o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 21 juin 2009



  Faits et effets - Les komiko menacés
  Humeur - Quelle «avancée notable » ?
  Pris sur le vif - Tennis


Faits et effets...

Les komiko menacés
Josie Lebrasse


Le Premier ministre a, mardi dernier, à l'Assemblée nationale, pris des accents vraiment solennels pour évoquer la transparence du dossier des deux usines de son back-bencher Ram Mardaymootoo. Le leader de l'opposition lui demandait une commission d'enquête sur la manière dont les fonds publics ont été utilisés depuis 2005 par ces unités, mais lui répondait sur l'aide du Stimulus Package. Même si cela a paru comme un dialogue de sourds par moments, on aura toutefois retenu que Navin Ramgoolam a lourdement insisté sur la notion de transparence dans l'attribution des aides de l'état.

L'exemple est censé venir d'en haut. Mais non, il n'y a qu'ici que cet adage est battu en brèche puisque deux heures plus tard, le folklorique Mahen Gowressoo qui fait office de ministre du Commerce nous sort une bien belle en matière de transparence. Il est venu le plus sérieusement du monde dire à l'auguste Assemblée que "it would not be ethical to reveal the names of the officers who went to Madagascar to ascertain the quality of broad beans". Plus rigolo et plus ridicule que ça, tu meurs! Au nom de quelle éthique, un ministre peut-il refuser de donner les noms de trois "officiers" qui sont partis aux frais de la State Trading Corporation, et des consommateurs donc, ceux-là mêmes qui paient de grosses taxes pour financer les "operating expenses" de la corporation ?

Or, s'il a refusé de donner les noms, ils ont quand même été balancés par l'opposition en plein hémicycle sans être contredits. Ces experts en gros pois qui se sont avérés de mauvaise qualité et sur lesquels il y a même eu "hedging" ne sont autres que l'inénarrable directeur de la STC, Ranjitsing Soomaroah, le trésorier du PTr, Ah Fat Lan Hing Choy et M. Ali. Il y a comme ça des questions simples et dont les réponses sont refusées au nom de l'éthique, de celle qu'ont inventé, dans leur désir et leur délire de tout cacher, les ministres de l'Alliance sociale. Bonne gouvernance, tu parles! On l'a archidit et répété, la STC est un modèle mondial d'opacité et c'est un système mis en place et développé à grande vitesse par le gouvernement. Pas étonnant que ce soit le même qui veuille enfanter d'autres STC, de triste référence, avec son projet de Road Development Company.

Rama Sithanen se gargarisait hier de sa grande gestion et de ses succès au point où un voisin qui touche Rs 12 200 par mois s'est demandé si, avec ce tableau idyllique dressé de la situation économique mauricienne qui ne connaîtrait pas la crise, il ne devait pas s'attendre à une compensation salariale en juillet prochain. Le ministre, si volubile sur les grandes capacités gestionnaires de son équipe a, hélas, très peu parlé de la CNT, de la MBC, de la BDM, d'Air Mauritius, où des pertes de Rs 4 milliards sont présentées d'une manière telle que l'on aurait pu croire que la compagnie avait réalisé des profits du même ordre et de la Banque de Maurice.

La banque centrale est, pourtant, en elle-même, une saga bien particulière. On sait que Rama Sithanen se baladait avec sa lettre de démission en poche au moment de la nomination de Manou Bheenick et qu'il a finalement dû rentrer dans le rang devant la ferme intention de Navin Ramgoolam de maintenir le choix de son Premier ministre des Finances de la période 95/2000 pour diriger la Banque Centrale. On a, depuis, droit au feuilleton dont les épisodes se suivent et s'égalent en pitreries les unes plus grotesques que les autres. Pas une semaine sans que le régulateur n'étale ses guerres intestines et ses frasques.

Et ce sont ces personnes qui ne ratent aucune occasion pour se donner en spectacle qui sont censées aller discipliner les banques commerciales. Qui peut les prendre au sérieux. La Banque de Maurice n'est plus la boutique du coin mais carrément la tabagie d'en bas. Imaginez les internautes étrangers qui tombent sur le communiqué que la banque centrale a posté sur son site pour des explications foireuses sur la non-soumission du rapport annuel de ses activités au ministre des Finances dans le délai qui lui ait imposé par la loi. Et tout le monde se moque ainsi du pays et de ses institutions.

Dans la série des fanfaronnades qui nous ont, par moments, amusé cette semaine, il y a celles de la municipalité de Port-Louis. Voilà une administration installée depuis bientôt quatre ans, qui découvre subitement que les marchands ambulants après que certains dans ses propres rangs ont encouragé les marchands à utiliser même la cour de la mairie pour leur activités et ceux de la Rue Farquhar à ignorer les injonctions de la Cour et qui ont autorisé que la Rue Desforges soit, à la tombée de la nuit, transformée en snacks à la belle étoile.

Pendant la même période, en quatre ans, d'autres en leur temps avaient déjà commencé à redessiner Port-Louis. Ont été réaménagés et rénovés le Bâtiment du Trésor, le bazar historique, incendié en 99 quelques semaines après l'Amicale, la Gare Victoria, le Jardin de la Compagnie, entièrement refait et qui est aujourd'hui défiguré par un mur d'enceinte inachevé, le Jardin de Plaine Verte avec sa piscine et la foire de Cité Martial sans compter la ceinture verte de la capitale avec les Promenades de santé du Dauguet et de la Montagne des Signaux. Le tout devait culminer avec le règlement définitif du problème de marchands ambulants avec le Hawkers Palace de la Rue La Poudrière. Non, le projet a été dévoyé par ceux-là mêmes qui viennent aujourd'hui oser parler de Hawkers Bazar. Le ridicule ne tue vraiment pas. Et la pudeur et l'honnêteté des vertus rares…

Au gouvernement central, comme dans certaines administrations régionales, on a affaire à une vraie bande de comiques. Les komiko sont menacés. Nos humoristes devraient bientôt aller se rhabiller. Mais lorsqu'on aura fini de rire, il faudra aussi dire pleure ô mon pays bien-aimé.




Humeur

Quelle "avancée notable " ?
Jean-Claude Antoine


Un dimanche de 2007 s'étant levé du mauvais pied - il ne se plaignait pas encore des doloks du kalimaye voisin de sa demeure -, Navin Ramgoolam décida de déclarer la guerre aux barons sucriers. Après avoir ratifié, puis défendu en Europe le fameux MAAS, le plan de réforme de l'industrie sucrière, il décida, au nom de la démocratisation de l'économie de le dénoncer. Pour accepter de la mettre en application, il fallait impérativement que les sucriers donnent davantage de terres à l'Etat, offrent 40% de l'actionnariat des usines et autres raffineries et que les contrats des centrales thermiques fournissant de l'électricité au CEB soient revus à la baisse. Ses lieutenants s'emparèrent de ses revendications pour en faire une arme de combat politicien en faisant appel, dans les meetings publics et autres réunions privées nocturnes, à " l'argument " préféré des travaillistes en campagne électorale. Soit la dénonciation des colons maltraitant les pauvres laboureurs sur les propriétés sucrières au temps jadis. Pendant cinq mois, Navin Ramgoolam et une bonne partie de son gouvernement jouèrent de cette partition qui faisait ouvertement appel au communalisme et instaurait un climat de tension sociale dans le pays. Cinq mois après cette campagne qui galvanisa les die hearts travaillistes,

mais fit prendre un considérable au pays sur le plan de la mise en application des réformes, Navin Ramgoolam signa un accord en parlant de " victoire historique " et de " bataille gagnée. " La seule chose qu'il avait gagnée en fait dans le bras de fer qu'il avait lui-même provoqué était 500 arpents supplémentaires sur le plan original gracieusement offerts par les sucriers. Des 40% des parts qu'il réclamait dans l'actionnariat des usines aux petits planteurs, il n'obtint que les 35% déjà offerts contre paiement. En ce qui concerne le tarif de l'électricité vendue par les centrales thermiques au CEB, il accepta l'expertise indépendante que le secteur sucrier avait proposée dès le départ. Le fait de n'avoir rien obtenu dans la bataille qu'il avait lui-même déclenchée n'empêcha pas le chef du gouvernement de s'attribuer une grande victoire. Ce que les barons sucriers, dont toutes les propositions avaient été acceptées, se gardèrent bien de démentir.

Jeudi dernier, à l'inauguration d'Omnicane, la première flexy factory de Savanah qui fait partie de la réforme consistant à passer d'une industrie sucrière à une industrie de la canne, Navin Ramgoolam est revenu sur le sujet. En interprétant les choses à son avantage et selon sa perspective. Navin Ramgoolam a dit espérer que " les malentendus qui ont surgi lors des négociations sur la réforme entre le secteur sucrier et le gouvernement sont dissipés. " Lesquels malentendus seraient dus, selon le chef du gouvernement, à " une mauvaise compréhension de la vision du gouvernement. " Là, le chef du gouvernement se trompe : tout le monde avait compris des le premier jour de la crise qu'elle était la vision du gouvernement. Elle fut déclinée sur tous les tons par Navin Ramgoolam et ses lieutenants et se résumait ainsi : Ou bien le secteur sucrier donne au gouvernements des milliers d'arpents de terre, offre 40% de l'actionnariat des centrales et des raffineries et revoit à la baisse le prix de vente de l'électricité au CEB. S'il y a eu incompréhension de la parole gouvernementale à l'époque, il faudrait la situer uniquement dans les rangs du gouvernement. Il faudrait qu'un jour un des nombreux spins doctors qui peuplent les couloirs du PMO fasse comprendre à Navin Ramgoolam qu'un mauvaise compréhension repose toujours sur une mauvaise explication. Surtout quand on confond intérêt national et politique politicienne. Toujours à Savanah, Navin Ramgoolam a déclaré le fait que les travailleurs et petits planteurs possèdent 35% de l'actionnariat d'Omnicane qui fait partie de Mont Trésor Mon Désert " est une avancée notable " Déclaration que Mme Nita Deerpalsing s'est empressée de reprendre en ajoutant que " c'était une longue lutte qui a porté ses fruits. ". Il faut dire à l'un et à l'autre qu'ils se trompent. L'avancée notable qu'ils soulignent - en essayant de faire croire que c'est une autre de leurs victoires ? - existe depuis quelques années déjà. En effet, dans le cadre du Illovo Deal, les travailleurs et les petits planteurs sont devenus propriétaires de 35% des actions de MTMD à travers la Sugar Investment Trust que dirigeait Joyti Jeetun. A tel point que l'on avait dit à l'époque que le SIT était la sixième famille du deal Illovo.

Comment Navin Ramgoolam peut-il parler " d'avancée notable " pour les travailleurs et les petits planteurs alors que ces derniers n'ont que 35% de l'actionnariat d'Omnicane, soit le même taux que celui obtenu par la SIT en 2001 dans le cadre du deal Illovo ? Huit ans plus tard et malgré la démocratisation de l'économie, le gouvernement PTR n'a pas réussi à faire obtenir ne serait-ce qu'un pour cent de plus aux travailleurs et petits planteurs. C'est ça l'avancée notable de Navin Ramgoolam ?




Pris sur le vif

Tennis
Jean-Claude Antoine


- Hé toi, tu as entendu cette mauvaise nouvelle la, toi. Moi je suis écrasée, je te dis.

-Quelle mauvaise nouvelle? Tu as une mortalité dans ta famille?

-Non.

-Mais qu'est-ce qui se passe : qu'est-ce que ce gouvernement a encore fait augmenter pour emmerder les contribuables?

-Mais non : il ne s'agit pas d'augmentation de prix...

-Mais alors pourquoi tu es écrasée comme ça?

-Il ne pourra pas jouer, toi.

- ????

-Mais tu n'es au courant de rien du tout, toi. A part la politique et les augmentations de prix rien ne t'intéresse?

-Mais de quoi tu causes la. To pé faire rap ou bien slam?

-Qu'est-ce que c'est que ça?

-Ça même les nouvelles modes de chansons et de poésie d'aujourd'hui. Les enfants disent que c'est génial et moi je t'avoue ki mo napa comprend narien du tout.

-Ah bon. Ça existe ces affaires la?

-Mais ces affaires la, comme tu dis passionnent les jeunes. Demande à tes enfants et tu verras toi-même. Et tu as le culot de me dire que je ne suis au courant de rien !!! Comment dire la mare moque la boue ça.

-Ayo toi et tes proverbes du troisième âge la.

-Ma chère, ne lève pas trop ton nez en l'air, dans quelques années nous pou dans troisème âge, nous aussi...Alors explique bien pourquoi tu es écrasée et qui ne va pas jouer quoi?

-Hé, toi, Nadal ne va jouer à Wimbledon, toi.

-Pourquoi ? On a découvert qu'il avait pris de la cocaïne sans le savoir comme l'autre joueur de tennis la?

-Hé toi la, arrête de cause n'importe, je te dis. Nadal n'est pas comme ça. Lui c'est un vrai sportif.

-Mais alors s'il est un vrai sportif pourquoi il va pas jouer à Wimbledon? Il fait un caprice de star?

-Mais pas du tout. Pas lui.

-Ah, je sais ce qu'il a.

-Ça m'étonnerait, mais dis toujours.

-Il n'a pas encore digéré sa défaite à comment tu appelles ça … Grand Garros?

-Vraiment tu causes n'importe toi… D'abord c'est Roland Garros qu'on dit... ensuite c'est un grand sportif, Nadal, il sait accepter la défaite…

-… pas ça que je voulais dire…

-… alors dis, bonne femme…

-…il n'a digéré que c'est Fédérer qui a gagné le tournoi.

-… ayo, tu es d'une bassesse, toi!… on voit bien que tu fréquentes des politiciens. Tu crois qu'il a du temps à perdre avec les victoires des autres qu'il a déjà battu? Nadal ne peut pas jouer à Wimbledon parce qu'il a des problèmes avec ses genoux…

-Il n'a qu'à aller voir un bon docteur. Avec tous ces dollars qu'il a gagné la, il a les moyens de se payer le meilleur spécialiste pour le remettre sur pied, non?

-Il l'a fait toi, mais il ne sera pas rétabli à temps. C'est triste. Wimbledon ne sera pas pareil sans lui.

-J'ai envie de te dire que personne n'est irremplaçable, mais tu as raison sur un point. Ton Nadal est vraiment unique sur un court de tennis et même si le tennis n'est pas ma tasse de thé, je ne rate aucun match quand il joue.

- Enfin tu commences à raisonner comme du monde civilisé, toi. Qu'est-ce que tu aimes chez Nadal : son revers? sa rapidité? sa concentration?

-Il y a une seule chose qui m'intéresse chez lui.

-Kiété ? Qu'est-ce que tu aimes comme ça chez lui?

-Tu vas rire, toi. Moi j'aime la manière dont il tire sur l'élastique de son slip pour le remettre droit sous son short!!!!





o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 21 juin 2009