Notre invité de cette semaine est l'économiste Georges
Tick Kan. Dans cette interview réalisée jeudi dans
ses bureaux de la zone franche, il analyse le budget et propose
deux principales mesures pour faire face à la crise et
relancer l'économie. Deux mesures qui vont susciter moult
réactions : une dévaluation de la roupie et la mise
en place d'un système de transport de masse.
Vous disiez l'année dernière, Georges
Tick Kan, que Maurice était devenue "un pays
de goulots d'étranglement économique."
La crise économique internationale a-t-elle accentué
ce fait ?
La situation s'est encore aggravée avec la crise. Il suffit
de voir ce qui se passe dans les finances, sur les routes, au
niveau de nos exportations. Mais revenons à la crise des
économies de marchés des pays occidentaux basées,
depuis une dizaine d'années, sur le surendettement. Comme
à Maurice. Cette économie de la dette des pays occidentaux
s'est développée au profit de pays émergents
comme la Chine et l'Inde. De ce fait, la Chine a vu ses réserves
en devises étrangères augmenter de deux fois pour
atteindre aujourd'hui deux trillions de dollars. Mais quand on
a des dettes, il faut un jour les payer, c'est ce que les États-Unis
sont en train de faire à travers la crise. Maurice subit
les rafales de la crise et on constate effectivement une détérioration
nette de nos finances.
Oui, mais pas mal d'économistes
mauriciens, dont le ministre des Finances, affirment que contrairement
au reste du monde, Maurice ne s'est pas trop mal tirée
de la crise
La réponse est relativement oui, par rapport à l'Afrique
du Sud qui accuse une récession de 6 à 7% et aux
pays développés qui accusent une décroissance
d'environ 4 %, mais quand même, les dégâts
sont énormes. Quelques chiffres : en trois mois l'industrie
touristique a perdu Rs 1 milliard 600 millions de chiffre d'affaires
et devrait perdre Rs 6 à 7 milliards d'ici à la
fin de l'année ; le secteur de l'exportation textile a
déjà perdu entre Rs 3 et 4 milliards et devrait
en perdre autant d'ici à la fin de 2009. Le gouvernement,
qui avait prévu une rentrée de Rs 15 milliards en
investissement en provenance de l'étranger, ne va encaisser
que Rs 5 milliards. J'estime, de manière assez conservatrice,
qu'il y aura Rs 15 milliards en moins en devises étrangères
cette année par rapport à 2008. Les dégâts
sont déjà énormes et ça se voit déjà
sur la valeur de la roupie et cela va aller crescendo au cours
des prochains mois.
Donc, le pire de la crise économique n'est pas derrière
nous ?
À mon avis non. Tout va dépendre du nombre d'arrivées
touristiques. Les 10% en moins annoncés seront gérables,
mais pas les plus de 15% redoutés.
Est-ce que les Mauriciens sont bien informés sur la
crise ou est-ce qu'on leur cache des éléments pour
éviter de provoquer une psychose dans le pays ?
Je pense que l'on avait caché l'étendue de la crise
il y a huit ou neuf mois de cela. Mais, aujourd'hui, les dégâts
étant plus conséquents, par la force des choses,
on devient plus transparents. Je crois que nous sommes au seuil
de l'état d'urgence économique
Donc, la situation va s'aggraver ?
Nous sommes relativement protégés par la grande
diversité de nos activités économiques. Au
cours des trois dernières années, l'accélération
des activités de l'offshore et les grands travaux à
la cybercité ont démontré que notre économie
est assez diversifiée, ce qui nous protège d'avantage
des effets de la crise. Mais est-ce que cela sera suffisant ?
Arrivons-en
maintenant au budget. L'économiste que vous êtes
est-il satisfait du premier des deux budgets Sithanen pour 2009
qui a pour titre "Saving jobs, Protecting people and Preparing
for recovery" ?
Le ministre des Finances a certainement raison de titrer son discours
sur la préservation de l'emploi. À mon avis, c'est
une nécessité sociale, politique voire morale. C'est
un objectif très social qui, à mon avis, a un prix
économique relativement lourd et controversé. Lourd
parce qu'on nous demande un stimulus package de Rs 4 milliards
pour protéger l'emploi, controversé à cause
de la nature même du stimulus package. Je suis d'accord
sur l'objectif mais pas sur les moyens, calqués sur deux
têtes de chapitre : le stimulus package et les grands
travaux d'infrastructure. Je crois que l'on aurait pu mieux faire.
Ne fallait-il pas inventer un plan pour soutenir l'emploi en
aidant les entreprises ?
Je crois que le stimulus package va rester au travers de
la gorge de ceux qui seront chargés de l'appliquer. Bientôt,
Amédée Darga et Raj Makoond seront submergés
de demandes, d'autant plus que le package ne concerne plus uniquement
le secteur du textile. Comment va-t-on faire pour gérer
ces demandes dans un an ou deux, le remboursement - en théorie
- s'étalant sur plusieurs années ? Comment va faire
le gouvernement - qui jongle avec l'argent des contribuables -
pour protéger les milliards du stimulus package
en s'assurant que le remboursement aura effectivement lieu ? Supposons
qu'une banque mette en liquidation dans deux ou trois ans une
entreprise qui aura bénéficié du package,
est ce que le gouvernement en fera de même ? Je crois qu'il
y a des questions auxquelles on n'a pas réfléchi
avant de lancer le plan. Ce qui est logique aujourd'hui au point
de vue économique risque de ne plus l'être dans deux
ou trois ans. Ce qui est crédible aujourd'hui ne le sera
pas forcément après-demain. Nous allons au-delà
de multiples controverses à propos du stimulus package
Elles
ont déjà commencé avec l'affaire qui a été
largement évoquée cette semaine au Parlement et
dans la presse
Il y en aura d'autres
On a déjà parlé
des fonds du package destinés à sauver les entreprises
qui ont été utilisés pour acheter des grosses
cylindrées
Je repose la question : comment va-t-on faire pour contrôler
tout cela au cours des deux-trois prochaines années ? En
rappelant que c'est l'argent du contribuable qui est en jeu.
Mais que fallait-il faire à la place pour préserver
l'emploi ?
Je crois qu'on aurait atteint le même résultat de
manière beaucoup plus efficace et moins coûteuse
en dévaluant légèrement la roupie. Une dévaluation
de 7 à 8% - comme une petite chimio qui ne fait pas perdre
des cheveux aux patients - aurait amené environ au moins
Rs 5 milliards dans les caisses des entreprises dégarnies
par la récession. Cette somme aurait permis de protéger
l'emploi, d'abord celui des 100 000 personnes qui travaillent
dans le secteur de l'exportation.
Est-ce que vous n'êtes
pas en train de plaider pour votre paroisse, le secteur textile,
en entonnant le refrain de la chanson que vous chantez depuis
quelque temps : dévaluons. Vous prononcez là un
mot que le Mauricien n'aime pas entendre
À tort. Personne ne veut entendre parler de chimiothérapie
parce que ce terme a une connotation de maladie grave. Les Mauriciens
ne veulent pas entendre parler de dévaluation, mais ils
ont tort. La roupie a été dévaluée
une première fois en 1979 et une deuxième fois en
1981 et en cinq ans on a résorbé 125 000 chômeurs
pour atteindre le plein emploi en 1987.
Donc, la dévaluation
n'est pas une malédiction économique comme on a
tendance à le croire à Maurice ?
La dévaluation est une thérapie absolument efficace
en ce qu'il s'agit de protéger l'emploi et de résorber
le chômage. Avec une dévaluation, Maurice vendrait
ses marchandises tournées vers l'exportation à meilleur
marché, donc plus facilement. C'est un avantage pas seulement
pour le secteur textile - ma paroisse comme vous le disiez juste
avant - mais également pour l'hôtellerie, le BPO,
l'offshore, bref toutes les activités qui génèrent
des devises étrangères. C'est le premier avantage
indiscutable. Le deuxième c'est que la mesure protège
l'industrie locale. Il y a quelques jours Mahmood Cheeroo, secrétaire
général de la Chambre de Commerce, réclamait
une taxe de 10 à 15% pour protéger l'industrie locale.
Précisément, une dévaluation assure cette
fonction en rendant les marchandises à l'importation plus
chères. J'ajoute qu'on n'a pas besoin de mesures administratives
compliquées pour cela : il suffit d'une dévaluation
de 7%.
Pourquoi 7 plutôt que 5 ou 10% ?
Parce que les 7% amèneront dans les caisses dégarnies
des entreprises Rs 5 milliards et permettront de stimuler les
secteurs comme le textile, l'hôtellerie, etc. tournés
vers l'exportation.
Pourquoi le secteur textile n'a-t-il pas mené le combat
pour la dévaluation au lieu de se contenter de demander
au gouvernement une subvention de Rs 2,3 milliards pour faire
face à ses difficultés ?
Tout simplement parce que la dévaluation est un concept
économique très mal compris, associé à
quelque chose de très, très grave. Tout simplement
parce que la dévaluation génère l'inflation.
Les retombées des deux dévaluations de la roupie
au niveau de l'inflation ont été de l'ordre de 30%.
Mais avec une dévaluation de 7 à 8% l'impact sur
les prix sera négligeable et de toutes les manières
il faudra bien que quelqu'un, c'est-à-dire le contribuable,
paye les Rs 4 milliards du stimulus package. Alors, payer
pour payer, je préfère une dévaluation légère
au stimulus package.
Pourquoi êtes-vous le seul
économiste mauricien à mener le combat pour la dévaluation
?
Parce que c'est politiquement mal vu et qu'à ce niveau
surtout on a peur d'utiliser le mot. Pour moi, dans l'état
actuel des choses, la solution c'est la dévaluation. Si
j'étais ministre des Finances, j'aurais dévalué
la roupie au lieu du stimulus package.
Et si on va dans la voie du stimulus package plutôt
que dans celle d'une dévaluation saine et efficace, selon
vos arguments
À mon avis, si la situation se détériore
davantage, si on ne laisse pas la roupie flotter à la baisse,
nous serons obligés d'avoir recours à une dévaluation
qui nous sera imposée par la Banque mondiale et le Fonds
monétaire international.
Passons à un autre sujet d'actualité économique.
Quel est votre point de vue sur la compensation salariale 2009
?
Je crois que les syndicalistes, le gouvernement et les entreprises
faussent le débat sur la compensation salariale. Le véritable
enjeu de la crise n'est pas de savoir s'il faut donner 5 ou 10%
à un quart ou la totalité des employés, mais
de faire rentrer les devises étrangères. L'enjeu
est de faire augmenter nos recettes d'exportation et les devises
étrangères indispensables pour payer nos importations
de nourriture et de matières premières. Cette année,
nous allons connaître en gros une baisse de Rs 15 milliards
par rapport à 2008. Si la situation se détériore
au cours des prochains mois, toutes les augmentations seront résorbées
immédiatement par une détérioration du taux
de change de la roupie. Il faut protéger ce taux de change
de la roupie et la meilleure façon de le faire est de mobiliser
toutes les ressources pour produire des devises étrangères,
y compris une petite dévaluation.
Comment expliquez-vous que le Mauricien se préoccupe
plus de sa compensation salariale que des risques que la situation
économique se dégrade ?
À mon avis, ce faux feel good factor des Mauriciens
découle du paiement du rapport PRB de l'année dernière.
Cela donne un faux sentiment de bien-être économique,
mais le jour où les séquelles vont disparaître,
les Mauriciens se réveilleront et seront bien obligés
de regarder la réalité en face. Je crois que nous
sommes en retard sur le déclenchement de la sonnette d'alarme
alors que nous allons vers l'état d'urgence.
Vous avez dit au départ que vous n'êtes pas d'accord
sur l'autre grande tête de chapitre du budget : les grands
travaux d'infrastructure qui vont nécessiter des investissements
de Rs 23 milliards. Expliquez votre désaccord
Je ne crois pas que ce soit la mesure idéale. Ce ne sont
pas quelques routes autour de la montagne ou sur le port dont
Maurice a besoin. Ce dont nous avons besoin c'est la mise en place
d'un système de transport de masse, de type métro
léger, qui est un gros générateur d'emplois.
Il génère des emplois non seulement pendant l'exécution
du projet, en employant des milliers de personnes, mais encore
plus après. Un système de transport de masse encourage
l'installation de centres commerciaux autour des principaux arrêts.
Ce système est radicalement différent de la construction
de route dans la mesure où il diminue le nombre de voitures
sur nos routes déjà encombrées. Il transporte
des dizaines de milliers de personnes dans de bonnes conditions
et rapidement, règle les problèmes d'embouteillage
que nous subissons quotidiennement.
Pourquoi les techniciens qui ont conseillé le gouvernement
pour les ring roads et autre harbour bridge n'ont-ils pas
fait les mêmes analyses que vous ?
Je crois que le gouvernement est mal conseillé sur ce dossier.
Pour moi, on a dû étudier le projet de transport
de masse uniquement sous l'angle des pertes et profits alors qu'il
fallait voir beaucoup plus loin. J'ajoute qu'en sus des avantages
que j'ai déjà énumérés, le
projet de transport de masse peut également contribuer
à régler nos problèmes sociaux. Il va permettre
aux employés de gagner du temps pour eux-mêmes, pour
leurs familles, pour les entreprises qui les emploient et diminuer
ce stress que la majorité des Mauriciens subissent pour
aller sur leur lieu de travail et en revenir.
Mais, Georges Chung Tick Kan, il a été annoncé
dans le discours du budget que le gouvernement a choisi de faire
construire quelques routes et un pont surplombant le port
J'espère que l'on va enfin réfléchir de manière
très sérieuse sur la mise en place d'un système
de transport de masse. À mon avis on peut faire cohabiter
les ring roads et le projet dont je vous parle et qui est
aujourd'hui un impératif économique. Le bus lane
dont on parle dans le budget, et qui n'est encore qu'au stade
de projet, pourrait être avantageusement remplacé
par un système de transport de masse. Je crois qu'un tel
système peut transformer de manière radicale les
structures économiques et sociales de Maurice.
Revenons aux syndicats qui annoncent une journée villes
et villages morts pour protester contre le quantum de la compensation
salariale. Votre commentaire ?
Je vous le répète, les enjeux ne sont pas de savoir
si les syndicats vont mobiliser en protestant ou le contraire,
de savoir si les syndicats vont avoir satisfaction ou non. Le
problème est d'ordre économique : comment on va
faire pour trouver les Rs 15 milliards en devises étrangères
dont nous avons besoin au cours des prochains mois pour sauvegarder
l'emploi et assurer le développement économique
? Bien sûr, on peut faire des choses à côté,
mais le bottom line reste comment faire pour trouver ces
Rs 15 milliards en plus
Est-ce que vous voyez les mesures allant dans ce sens dans
le premier budget Sithanen de 2009 ?
C'est un budget de défense. Il essaye de contenir la crise
mais je crois qu'il faut aller beaucoup plus loin. Comment faire
pour restimuler les activités économiques à
Maurice ? La dévaluation est une mesure qui va avoir des
résultats immédiats, c'est une solution à
court terme. Mais les grands travaux, comme la mise en place d'un
système de transport de masse, est la solution à
moyen et long termes. Les deux sont complémentaires pour
l'avenir économique du pays.
L'année dernière, dans l'interview accordée
à Week-End, vous aviez mis l'accent sur le taux
d'endettement des Mauriciens. Quelle est la situation à
ce niveau en 2009 ?
Le taux d'endettement a augmenté. L'année dernière
les entreprises et les ménages devaient Rs 120 milliards,
aujourd'hui ils doivent Rs 180 milliards aux banques. Il faut
ajouter à cela ce que le gouvernement doit, au nom des
contribuables, ce qui dépasse largement 100% du produit
intérieur brut et c'est grave. Nous sommes surendettés
et un jour ça finira par éclater.
Nous avions parlé du projet Tian Li l'année dernière.
Plus d'un an après on ne voit toujours rien venir. Vous
avez une explication ?
Tian Li doit rester un point important dans la transformation
économique de l'île Maurice. Il y a quelque mois
il y a eu un changement assez important à la tête
de cette entreprise chinoise. Le projet sera financé d'une
manière différente de ce qui avait été
annoncé initialement, mais je crois que les travaux vont
bientôt démarrer.
Finalement, et malgré tout ce que vous avez dit, avez-vous
confiance dans l'avenir de Maurice ?
Je crois que par la force des choses, comme en 1981-82 avec plus
de 100 000 chômeurs, avec la crise un jour les gens en auront
marre et recommenceront à vraiment travailler.
Vous tablez sur la crise pour générer une prise
de conscience et un recommencement ?
C'est dans les habitudes de l'être humain. Le Mauricien
l'a déjà démontré en 1983.
Danny Dietmann :
"L'incinérateur de déchets n'est pas la
solution"
Enseignant à la retraite et maire de Manspach, en Alsace,
Danny Dietmann est impliqué depuis des années dans
les mouvements écologistes. Spécialiste du dossier
de la gestion des eaux et des déchets - il a écrit
plusieurs ouvrages sur ces questions -, Danny Dietmann a été
invité à faire un bref séjour à Maurice
par le collectif des opposants à la mise en place d'un
incinérateur des déchets à La Chaumière.
C'est mardi, à la fin d'une série de causeries,
et à quelques heures de son départ de Maurice, que
celui que ses admirateurs mauriciens n'hésitent pas à
qualifier de Al Gore français, a répondu à
nos questions.
Qui êtes-vous Danny Dietmann, le pourfendeur des incinérateurs
ou le nouveau prophète des écologistes ?
Rien de tout cela. Disons, tout d'abord que, au contraire de beaucoup
de gens, je ne me contente pas seulement d'avancer des théories,
mais je parle aussi de choses que j'ai vérifiées
dans la pratique. Je parle de choses que j'ai vécues. Je
sais ce que sont les incinérateurs. J'en ai vu d'énormes
en France et je sais comment ils fonctionnent. Cela veut dire
que, avec mon vécu et celui de mes collègues, l'on
peut difficilement venir me raconter des histoires sur ce sujet.
Votre spécialité de départ, c'est la gestion
de l'eau, comment êtes-vous arrivé à celle
des déchets ?
En tant qu'ancien professeur et microbiologiste, il était
normal que je m'intéresse à la question de l'eau.
On avait tellement de problèmes au niveau des pollutions
qu'en remontant la filière pour savoir d'où elles
venaient, je suis arrivé sur les déchets. Je suis
également élu de ma commune depuis 1977, ce qui
m'a permis d'inscrire mon action dans le temps, de communiquer
avec les gens sur le terrain et de faire une quantité de
choses dans la réalité, pas uniquement au niveau
des théories. Mais je ne me contente pas de faire les choses
en laissant les gens se contenter de me regarder : je les interpelle,
je discute avec eux avant de prendre une décision, d'entreprendre
une action pour faire avancer les choses. Je suis tellement satisfait
de cette manière de faire que je suis toujours resté
à ce niveau du terrain et n'ai pas voulu être parlementaire
comme on me l'a souvent proposé.
N'auriez-vous pas été plus efficace pour la cause
de l'écologie en tant que député, voire ministre
ou parlementaire en tout cas membre des structures où les
décisions sont prises ?
Je ne le crois pas. Cela m'aurait coupé des gens et de
leurs problèmes et surtout de la compréhension et
du fonctionnement des choses sur le terrain. Je n'aurais pas eu
le temps d'apprendre pour aller expliquer aux autres. Je siège
dans certains comités sur les questions des eaux, mais
je préfère être du côté de ceux
qui sont sur le terrain en prise sur la vraie vie et qui, avec
cette expérience, font avancer les dossiers là où
il le faut
une espèce d'empêcheur de tourner en rond
sur les questions écologiques ?
Je préfère dire un booster pour faire avancer les
choses plus loin et plus vite.
Et comment ce booster français se retrouve parmi les
adversaires du projet d'incinérateur à La Chaumière,
à l'île Maurice ?
A cause d'une Mauricienne établie en France qui a eu un
gros problème avec un incinérateur qu'on voulait
installer près de chez elle. A l'époque, elle cherchait
du monde pour lui donner un coup de main pour résister
et a fait appel à moi. J'y suis allé et avec d'autres
associations et après des discussions avec les élus
on a fait campagne, on a mobilisé les gens et l'incinérateur
n'a pas été installé. Puis, cette année,
cette Mauricienne est revenue vers moi pour m'expliquer que ce
qu'on avait réussi à éviter près de
chez elle allait se produire à l'île Maurice. Je
ne connaissais pas le dossier, mais elle m'a mis en contact avec
les associations mauriciennes qui m'ont donné les informations
nécessaires et puis elles m'ont invité et je suis
ici. Je ne suis pas venu pour combattre qui que ce soit, mais
pour expliquer ce que je sais.
Expliquons justement et essayons de voir plus clair dans ce
dossier. Est-ce qu'un incinérateur de déchets, qui
produirait par ailleurs de l'énergie, n'est pas indispensable
à un pays comme Maurice qui en est encore à la préhistoire
en ce qui concerne le traitement des ordures par l'enfouissement
?
L'enfouissement des ordures est une catastrophe, mais l'incinérateur
ne va pas mettre fin à cette pratique. Vous aurez d'une
part l'incinérateur et de l'autre une décharge pour
ses différents résidus, sans compter les reflux
d'incinération, donc les fumées répandues
sur l'environnement. C'est un ensemble de choses qui, sur un territoire
restreint, comme le vôtre, peut poser d'énormes problèmes.
Aujourd'hui, on est informé sur les problèmes environnementaux
de la planète - et les choses se passent relativement mal
- et il faut absolument qu'on cherche des solutions nouvelles.
Il ne faut pas mettre en place des technologies dont on connaît
les limites.
Résumons plus clairement le débat pour ceux -
la majorité des Mauriciens - qui le suivent de très
loin.
Pour Maurice, au niveau des déchets, on a déjà
60 à 70% de déchets verts qui sont très difficiles
à brûler. Par contre, c'est très facile à
méthaniser pour fabriquer de l'énergie en grande
quantité. Dans la ville de Lille, en France, tous les autobus
marchent avec des produits à base de méthane. Maurice
a une chance inouïe de pouvoir régler en partie son
problème énergétique en utilisant ses déchets
verts. De plus, le résidu de ces déchets verts a
une valeur agronomique absolument somptueuse qui permet aux sols,
fragilisés par l'agriculture industrielle, de prendre un
peu de respiration pour les années futures. Votre pays,
comme tous ceux de l'océan Indien et les îles en
général, fait partie des zones absolument privilégiées
par rapport à l'utilisation des déchets verts. Il
ne faut pas les brûler mais les réutiliser et comme
dit une parole connue : que la terre revienne à la terre.
Vous savez que le problème chez nous en France, c'est de
trouver des déchets verts pour les méthaniser et
fabriquer de l'énergie. On arrive difficilement à
faire 30% de déchets verts pour les méthaniseurs
alors qu'à Maurice le taux est de 70% et on ne les utilise
pas.
Donc, l'incinérateur n'est pas une solution, selon vous
?
Le problème de Maurice est de choisir entre la destruction
ou l'utilisation intelligente des ordures. L'incinérateur,
c'est la destruction. Et en plus, cela se passe dans une île
où l'espace est restreint. On a intérêt à
penser à cela, car il faut une solution pour nourrir la
population, pas pour le moment mais pour dans dix, vingt, cinquante
ans, pour l'avenir. La priorité absolue de Maurice est
d'avoir une terre d'excellente qualité capable de supporter
des activités agronomiques pertinentes pour nourrir sainement
la population de demain. Je pense que l'incinérateur ne
s'inscrit pas dans cette logique.
Question logique et directe après ce que vous venez
d'avancer : est-ce que l'incinérateur de déchets
est un danger pour Maurice ?
Par rapport à ce que je viens de vous dire, par rapport
à la préservation et à l'entretien du sol,
on passe à côté d'une chance de pouvoir garantir
aux terres mauriciennes une pérennité en termes
d'agronomie. La solution est la méthanisation, pas l'incinération
avec ses séquelles. Avec l'incinérateur, vous allez
vous retrouver avec une centaine de tonnes de matières
toxiques, résidus des 300 tonnes de déchets incinérés,
des cendres, qu'il va falloir disséminer dans l'environnement.
Je ne vous parle pas des émanations qui vont monter dans
l'atmosphère pour redescendre après sur terre. Je
ne rajoute rien, je ne fais que décrire le fonctionnement
d'un incinérateur.
Mais alors comment expliquer qu'on ait autorisé l'installation
de centaines d'incinérateurs à travers le monde
depuis des dizaines d'années, notamment en France comme
le soulignent les promoteurs mauriciens du projet de La Chaumière
?
Soyons clairs : l'incinérateur a été la solution
au problème des déchets au siècle dernier.
Siècle durant lequel on ne se posait pas de questions sur
la survie de la planète. Aujourd'hui, on a changé
de siècle et de paradigme et on sait que la priorité,
c'est la préservation de la planète, l'utilisation
de nouvelles formes d'énergie, la réutilisation
des produits pour préserver nos ressources. Et dans cet
objectif-là, l'incinérateur n'est pas pertinent.
C'est pour cette raison que l'Europe dit aujourd'hui, et on ne
l'entend pas dans le discours des promoteurs, quand vous avez
des déchets, la première chose est de les ré-utiliser,
ensuite de les recycler et si au bout du compte, il en reste encore,
là vous pouvez, éventuellement, envisager l'incinérateur.
En fin de parcours ?
Presque au bout parce qu'après l'incinérateur, qui
ne détruit pas tout, il reste la décharge. Je vous
rappelle une fois encore que l'incinérateur produit des
cendres qu'il faut bien mettre quelque part. Je vous rappelle
également qu'on sait aujourd'hui que pour un meilleur monde,
il faut réutiliser au maximum tout ce que nous produisons.
L'incinérateur ne le fait pas, il détruit.
Est-ce qu'il ne s'agit pas d'une réflexion européenne
pas très adaptée aux pays du sud, de ceux que l'on
appelait autrefois le tiers monde ?
Pas du tout. Le monde est aujourd'hui un village global où
l'information circule instantanément. Le devenir de la
planète ne dépend pas que d'une partie de ses pays.
Il faut utiliser les expériences faites ailleurs avant
de faire des choix. Il faut informer les citoyens sur les avantages
et les conséquences de chaque décision. Il faut
dire aux Mauriciens que si on choisit l'incinérateur, Maurice
est bloqué par son choix pour au moins une vingtaine d'années.
On est obligé de le payer, de l'utiliser et de le remplir
même si - et ça qui est grave - les réglementations
internationales évoluent. Maurice serait condamnée
à l'utiliser pour sa durée de vie. Maurice serait
donc mariée sans possibilité de divorcer.
C'est une bonne formule pour résumer la situation.
Mais les promoteurs de ce projet vont vous dire qu'avant d'investir
aussi lourdement, ils ont étudié le système
et le trouvent bon. Ils le disent d'ailleurs dans leurs communiqués.
Je vous répète que l'Europe dit aujourd'hui que
s'il faut utiliser un incinérateur, il vient en fin de
parcours après qu'on ait utilisé toutes les autres
méthodes disponibles. Je demande à Maurice de faire
tout ce qu'il faut faire avant d'avoir recours à l'incinérateur.
Si ceux qui prennent les décisions le font, ils sont carrément
en plein dans la réflexion européenne. Si les normes
sont appliquées, il aura tellement peu de déchets
au bout du parcours que l'incinérateur n'aura aucune raison
d'être installé à Maurice.
En fin de votre conférence publique mardi, vous avez
cité une liste effrayante de maladies pouvant découler
de l'utilisation d'un incinérateur. Est-ce que vous n'avez
pas un peu forcé la dose ?
Ce sont les données de l'INVS, un organisme spécialisé
dont les experts suivent la question. Il faut se rendre à
l'évidence que ce genre d'outil ne fonctionne déjà
pas très bien en dépit d'un protocole très
strict avec des règles extrêmement pointues et qu'il
faut faire très attention. Du coup, les gens se sont mobilisés
et en France on a coupé le lien entre l'incinérateur
et les organismes qui récoltent les déchets, ce
qui fait que certains incinérateurs ne tournent pas à
pleine capacité. Il faut aussi savoir que le tri des déchets
a également contribué à assainir, si l'on
peut dire, la situation. Avec toutes ces données, il n'y
a pas mal d'incinérateurs qui vont fermer en France. Je
ne suis pas venu effrayer les gens mais simplement témoigner
de mon expérience et dire que ça marche.
On vous avait pourtant présenté comme un ou carrément
le Al Gore français.
Je n'ai pas cette prétention. Je ne suis qu'un témoin
ou disons un lanceur ou un développeur d'idées.
Est-il facile de développer les idées touchant
à la protection de l'environnement en France ?
Au départ, j'ai eu beaucoup d'oppositions, j'ai dû
essuyer beaucoup de plâtres car ça ne marchait pas
comme on le voulait et on a parfois dû corriger en cours
de route. J'ai acquis une expérience dans ce domaine qui
me permet aujourd'hui, ainsi que mes camarades qui ont fait le
même parcours, de dire ce qu'il faut faire mais surtout
ce qu'il ne faut pas faire. Nous savons aujourd'hui, grâce
à l'expérience, ce qu'il faut faire pour aller directement
au but en évitant les obstacles et en sachant bien communiquer.
C'est ça qui a manqué dans ce cheminement : une
bonne communication au niveau des gens, des associations des écoles
pour conscientiser par contact direct. Je ne suis pas un donneur
de leçons, je suis quelqu'un qui explique les contraintes
et les expériences qui ont été réalisées
et chacun en prend, finalement, ce qu'il en veut.
Et à partir de cette expérience, vous dites que
l'incinérateur n'est pas la solution au problème
des déchets pour l'île Maurice ?
Je dis que l'on peut faire autrement. Au lieu de s'engager dans
un projet monolithique, comme celui qui est annoncé, essayez
d'en prévoir deux, ce qui permettrait si l'un ne marchait
pas de pouvoir se reporter sur l'autre. Ce qui m'embête,
c'est que sur un territoire aussi restreint en autorisant un incinérateur,
Maurice met tous ses ufs dans un seul panier. Je dis attention
: ne le faites pas. Car du côté de la méthanisation
et de la récupération de l'énergie des déchets
verts, je pense que Maurice a une sacrée percée
à faire, non seulement au point de vue énergétique
et dans le traitement des déchets mais également
au point de vue touristique. Car vous le savez mieux que moi,
les touristes sont de plus en plus attirés par les destinations
protégeant l'environnement et s'inscrivant de façon
concrète dans la politique de développement durable.
Je lisais ce matin dans un communiqué que le projet
d'incinérateur de La Chaumière s'inscrit dans le
cadre du protocole de Kyoto sur l'environnement.
Vous savez, on peut faire dire aux textes et aux protocoles beaucoup
de choses. Je ne veux pas polémiquer. Ce qui m'intéresse,
moi, c'est le développement durable qui repose sur trois
éléments : l'environnement, l'économie et
l'équité sociale. Ces trois éléments
doivent dessiner un triangle. Je suis de ceux qui pensent que
le projet d'incinérateur ne respecte pas les règles
de ce triangle.
Et si malgré vos mises en garde et les manifestations,
les autorités décident d'accorder l'autorisation
d'installer un incinérateur à La Chaumière
?
Les Mauriciens payeront le coût du projet, car ça
coûte cher un incinérateur. Nous, en France, on continue
à payer - et pas uniquement au niveau écologique
- le prix des incinérateurs installés et qui ont
déjà fermé. Je le redis : il ne faut pas
que Maurice fasse les erreurs déjà commises ailleurs
dans le passé. Je peux comprendre qu'on ait fait ces erreurs
au siècle dernier alors que le monde était en plein
boom, qu'on ne s'occupait pas de l'environnement et qu'on a inventé
des technologiques sans penser aux conséquences possibles.
Mais entre-temps l'intelligence humaine a évolué,
comme la technologie et les sciences et la perception complexe
de la vie et du monde. Et on voudrait rester dans le schéma
de ce qui se faisait il y a cinquante ans ? Je ne suis pas du
tout convaincu que c'est là que se trouve la réalité
du développement durable pour demain.
Au terme de votre court séjour à Maurice quel
est le message que vous souhaitez laisser ?
Qu'il ne faut pas trop se presser pour décider. Qu'il faut
s'asseoir autour d'une table et discuter sainement en évitant
de mettre la politique dans la discussion. L'objectif de cette
discussion est profonde, vitale pour la population et le pays.
Le message est de réfléchir avant d'agir, de mesurer
les conséquences afin d'éviter de refaire ce qui
a été déjà fait ailleurs avec des
conséquences qu'on n'a pas encore fini de payer.
Une question personnelle pour clore cette conversation : vous
n'avez pas parfois le sentiment de crier dans le désert
?
Des fois, c'est l'impression que j'ai en couchant et plusieurs
mois après il m'est arrivé d'avoir de jolies surprises.
En découvrant qu'une idée, lancée dans ce
qui semblait avoir été un rejet ou une totale indifférence,
avait été entendue, mise en pratique et donnait
des résultats. Je dis que le chemin n'est pas facile vers
le développement durable, qu'on a l'impression que l'argent
continue à régner, mais il ne faut pas pour autant
baisser les bras et cesser le combat. Je crois que tous les décideurs
conscients savent aujourd'hui que les recettes du passé
ne peuvent pas s'appliquer dans l'avenir, qu'il ne faut plus regarder
ce qui s'est passé derrière, mais droit devant,
résolument vers l'avenir vers le monde durable que nous
devons tous construire.
Pratima Venkataswami, célibataire sans enfants
Devenir maman par l'adoption: "On ne comble pas le vide
qu'impose le célibat par un enfant!"
A 43 ans, Pratima Venkataswami est une femme qui savoure la vie
à chaque seconde. Enseignante dans une école privée
du Nord, elle fait un métier qui la passionne puisqu'elle
est entourée d'enfants. C'est dans sa jolie résidence,
dominant un superbe jardin dans un quartier chic, que cette jeune
femme dynamique voudrait entendre des rires d'enfants, les siens.
Pratima Venkataswami, n'en a pas. Depuis janvier dernier, elle
multiplie des démarches pour devenir mère adoptive.
Son célibat, affirme-t-elle, ne se posera pas en obstacle.
Pourquoi souhaitez-vous avoir recours à l'adoption?
Quand j'étais petite fille, j'avais un désir, celui
d'avoir dans l'ordre, une maison, un mari et des enfants. Alors
que beaucoup de femmes de mon entourage ont misé sur leur
carrière, moi j'ai toujours ce désir de petite fille.
Je me suis mariée. Mais je n'ai pas eu d'enfant. Lorsque
j'ai compris que le désir d'un enfant, dans mon couple,
ne sera pas accompli, j'ai sérieusement commencé
à songer à l'adoption. Cependant, je ne parlais
de ce désir à personne. Depuis, j'ai divorcé
et j'avoue que je me suis épanouie. J'ai plus que jamais
envie de donner de l'amour à un enfant. Aussi, j'ai les
moyens d'élever un, voire deux enfants. Par ailleurs, je
fais un métier où je suis entourée d'enfants.
Ceci n'est pas un hasard, c'est un choix calculé. Car a
priori je suis ingénieure en informatique et j'ai auparavant
exercé dans ce secteur.
Peut-on dire, en d'autres mots, que vous ne vous sentez pas
complète et que vous souhaiteriez combler le vide que vous
impose le célibat?
Ah non! On ne comble pas le vide par un enfant! Aujourd'hui, je
me sens bien dans ma peau et il n'y a aucun vide à combler.
J'accepte ma situation et je la vis très bien. C'est dur
de ne pas pouvoir être maman
(les larmes lui montent
aux yeux). Quelque part, je me sens frustrée, pendant
une période de ma vie quelqu'un a décidé
à ma place que je ne serais pas maman alors que j'aurais
pu l'être durant les plus beaux jours de ma vie. Ces années-là,
je les ai perdues. Puis-je envisager d'être mère
biologique à 43 ans? Je ne sais pas. C'est vrai, qu'à
part l'adoption, j'aurais pu penser à d'autres possibilités,
notamment l'insémination artificielle. Ce processus est
long et je ne peux me le permettre, notamment pour des risques
que cela comporte.
Être mère adoptive et célibataire de surcroît,
ne semble pas évident à concilier. Vous y arriverez?
Je pense que j'y arriverais. Je m'occupe très bien de mes
neveux. Je sais que l'écart entre la tâche qui m'attend
et le temps d'une surveillance est grand. Mais j'ai suffisamment
d'amour pour deux à donner à un enfant. Je serais
mère et père à la fois (rires). Sérieusement,
j'ai aussi envie de dire we'll cross the bridge when we'll
come to it. D'autre part, entre le placement d'un enfant-
qui n'est qu'un parmi une quarantaine- dans un abri et l'adoption
par une mère célibataire, prête à lui
donner de l'amour et à l'élever, le choix n'est
pas difficile. Aussi, au fond de moi, je sais que dans la maison
de mes rêves, il n'y a pas que mon enfant et moi, mais aussi
un papa
Et vos proches, comment réagissent-ils par rapport à
votre désir d'adoption?
Ma mère et ma soeur n'y voient pas d'inconvénient.
Les autres membres de ma famille restent quand même inquiets
pour moi. Cela traduit leur envie de me protéger d'éventuelles
épreuves. Ils savent que je suis une femme autonome, qui
assume pleinement son statut de célibataire, qui voyage
quand elle veut
Ils ont peur qu'un enfant bouscule mon mode
de vie.
Avez-vous déjà établi des critères
qui détermineront votre choix au moment de l'adoption?
Il y a quelques années, je me disais que j'aimerais donner
naissance d'abord à un garçon, puis une fille. Depuis,
les données ont changé, garçon ou fille,
peu importe et si je peux adopter les deux, pourquoi pas? Ce qui
est certain, c'est que je souhaite adopter un nourrisson pour
le voir grandir. J'ai un ami qui a adopté une petite indienne
ayant un handicap. Je dois dire que j'admire cet homme et sa femme
qui ont fait fi du handicap de cette enfant pour lui donner tout
leur amour. Là, je dois admettre que je ne pourrais en
faire autant.
Quand est-t-il de la communauté de votre prochain enfant?
Je suis prête à partir en Afrique pour adopter. Toutefois,
pour le bien-être de l'enfant, je pense qu'il serait mieux
que la différence culturelle ne doit pas une source d'ennuis
pour lui, qu'il n'ait pas à subir les attaques, autres
moqueries et questions d'esprits étroits. D'ailleurs, lorsque
l'enfant que j'adopterai grandira et sera en âge de comprendre,
je lui raconterai son histoire. Quoi qu'il en soit, sa mère
sera moi!
Jusqu'ici quelles sont les démarches que vous avez entamées
pour concrétiser l'adoption d'un enfant?
J'ai intensifié mes recherches en début d'année.
J'ai frappé à toutes les portes possibles. Je n'ai
pas eu de réponses, ou plutôt, je me suis sentie
désorientée parce que je n'ai pas été
suffisamment guidée. Par cette expérience, j'ai
compris que ceux qui veulent adopter un enfant font face à
une absence d'information à ce niveau. Et qu'adopter un
enfant mauricien est un véritable parcours du combattant.
D'abord, il faut trouver cet enfant. Pour ce qui est des enfants
placés en structure, il faut simplement les oublier. Ils
ne sont pas adoptables. Pourtant, ils seraient mieux au sein d'une
famille. J'ai eu l'occasion de rencontrer des parents qui, eux,
ont préféré adopté des enfants étrangers.
Des amis me tiennent informée des naissances qui seraient
susceptibles de faire l'objet d'adoption. C'est ainsi qu'il m'est
arrivé de rater deux opportunités. Le premier bébé
avait déjà trouvé une famille quand j'ai
signifié mon intention de l'adopter et le deuxième
est décédé deux semaines après sa
naissance.
Adoption: Une meilleure structuration, impérative!