o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 3 mai 2009



  Faits et effets… - J'ai eu vraiment peur…
  Humeur - Si to rôdé to pou gagné
  Pris sur le vif - La terrasse


Faits et effets...

J'ai eu vraiment peur…
Josie Lebrasse


C'est toujours un peu pompeux et, prétentieux même, d'écrire à la première personne mais, pour le commentaire qui suit, je me suis sentie obligée de déroger à la règle. Vous me pardonnerez cet écart. Connaissant les tristes exploits dont sont capables les agents politiques qui gèrent - c'est un bien grand mot pour des administrateurs à la petite semaine qui sévissent à la MBC - la télévision de toutes nos redevances, Rs 107 millions du 1er janvier 2009 au 20 avril 2009, et de toutes les couleurs politiques mauriciennes confondues, j'avais décidé de maintenir mon principe, au nom d'un certaine préoccupation pour mon hygiène mentale et d'un refus d'abêtissement, de ne pas regarder la MBC et encore moins ce qu'elle ose appeler "le journal télévisé". Il n'en était d'autant pas question, vendredi, puisque c'était un jour de 1er mai.

Sauf qu'une excellente amie est tombée, par le pur hasard du zapping, sur le bulletin de 18 heures et, qu'écoeurée après ce qu'elle a vu, elle m'a appelé pour me dire qu'il ne fallait pas que je rate le prochain, qu'il soit en créole à 19 heures ou celui de 19 h 30 en français. Je lui ai bien expliqué que c'est au dessus de mes forces et que c'était vraiment trop demander que de subir cela. Ma décision était prise, pas question de faire exception et d'aller me brancher sur la MBC. Je m'apprêtais à aller voir ce que je me mettrai sous la dent pour le dîner lorsque je suis tombée sur l'écran de mon portable qui indiquait 19 h 22. Et si je suivais les conseils de mon amie et que je me sacrifiais pour quelques minutes?

Or, elles seront bien longues parce que le fameux "journal", prévu à 19 h 30, n'a commencé qu'à 19 h 46. Un bel exemple de professionnalisme et de cette fameuse modernité dont n'arrête pas de se gargariser Navin Ramgoolam, le ministre responsable de la M… abaissée, baissée ou biaisée, selon. Voilà un service public incapable d'être à l'heure pour rendre compte d'évènements qui se sont terminés très tôt dans la matinée. A moins que, comme le pense une majorité de mauriciens, ce ne soit les habituels tripatouillages d'images visant à pomper les uns et à diminuer les autres qui ont retardé le démarrage.

Mais le meilleur…ou le pire était encore à venir. La MBC va nous gratifier d'un long live du discours du Premier ministre et leader de l'Alliance Sociale qui fera date. Puisque, moi qui ne suis pas réputée pour être facilement impressionnée ou intimidée, j'ai eu vraiment peur. Peur de ce chef de gouvernement qui s'est violemment tapé dans l'estomac plus d'une fois. Heureusement qu'il est un peu enveloppé sinon il se serait fracturé les côtes. Peur de ce Premier ministre au propos d'une rare violence, d'une énorme vulgarité, d'une hargne indescriptible, d'une incroyable hystérie et d'une dangereuse intolérance. "Guette la dans" a-t-il lancé, joignant le geste à la parole pour signifier à ses adversaires qu'il allait rester indifférent à leurs revendications dans une bassesse jamais égalée jusqu'ici dans l'histoire des Premier ministres de ce pays. "Pa pou éna sympathie ar moi" dira-t-il entre deux diatribes contre Paul Bérenger et Harish Boodhoo sur le ton de la vindicte personnelle. Une prestation qui est une véritable honte pour la république de Maurice. On frémit à l'idée que ces images sont vues à travers le monde…

Je n'étais, par contre, pas étonnée du ton de Pravind Jugnauth à St Pierre. Il est égal à lui même. Député sponsorisé par l'Alliance Sociale le temps d'une partielle, promu chef de l'opposition loyale ensuite, le leader du MSM a un parcours très singulier et on peut même se demander si il n'aurait pas mieux fait d'aller grossir la plate-forme de l'alliance sociale à Vacoas. Avec une telle convergence dans les discours et les cibles choisies, il eut mieux valut qu'ils soient tous rassemblés sur un même podium. Cela aurait permis d'établir un hit-parade en terme de vocabulaire et d'inflation sémantique. Ici, un dédaigneux "l'homme de Belle Terre, là, le "mahafia", quel niveau. Quelle vacuité!

Mais, hier, j'ai eu, une nouvelle fois, vraiment peur. Des vociférations de la rue sont parvenues à la rédaction de Week-End en début d'après midi. Au lendemain d'un 1er mai, quel est le syndicat qui avait raté le rendez-vous?, s'est-on demandé. Des fenêtres de nos locaux, on a pu voir le spectacle affligeant d'une bande d'excités du MSM, venue du Sun Trust et menée par cet inénarrable Shawkatally Soodhun, marcher vers les locaux de Radio One, pancartes en main.

Ils en voulaient à l'estimation de la foule faite par notre confrère l'Express. Certains partisans du MSM s'en sont donnés à cœur joie, ont fait voler en éclat la porte d'entrée du journal 5-Plus, ont bousculé le responsable de la sécurité sous le regard des députés Sheila Grenade, Leela Devi Dookun-Luchoomun tandis que Rashid Daureeawoo, son épouse député, Fazila et l'avocat Ravi Yerrigadoo se cachaient à l'entrée de l'Eglise Immaculée Conception et se contentaient de jeter un coup d'oeil de temps en temps voir si les choses allaient bien. De vrais bye-lookés. Je vous épargne les "femmes de l'année" et autres "racistes" envoyés pendant que Soodhun, muni de son porte-voix, faisait le procès de l'Express.

Pendant que le MSM commettait le délit de "damaging property by band" qui est un "arrestable offence", la police effectuait une patrouille autour du périmètre et bloquait les artères pour mieux protéger les manifestants. Et dire que pour bien moins que cela, pour avoir évoqué une possible maladie du Prince, des journalistes ont été embarqués comme de vulgaires criminels et que, pour s'être allongé sur la chaussée sans menacer ni blesser personne, Harish Boodhoo et ses amis ont été détenus, faut vraiment conclure que tous ne sont pas égaux devant la loi. Mais çà, est-ce vraiment une nouveauté lorsqu'on sait qu'il y a une formidable coalition de petits dictateurs qui se profile à l'horizon. Gouvernement, paragouvernement, pour reprendre une formule de Jean Claude de l'Estrac, tou dan nou la main même non. Effrayant…




Humeur

Si to rôdé to pou gagné
Jean-Claude Antoine


Ce premier Mai qui mobilise tant d'énergie de nos politiciens avant, pendant et après sa célébration est donc derrière nous. Pendant tout le mois d'Avril toutes sortes de manifestations - assortis des moyens appropriés - ont été organisées pour mobiliser les troupes et les faire venir au meeting. Pendant toute la journée du premier Mai une part de l'attention des organisateurs fut concentrée sur les informations sur les foules

rassemblées par leurs adversaires. L'objectif de cette manifestation est de convaincre ses partisans que l'on a obtenu la plus grande foule en dépit de ce les journalistes et les adversaires politiques peuvent écrire ou dire. Ce qui compte pour le premier Mai c'est l'estimation - souvent très inflationniste - de la foule que fera le porte-parole du parti. Chiffre qui sera martelé à intervalles réguliers pendant le meeting et souvent répété lors de la conférence de presse bilan. Un bilan évidemment positif pour tous les partis. Les directions des partis semblent croire que de l'importance de la foule rassemblée sera équivalente au nombre de sièges auxquels ils pourront prétendre dans la prochaine alliance électorale. Mais comment peuvent-ils avancer cet argument quand on sait comment sont recrutées ces foules du premier Mai et ce qu'il faut leur donner pour se déplacer ? Comment peuvent-elles le dire quand on sait que les alliances sont conclues sur des arrangements surtout basés sur les mathématiques communales et castéistes ?

Comme d'habitude ces chiffres annoncés seront décriés, contestés, susciteront des polémiques selon ce qui semble être devenue une tradition, celle de l'après premier Mai. Mais cette année la contestation des estimations de foule a donné lieu a une première. Une manifestation qui ressemblait plus a une opération d'intimidation qu'a expression de protestation démocratique.

Le CC du MSM a organisé une manifestation " spontanée " et bruyante devant les locaux de Radio One hier pour protester contre le fait que l'Express ait estimé que le meeting orange de St Pierre avait rassemblé 4000 personnes. Une cinquantaine de personnes - le chiffre sera contesté, j'en suis sûr et me vaudra peut être une manifestation prochainement - dont des anciens ministres, des députés, des avocats - essayant de se faire discret en se cachant dans l'église - sont donc venus crier des slogans et des insultes devant Radio One. Alors que des bouts de cartons étaient brûlés une

bouteille a été lancée contre la porte vitrée de la station de radio. Le plus étrange de cette manifestation " spontanée " c'est que la MBC, dont le non respect des horaires est proverbial, est arrivé quelques minutes à peine après le début des slogans hurlés dans un porte-voix. Plus curieux encore, la police, dont le quartier général se trouve a quelques dizaines de mètres du lieu de la manifestation a pris son temps pour arriver. Et quand ses représentants sont arrivés sur les lieux savez-vous ce qu'ils ont f ait ? Je vous le donne en mille :ils ont fait dévier la circulation routière comme s'ils ne voulaient pas gêner la manifestation . Certains spectateurs ont même eu le sentiment que la police protégeait

carrément les manifestants. Des égards auxquels n'ont pas eu droit les grévistes du sale by levy il y a quinze jours à Port Louis. Il est vrai qu'il est plus facile de ramener à l'ordre des grévistes de la faim ayant tout perdu que des manifestants contestant une estimation de foule à un meeting du premier Mai. Surtout si ces manifestants viennent d'un parti politique dont le leader a affirmé vendredi qu'il fera parti du prochain gouvernement. Certains slogans et comportement devant le siège de Radio One samedi apres midi auraient pu laisser croire que le MSM était déjà au gouvernement…

Mais les menaces ne sont pas venues uniquement de l'analyse post mortem des estimations des foules du 1er Mai. Navin Ramgoolam qui joue généralement au bon garçon souriant, un peu farceur a montré une autre facette de sa personnalité à Vacoas. Une facette qu'il utilise surtout dans les campagnes électorales et certaines réunions - autour du deal Illovo ou autour de la centralisation de l'industrie sucrière, par exemple - pour menacer ses adversaires. Ils étaient deux à Vacoas - et curieuse coïncidence,

à St Pierre, aussi - ce 1er Mai 2009 : Paul Bérenger et Harish Boodhoo. Si le leader du MMM est la cible préféré des leaders du PT et du MSM - quand ils ne sont pas ses alliés - l'ancien leader du PSM a eu droit aux critiques virulentes du premier ministre pour son engagement dans le combat aux côtés des victimes du sale by levy. Navin Ramgoolam

devait lancer a l'homme de Belle Terre, c'est ainsi qu'il nomme Harish Boodhoo,à qui Bérenger avait exprimé sa sympathie après son arrestation " are moi pas pou ena sympati. Si to rodé to pou gagné. " On peut se demander si ce n'est pas pour mettre a exécution la nouvelle philosophie du leader du PTr que le CC du MSM est allé manifester devant les locaux de Radio One ,samedi après midi . Pratiquement sous la protection des forces de l'ordre. Cela ne vous rappelle pas la célèbre phrase prononcée par des gros bras invités a une garden party pendant le premier règne de Jugnauth père :gouvernement dans nous la main " ?




Pris sur le vif

La terrasse
Jean-Claude Antoine


- Ha ben ma chère, to fine bien amusée toi dans meeting 1er Mai ?

- Mais qu'est-ce que tu me chantes-là ? Quelle est cette mauvaise langue qui a été faire un palabre sur moi.

- Péna oken palabre dans cette affaire… Je ne chante rien du tout : je te demande seulement si tu t'es bien amusée dans meeting 1er Mai…. Tsss..tssss… ne me dis pas que tu n'as pas été… je t'ai vue de mes yeux vue…

- Aio… ce n'est pas ce que tu crois… c'est à cause de la terrasse couverte…

- …La terrasse couverte hein... Je ne crois que ce que j'ai vu, ma chère. C'est-à-dire toi avec to mari et tes enfants dans un mini bus avec des pavillons rouges… remarque chacun a le droit de faire ce qu'il a envie… mais je te dis franc… mo pas ti koné ti to en suiver Navin,

-… mais…donne-moi le temps de t'expliquer ce qui s'est passé, foutour !!!

-… tu n'as aucune besoin d'expliquer quoi que ce soit… tu étais dans un van labour pour le 1er mai… plus clair que ça tu meurs, non ?

- Ecoute, il ne faut pas se fier aux apparences…

- Ne me dis pas ki banla finn kidnappe zot pou oblige zotte alle dans meeting travaillistes Vacoas! Pour une kidnappée, tu n'avais pas l'air trop stressée en tout cas.

- Mais laisse-moi t'expliquer ce qui s'est passé après tu feras tes commentaires désobligeants. Laisse-moi parler foutour.

- Mais il n'y a rien à expliquer, toi… tu as le droit d'aller soutenir Navin si tu veux…

- Mais je ne suis allée soutenir personne pour le 1er Mai, je te dis…

- Mais alors explique-moi ce que to ti pé faire dans sa mini bus avec bann pavillons rouges la.. .

-… C'est ça même que je veux faire mais tu ne me laisses pas placer un seul mot avec tes kozé foutant et insultants. Avant de jaser comme une pie laisse-moi au moins parler.

- Allez, causé, toi… j'aimerais savoir comment tu vas expliquer ça !

- Le plus simplement du monde. Tu connais X, le petit cousin de mon mari…

- Tu veux dire celui dont la femme s'habille comme une fille de quinze ans alors que sa figure fait quarante-cinq ans au moins?

- Lui même… on lui avait dit de ne pas épouser cette fille, mais il n'a pas écouté, qu'est-ce que tu peux faire de plus…tu sais qu'il est dans le business et pour son travail il doit fréquenter un ministre…

-… c'est parce que le petit cousin de ton mari connaît un ministre que tu as été à Vacoas…

-… mais laisse-moi finir au lieu de me couper comme ça. On ne t'a jamais appris à fermer un peu ta bouche de temps à autre ?

-…. !!!!!

- Bonne femme, ça tu as bien cherché. Donc, le cousin de mon mari rencontre le ministre qui lui demande ce qu'il va faire pour le 1er Mai. Et comme le cousin de mon mari a quoté pour un contrat et qu'il vaut mieux ne pas déplaire au ministre dans ces cas-là… il faut jouer son rôle

-… mais tu sais que les contrats sont examinés par un board….

-… je sais, mais le cousin de mon mari, qui connaît ces affaires-là mieux que moi, pense qu'il vaut mieux prendre ses précautions et que dire un mot gentil à un ministre ça peut toujours servir. Alors, il a répondu à la question : mais je vais aller à Vacoas le 1er Mai.

- Mais ça, c'est l'affaire de ton cousin…

-… Oui sauf que au lieu de s'arrêter là, ce petit m…. a fait son grand noir en ajoutant d'ailleurs nous allons aller en famille à Vacoas avec mon grand cousin tout ça…

-…et alors ?

- Alors le ministre l'a félicité et lui a dit que pour éviter les frais d'essence il allait mettre à la disposition de la famille un mini van avec chauffeur et un dec de briani pour le pique-nique après. C'est à cause de sa même que tu m'a vu dans ce mini bus

- Tu n'étais pas obligée d'aller quand même…

- Mais si…. à cause de la terrasse couverte…

-… quelle affaire de terrasse couverte encore ?

- Tu sais la terrasse couverte de chez nous-là, c'est le petit cousin de mon mari qui nous avait prêté l'argent pour la construction. Et avec la crise on n'a pas pu tout lui rembourser. Alors quand il est venu nous demander de remplir le mini bus pour aller montrer figure au meeting de Vacoas, on ne pouvait pas dire non.

- Ah bon! je comprends. Hé toi-là, c'est terrible la politique dans ce pays.

- J'ai mis un linze craze, crazé et les plus grosses lunettes de soleil que j'ai pu trouver pour ne pas me faire remarquer... mais tu ne connais pas le pire, toi.

- Quoi, le ministre est venu t'embrasser à Vacoas ?

- Tu peux croire, toi-même. Nous, on est resté dans le mini bus pendant que le cousin de mon mari allait montrer sa figure. Non le pire, c'est que le briyani était tellement salé qu'on n'a pas pu le manger!





o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 3 mai 2009