Le giraumon et la bringelle à Rs 8.00 le demi-kilo; la
pomme d'amour aux alentours de Rs 25.00: l'on n'est plus à
la situation qui prévalait en avril, il y a deux mois,
quand le prix au demi-kilo du très prisé fruit rouge
du potager avait atteint la somme de Rs 80.00. Toutefois, alors
que la saison hivernale est, officiellement, bien entamée,
l'on se serait attendu à une mercuriale encore plus favorable.
A Rs 20.00 le demi-kilo au Marché Central, jeudi, le prix
de la carotte paraissait tout à fait raisonnable. De même
que celui du giraumon (Rs 8.00) et de la bringelle (Rs 8.00 également).
En revanche, à Rs 30.00 le demi-kilo, les haricots verts
semblaient encore à, au moins, le double du prix auquel
ils auraient dû s'afficher à pareille période
de l'année. Il en est de même du chou-fleur (Rs 40.00
à Rs 50.00), du chou (Rs 30.00) et du pâtisson (Rs
25.00). A Rs 15.00, voire, Rs 20.00 la tête, la laitue s'affiche
encore, tout aussi, à un prix élevé. Et même
la pomme d'amour (autour de Rs 25.00 le demi-kilo alors qu'à
pareille époque, elle aurait dû se vendre aux alentours
de Rs 15.00).
En fait, même si les étals des marchés sont,
en général, bien achalandés, il semble que,
globalement, la production soit déficitaire actuellement.
Selon M. Eric Mangar, agronome et animateur du Mouvement Pour
l'Autosuffisance Alimentaire (MAA), une série de raisons
pourraient expliquer cela. Il y a, d'abord, des raisons climatiques.
Cette année, en effet, nous avons tous constaté
comme un prolongement de la saison d'été.
Selon M. Mangar, cela a eu certainement un effet, particulièrement,
sur les légumes fins. Il cite le cas du thym - en quantité
limitée, actuellement, dans les marchés - qui, dit-il,
connaît, cette année, des difficultés au niveau
de la germination en raison de l'arrivée tardive de l'hiver.
En lui-même, ce dérèglement climatique favorise
l'apparition de pestes végétales et animales soutient
X, planteur de la région de Solférino.
Et les intrants de production - pesticides et engrais -, indispensables,
dit-il, pour la bonne pousse des plantes se font de plus en plus
chers. Ce qui influe, naturellement, au finale sur les prix aux
marchés. X affirme que c'est l'augmentation conséquente
des coûts de production - intrants et main-d'oeuvre - qui
fait que nombre de petits planteurs dans la région ont
préféré abandonner leurs champs.
Une deuxième raison susceptible d'expliquer le manque relatif
de légumes dans les marchés et, par extension, expliquer
les prix encore relativement élevés c'est la part
de la production qui est, de plus en plus, dirigée vers
les établissements hôteliers, les conserveries de
légumes et les hypermarchés. X avoue, ainsi, qu'environ
50% de sa production revient au secteur touristique duquel il
perçoit un prix d'au moins 20% supérieur à
celui qu'il peut trouver dans le circuit commercial destiné
au grand public.
Pour des solutions à long terme
Il semble aussi que le manque relatif de produits sur le marché
découle d'un certain retard dans la production. Un planteur
de Phoenix explique ce retard dans la production saisonnière
par les incidences des inondations du mois d'avril qui ont fait
que les champs ont dû être préparés
sur une plus longue période. "Les institutions
de recherche doivent se pencher sérieusement sur les changements
qui s'opèrent, année après année,
dans la production vivrière et proposer des solutions à
long terme", estime Eric Mangar.
La prolifération de certaines pestes justifie, selon X,
notre planteur de Solférino, que des champs soient traités,
quotidiennement, aux pesticides. Cela à de quoi inquiéter.
Compte tenu des coûts de plus en plus inaccessibles des
intrants chimiques mais encore plus, par mesure de précaution
sanitaire, M. Mangar estime nécessaire l'utilisation maximale
du compost naturel. Il convient, de même, selon lui, d'adopter
une nouvelle approche en matière de labourage des terres
en vue, notamment, de ne pas détruire les micro-organismes.
X reconnaît que les prix actuellement pratiqués,
même s'ils sont plus abordables qu'il y a quelques semaines
demeurent élevés. Selon lui, tout cela ne répondrait
qu'à la logique de l'offre et de la demande. Notre planteur
cite le cas de la laitue. Il explique qu'alors que cette salade
était, normalement, prête à la récolte
après une trentaine de jours, il faudrait, dorénavant,
compter sur une période de croissance de 45 jours.
Mais les prix encore relativement élevés, c'est
aussi la conséquence des difficultés de la planification
de la production. Un planteur de la région vacoissienne
explique, ainsi, qu'il a, délibérément, évité
de mettre en terre du chou-fleur en pensant qu'en hiver, le prix
de ce légume allait baisser en raison d'une forte production.
Or, il semble que, cette saison, la production ne soit pas aussi
abondante. Avec pour conséquence que le prix de vente demeure
élevé.
Quoi qu'il en soit, il est évident qu'au fur et à
mesure des semaines à venir, les légumes se feront
plus abordables sur les étals des marchés. Les mois
d'hiver sont, en effet, plus favorables aux cultures vivrières
en raison, notamment, de l'absence des intempéries plus
souvent associées à la période cyclonique
des mois d'été.