L'affaire est des plus graves et mérite qu'on s'y attarde.
Clément Abdullah, 54 ans, de Pailles, qui souffre de la
maladie d'Alzheimer, a disparu de l'hôpital Dr Jeetoo, Port-Louis,
dimanche, alors qu'il y avait été admis depuis le
vendredi 22 mai. C'est en se rendant à l'hôpital,
aux heures de visite, dimanche dernier (24 mai) que sa mère,
Edmée Abdullah, 80 ans, ainsi que l'épouse et les
enfants du disparu ont fait ce constat effarant. Sur le moment,
raconte Edmée Abdallah à Week-End, les infirmiers
de la salle B7 dans laquelle se trouvaient le patient, leur ont
fait ressortir que "person napa finn trouv li sorti".
En dépit de l'insistance de la famille Abdallah, ce
n'est que deux jours après sa disparition (le mardi 26
mai) qu'un infirmier de ladite salle a officiellement consigné
une déposition en ce sens au Police Post de l'hôpital.
Vendredi, Week-End a longuement interrogé Edmée
Abdullah, qui était venue se plaindre aux Casernes centrales
de ce "je-m'en-foutisme" de l'hôpital concernant
cette disparition choquante mais aussi pour y chercher de l'aide.
Lorsque Week-End a rencontré Mme Abdullah,
cette dernière, écrasée par le poids de ses
80 ans, disait qu'elle ne savait plus à quel saint se vouer.
Cela faisait pratiquement six jours depuis que son fils avait
disparu de l'hôpital et elle ne savait plus quoi faire pour
que les autorités, à savoir la police et l'hôpital,
réagisse. "Mo garson ine disparet depi tou sa zour
la. Oken recherche napa pe fer. Mo finn vinn dan Caserne zordi
pu seye gueter si napa kapav koz sa zafer-là dan lagazet
ek dan television", nous a-t-elle déclaré
d'emblée, une voix essouflée. En dépit de
son âge avancé, Mme Abdullah est déterminée.
"Si personne napa pu fer narien, mo pu continier fer tou
demars ki bizin fer, alle tous stations lapolis ki dan rezion
Port-Louis pu koz sa zafer-là. Au moins enn dimunn ava
bizin ekout mwa", ajoute-t-elle. Depuis la disparition
de son Clément, elle nous affirme avoir passé en
revue les gares routières de la capitale et tous les arrêts
d'autobus se trouvant entre Port-Louis et Pailles, dans l'espoir
que son fils a pu avoir la lucidité de retrouver le chemin
de la maison. Mais elle n'y croit guère, dans la mesure
où Clément souffre de la maladie d'Alzheimer depuis
quatre ans, après avoir effectué une grave chute
qui l'a blessé à la tête.
Clément Abdullah ne travaille plus depuis cette horrible
chute. Ses facultés mentales et physiques s'en sont ressenties
depuis. Et la semaine dernière, plus précisément
le vendredi 22 mai, alors qu'il était en proie à
une de ses crises qu'il a fréquemment en ce moment-ci,
il s'est ouvert le bras des suites d'une chute d'une certaine
hauteur. Mandé sur les lieux, le Service d'Aide Médical
d'Urgence (SAMU) a transporté Clément Abdullah à
l'hôpital Dr Jeetoo, où il devait être admis.
Jusque-là, tout va bien. Mais deux jours après son
admission, tout tourne au cauchemar. La famille Abdullah constate
la disparition de Clément le dimanche 24 et notifie le
Police Post de cette disparition. Ils ne croient pas leurs
oreilles lorsque le policier qui s'y trouvait alors leur aurait
sorti: "Ena dimunn aler vini tou le zour ici. Li pu retourner".
Voyant, de son côté, que l'hôpital ne comptait
pas faire grand cas de cette affaire, la famille Abdullah ne s'épargne,
elle, aucun effort. Ils décident de se rendre au poste
de police de Pailles, près de leur domicile, pour rapporter
le cas. Sur place cette fois, on leur aurait dit en ces termes:
"Dir dan ou lenket ki line perdi dan lakaz mem. Pa bizin
met lopital ladan". Edmée Abdullah est outrée
: "Je suis une garde-malade de profession. Je n'ai jamais
vu autant de manque de sérieux et de professionalisme,
que ce soit à l'hôpital, au Police Post de l'hôpital,
ou au poste de police de Pailles ce jour-là. C'est choquant
qu'on fasse autant peu cas de gens qui souffrent. Je n'ai jamais
vu autant de manque d'humanité de ma vie", fait-elle
ressortir, les larmes aux yeux.
Unsound mind
Ce n'est que le mardi 26 que le Nursing Officer Buskatowa,
27 ans, consigne une déposition au Police Post de
l'hôpital, à 16h35 précises, faisant état
de cette mystérieuse disparition. Selon cette déposition,
Clément Abdullah, qui mesure 1,70 m portait, au moment
de sa disparition, un pantalon blanc pour tout vêtement
et qu'il était "of unsound mind". Les
recherches menées par la famille Abdullah ne donnent rien.
La police, elle, met sa machinerie en branle après avoir
reçu la déposition du Nursing Attendant. Or,
deux jours se sont écoulés entre le constat de la
disparition, et le reporting of the case to the police
par les autorités de l'hôpital. En quarante-huit
heures, dieu seul sait ce qu'il a pu advenir de Clément
Abdullah.
Edmée Abdullah, elle, éprouve les pires appréhensions
concernant son fils. "Il est malade, a un estomac fragile
et a besoin de s'alimenter convenablement. Je souhaite de tout
coeur qu'il ne lui est rien arrivé de mauvais", dit-elle.
Elle estime que l'hôpital Jeetoo devrait être poursuivie
pour son "incompétence", qu'elle qualifie
de "choquante". "Malade perdi dan lopital. Zot
napa pran kont. Humain inn vinn kuma dir zanimo pu zot. Eski zot
realiser ki zot payer par l'état?", clame-t-elle.
Après son passage aux Casernes centrales vendredi, Edmée
Abdullah est repartie avec le coeur un peu plus léger,
dans la mesure où elle devait recevoir la garantie du sergent
Lindsay Mirthil que cette affaire sera traitée avec tout
le sérieux voulu que la police ne s'épargnera aucun
effort en ce qu'il s'agit des recherches. Ce dernier a, du reste,
été consterné par le fait qu'une femme de
cet âge se soit dérangé aux Casernes centrales:
"C'est une histoire choquante", a-t-il dit.
Il était impossble, à hier, d'avoir une version
des faits du ministère de la Santé concernant cette
troublante disparition.
Crimes sanglants
Sunil Nosib/Gérald Auguste : Etranges similitudes!
La disparition de Sunil Nosib, que Week-End évoquait
dans sa livraison de dimanche dernier, s'est avérée
être un crime des plus odieux qui soit. A l'heure où
ses parents consignaient, samedi matin, une déposition
pour Missing Person au poste de Police de Sodnac, il était
déjà mort, après avoir été
torturé pour qu'il remette à ses agresseurs ses
cartes bancaires et ses Personal Identification Number (PIN)
Code. Les circonstances entourant le crime crapuleux de Sunil
Nosib rappelle étrangement celui de Gérald Auguste,
un employé de la Mauritius Commercial Bank (MCB),
qui avait été sauvagement tué dans les mêmes
circonstances et pour les mêmes raisons en octobre 2004.
Les enquêteurs, qui, du reste, ont eux-mêmes retracé
ces similarités, pourraient interroger l'un des suspects
arrêtés dans l'affaire Nosib, en marge de ce crime
de 2004, qui avait également choqué le pays tout
entier. Le Modus Operandi des criminels, dans les deux
cas, sont pratiquement les mêmes, à savoir faire
partie du cercle intime de la victime, puis s'arranger à
les torturer pour leur faire dire leur code PIN. C'est du reste,
grâce aux caméras de surveillance des ATM que les
suspects dans l'affaire Nosib ont pu être coffrés.
Des retraits bancaires de Rs 15 000 ponctionnés du compte
en banque de Sunil Nosib, Rs 18 000 retirés de celui de
Gérald Auguste en 2004. Tel est le premier point commun
entre les deux affaires. Autre point commun entre les deux cas:
les suspects avaient gagné la confiance de leurs victimes
et/ou faisaient partie de leur cercle intime. Les deux hommes
ont perdu leur vie à cause de l'argent, ou plutôt
de l'appât du gain de leurs meurtriers. Ces derniers n'ont
pas hésité une seule seconde à ôter
des vies humaines pour assouvir leur soif de l'argent. C'est
ce retrait effectué d'une succursale de la Mauritius
Post and Cooperative Bank (MPCB) dans la soirée du
vendredi 22 mai dernier, et une tentative infructueuse d'en faire
de même à un ATM de Bank One qui ont permis aux enquêteurs
de la Central CID et de la Major Crime Investigation Team
(MCIT) de Curepipe de tirer la disparition de Sunil Nosib au clair,
et d'arriver à la conclusion macabre de cette affaire.
C'est à partir des enregistrements des caméras de
surveillance de ces ATM que des éléments de la MCIT
de Curepipe et de la CID de Quatre-Bornes, menés par l'inspecteur
Munowa et le sergent Bhurosah, ont ainsi procédé
à l'arrestation d'un premier suspect, Kumar Gowrydoss,
33 ans, électricien habitant la route Vingta N°1,
Solférino. Ce dernier devait alors balancer à la
police le nom de son complice, Murugan Goindanappa, 30 ans, de
Hollyrood N° 1, Vacoas.
C'est Gowrydoss qui devait conduire les enquêteurs sur les
lieux du crime à La Brasserie. Il devait indiquer qu'ils
avaient agressé mortellement le directeur du Musée
de Mahébourg dans une serre d'anthuriums hors d'usage avant
d'abandonner la victime dans une chambre à l'étage
d'un chalet désaffecté sis à la route Royale
à La Brasserie. Cet endroit, isolé à souhait,
était idéal pour les meurtriers, dans la mesure
qu'il aurait été difficile pour le directeur du
Musée de se faire entendre. Sunil Nosib fut découvert
gisant dans une mare de sang et était en partie dépouillé
de ses vêtements. L'autopsie effectuée par le Dr
Satish Boolell, Chief Police Medical Officer (CPMO) devait
établir que l'ancien directeur du Musée avait été
tué d'un coup de poignard au cur dans cette même
soirée du vendredi 22 mai, après avoir été
torturé. Selon les indices décelés par le
Dr Boolell lors de l'examen post mortem, Sunil Nosib avait
été ligoté et roué de coups pendant
un moment avant d'être libéré. Puis après
avoir remis à ses agresseurs ses PIN Codes, il a
été lardé de coups de poignard, avant d'en
recevoir un, fatal celui-là, au coeur. Ceci afin qu'il
ne dénonce pas ses agresseurs. Une coupure à la
main, ainsi que d'autres blessures montrent que Sunil Nosib a
essayé de se défendre, mais en vain.
Par autobus
Lors de la première phase de l'interrogatoire des deux
suspects, sous la supervision du n° 1 de la MCIT, Yusuf Soopun,
Kumar Gowrydoss a confirmé que dès la sortie du
travail du directeur du Musée de Mahébourg vendredi,
il s'était retrouvé en compagnie des deux suspects,
qui étaient venus, par autobus, l'attendre à la
sortie du musée. Les trois hommes auraient fait le trajet
Mahébourg/La Brasserie à bord de la voiture à
bord de la voiture de Sunil Nosib, immatriculée 3219. Et
de là les suspects ont mis le cap sur La Brasserie, pour
ce que Sunil Nosib pensait être une soirée tranquille
entre amis. Mais il n'avait à aucun moment réalisé
que ce traquenard avait été fomenté pour
le dépouiller et le tuer. Après le meurtre, les
suspects ont circulé dans sa voiture avant de l'abandonner
à Solférino dimanche.
Les enquêteurs de la CID de Quatre-Bornes, dont faisait
partie le surintendant Yousouf Soopun en 2004 et ceux de la MCIT,
avaient travaillent d'arrache-pied, à partir du lundi 18
octobre 2004 sur le meurtre crapuleux de Gérald Auguste,
33 ans. Celui-ci avait été retrouvé mort,
ligoté et baillonné, en son domicile de Quatre-Bornes.
Un retrait de Rs 18 000 avait été effectué
de son compte bancaire de la victime à 18h06, soit environ
une heure avant sa mort. Gérald Auguste, pieux et serviable,
a ensuite été tué, lui-aussi, pour qu'il
ne puisse pas dénoncer ses voleurs. Les enquêteurs
avaient eu rapidement la certitude que ce n'est pas Gérald
Auguste qui avait effectué ce retrait puisque la fameuse
carte, de même que l'argent s'étaient ensuite volatilisés,
tout comme son téléphone cellulaire. En fonction
du Time Line établi par les enquêteurs concernant
la journée du 17 octobre 2004 de Gérald Auguste
les dernières heures de sa mort, ce dernier serait rentré
chez lui à pied, vers 16h après avoir lavé
sa voiture, qui se trouvait garée à l'avenue Giraud,
chez sa mère. C'est au moment de rentrer chez lui qu'il
aurait constaté que des tierces personnes s'étaient
introduites dans sa maison. Le même jour, aux alentours
de 11h45, Gérald Auguste s'était rendu chez Mme
Carmen Baya, une sexagénaire, enseignante à la retraite,
avec qui, il s'était lié d'amitié depuis
belle lurette. Après avoir pris congé de Mme Baya,
Gérald Auguste a été déjeuné
chez sa mère, comme c'était le cas tous les dimanches.
C'est en ne le voyant pas arriver pour le dîner que les
proches ont commencé à s'inquiéter. Ses proches
se sont rendus à son domicile aux alentours de 19h pour
voir de quoi il en retournait.
La radio jouait fort et les lumières de la maison étaient
allumées. Mais puisqu'il semblait être là,
ses proches ne se sont pas faits plus de soucis. Pour les enquêteurs,
ce sont les meurtriers de Gérald Auguste qui ont fait en
sorte que les décibels de la radio soient suffisamment
forts afin de masquer les cris de leur victime alors qu'ils le
torturaient. Les proches du défunt, qui s'étaient
rendus sur place vers 19h, étaient loin de se douter qu'un
drame se jouait au même moment dans ladite maison. Lorsque
les proches reviennent, vers 20h, la maison est toujours allumée.
Une musique en émane: elle est moins forte qu'à
19h. Ces proches se disent alors qu'il a dû sortir, puisque
personne ne leur répond quand ils frappent à la
porte. Autre élément non-négligeable de l'enquête
policière: à 5h30 du matin, lundi, une sonnerie
de téléphone retentit chez la mère de Gérald
Auguste. Le numéro de portable de Gérald s'affiche
sur l'écran Indis.
Au bout du fil, une voix masculine, prétendant être
un ami de Gérald, demande à la mère de ce
dernier de ne pas s'inquiéter. Il est avec des amis à
Flic-en-Flac. Cet appel des plus intrigants ne fait qu'accentuer
les craintes des proches de Gérald Auguste. C'est dans
la mâtinée du lundi 18 que ses proches décident
de faire appel à la police puisqu'en dépit de leurs
multiples tentatives, ils n'arrivent pas à parler à
Gérald. En présence des proches de la victime, la
porte de la maison du caissier de banque est enfoncée.
C'est là qu'ils découvrent l'horreur dans la salle
de bains. Il avait les mains attachées derrière
le dos, de même que ses pieds, tandis que son cou était
relié à ses pieds par une autre corde. Dans le but
de ligoter solidement la victime, les assassins n'ont pas fait
dans la dentelle. Cordes, câble électrique, fil de
téléphone, câble d'antenne de télévision
ont été utilisées, afin de s'assurer que
leur victime ne peut pas s'échapper.
Asphyxie par strangulation
Cet assemblage hétéroclite avait été
soigneusement noué autour du vase des W.C. Autre précaution
prise par les meurtriers pour que la victime ne puisse, à
aucun moment, crier pour ameuter le voisinage. Une petite serviette
avait été placée dans sa bouche, qui devait
ensuite être recouverte de straps, de sparadrap et de bande
adhésive. Sans oublier la radio qui jouait à pleins
décibels. Lorsque la victime a été découverte,
elle était ensevelie sous des vêtements lui appartenant.
Il avait été aspergé d'une mixture d'essence,
de pétrole et de mazout. L'autopsie effectuée par
le Dr Satish Boolell, alors Senior Police Medical Officer (SPMO),
avait attribué le décès de Gérald
Auguste à l'asphyxie par strangulation. La mort de Gérald
Auguste se situerait entre 19h et 20h dimanche soir. Si aucune
trace de blessure majeure n'avait été décelée
sur le corps de la victime, par contre, Gérald Auguste
avait reçu plusieurs coups violents à la tête.
Tout comme Sunil Nosib, le cercle d'amis de Gérald Auguste,
était composé d'un certain nombre de homosexuels.
Et c'est justement en cherchant dans le cercle d'amis de Gérald
Auguste, ainsi qu'en essayant de retracer son portable que deux
suspects, à savoir Manoj Boodhoo et Subiraj Conhye avaient
été arrêtés. Des tests ADN avaient
été effectués afin d'essayer d'obtenir des
preuves concrètes contre eux. Voilà que cinq ans
après, le dossier Gérald Auguste se pourrait être
relancé. La police appréhende également
que certains criminels ne tentent d'infiltrer certains groupes
précis, sachant que ces personnes ont de l'argent.
Il est également à noter que le meurtre du Dr Yousouf
Bahemia, commis dans son bureau à Rose-Hill l'année
dernière, a, comme ces deux cas précis, la particularité
d'être un "ATM Murder case".
En cour intermédiaire
Acquittement des quatre officiers poursuivis dans l'affaire
Ramlugon
La force policière, dont l'image ne cessait ces dernières
années d'être sérieusement dégradée
par des faits avérés de brutalités policières
- comme le confirmaient d'ailleurs les rapports annuels successifs
de la Commission nationale des Droits de l'Homme - peut pousser
cette fois un ouf de soulagement. Selon le verdict prononcé
par la cour intermédiaire vendredi après-midi, les
quatre officiers de la Major Crime Investigation Team (MCIT),
en l'occurrence le sergent Vissiraj Jugdawoo, le caporal Rashid
Madardux et les constables Kinsley Potié et Evans Levasseur
n'ont été pour rien dans la mort de Rajesh Ramgulon,
le suspect qui était sous leur responsabilité dans
le cadre de l'enquête relative au double meurtre d'Indira
et Geeta Jhurry commis à Lallmatie, le 5 janvier 2006.
Shameen Hamuth-Laulloo et Jane Lau Yuk Poon, les deux magistrates
qui ont entendu le procès intenté à ces quatre
officiers par le ministère public sous des charges "d'abus
d'autorité" et de "complot", ont soumis
un jugement comprenant deux dizaines de pages. Mais, selon elles,
l'élément déterminant qui disculpe complètement
les accusés demeure qu'à aucun moment le détenu
Rajesh Ramlugon "n'a fait aucune plainte relative à
un quelconque acte de brutalité sur sa personne durant
sa détention". Qui plus est, toujours selon les
deux magistrates, "les accusés ne pouvaient faire
abus d'une autorité dont ils ne disposaient pas".
Mais, malgré ce jugement favorable aux quatre officiers
de police, des questions restent posées
La mort de
Rajesh Ramlogun avait, rappelons-le, fait grand bruit dès
les premiers jours de l'année 2006. Et pour cause, déjà
lourdement suspectée de recourir à la torture de
détenus pour atteindre des résultats, les limiers
de la MCIT, alors sous la férule l'atypique surintendant
Prem Raddhoa, furent très vite montrés du doigt.
D'autant plus que le détenu Ramlugon avait été
arrêté en bonne santé chez lui, à Lallmatie,
deux jours avant, à la suite d'un double crime crapuleux
dont les deux victimes étaient ses proches.
Dans le cadre de ce crime, c'est Avinash Ramgutee, un étudiant
de l'université de Maurice et neveu des deux victimes,
que la police considère encore déjà comme
le principal suspect. Rajesh Ramlugon n'était lui considéré
que comme une personne susceptible d'aider à faire avancer
l'enquête parce que les limiers avaient jugé contradictoires
des versions qu'il avait données au sujet de ce crime.
Avinash Ramgutee répond depuis le 9 décembre dernier
d'une accusation de double meurtre et plaide non-coupable. En
attendant, la justice a eu à tirer au clair le rôle
qu'avaient joué les quatre officiers précités
de la MCIT dans la mort de Rajesh Ramlugon alors que ce dernier
était entre leurs mains juste avant d'être admis
à l'hôpital Jeetoo. Ce détenu avait été
arrêté le jeudi 12 janvier, gardé en détention,
interrogé dans l'après-midi du vendredi 13, transféré
durant la nuit au centre de détention d'Alcatraz, situé
dans l'enceinte des Casernes Centrales, admis ensuite à
l'hôpital le lendemain, le samedi 14, et est décédé
durant la journée après avoir effectué un
scan. Selon ses médecins soignants, son visage était
bouffi. C'était parce qu'il buvait trop avaient répliqué
les enquêteurs de la police après une incursion dans
son passé.
Au début de cette affaire de mort en détention,
le directeur des poursuites publiques d'alors, Abdurrafeek Hamuth
adopta la ligne dure, rejeta les explications données par
les responsables de la MCIT et repoussa même des recommandations
du Central CID qui prônaient, à ce moment-là,
des charges réduites de meurtre à l'encontre des
officiers de la MCIT incriminés. C'est ainsi que ce fut
non-pas quatre officiers de la MCIT mais bien sept qui furent
initialement poursuivis lors de l'enquête judiciaire préliminaire.
Les trois autres accusés furent les constables Homadeven
Manaroo - contre lequel une plus lourde accusation d'assassinat
(murder) fut initialement envisagée -, Lutchmun et Arnasala.
Le DPP changea la nature des charges à plusieurs reprises
: d'abord assassinat, ensuite meurtre, ensuite coups et blessures
et opta finalement pour celle de "abus d'autorité"
et "complot". À un moment donné,
le cas du constable Manaroo fut jugé des plus délicats
parce que ses explications n'arrivaient pas à convaincre.
Le constable Manaroo avait été responsable de l'équipe
qui avait escorté le détenu Rajesh Ramlugon à
l'intérieur des Casernes Centrales, soit des bureaux de
la MCIT jusqu'au centre de détention d'Alcatraz.
L'officier de service au Centre d'Alcatraz avait consigné
dans son Dairy Book à 22h58, le vendredi 13 janvier,
que Rajesh Ramlugon "portait des traces de blessures au
visage". Dans son rapport, la Commission nationale des
Droits de l'Homme - instance qui fut saisie par l'épouse
de Ramlugon - souligna que le constable Manaroo "made
an entry in the MCIT Dairy Book that Ramlogun bore no visible
mark of violence." "At the Line Barracks Detention
Centre (LBDC), PC Manaroo countersigned the entry made by the
LBDC to the effect that Ramlugon bore red marks an a scratch at
his left cheek. Did Ramlugon sustain injuries between 22.15 and
22.58 hours on Thursday 12 Junuary 2006 ? PC Manaroo's explanations
about the entries he made at the MCIT and signed at Line Barracks
Detention Centre are far from satisfactory".
Toujours est-t-il que, par la suite, le bureau du DPP abandonna
toute accusation contre les constables Manaroo, Lutchmun et Arnasala.
Ces derniers ne seront pas non plus inclus dans la liste des témoins
devant êtres auditionnés durant le procès.
Une démarche de dernière heure de la part de l'avocat
de la poursuite, Me. Rashid Ahmine, visant à convoquer
Manaroo comme témoin a été farouchement combattue
par les avocats des officiers Jugdawoo et autres et ces derniers
ont obtenu gain de cause. La cour a effectivement tranché
que l'inclusion du constable Manaroo comme témoin "à
ce stade du procès serait préjudiciable aux accusés".
Quelques questions d'un citoyen ordinaire