a c t u a l i t é s WEEK-END --- dimanche 14 juin 2009



  Vagues post-budgétaires - Rodrigues : le cri du cœur !
  Économie et finances - BoM : accouchement aux forceps pour le budget !
  Confédération Syndicale Internationale - Sévère réquisitoire contre des abus de droits syndicaux


Vagues post-budgétaires

Rodrigues : le cri du cœur !

La marche pacifique, dont le but principal est d'amener le gouvernement à prendre conscience des graves problèmes économiques qui sévissent à Rodrigues suite à l'écroulement des activités touristiques, a franchi un premier obstacle hier matin. Les animateurs de cette manifestation à caractère citoyen, se félicitent du succès remporté avec entre 2 000 et 2500 participants selon les organisateurs, et un millier selon des sources policières. Aucun incident n'a été déploré dans les rues de Port-Mathurin pendant ces deux heures. En début de semaine, le comité organisateur se réunira pour une évaluation de la situation et une décision sur la marche à suivre.

Dans cette conjoncture de crise économique, la principale et première revendication de cette plate-forme citoyenne demeure l'abolition de la Fuel Tax, représentant une somme de Rs 3 025, sur le billet d'avion entre Maurice et Rodrigues. Tous les intervenants qui se sont adressés aux manifestants, en l'occurrence Rommel Farla, porte-parole à Rodrigues la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP) du tandem Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo, Jean-Pierre Lim Kin, Marie-Lise Roussety, James Bégué, Maxi André et Aurèle André, ont mis l'accent sur l'importance de cette mesure dans le contexte de la relance de l'industrie touristique de Rodrigues en ciblant la clientèle mauricienne.

Une première initiative concerne l'Assemblée Régionale de Rodrigues (ARR) pour un coup de pouce institutionnel à l'abolition de la Fuel Tax. "Une des résolutions est que l'ARR doit se réunir d'urgence et en séance spéciale pour faire adopter une résolution éliminant cette Fuel Tax en vue de la soumettre au gouvernement. Néanmoins, nous nous attendons à voir le gouvernement central réagir en anticipation car cette proposition a été soumise au Premier ministre depuis le début de l'année", a indiqué à Week-End Maxi André, un des membres du comité organisateur après la marche d'hier.

Aujourd'hui, Rodrigues est sensibilisée au fait que l'abolition de la Fuel Tax sur les billets d'avion est une question de survie pour l'économie de l'île. "Les Rodriguais comprennent que sans cette mesure c'est le chômage qui les attend au tournant. Avec l'élimination de cette taxe, les Mauriciens pourront être en mesure de visiter notre île et relancer les activités", poursuit-il.

"Nous constatons qu'Air Mauritius fait des promotions avec des réductions du billet d'avion de différentes destinations. Il y a même des tarifs spéciaux pour des pèlerinages religieux. Nous ne comprenons pas pourquoi les autorités demeurent insensibles à notre demande pour l'abolition de la Fuel Tax. Nous avons également l'impression que notre idée soumise depuis longtemps a été piquée et appliquée pour favoriser le tourisme à Maurice au détriment de Rodrigues", ajoute Maxi André.

La marche pacifique dans les principales rues du chef lieu de Rodrigues a confirmé le sentiment d'un déficit de considération de Maurice à l'égard de cette partie du territoire. L'immense banderole qui a précédé les manifestants avec le slogan "Maurice to bizin considère Rodrigues", en dit long sur l'état d'esprit qui règne au sein de la population. À cela sont venues se greffer des réclamations scandées hier, dont en substance : "Si nous sommes un fardeau, libérez-nous !". Les messages inscrits sur les autres banderoles étaient aussi évocateurs, comme "Rodrigues, ki to l'avenir ?" ou "Maurice, as-tu du cœur ?" et encore "Nou touris ine mort ! Nou p" enter li !"

Rommel Farla, du syndicat des employés de la construction à Rodrigues, qui a présidé la première marche pacifique après la présentation du budget 2009 par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, cache difficilement sa satisfaction devant la tournure des événements. "À coup sûr, la marche a été un succès. Nous ne nous attendions pas à cette mobilisation. Les Rodriguais ont compris que l'heure a sonné pour réclamer leurs droits auprès du gouvernement et pour assumer leurs responsabilités. Asterla, gouvernma Moris bizin konpran ki nou pé dir avan ki li tro tar", harangue le président Farla.

"En tant que représentant d'un syndicat de la construction, j'ai pris la décision avec mes autres camarades de soutenir cette demande de la part des opérateurs dans le secteur touristique parce que nous avons compris que sans cette coopération ce sera la mort du tourisme avec la montée du chômage et d'énormes problèmes sur le plan social", s'appesantit Rommel Farla.

Ce syndicaliste formé à l'école de la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé fait également le mea culpa des Rodriguais. "Dans cette situation, nous avons notre part de responsabilité. Depuis 2005, si nous avons tenu en ligne de compte le discours du Premier ministre à l'effet que personne pa dwa nou nanyen, nous aurions compris à l'avance à quoi il nous fallait nous attendre. Il y a aussi un manque de formation dans l'île. Nous aurions compris que les allocations que verse le gouvernement à Rodrigues ne seront possibles que tant qu'il y aura des ressources financières disponibles. Après, il n'y aura rien", indique-t-il à Week-End.

Néanmoins, Rommel Farla pointe du doigt des carences au niveau de la politique de développement. Le tout avec raison. "Nous comprenons qu'il nous faut un effort de la part des Rodriguais. Mais nous devrons avoir les mêmes facilités que les Mauriciens. Nous avons un potentiel de développement dans les domaines de l'élevage, de l'agriculture et du tourisme. Pourquoi les Mauriciens ne viennent-ils pas nous aider à développement ces secteurs au lieu d'aller à Madagascar ou d'autres pays d'Afrique pour le maïs et la viande ?" s'insurge-t-il.

Les membres du comité de coordination prévoient de se réunir en début de semaine pour prendre connaissance de la réaction officielle du gouvernement à leur demande relative à la Fuel Tax. "Nou pou rétourn lor lari pou fer nou konpran si bizin", confirme Maxi André, qui se refuse de révéler la forme de cette prochaine revendication tout en réitérant l'appel initial aux politiques contre toute "tentative de récupération de cette initiative citoyenne".


Roussety demande au GM de subventionner la Fuel Tax

Le chef commissaire, Johnson Roussety, qui se trouvait en fin de semaine en transit à Singapour de retour de mission officielle en Australie et financée par le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), soutient la démarche des organisateurs de la marche pacifique. Au chapitre de la Fuel Tax, il a lancé un appel à la raison de la part de l'hôtel du gouvernement avec des subventions jusqu'à hauteur de Rs 3 000 sur le billet d'avion.

Johnson Roussety a saisi cette occasion pour faire une demande pour un stimulus package de Rs 300 millions en vue de relancer les activités économiques à Rodrigues. Il avait déjà fait comprendre qu'il est en faveur de la convocation d'une réunion spéciale de l'ARR dans les plus brefs délais pour voter une résolution en faveur de l'abolition de la Fuel Tax.


Économie et finances

BoM : accouchement aux forceps pour le budget !

Depuis la fin de la semaine, la boardroom de la Bank of Mauritius Tower (BoM Tower) est le théâtre d'une véritable partie d'échecs entre des membres du conseil d'administration et le gouverneur de la banque centrale, Rundheersing Bheenick. Le sujet du litige n'est autre que l'adoption par cette instance du budget pour le prochain exercice financier. Dans la conjoncture, deux enjeux de taille, en l'occurrence les dividendes versés par la Banque de Maurice au ministère des Finances et aussi le dossier de la révision salariale pour l'ensemble de l'institution. D'autre part, rappelant son mandat en tant que "chief inflation fighter" au sein de l'économie, le gouverneur de la Banque de Maurice s'insurge contre la demande du lobby des exportateurs en faveur d'une roupie faible. Au niveau de la situation économique, il trouve que "le pire serait derrière nous mais que, néanmoins, la prudence est de mise, surtout qu'il ne faudra pas s'attendre au business as usual mode dans le textile avec le retour de la croissance."

"Un véritable accouchement aux fers", commente-t-on dans les milieux autorisés de la BoM en abordant le dossier du budget de cette institution. À hier après-midi, une nouvelle réunion d'urgence du board of directors était prévue en vue de reprendre les délibérations budgétaires interrompues la veille. Une précédente séance marathon, soit de 13 heures 30 à 20 heures 30, vendredi, n'avait pas été suffisante pour compléter cet item à l'agenda. Et, à hier matin, les insiders laissaient entendre qu'une nouvelle séance de travail pourrait être convoquée aujourd'hui si l'adoption du budget de la BoM n'était pas bouclée à hier soir.

L'épisode du budget de la BoM demeure la confirmation, si besoin est, de l'état avancé de l'animosité et des tiraillements entre le board et le management. Les tactiques employées s'apparentent à de la boardroom guerilla warfare. La réunion de vendredi avait dû être ajournée car, vers 20 heures 30, en raison d'un manque de quorum. La réunion d'hier avait été initialement convoquée à 10 heures le matin mais repoussée à partir de 14 heures suite à une demande de la part de certains membres du conseil d'administration.

À ce stade, très peu d'indications ont transpiré quant à la teneur des discussions sur les propositions budgétaires ou encore les points de désaccord flagrants entre le board et le management de la BoM, dont certains ont déjà été évoqués en public, comme les reproches des directeurs au sujet des commentaires de l'Audit Committee sur des dépenses encourues par le gouverneur. Ce bras de fer est suivi avec appréhensions du côté du ministère des Finances car les dividendes en provenance de la BoM valent leur pesant d'or dans les recettes budgétaires.

À titre de comparaison, pour la période de juillet 2008 à décembre 2009, la part de la Banque de Maurice à l'item budgétaire "withdrawals from income of quasi corporations" est de l'ordre de Rs 2,4 milliards, dont Rs 500 millions pour les six prochains mois, sur un montant global de Rs 3,5 milliards. Pour l'exercice financier 2007-08, la BoM avait versé une somme de Rs 900 millions.

Un autre dossier à controverse intéresse sans exception l'ensemble du personnel de la BoM aussi bien que le gouverneur, qui ne perçoit jusqu'ici qu'un token salary. Avec le précédent rejet par le board en novembre de l'année dernière des recommandations salariales et du plan de restructuration, la question des salaires divise toujours le board et le management, d'autant plus que certaines nominations avaient déjà été faites sur la base de ce rapport salarial élaboré par des consultants sud-africains du HayGroup d'Afrique du Sud. Les implications budgétaires du nouveau plan salarial se sont de nouveau retrouvées au cœur de la guerre des tranchées qui sévit à la BoM Tower depuis plusieurs mois déjà.

Interrogé par Week-End en fin de matinée d'hier, le gouverneur de la Banque de Maurice a confirmé que le budget est actuellement en voie d'examen par le board avec la possibilité d'une séance travail supplémentaire ce dimanche. "L'une des plus importantes banques centrales du monde ne se réunit que six fois l'an avec la réunion durant de 10 heures 30 à 12 heures 30. À la Banque de Maurice, nous avions eu une réunion vendredi de 13 heures 30 à 20 heures 30. Faute de quorum, la réunion devait reprendre samedi. Les membres se disent prêts à participer à des réunions du board même quotidiennement. Je pense que l'on devrait faire confiance au gouverneur et à son équipe. Il ne faut pas traiter une banque centrale comme si c'était l'épicerie du coin", s'est-il insurgé.

"À la Banque de Maurice, nous nous retrouvons avec un small country mindset. La banque centrale n'est pas un corps para-étatique comme un autre. Si ce qui se passe à la Banque de Maurice était survenu dans une banque commerciale, le régulateur aurait agi fermement depuis bien longtemps pour rétablir la situation. Rappelez-vous ce qui s'est passé quand un des membres du conseil d'administration de la défunte First City Bank avait installé son bureau dans les locaux de la banque. La Banque de Maurice l'avait fait virer sans aucune autre forme de procès. Qui prendra la décision de mettre les points sur les i à la Banque Centrale ?" se demande le gouverneur, comme pour mieux dépeindre le malaise profond qui secoue la BoM Tower.

Par ailleurs, Manou Bheenick s'appuie sur une récente étude effectuée par le "Central Bank Governance Forum" de la Bank of International Settlements (BIS) pour soutenir sa position face aux membres du conseil d'administration. Cette étude sur les "Issues in Governance of Central Banks" dans 34 pays, dont les principales conclusions ont été rendues publiques le mois dernier, situe les "respective roles of the supervisory board and outside boards in relation to expenditure budgets". Dans plus de 50% des cas étudiés, le supervisory board des banques centrales n'ont d'autre choix que d'approuver (Must Approve) les budgets, les salaires du personnel et du gouverneur ou encore les recrutements effectués.

"J'ai voulu être proactif. Je n'ai pas failli partout. J'ai réussi. Par exemple, le recrutement à l'étranger aux fonctions de directeur de supervision à la Banque de Maurice. Il y a encore les notes d'appréciation du FMI et de la Banque mondiale au niveau du FSAP. J'ai apporté des changements à tous les niveaux. Il ne faut pas miser sur la continuité dans un monde en perpétuel changement", trouve-t-il.

Même si l'hôtel du gouvernement est parfaitement au courant des graves problèmes au plus haut niveau de la BoM, car chacune des parties concernées se fait un devoir d'y exposer ses points de vue, rares, même très rares, ont été les indications émises quant à l'éventualité d'une décision en faveur d'un camp comme de l'autre en vue d'une sortie de crise. Les mauvaises langues prétendent qu'une situation similaire prévaut depuis plusieurs mois au sein du conseil d'administration de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) avec la première heure des délibérations du board consacrée à des dénonciations acerbes d'un camp contre d'un autre…


Roupie : "L'intérêt public face au lobby exportateur"

La Banque de Maurice continuera à pratiquer la sourde oreille face aux demandes pressantes et incessantes des exportateurs en faveur d'une dévaluation de la roupie. C'est ce qui découle d'un tour d'horizon de la situation économique du gouverneur de la Banque de Maurice suite aux dernières indications sur le plan international à l'effet que "le pire de la crise économique est derrière nous". Il affirmera que dans ce contexte que le plus important est de maintenir la confiance des investisseurs.

"Maurice n'a pas connu le sudden stop syndrome. Pour le premier trimestre, le Foreign Direct Investment (FDI) a été de Rs 1,4 milliard contre Rs 1,7 milliard à pareille époque l'année dernière. Ce n'est pas un drame. Encore faut-il qu'on maintienne la confiance des investisseurs en gérant bien l'économie. Il ne faut pas envoyer de signaux négatifs à un marché qui est encore très frileux", conseille le gouverneur de la Banque de Maurice.

Roupie : "Le lobby exportateur veut une monnaie faible. Les principales répercussions de cette monnaie faible sont une majoration de la note d'importation et une relance de l'inflation. Les consommateurs, qui ne disposent pas de lobby auprès des instances dirigeantes, seront les premières victimes. Mon rôle en tant que chief inflation fighter, de par mon mandat, est de faire prévaloir l'intérêt public au niveau de la politique du taux de change et de la lutte contre l'inflation. Valeur du jour, j'ai réussi", balaie d'un revers de la main le gouverneur de la Banque de Maurice, qui s'appuie sur le "year on year inflation rate" de 2,8% à la fin de mai contre 6,7% en décembre de l'année dernière. Il prévoit un taux d'inflation (headline inflation) de 7,4% à la fin de cette année contre 9,7% en décembre 2008.

Par ailleurs, la Banque de Maurice se trouve ces jours avec une recommandation du Fonds monétaire international (FMI) pour un "upgrading of the exchange regime". Mais, pour des raisons pratiques dans la conjoncture économique, Maurice hésite de prendre avantage de ce classement proposé.

"Au cours de la semaine écoulée, une mission du FMI, qui était à Maurice, a recommandé que l'économie passe du managed floating regime au free floating regime avec très peu de pays se retrouvant avec un tel privilège. La situation est paradoxale car nous nous retrouvons avec un souci majeur. Notre marge de manœuvre pour des interventions sur le marché sera très limitée, soit trois interventions au cours d'une période donnée. Jusqu'ici, la Banque de Maurice a laissé le marché jouer. Aussi longtemps que le marché se comporte bien, avec des entrées et des sorties dans des limites raisonnables, nous n'avons aucun souci. Mais elle doit assumer son rôle de gendarme quand il y a trop d'excédents sur le marché", ajoute-t-il, en indiquant que la proposition est à l'étude.

Crise économique : "Je dois faire ressortir que je ne suis pas dans le métier de vendre des rêves. On s'attend à du sérieux de la part de la Banque de Maurice. En début d'année, je me suis fait taper sur les doigts pour des perspectives pessimistes", déclare-t-il d'emblée, en réitérant que le taux de croissance pour 2009 variera dans la fourchette de 1% à 3%. "Nous ne sommes pas dans un contexte de morosité ou de décroissance. Nous sommes en zone positive de croissance", avance-t-il.

Tantôt le gouverneur de la Banque de Mauruce fustige cette école de pensée, qui fonde sa foi économique sur "n'importe quel symptôme de reprise". Tantôt il s'en prend à ceux de l'école des "green shoots of recovery". "Pour nous, ces green shoots ont disparu. Les signes de reprise ne sont pas là", lâche-t-il.

"Oui. The worst is over. Toutefois, cela ne veut nullement dire que la croissance est de retour. Le taux de déclin économique s'est estompé. Aux Etats-Unis, la reprise de la croissance pourra intervenir au plus tôt à la fin de cette année ou au cours du premier trimestre de l'année prochaine. Compte tenu des leads and lags, une petite économie comme l'île Maurice, assez isolée de l'extérieur, pour ne pas dire presque immunisée, subira les mêmes effets avec le retour de la croissance. Le délai qui a joué en faveur de l'économie mauricienne sur le chemin du déclin jouera encore une fois sur le chemin de la reprise", note Manou Bheenick.

Textile : "La zone franche manufacturière, notamment le textile, a bien résisté. Le taux de croissance était en déclin en 2008 et le premier trimestre de 2009 n'a pas été si bon. Si l'on dresse un constat de la tendance dans les chaînes de distribution, les low-end suppliers, comme Primark ou Walmart, affichent une meilleure santé. Un ajustement vers le moyen et le bas de gamme est intervenu dans le secteur de la consommation. Ainsi, il ne faut pas s'attendre à un business as usual mode dans le textile avec le retour de la croissance. Il faut aller vers des filières à forte croissance pour bénéficier des retombées dans la conjoncture", avance Manou Bheenick, qui reconnaît les efforts d'Enterprise Mauritius sous Amédée Darga dans le domaine de la production locale avec un ciblage des marchés porteurs.

Tourisme : La Banque de Maurice évoque des signes positifs dans ce secteur économique malgré le repli de compagnies aériennes internationales. Confirmation de la baisse de 15% dans les recettes et de 10% dans les arrivées touristiques pour le premier trimestre. La tendance des réservations pour les prochaines grandes vacances est actuellement analysée en détail. "Les consommateurs moyens, qui ont essuyé les effets de la crise économique de plein fouet, se font du souci pour leur avenir, leur net worth et leur maison. Telles sont leurs priorités", avertit-il.

Endettement : La Banque de Maurice s'est vu confier récemment tout le dossier du "Debt Management". "Nous avons connu pire dans le passé avec le niveau d'endettement envers l'étranger. Actuellement, la dette représente 60% du PIB, soit dans les normes. Avec l'appel au FMI pour la flexible line of credit, soit several multiples du quote-part de Maurice de 110 millions de DTS, à la Banque Africaine de Développement (BAD) et s'il faut envisager d'autres stimulus packages, le niveau d'endettement augmentera. Cela ne nous dérange nullement. La maturité des dettes n'est plus la même qu'auparavant avec une yield curve différente, loin de la volatilité du passé", affirme-t-il.


Emprunts à l'étranger - Sithanen : "Nous souscrivons à une police d'assurance"

En fin de semaine, le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, s'est évertué à être rassurant quant à l'état de santé de l'économie. Cette mise au point internationale s'est avérée nécessaire dans le sillage des consultations initiées en marge du World Economic Forum de Cape Town avec la Banque africaine de développement (BAD) en vue d'un éventuel budget support loan portant sur des milliards de roupies. Cette initiative fait suite aux discussions engagées auprès du Fonds monétaire international (FMI) pour un flexible credit loan (FCL) d'au moins Rs 15 milliards.

Avec la décision de la BAD d'accorder au Botswana un prêt de 1,5 milliard de dollars pour faire face à la crise économique internationale, Rama Sithanen a eu une première séance de travail avec le président de la BAD, Donald Karebuka, jeudi dernier, pour une éventuelle assistance financière à Maurice. Il devait également confirmer qu'il doit se rendre bientôt qu QG de la BAD pour approfondir les discussions et élaborer le dossier pour la requête officielle.

À ce stade, aucun chiffre pour ce budget support loan dela BAD n'a été avancé. "It is very difficult to predict how much exports are going to be affected, by how much tourism is going to be affected. So we are taking a very flexible view. So now we are engaged in the principle of having access to these resources and then we will have to decide", a-t-il soutenu.

Mais, vendredi, le vice-Premier ministre et ministre des Finances, qui est en campagne de promotion des investissements sous l'égide du Board of Investment à Cape Town, a dû revenir à la charge sur ce même dossier et rassurer la communauté des affaires internationale quant à l'état de santé de l'économie mauricienne. "Mauritius is certainly not in danger. It is certainly not likely to be in danger in the short term. What we are doing is buying an insurance. We are taking precaution... We are not going to use it unless there's a sharp and sudden deterioration on the external balance", souligne-t-il dans une dépêche de l'agence Reuters en réitérant : "We are not in trouble, the economy is growing at 2 and 2,2 percent for 2009, so we are okay."

De son côté, le gouverneur de la Banque de Maurice, Manou Bheenick, qui avait présenté conjointement avec le secrétaire financier, Ali Mansoor, la demande pour une FCL au FMI, soutient : "Ayant obtenu de cette institution des destigmatised facilities, il nous appartient d'aller prospecter ces accès."

"En approchant le FMI, nous n'avons aucun reproche à nous faire en termes de gestion économique. C'est une démarche de précaution en cas d'approfondissement du balance of payment gap avec une poursuite de la crise économique. Tout en recherchant cette possibilité d'aide, nous espérons ne pas en avoir besoin", ajoute-t-il.

"Avec la FCL, c'est le FMI nouveau, avec des ressources additionnelles, opérant sur le marché international. Aucune ex-ante conditionality n'est imposée", fait-il comprendre.


Confédération Syndicale Internationale

Sévère réquisitoire contre des abus de droits syndicaux

Le dernier constat formel de la Confédération Syndicale Internationale (CSI) sur l'état des droits des salariés et des syndicalistes à Maurice constitue un véritable réquisitoire contre des cas d'abus. Le rapport a été rendu public, mercredi, en marge de l'assemblée générale de l'Organisation Internationale du Travail (OIT), qui se déroule à Genève. Les sévères conclusions dressées sont soutenues et explicitées par des cas d'espèces, dont entre autres la condamnation des syndicalistes Toolsiraj Benydin et Radakrishna Sadien pour leur participation à une manifestation contre la fermeture du garage de la police, les tribulations des syndicalistes Raj Rughoonuth et Indiren Carpenen à la Mauritius Telecom, les menaces contre Moteelall Manic et Nirvada Beeneereesigh chez Air Mauritius. Le rapport met également l'accent sur le sort difficile des travailleurs étrangers à Maurice.

Le document de la Confédération Syndicale Internationale dresse un parallèle entre la réforme économique et les droits syndicaux bafoués. "Le rapport "Doing Business" de la Banque mondiale classe Maurice comme le pays d'Afrique de loin le plus attractif pour les investisseurs. Ce qu'il ne dit pas, c'est que sur le plan social en revanche, l'inquiétude prévaut, avec notamment une campagne menée par les autorités et le secteur privé pour une flexibilité encore accrue de la main-d'œuvre" souligne la CSI en guise de préambule à la longue série d'abus des droits les plus fondamentaux.

Dans ce registre, la CSI énumère différents cas dont la condamnation de deux syndicalistes, Toolsiraj Benydin et de Radakrishna Sadien pour la participation à une manifestation devant l'hôtel du gouvernement pendant les séances parlementaires avec cinq autres syndicalistes traduits en justice pour les mêmes délits. Par la suite, les charges rayées par la justice pour "des raisons humanitaires" ; le calvaire de Raj Rughoonuth et d'Indiren Carpenen, deux syndicalistes licenciés par la Mauritius Telecom. "En fin d'année, les deux syndicalistes, qui avaient reçu un soutien de façade des autorités, ont dénoncé les manœuvres antisyndicales de la direction de la Mauritius Telecom qui tentait de lier leur réintégration à de nouvelles clauses de confidentialité leur interdisant de critiquer publiquement l'entreprise par tract, voie de presse ou SMS" note la CSI, qui souligne que la Mauritius Telecom a été forcée de les réintégrer après de long mois de tractations ; la suspension par Air Mauritius de deux syndicalistes en vue, Moteelall Manic et Nirvada Beeneeressingh en raison du fait qu'ils ne faisaient que "relayer les critiques des membres des syndicats contre la direction quant à la mauvaise gestion de la crise que connaît Air Mauritius".

La zone franche manufacturière où le taux de syndicalisation ne dépasse pas 12% essuie les critiques les plus acerbes formulées par la CSI. "Dans les zones franches, les employeurs restent hostiles aux syndicats qui éprouvent beaucoup de difficultés à approcher les travailleurs, les employeurs empêchant le plus souvent les syndicats de pénétrer dans les sites industriels. Les organes compétents de l'OIT ont mis en exergue à plusieurs occasions la nécessité d'une plus grande protection des actes d'ingérence par les employeurs et les organisations d'employeurs dans les activités des syndicats, ainsi que la nécessité d'établir des procédures d'appel rapides et des sanctions suffisamment dissuasives en la matière", souligne le document.

Avec quelque 18 000 travailleurs étrangers recensés dans le secteur de la zone franche à Maurice, la Confédération Syndicale Internationale déplore l'absence totale de considération envers ces femmes et ces hommes, qui ont tout laissé derrière eux pour venir travailler à Maurice. "La main-d'œuvre migrante est la plus exposée aux violations des droits syndicaux. Lorsque ces travailleurs et travailleuses font grève, la réplique coordonnée des employeurs et des autorités consiste souvent à les renvoyer dans leur pays d'origine pour rupture de contrat et grève illégale ", avance le rapport officiel.

A ce chapitre, la CSI cite le cas des travailleurs du Bangladesh de l'usine de textile Sonia Wear de Tyack qui avaient été contraints en août 2008 de reprendre le travail après deux jours de grève pour éviter d'être expulsés. Ces travailleurs étrangers voulaient protester contre la décision de la direction de les payer à la pièce. L'autre cas inventorié concerne le débrayage de 300 ouvriers chinois employés sur des chantiers de construction à la fin de juin de l'année dernière.

La CSI met en exergue l'engagement du syndicaliste Fayzal Ally Beegun de la Textile Manufacturing and Allied Industries Workers Union (TMAIWU) en faveur du respect des droits des travailleurs étrangers.

Le rapport sur les droits des salariés et des syndicalistes critique également les nouvelles dispositions légales contraignantes régissant le monde du travail. "La loi sur les relations de travail prévoit une procédure complexe de conciliation et de médiation d'une durée totale de deux mois entre l'échec des négociations et la tenue d'une grève. Même lorsqu'une grève légale a pu être organisée, cette loi prévoit que le Premier ministre peut demander à la Cour suprême d'interdire sa poursuite - pour autant qu'une industrie ou un service risque d'être gravement touchés, que l'emploi soit menacé, ou que la grève présente un réel danger pour la vie, la santé ou la sécurité personnelle de l'ensemble ou d'une partie de la population - et de soumettre le conflit à l'arbitrage obligatoire," affirme la SCI, qui considère que " le mode de scrutin, de quorum et de majorité requis est exagéré ".

Par ailleurs, les syndicalistes mènent toujours campagne pour réclamer sans succès deux importants changements légaux : la garantie du droit de grève par la Constitution et l'abrogation de la loi sur le rassemblement public. Cette dernière requiert une demande officielle à la police sept jours à l'avance pour toute manifestation de plus de 11 personnes et interdit toute manifestation lorsque l'Assemblée parlementaire siège, ce qui continue à restreindre fortement le droit de grève.

Le gouvernement se retrouve en face d'une "Uphill Fight" pour contrer cette mauvaise publicité avec l'image de Maurice prenant un sacré coup sur le plan international. Ce rapport, qui peut être consulté dans son intégralité sur internet, a été commenté dans la presse internationale...



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