é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 31 mai 2009

L'AFRIQUE ET NOUS !
Gérard Cateaux


La semaine dernière, la République de Maurice a célébré (?) la Journée de l'Afrique avec ses danses inesthétiques et son exposition de masques. Une Journée dépourvue d'actions, qui auraient dû témoigner des richesses culturelles et historiques, quand on n'évoque pas ce pan essentiel qui nous entraîne inexorablement à travers l'ethnophilosophie africaine et son Histoire universelle.Pour nos décideurs culturels, l'Afrique est le produit du statu quo frontalier hérité de la Conférence de Berlin qui, en 1885, esquissa le tracé des frontières coloniales. Ce faisant, les puissances coloniales, à savoir la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, l'Espagne et le Portugal, décidèrent de se "partager" le continent noir. Du jour au lendemain de cette date, des villes et des villages étaient morcelés. Des gens d'un même village se retrouvaient dans des pays différents. Plus tard, l'Allemagne de l'Est, avec la création du Mur de Berlin, reprendra le même exercice : le Mur traversera des cours et des maisons. Ainsi, des membres d'une même famille se retrouveront, qui à l'Est, qui à l'Ouest. L'absurde aura gagné, comme une revanche sur l'Histoire, le cœur même où le morcellement de l'Afrique s'était opéré...

Est-ce que les maux qui ont frappé le continent africain, pourrait-on dire, ont-ils trouvé leur origine dans cette caricature néo-coloniale ? En portant notre réflexion sur la période post-coloniale, force est de constater qu'avec la chute du Mur de Berlin, et avec la naissance d'un nouvel ordre mondial, une nouvelle lecture de l'Afrique s'était imposée au monde. Mais, très vite, l'afro-pessimisme devait avoir pignon sur rue dans des conflits qui remontent à la nuit des temps : les conflits tribaux voire ethniques se déclenchaient à la faveur des seigneurs de la guerre (ces fameux war-lords) qui écument des pans entiers du territoire africain, immensément riche de son sous-sol. Ses terres sont la convoitise de la Chine qui achète à tour de bras, en retour, l'Empire du Milieu fait construire des stades et des buildings pour abriter des... Assemblées nationales locales !Si seulement nos décideurs politiques avaient une infime notion des décisions prises lors des Assises de l'Afrique, organisées au siège de l'UNESCO, en présence de Solé Wolynka et de Graça Machel, entre autres, ils auraient compris que la marche en avant de l'humanité en Afrique est déjà programmée par une nouvelle génération d'africanistes, qui ont pris Gorgias à témoin, selon lequel la philosophie est le lieu, non de la vérité mais de la vraisemblance…Nous avons connu, parmi nos politiques, des femmes et des hommes imprégnés de culture africaine. On ne le dira jamais assez que le plus grand d'entre eux fut sir Seewoosagur Ramgoolam. Seewoosagur ne fut pas un africaniste par hasard : il jeta de tout son poids pour que Maurice accueille les sommets de l'OCAMM (l'Organisation de la Communauté Africaine Mauricienne et Malgache) et de l'OUA (L'Organisation de l'Unité Africaine). Mais, auparavant, à Londres, il avait frotté du coude avec ses contemporains africanistes : Julius Nyerere, Jomo Kenyatta, Milton Obote, Kenneth Kuanda ! Nous ne pensons pas que s'il était encore parmi nous il aurait cautionné cette insipidité organisée autour de l'Africa Day...



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