Charles Sinapayen, 32 ans, né de père Mauricien
et de mère Réunionnaise, qui habitait depuis quelques
années la ville balnéaire de Bray, en Irlande, a
été abattu par balle dans son appartement dans la
nuit du 28 au 29 mai dernier. Le coup de feu, tiré pratiquement
à bout portant, l'a atteint à la tête. Il
a rendu l'âme trois jours après, soit dans la nuit
du 1er juin, à l'hôpital Beaumont, dans la région
nord de Dublin, en dépit des soins intensifs qui lui furent
prodigués. Sa petite amie, Mary Kinlan, qui était
également dans l'appartement au moment des coups de feu,
est quant à elle sortie indemne de ce qui paraît
être un règlement de compte pour la police irlandaise,
la Gardai. Un suspect, Declan Sheridan, 22 ans, a été
arrêté et provisoirement accusé de meurtre.
La police irlandaise travaille actuellement d'arrache-pied afin
d'élucider le meurtre de Charles Sinapayen. Pourtant, selon
elle, notre compatriote n'a jamais eu de démêlés
avec la justice durant les trois ans qu'il a passées dans
la ville de Bray, sise sur la côte est de l'Irlande. Aux
alentours de 1h du matin, le 29 mai dernier, deux hommes se sont
présentés à la porte de l'appartement dans
lequel vivaient Charles Sinapayen et sa petite amie Mary Kinlan.
Les deux hommes étaient encagoulés. L'un des d'eux
frappe à la porte. Celle-ci ne s'ouvre pas. Deux coups
de feu retentissent alors à travers une des vites de l'appartement.
L'une d'entre elles atteint Charles Sinapayen en pleine tête,
alors qu'il regardait par la fenêtre. Des images filmées
d'une caméra de surveillance montrent deux hommes encagoulés
s'engouffrant à bord d'une voiture de couleur grise ou
argentée et démarrant en trombe.
Conduit d'urgence à l'hôpital Beaumont, il y a été
admis aux soins intensifs mais n'a pas survécu à
ses blessures, en dépit des soins qui lui furent prodigués.
Il a rendu l'âme le 1er juin, soit trois jours après
avoir été grièvement blessé. Ce meurtre
a plongé le quartier de Fassaroe, à Bray, ainsi
que la région de Parempuyre, Gironde, France, où
Charles Sinapayen a passé la majeure partie de son enfance,
et où sa mère, Marie-Claire, vit toujours. Selon
cette dernière, son fils était maintenu sous assistance
respiratoire jusqu'à son décès. Interrogée
par les médias français et irlandais, elle déclare
ne pas comprendre les raisons de sa mort.
"Des caméras de surveillance ont filmé la
scène (...) Il y avait deux hommes portant des cagoules.
C'est tout ce que l'on sait", a-t-elle déclaré
dans un premier temps. Avant d'ajouter que, huit jours avant son
décès, elle avait parlé à son fils
et ce que dernier lui avait alors dit qu'il évitait de
sortir. "On se téléphonait souvent,
soupire sa mère. Il m'avait dit avoir un peu peur et
qu'il évitait de sortir."
Charles Sinapayen, né d'un père mauricien et d'une
mère réunionnaise, avait 32 ans et des projets pleins
la tête. Artiste de rue, passionné de littérature
et de voyages, il avait découvert l'Irlande en 2007. Il
y a rencontré une jeune femme et avait décidé
de s'y établir. Peu de temps avant son décès,
Charles, surnommé affectueusement Charly par ses proches,
et "Tigana" par ses amis férus de football -
il portait le n°6 dans son équipe de quartier à
Parempuyre et jouait milieu défensif comme Jean Tigana
au sein de l'équipe de France - avait aussi dit à
sa mère qu'il reviendrait "dans quelques semaines"
passer la fête des mères avec elle. Le jour du meurtre,
Charly avait passé l'après-midi à la plage
avec son amie. Ils avaient ensuite regagné leur domicile.
Sa mère insiste pour que justice soit faite.
"Il faut que les coupables soient arrêtés
et que la justice passe. Nous voulons savoir et comprendre pourquoi
il est mort". Amateur de plats créoles, fan des
Girondins de Bordeaux et fin guitariste, Charles Sinapayen était
très apprécié dans le quartier où
il habitait. Une de ses voisines, qui a été réveillée
par la fusillade, le décrit comme étant "a
gorgeous guy with a lovely nature". Son décès
a été un choc pour tout le quartier.
Des suites de l'enquête policière menée par
la Gardai, plusieurs suspects ont été arrêtés,
puis libérés, mais pas Declan Sheridan. Lors de
son interrogatoire par la police, le suspect s'est prévalu
de son droit au silence. Lors de sa comparution au Cloverhill
District Court, devant le juge Connellan, le sergent Derek Maguire,
de la Gardai, a fait ressortir que la police avait toutes les
raisons de croire que le suspect est mêlé de près
à ce meurtre.
Declan Sheridan a été remanded to police cell
jusqu'à sa prochaine comparution en cour ce mercredi, le
17 juin. À ce stade de l'enquête, deux hypothèses
sont privilégiées. La première est que notre
compatriote aurait déjà eu un accrochage avec un
récidiviste de la région, mais la seconde, considérée
comme étant plus plausible, est que Charly aurait eu parmi
ses fréquentations, sans le savoir, un ami qui serait proche
du milieu de la drogue irlandais. La famille du défunt
récuse pour sa part les suppositions à l'effet que
Charly pourrait être mêlé à une affaire
de drogue.
Depuis fin janvier à fin mai
Deux dépositions pour "missing persons" consignées
par jour à Maurice
Depuis le début de l'année, et ce jusqu'à
la fin du mois de mai, la police a enregistré pas moins
de 316 dépositions relatives à des missing persons,
soit une moyenne de deux cas par jour. Selon les chiffres disponibles
relativement à cette période, pratiquement un tiers
de ces cas (100) ont été rapportés dans les
postes de police situées au nord du pays. Si cette tendance
semble inquiétante, il faut également savoir que
ces statistiques ne tiennent pas en ligne de compte les personnes
qui ont été retrouvées par la suite. Aux
Casernes centrales, l'on insiste sur le fait que les recherches
se poursuivent jusqu'à un résultat.
Durant les semaines écoulées, au moins trois cas
de personnes portées manquantes ont tenu le haut du pavé
de l'actualité. Le premier, qui s'est malheureusement mal
terminé, concernait l'ancien directeur du musée
de Mahébourg, Sunil Nosib, lâchement tué dans
une maison désaffectée. Le second, celui de Koosraj
Koravenciah, avait ému la population dans la mesure où
tout portait à croire qu'il s'était donné
la mort au Pont Colville Deverell, mais a été retrouvé
quelques jours après à l'hôpital sir Seewoosagur
Ramgoolam, Pamplemousses. Le troisième, celui de Clément
Abudllah, avait également choqué dans la mesure
où il avait disparu alors qu'il était un patient
de l'hôpital Dr Jeetoo à Port-Louis. Fort heureusement,
il a pu être retrouvé.
Selon ces chiffres, 100 personnes ont été portées
manquantes dans le nord du pays, 49 dans l'est, 53 dans l'ouest,
31 dans la région centre, 40 dans le sud et 43 dans la
région de Port-Louis. En fonction des chiffres disponibles,
une chose est certaine : une moyenne de deux cas par jour est
rapportée à la police. Ces cas sont pour la plupart
élucidés. Mais un certain nombre d'entre eux ne
l'est pas. Le plus mystérieux cas de disparition qui demeure
non résolu à ce jour demeure sans conteste celui
d'Akmez Aumeer, porté manquant depuis le 25 janvier 2003,
soit plus de six ans.
Selon la procédure policière en vigueur, dès
qu'un cas de missing person est rapporté dans un
poste de police, l'alerte est donnée à travers l'île
par le biais du Police Information and Operations Room (PIOR),
qui se charge de communiquer à tous les postes de police
le signalement de la personne recherchée, ainsi que ses
derniers faits et gestes. Parallèlement, une photo de la
personne manquante est relayée au Crime Records Office
(CRO), qui se charge de reproduire la photo, pour être également
relayée aux postes de police.
Le Police Press Office (PPO) a également un rôle
important à jouer dans la chaîne, il a pour tâche
de relayer l'information ainsi que la photo de la personne disparue
aux médias, notamment la MBC Tv et les journaux. Très
souvent, explique-t-on aux Casernes centrales, la famille de la
personne disparue ne comprend pas la nécessité de
faire publier ou de diffuser les photos de ces personnes portées
manquantes. Pourtant, l'objectif derrière est capital.
"Il se pourrait que ces personnes ont été
aperçues et la publication de leurs photos pourrait aider
à les retrouver", fait-on ressortir dans les milieux
concernés.
Selon le sergent Lindsay Mirthil, du PPO, il existe une mauvaise
perception à l'effet que les cas de disparitions non élucidés
ne font plus l'objet d'aucune recherche. "Les recherches
ne se terminent pas tant que la police n'obtient pas de résultat,
même si plusieurs années se sont écoulées".
Ainsi, selon le sergent Mirthil, tous les cas qui demeurent toujours
en suspens sont toujours under investigation, y compris
celui d'Akmez Aumeer. Même six ans plus tard.
Sewraj Raghoo porté manquant depuis février dernier