affaires privées…. Mais là, tu es obligée, qu'est-ce que tu vas faire… la vie est injuste, hein… pourquoi est-ce que ça t'arrive à toi….toi qui jamais, même en pensée, ne mal parle des gens…

-.. Mais qu'est-ce que tu es en train de raconter là….

-… je sais tout, mo dire toi…et tu sais ce qui est le pire dans tout cela ?

- …qu'est-ce qui est pire…

-…je savais…

-… tu savais quoi ?

- Je savais que ça allait arriver… je te dis: le jour où tu m'a présentée à cet homme qui allait devenir ton mari là… couma mo fine guette li… j'ai vu tout de suite dans son regard…

-... qu'est-ce que tu as vu comme ça ?

-… que ce n'était pas un homme fait pour se marier. Il est bon pour des sorties, les bals, des week-ends tout ça, mais pour se marier… ça se voyait comme le nez au milieu de la figure…

-… Et tu ne m'a rien dit !!!! Au contraire… tu m'as encouragée… tu étais tout le temps avec nous… tu faisais ton hypocrite, alors ?

- Ki to ti lé mo faire ??? Tu paraissais tellement heureuse, tellement amoureuse… je ne pouvais pas te briser le cœur…je me suis dis en moi-même que je m'étais peut être trompée… et puis…

-… et puis quoi ?

-… to na pas ti pou écoute moi… tu aurais dit que j'étais gros cœur, que j'étais envieuse de ton bonheur…ça même j'ai rien dit… si tu savais ce que je peux regretter de ne pas avoir eu le courage à l'époque… mais après ton mariage…

-… qu'est-ce qui s'est encore passé que je ne sais pas…

-… nanrien… j'ai cru que je m'étais trompée …j'ai fait des amis tiecker…il n'y avait rien… on m'a dit qu'il était correct… mais quand il a quitté son job… là je me suis dit que…

--… que quoi ?

-… la tentation, toi... écoute, dans ce milieu des hôtels tu sais comment ça se passe, toi-même. Tu sais comment sont ces femmes touristes là… des femelles, je te dis… elles viennent en chasse pendant leurs vacances…marchent à demi-nues autour de la piscine… montrent leur vieilles tétés… elles sont en chaleur, je te dis… et les hommes tu sais comment ils sont….

-… ils sont comment ?

- Comme tous les hommes, toi. Il leur suffit de voir bouger une jupe pour s'exciter. Alors quand ils travaillent dans un hôtel où des femmes en chaleur marchent a demi nues… ils devienent fous… en plus des étrangères… je ne te dis pas…il ne fallait pas le laisser aller travailler à l'hôtel…

-… ça aussi to pas fine dire moi…

-… je ne pouvais pas… comprend ma position… je ne pouvais pas venir te dire de veiller ton mari… tu l'aurais mal prise... mais j'étais sur que ça allait arriver…il s'est retenu, tout au moins officiellement… pendant tout ce temps et puis à la première occasion il a commencé à fâner… zomme pou toujours rest zomme… je savais ça… j'avais vu ça depuis le premier jour je te dis…

- Attends un coup et laisse moi parler un peu, foutour. Qu'est-ce que tu es en train de me raconter depuis un quart d'heure ?

- Ce que tout le monde sait, toi. Qu'un client a surpris le manager d'un hôtel dans le lit avec sa femme, qu'il l'a casse cassé avant d'appeler la police et que la femme du manager demande le divorce…ça tu fais bien… enfin tu vas être débarassé de ce b… sa maman là.

- Tu te trompes sur toute la ligne.

- Tu ne vas pas divorcer… ne me dis pas qu'il t'a déjà couillonnée pour se faire pardonner !!! Il ne faut pas lui faire un sou de confiance, je te dis!

- Non.

- Non, quoi ?

- Ce n'est pas lui, ce n'est pas dans son hôtel que ça s'est passé.

- Pas lui… pas dans son hôtel … Aio Mon Dieu, que je suis heureuse de m'être trompée. C'est une méprise… je ne sais plus qui m'a dit ça… je me disais bien que ce ne pouvait pas être ton mari… que ça ne lui ressemblait pas… j'espère que tu ne vas pas lui raconter tout ce que je t'ai dit?…

- Ah ça je te promets. D'ailleurs, je n'aurai pas besoin de lui raconter quoi que ce soit.

- Pourquoi ?

- Tu était tellement pressée de venir me consoler que tu n'a pas regardé ni devant ni derrière. Mon mari est juste derrière toi depuis que tu es arrivé.

- Ne me dis pas, toi!!!!!!!!!!!!

- Il est la depuis le commencement. Il a tout entendu.





o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 28 juin 2009