Dans le week-end du dimanche 14 juin 2009, Madame Monique Dinan
dévoile ce qui est pour elle les causes de la décadence
de notre société mauricienne. Tel un chatini bien
mauricien, on y trouve pêle-mêle une soi-disante permissivité
sexuelle ambiante, traduisez par le fait que certains jeunes ont
des relations sexuelles avant le mariage, l'homosexualité,
l'alcool, la drogue, le sida ou plutôt la distribution des
préservatifs et les échanges de seringues. Bref,
nous pourrions dire un joyeux amalgame et mélange d'idées
reçues si, nous, le Collectif Arc En Ciel, ainsi que d'autres
ONG, n'étions pas aussi directement visés.
Madame Dinan écrit : "N'acceptons pas le relativisme
ambiant qui nous fait croire
que notre droit à la
liberté nous permet de réaliser tous nos désirs."
Mais le droit à la liberté ne signifie pas l'anarchie
ou l'immoralité. Avoir des valeurs et des codes de conduite
en société n'est pas l'apanage des seuls croyants
d'une religion quelle qu'elle soit. On peut être athée,
agnostique, catholique, musulman, bouddhiste
et avoir des
valeurs communes : les valeurs humaines. C'est sur cela que se
base les démocraties ou les républiques comme la
nôtre. C'est pourquoi la démocratie permet la liberté
de chacun, comme l'exprime Régis Debray dans son livre,
" La république expliquée à ma fille
", paru en 1998 : " La démocratie n'est pas le
règne de la majorité. C'est quand la minorité
garde tous ses droits d'expression et d'organisation. Quand aucune
fraction du peuple, même majoritaire, aucun groupe, aucun
individu ne peut imposer sa loi aux autres. Quand aucun parti,
clan, famille, église ou ethnie ne peut confisquer la souveraineté.
"
Parlant des jeunes et faisant référence à
une " permissivité sexuelle ambiante", elle déclare
: " Il faut laisser croire que la virginité n'est
plus à la mode
. . On trouve normal qu'ils passent
à l'acte sexuel dès leur première rencontre."
Cela n'a jamais été le propos du Collectif. Il y
a une différence entre " trouver normal qu'ils passent
à l'acte " et ne pas nier que certains jeunes aient
des rapports sexuels hors/avant le mariage. Le Collectif a toujours
soutenu qu'une éducation sexuelle auprès des jeunes
était nécessaire afin de les informer de ce qu'est
la sexualité, de ses implications, de ses risques. Une
place importante doit y être réservée à
l'information et la prévention contre les IST, comme le
Sida. A la vue des chiffres des personnes infectées par
le VIH à Maurice, on ne peut que se féliciter du
moindre sous dépensé pour la mise en place de programme
de distribution de préservatifs et d'échanges de
seringues, qui sont des moyens de prévention qui ont fait
leurs preuves à travers le monde. Dans ce programme d'éducation
sexuelle à mettre en place, il est entendu que l'abstinence
doit être présentée comme une voie possible.
Mais il serait déraisonnable de ne compter que sur la responsabilité
des jeunes pour se protéger des IST ou des grossesses non
désirées, c'est pourquoi il faut aussi permettre
et faciliter aux jeunes l'accès aux moyens de contraception
comme le préservatif.
Abordant le thème de l'homosexualité, elle dit :
"
l'avenir d'une société ne peut se
construire que dans l'hétérosexualité avec
un couple capable de fonder une vraie famille. " Une
société est un ensemble de personnes rassemblées
dans un but commun. Mais qui a dit que toutes ces personnes devaient
être identiques ? Les personnes homosexuelles n'ont-elles
pas le même but que les autres ? Dans ce cas, quel est leur
but ? Un couple ou une famille, c'est 2 adultes qui s'aiment et
vivent ensemble dans un but commun, c'est-à-dire le plus
souvent élever des enfants. Les personnes homosexuelles
n'ont-elles pas de sentiments amoureux ? Qu'il n'en déplaise
à Madame Dinan, l'hétérosexualité,
l'homosexualité et la bisexualité sont, avant toute
chose, des histoires d'amour qui se concrétisent le plus
souvent par la formation d'un foyer. Il y a différents
modèles de familles dans notre société :
les familles monoparentales, recomposées, homoparentales,
les couples sans enfants
il faut accepter et respecter cette
diversité car c'est elle qui fait notre société.
Le Collectif ne nie pas que l'augmentation des crimes sexuels
soit alarmante. Nous réfléchissons aussi sur les
causes et tentons de proposer des solutions pour une société
meilleure mais nous ne cherchons pas à nous voiler la face,
ni imposer nos opinions. Nous sommes conscients que la liberté
a un prix : le respect des autres.
Nathalie Ahnee
Présidente du Collectif Arc En Ciel