é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 14 juin 2009

LE COMESA ET MADAGASCAR !
Et nous, et nous et nous...

Gérard Cateaux


La décision du COMESA d'intervenir militairement à Madagascar afin d'en finir avec l'imbroglio militaro-politique dans la Grande Ile relève d'une incongruité qui nous dépasse. Comment la diplomatie mauricienne a pu se laisser entraîner dans un débat qui ne devrait jamais être le nôtre? D'abord, parce que nos relations avec Madagascar ne devraient jamais être sujettes à des aspirations guerrières. Ensuite, c'est, à notre avis, ne jamais oublier que Madagascar fait partie des pays de peuplement de notre île. Comment, demain, ce qui nous paraît très hypothétique - envoyer notre armée guerroyer - nous n'en avons pas les moyens, ne disposant pas d'une armée de métier classique hors de nos côtes ?

On veut bien croire que les chefs d'Etat et de gouvernement - ou leurs représentants - sont d'humeur guerrière, parce que habitués à régler les conflits par des conflits, mais, nous, à Maurice, nous ne possédons pas cette culture de "la loi du Talion"...

Tournons-nous vers le texte fondateur du COMESA. On lit dans le sous-titre des "Principaux objectifs du COMESA :

"Le Traité du COMESA qui définit le programme de l'organisation, couvre un grand nombre de secteurs et d'activités... Afin de garantir une plus grande efficacité à sa mission en tant qu'institution, le COMESA a défini dans le cadre de son mandat sa priorité qui est la promotion, à moyen terme, l'intégration régionale par le commerce et l'investissement... Le COMESA cherche à devenir une communauté économique régionale pleinement intégrée au niveau international ; une communauté qui connaît une prospérité économique démontrée par le niveau de vie élevé de ses populations, avec une stabilité politique et sociale ; une communauté où les biens, les services, les capitaux et la main d'oeuvre circulent plus librement à travers les frontières géographiques..."

Mais, où est-il question d'interventionnisme militaire ou autre en cas de conflit à l'intérieur des frontières d'un pays membre du COMESA ? Laissons le soin aux organisations politiques régionales et internationales d'en découdre. Si nous devons suivre la démarche du COMESA, demain, on demanderait à la Commission de l'Océan Indien ou à l'Indian Ocean Rim Association de s'ériger en gendarmes agissants...

La France et les Nations unies ont déjà condamné la démarche du COMESA. Et c'est de bonne augure ! Ce que nos amis engagés dans ce bloc régional ignorent, c'est que Madagascar a longtemps à travers son histoire, disposé d'une capacité pour résoudre ses problèmes, intra muros, et que tout apport étranger est vu d'un mauvais oeil. Le Malgache est un introverti par nature. Ne pas comprendre cela, c'est ne pas comprendre l'âme malgache, sa fierté, ses coutumes, ses traditions - la cérémonie du retournement des morts constitue un des temps forts du rituel malgache - et l'attachement à la terre de ses ancêtres... D'où la très forte opposition face au projet du géant sud-coréen Daewoo de posséder 50% des terres malgaches pour la cultivation du maïs transgénique... Que Ravalomanana avait approuvé ! Ce qui a provoqué, en quelque sorte, sa chute... Le Malgache n'a jamais bradé sa terre, surtout celle de ses ancêtres ! Quand vous aurez compris et assimilé tout ce que nous venons d'écrire, vous comprendrez que la démarche du COMESA est nulle et non avenue...



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 14 juin 2009