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Économie et finances
BoM : accouchement aux forceps pour le budget !
Depuis la fin de la semaine, la boardroom de la Bank of
Mauritius Tower (BoM Tower) est le théâtre d'une
véritable partie d'échecs entre des membres du conseil
d'administration et le gouverneur de la banque centrale, Rundheersing
Bheenick. Le sujet du litige n'est autre que l'adoption par cette
instance du budget pour le prochain exercice financier. Dans la
conjoncture, deux enjeux de taille, en l'occurrence les dividendes
versés par la Banque de Maurice au ministère des
Finances et aussi le dossier de la révision salariale pour
l'ensemble de l'institution. D'autre part, rappelant son mandat
en tant que "chief inflation fighter" au sein de l'économie,
le gouverneur de la Banque de Maurice s'insurge contre la demande
du lobby des exportateurs en faveur d'une roupie faible. Au niveau
de la situation économique, il trouve que "le pire
serait derrière nous mais que, néanmoins, la prudence
est de mise, surtout qu'il ne faudra pas s'attendre au business
as usual mode dans le textile avec le retour de la croissance."
"Un véritable accouchement aux fers",
commente-t-on dans les milieux autorisés de la BoM en abordant
le dossier du budget de cette institution. À hier après-midi,
une nouvelle réunion d'urgence du board of directors
était prévue en vue de reprendre les délibérations
budgétaires interrompues la veille. Une précédente
séance marathon, soit de 13 heures 30 à 20 heures
30, vendredi, n'avait pas été suffisante pour compléter
cet item à l'agenda. Et, à hier matin, les insiders
laissaient entendre qu'une nouvelle séance de travail pourrait
être convoquée aujourd'hui si l'adoption du budget
de la BoM n'était pas bouclée à hier soir.
L'épisode du budget de la BoM demeure la confirmation,
si besoin est, de l'état avancé de l'animosité
et des tiraillements entre le board et le management. Les tactiques
employées s'apparentent à de la boardroom guerilla
warfare. La réunion de vendredi avait dû être
ajournée car, vers 20 heures 30, en raison d'un manque
de quorum. La réunion d'hier avait été initialement
convoquée à 10 heures le matin mais repoussée
à partir de 14 heures suite à une demande de la
part de certains membres du conseil d'administration.
À ce stade, très peu d'indications ont transpiré
quant à la teneur des discussions sur les propositions
budgétaires ou encore les points de désaccord flagrants
entre le board et le management de la BoM, dont certains ont déjà
été évoqués en public, comme les reproches
des directeurs au sujet des commentaires de l'Audit Committee
sur des dépenses encourues par le gouverneur. Ce bras de
fer est suivi avec appréhensions du côté du
ministère des Finances car les dividendes en provenance
de la BoM valent leur pesant d'or dans les recettes budgétaires.
À titre de comparaison, pour la période de juillet
2008 à décembre 2009, la part de la Banque de Maurice
à l'item budgétaire "withdrawals from income
of quasi corporations" est de l'ordre de Rs 2,4 milliards,
dont Rs 500 millions pour les six prochains mois, sur un montant
global de Rs 3,5 milliards. Pour l'exercice financier 2007-08,
la BoM avait versé une somme de Rs 900 millions.
Un autre dossier à controverse intéresse sans exception
l'ensemble du personnel de la BoM aussi bien que le gouverneur,
qui ne perçoit jusqu'ici qu'un token salary. Avec
le précédent rejet par le board en novembre de l'année
dernière des recommandations salariales et du plan de restructuration,
la question des salaires divise toujours le board et le management,
d'autant plus que certaines nominations avaient déjà
été faites sur la base de ce rapport salarial élaboré
par des consultants sud-africains du HayGroup d'Afrique du Sud.
Les implications budgétaires du nouveau plan salarial se
sont de nouveau retrouvées au cur de la guerre des
tranchées qui sévit à la BoM Tower depuis
plusieurs mois déjà.
Interrogé par Week-End en fin de matinée
d'hier, le gouverneur de la Banque de Maurice a confirmé
que le budget est actuellement en voie d'examen par le board avec
la possibilité d'une séance travail supplémentaire
ce dimanche. "L'une des plus importantes banques centrales
du monde ne se réunit que six fois l'an avec la réunion
durant de 10 heures 30 à 12 heures 30. À la Banque
de Maurice, nous avions eu une réunion vendredi de 13 heures
30 à 20 heures 30. Faute de quorum, la réunion devait
reprendre samedi. Les membres se disent prêts à participer
à des réunions du board même quotidiennement.
Je pense que l'on devrait faire confiance au gouverneur et à
son équipe. Il ne faut pas traiter une banque centrale
comme si c'était l'épicerie du coin", s'est-il
insurgé.
"À la Banque de Maurice, nous nous retrouvons avec
un small country mindset. La banque centrale n'est pas
un corps para-étatique comme un autre. Si ce qui se passe
à la Banque de Maurice était survenu dans une banque
commerciale, le régulateur aurait agi fermement depuis
bien longtemps pour rétablir la situation. Rappelez-vous
ce qui s'est passé quand un des membres du conseil d'administration
de la défunte First City Bank avait installé son
bureau dans les locaux de la banque. La Banque de Maurice l'avait
fait virer sans aucune autre forme de procès. Qui prendra
la décision de mettre les points sur les i à la
Banque Centrale ?" se demande le gouverneur, comme pour
mieux dépeindre le malaise profond qui secoue la BoM Tower.
Par ailleurs, Manou Bheenick s'appuie sur une récente étude
effectuée par le "Central Bank Governance Forum"
de la Bank of International Settlements (BIS) pour soutenir sa
position face aux membres du conseil d'administration. Cette étude
sur les "Issues in Governance of Central Banks" dans
34 pays, dont les principales conclusions ont été
rendues publiques le mois dernier, situe les "respective
roles of the supervisory board and outside boards in relation
to expenditure budgets". Dans plus de 50% des cas étudiés,
le supervisory board des banques centrales n'ont d'autre
choix que d'approuver (Must Approve) les budgets, les salaires
du personnel et du gouverneur ou encore les recrutements effectués.
"J'ai voulu être proactif. Je n'ai pas failli partout.
J'ai réussi. Par exemple, le recrutement à l'étranger
aux fonctions de directeur de supervision à la Banque de
Maurice. Il y a encore les notes d'appréciation du FMI
et de la Banque mondiale au niveau du FSAP. J'ai apporté
des changements à tous les niveaux. Il ne faut pas miser
sur la continuité dans un monde en perpétuel changement",
trouve-t-il.
Même si l'hôtel du gouvernement est parfaitement au
courant des graves problèmes au plus haut niveau de la
BoM, car chacune des parties concernées se fait un devoir
d'y exposer ses points de vue, rares, même très rares,
ont été les indications émises quant à
l'éventualité d'une décision en faveur d'un
camp comme de l'autre en vue d'une sortie de crise. Les mauvaises
langues prétendent qu'une situation similaire prévaut
depuis plusieurs mois au sein du conseil d'administration de la
Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) avec la première
heure des délibérations du board consacrée
à des dénonciations acerbes d'un camp contre d'un
autre
Roupie : "L'intérêt public face au lobby
exportateur"
La Banque de Maurice continuera à pratiquer la sourde oreille
face aux demandes pressantes et incessantes des exportateurs en
faveur d'une dévaluation de la roupie. C'est ce qui découle
d'un tour d'horizon de la situation économique du gouverneur
de la Banque de Maurice suite aux dernières indications
sur le plan international à l'effet que "le pire
de la crise économique est derrière nous".
Il affirmera que dans ce contexte que le plus important est de
maintenir la confiance des investisseurs.
"Maurice n'a pas connu le sudden stop syndrome. Pour
le premier trimestre, le Foreign Direct Investment (FDI) a été
de Rs 1,4 milliard contre Rs 1,7 milliard à pareille époque
l'année dernière. Ce n'est pas un drame. Encore
faut-il qu'on maintienne la confiance des investisseurs en gérant
bien l'économie. Il ne faut pas envoyer de signaux négatifs
à un marché qui est encore très frileux",
conseille le gouverneur de la Banque de Maurice.
Roupie : "Le lobby exportateur veut une monnaie faible.
Les principales répercussions de cette monnaie faible sont
une majoration de la note d'importation et une relance de l'inflation.
Les consommateurs, qui ne disposent pas de lobby auprès
des instances dirigeantes, seront les premières victimes.
Mon rôle en tant que chief inflation fighter, de
par mon mandat, est de faire prévaloir l'intérêt
public au niveau de la politique du taux de change et de la lutte
contre l'inflation. Valeur du jour, j'ai réussi",
balaie d'un revers de la main le gouverneur de la Banque de Maurice,
qui s'appuie sur le "year on year inflation rate" de
2,8% à la fin de mai contre 6,7% en décembre de
l'année dernière. Il prévoit un taux d'inflation
(headline inflation) de 7,4% à la fin de cette année
contre 9,7% en décembre 2008.
Par ailleurs, la Banque de Maurice se trouve ces jours avec une
recommandation du Fonds monétaire international (FMI) pour
un "upgrading of the exchange regime". Mais,
pour des raisons pratiques dans la conjoncture économique,
Maurice hésite de prendre avantage de ce classement proposé.
"Au cours de la semaine écoulée, une mission
du FMI, qui était à Maurice, a recommandé
que l'économie passe du managed floating regime au
free floating regime avec très peu de pays se retrouvant
avec un tel privilège. La situation est paradoxale car
nous nous retrouvons avec un souci majeur. Notre marge de manuvre
pour des interventions sur le marché sera très limitée,
soit trois interventions au cours d'une période donnée.
Jusqu'ici, la Banque de Maurice a laissé le marché
jouer. Aussi longtemps que le marché se comporte bien,
avec des entrées et des sorties dans des limites raisonnables,
nous n'avons aucun souci. Mais elle doit assumer son rôle
de gendarme quand il y a trop d'excédents sur le marché",
ajoute-t-il, en indiquant que la proposition est à l'étude.
Crise économique : "Je dois faire ressortir que
je ne suis pas dans le métier de vendre des rêves.
On s'attend à du sérieux de la part de la Banque
de Maurice. En début d'année, je me suis fait taper
sur les doigts pour des perspectives pessimistes", déclare-t-il
d'emblée, en réitérant que le taux de croissance
pour 2009 variera dans la fourchette de 1% à 3%. "Nous
ne sommes pas dans un contexte de morosité ou de décroissance.
Nous sommes en zone positive de croissance", avance-t-il.
Tantôt le gouverneur de la Banque de Mauruce fustige cette
école de pensée, qui fonde sa foi économique
sur "n'importe quel symptôme de reprise".
Tantôt il s'en prend à ceux de l'école des
"green shoots of recovery". "Pour nous,
ces green shoots ont disparu. Les signes de reprise ne
sont pas là", lâche-t-il.
"Oui. The worst is over. Toutefois, cela ne veut
nullement dire que la croissance est de retour. Le taux de déclin
économique s'est estompé. Aux Etats-Unis, la reprise
de la croissance pourra intervenir au plus tôt à
la fin de cette année ou au cours du premier trimestre
de l'année prochaine. Compte tenu des leads and lags,
une petite économie comme l'île Maurice, assez isolée
de l'extérieur, pour ne pas dire presque immunisée,
subira les mêmes effets avec le retour de la croissance.
Le délai qui a joué en faveur de l'économie
mauricienne sur le chemin du déclin jouera encore une fois
sur le chemin de la reprise", note Manou Bheenick.
Textile : "La zone franche manufacturière, notamment
le textile, a bien résisté. Le taux de croissance
était en déclin en 2008 et le premier trimestre
de 2009 n'a pas été si bon. Si l'on dresse un constat
de la tendance dans les chaînes de distribution, les low-end
suppliers, comme Primark ou Walmart, affichent une meilleure
santé. Un ajustement vers le moyen et le bas de gamme est
intervenu dans le secteur de la consommation. Ainsi, il ne faut
pas s'attendre à un business as usual mode dans
le textile avec le retour de la croissance. Il faut aller vers
des filières à forte croissance pour bénéficier
des retombées dans la conjoncture", avance Manou
Bheenick, qui reconnaît les efforts d'Enterprise Mauritius
sous Amédée Darga dans le domaine de la production
locale avec un ciblage des marchés porteurs.
Tourisme : La Banque de Maurice évoque des signes positifs
dans ce secteur économique malgré le repli de compagnies
aériennes internationales. Confirmation de la baisse de
15% dans les recettes et de 10% dans les arrivées touristiques
pour le premier trimestre. La tendance des réservations
pour les prochaines grandes vacances est actuellement analysée
en détail. "Les consommateurs moyens, qui ont essuyé
les effets de la crise économique de plein fouet, se font
du souci pour leur avenir, leur net worth et leur maison.
Telles sont leurs priorités", avertit-il.
Endettement : La Banque de Maurice s'est vu confier récemment
tout le dossier du "Debt Management". "Nous
avons connu pire dans le passé avec le niveau d'endettement
envers l'étranger. Actuellement, la dette représente
60% du PIB, soit dans les normes. Avec l'appel au FMI pour la
flexible line of credit, soit several multiples du
quote-part de Maurice de 110 millions de DTS, à la Banque
Africaine de Développement (BAD) et s'il faut envisager
d'autres stimulus packages, le niveau d'endettement augmentera.
Cela ne nous dérange nullement. La maturité des
dettes n'est plus la même qu'auparavant avec une yield
curve différente, loin de la volatilité du passé",
affirme-t-il.
Emprunts à l'étranger - Sithanen : "Nous
souscrivons à une police d'assurance"
En fin de semaine, le vice-Premier ministre et ministre des Finances,
Rama Sithanen, s'est évertué à être
rassurant quant à l'état de santé de l'économie.
Cette mise au point internationale s'est avérée
nécessaire dans le sillage des consultations initiées
en marge du World Economic Forum de Cape Town avec la Banque africaine
de développement (BAD) en vue d'un éventuel budget
support loan portant sur des milliards de roupies. Cette initiative
fait suite aux discussions engagées auprès du Fonds
monétaire international (FMI) pour un flexible credit
loan (FCL) d'au moins Rs 15 milliards.
Avec la décision de la BAD d'accorder au Botswana un prêt
de 1,5 milliard de dollars pour faire face à la crise économique
internationale, Rama Sithanen a eu une première séance
de travail avec le président de la BAD, Donald Karebuka,
jeudi dernier, pour une éventuelle assistance financière
à Maurice. Il devait également confirmer qu'il doit
se rendre bientôt qu QG de la BAD pour approfondir les discussions
et élaborer le dossier pour la requête officielle.
À ce stade, aucun chiffre pour ce budget support loan
dela BAD n'a été avancé. "It is very
difficult to predict how much exports are going to be affected,
by how much tourism is going to be affected. So we are taking
a very flexible view. So now we are engaged in the principle of
having access to these resources and then we will have to decide",
a-t-il soutenu.
Mais, vendredi, le vice-Premier ministre et ministre des Finances,
qui est en campagne de promotion des investissements sous l'égide
du Board of Investment à Cape Town, a dû revenir
à la charge sur ce même dossier et rassurer la communauté
des affaires internationale quant à l'état de santé
de l'économie mauricienne. "Mauritius is certainly
not in danger. It is certainly not likely to be in danger in the
short term. What we are doing is buying an insurance. We are taking
precaution... We are not going to use it unless there's a sharp
and sudden deterioration on the external balance", souligne-t-il
dans une dépêche de l'agence Reuters en réitérant
: "We are not in trouble, the economy is growing at 2
and 2,2 percent for 2009, so we are okay."
De son côté, le gouverneur de la Banque de Maurice,
Manou Bheenick, qui avait présenté conjointement
avec le secrétaire financier, Ali Mansoor, la demande pour
une FCL au FMI, soutient : "Ayant obtenu de cette institution
des destigmatised facilities, il nous appartient d'aller
prospecter ces accès."
"En approchant le FMI, nous n'avons aucun reproche à
nous faire en termes de gestion économique. C'est une démarche
de précaution en cas d'approfondissement du balance
of payment gap avec une poursuite de la crise économique.
Tout en recherchant cette possibilité d'aide, nous espérons
ne pas en avoir besoin", ajoute-t-il.
"Avec la FCL, c'est le FMI nouveau, avec des ressources
additionnelles, opérant sur le marché international.
Aucune ex-ante conditionality n'est imposée",
fait-il comprendre.
Confédération Syndicale Internationale
Sévère réquisitoire contre des abus de
droits syndicaux
Le dernier constat formel de la Confédération Syndicale
Internationale (CSI) sur l'état des droits des salariés
et des syndicalistes à Maurice constitue un véritable
réquisitoire contre des cas d'abus. Le rapport a été
rendu public, mercredi, en marge de l'assemblée générale
de l'Organisation Internationale du Travail (OIT), qui se déroule
à Genève. Les sévères conclusions
dressées sont soutenues et explicitées par des cas
d'espèces, dont entre autres la condamnation des syndicalistes
Toolsiraj Benydin et Radakrishna Sadien pour leur participation
à une manifestation contre la fermeture du garage de la
police, les tribulations des syndicalistes Raj Rughoonuth et Indiren
Carpenen à la Mauritius Telecom, les menaces contre Moteelall
Manic et Nirvada Beeneereesigh chez Air Mauritius. Le rapport
met également l'accent sur le sort difficile des travailleurs
étrangers à Maurice.
Le document de la Confédération Syndicale Internationale
dresse un parallèle entre la réforme économique
et les droits syndicaux bafoués. "Le rapport "Doing
Business" de la Banque mondiale classe Maurice comme le pays
d'Afrique de loin le plus attractif pour les investisseurs. Ce
qu'il ne dit pas, c'est que sur le plan social en revanche, l'inquiétude
prévaut, avec notamment une campagne menée par les
autorités et le secteur privé pour une flexibilité
encore accrue de la main-d'uvre" souligne la CSI
en guise de préambule à la longue série d'abus
des droits les plus fondamentaux.
Dans ce registre, la CSI énumère différents
cas dont la condamnation de deux syndicalistes, Toolsiraj Benydin
et de Radakrishna Sadien pour la participation à une manifestation
devant l'hôtel du gouvernement pendant les séances
parlementaires avec cinq autres syndicalistes traduits en justice
pour les mêmes délits. Par la suite, les charges
rayées par la justice pour "des raisons humanitaires"
; le calvaire de Raj Rughoonuth et d'Indiren Carpenen, deux syndicalistes
licenciés par la Mauritius Telecom. "En fin d'année,
les deux syndicalistes, qui avaient reçu un soutien de
façade des autorités, ont dénoncé
les manuvres antisyndicales de la direction de la Mauritius
Telecom qui tentait de lier leur réintégration à
de nouvelles clauses de confidentialité leur interdisant
de critiquer publiquement l'entreprise par tract, voie de presse
ou SMS" note la CSI, qui souligne que la Mauritius Telecom
a été forcée de les réintégrer
après de long mois de tractations ; la suspension par Air
Mauritius de deux syndicalistes en vue, Moteelall Manic et Nirvada
Beeneeressingh en raison du fait qu'ils ne faisaient que "relayer
les critiques des membres des syndicats contre la direction quant
à la mauvaise gestion de la crise que connaît Air
Mauritius".
La zone franche manufacturière où le taux de syndicalisation
ne dépasse pas 12% essuie les critiques les plus acerbes
formulées par la CSI. "Dans les zones franches,
les employeurs restent hostiles aux syndicats qui éprouvent
beaucoup de difficultés à approcher les travailleurs,
les employeurs empêchant le plus souvent les syndicats de
pénétrer dans les sites industriels. Les organes
compétents de l'OIT ont mis en exergue à plusieurs
occasions la nécessité d'une plus grande protection
des actes d'ingérence par les employeurs et les organisations
d'employeurs dans les activités des syndicats, ainsi que
la nécessité d'établir des procédures
d'appel rapides et des sanctions suffisamment dissuasives en la
matière", souligne le document.
Avec quelque 18 000 travailleurs étrangers recensés
dans le secteur de la zone franche à Maurice, la Confédération
Syndicale Internationale déplore l'absence totale de considération
envers ces femmes et ces hommes, qui ont tout laissé derrière
eux pour venir travailler à Maurice. "La main-d'uvre
migrante est la plus exposée aux violations des droits
syndicaux. Lorsque ces travailleurs et travailleuses font grève,
la réplique coordonnée des employeurs et des autorités
consiste souvent à les renvoyer dans leur pays d'origine
pour rupture de contrat et grève illégale ",
avance le rapport officiel.
A ce chapitre, la CSI cite le cas des travailleurs du Bangladesh
de l'usine de textile Sonia Wear de Tyack qui avaient été
contraints en août 2008 de reprendre le travail après
deux jours de grève pour éviter d'être expulsés.
Ces travailleurs étrangers voulaient protester contre la
décision de la direction de les payer à la pièce.
L'autre cas inventorié concerne le débrayage de
300 ouvriers chinois employés sur des chantiers de construction
à la fin de juin de l'année dernière.
La CSI met en exergue l'engagement du syndicaliste Fayzal Ally
Beegun de la Textile Manufacturing and Allied Industries Workers
Union (TMAIWU) en faveur du respect des droits des travailleurs
étrangers.
Le rapport sur les droits des salariés et des syndicalistes
critique également les nouvelles dispositions légales
contraignantes régissant le monde du travail. "La
loi sur les relations de travail prévoit une procédure
complexe de conciliation et de médiation d'une durée
totale de deux mois entre l'échec des négociations
et la tenue d'une grève. Même lorsqu'une grève
légale a pu être organisée, cette loi prévoit
que le Premier ministre peut demander à la Cour suprême
d'interdire sa poursuite - pour autant qu'une industrie ou un
service risque d'être gravement touchés, que l'emploi
soit menacé, ou que la grève présente un
réel danger pour la vie, la santé ou la sécurité
personnelle de l'ensemble ou d'une partie de la population - et
de soumettre le conflit à l'arbitrage obligatoire,"
affirme la SCI, qui considère que " le mode de
scrutin, de quorum et de majorité requis est exagéré
".
Par ailleurs, les syndicalistes mènent toujours campagne
pour réclamer sans succès deux importants changements
légaux : la garantie du droit de grève par la Constitution
et l'abrogation de la loi sur le rassemblement public. Cette dernière
requiert une demande officielle à la police sept jours
à l'avance pour toute manifestation de plus de 11 personnes
et interdit toute manifestation lorsque l'Assemblée parlementaire
siège, ce qui continue à restreindre fortement le
droit de grève.
Le gouvernement se retrouve en face d'une "Uphill Fight"
pour contrer cette mauvaise publicité avec l'image de Maurice
prenant un sacré coup sur le plan international. Ce rapport,
qui peut être consulté dans son intégralité
sur internet, a été commenté dans la presse
internationale...
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