Faits et effets…
-
J'ai eu vraiment peur…
Humeur
-
Si to rôdé to pou gagné
Pris sur le vif
-
La terrasse
Faits et effets...
J'ai eu vraiment peur
C'est toujours un peu pompeux et, prétentieux même,
d'écrire à la première personne mais, pour
le commentaire qui suit, je me suis sentie obligée de déroger
à la règle. Vous me pardonnerez cet écart.
Connaissant les tristes exploits dont sont capables les agents
politiques qui gèrent - c'est un bien grand mot pour des
administrateurs à la petite semaine qui sévissent
à la MBC - la télévision de toutes nos redevances,
Rs 107 millions du 1er janvier 2009 au 20 avril 2009, et de toutes
les couleurs politiques mauriciennes confondues, j'avais décidé
de maintenir mon principe, au nom d'un certaine préoccupation
pour mon hygiène mentale et d'un refus d'abêtissement,
de ne pas regarder la MBC et encore moins ce qu'elle ose appeler
"le journal télévisé". Il n'en
était d'autant pas question, vendredi, puisque c'était
un jour de 1er mai.
Sauf qu'une excellente amie est tombée, par le pur hasard
du zapping, sur le bulletin de 18 heures et, qu'écoeurée
après ce qu'elle a vu, elle m'a appelé pour me dire
qu'il ne fallait pas que je rate le prochain, qu'il soit en créole
à 19 heures ou celui de 19 h 30 en français. Je
lui ai bien expliqué que c'est au dessus de mes forces
et que c'était vraiment trop demander que de subir cela.
Ma décision était prise, pas question de faire exception
et d'aller me brancher sur la MBC. Je m'apprêtais à
aller voir ce que je me mettrai sous la dent pour le dîner
lorsque je suis tombée sur l'écran de mon portable
qui indiquait 19 h 22. Et si je suivais les conseils de mon amie
et que je me sacrifiais pour quelques minutes?
Or, elles seront bien longues parce que le fameux "journal",
prévu à 19 h 30, n'a commencé qu'à
19 h 46. Un bel exemple de professionnalisme et de cette fameuse
modernité dont n'arrête pas de se gargariser Navin
Ramgoolam, le ministre responsable de la M
abaissée,
baissée ou biaisée, selon. Voilà un service
public incapable d'être à l'heure pour rendre compte
d'évènements qui se sont terminés très
tôt dans la matinée. A moins que, comme le pense
une majorité de mauriciens, ce ne soit les habituels tripatouillages
d'images visant à pomper les uns et à diminuer les
autres qui ont retardé le démarrage.
Mais le meilleur
ou le pire était encore à
venir. La MBC va nous gratifier d'un long live du discours du
Premier ministre et leader de l'Alliance Sociale qui fera date.
Puisque, moi qui ne suis pas réputée pour être
facilement impressionnée ou intimidée, j'ai eu vraiment
peur. Peur de ce chef de gouvernement qui s'est violemment tapé
dans l'estomac plus d'une fois. Heureusement qu'il est un peu
enveloppé sinon il se serait fracturé les côtes.
Peur de ce Premier ministre au propos d'une rare violence, d'une
énorme vulgarité, d'une hargne indescriptible, d'une
incroyable hystérie et d'une dangereuse intolérance.
"Guette la dans" a-t-il lancé, joignant le geste
à la parole pour signifier à ses adversaires qu'il
allait rester indifférent à leurs revendications
dans une bassesse jamais égalée jusqu'ici dans l'histoire
des Premier ministres de ce pays. "Pa pou éna sympathie
ar moi" dira-t-il entre deux diatribes contre Paul Bérenger
et Harish Boodhoo sur le ton de la vindicte personnelle. Une prestation
qui est une véritable honte pour la république de
Maurice. On frémit à l'idée que ces images
sont vues à travers le monde
Je n'étais, par contre, pas étonnée du ton
de Pravind Jugnauth à St Pierre. Il est égal à
lui même. Député sponsorisé par l'Alliance
Sociale le temps d'une partielle, promu chef de l'opposition loyale
ensuite, le leader du MSM a un parcours très singulier
et on peut même se demander si il n'aurait pas mieux fait
d'aller grossir la plate-forme de l'alliance sociale à
Vacoas. Avec une telle convergence dans les discours et les cibles
choisies, il eut mieux valut qu'ils soient tous rassemblés
sur un même podium. Cela aurait permis d'établir
un hit-parade en terme de vocabulaire et d'inflation sémantique.
Ici, un dédaigneux "l'homme de Belle Terre, là,
le "mahafia", quel niveau. Quelle vacuité!
Mais, hier, j'ai eu, une nouvelle fois, vraiment peur. Des vociférations
de la rue sont parvenues à la rédaction de Week-End
en début d'après midi. Au lendemain d'un 1er mai,
quel est le syndicat qui avait raté le rendez-vous?, s'est-on
demandé. Des fenêtres de nos locaux, on a pu voir
le spectacle affligeant d'une bande d'excités du MSM, venue
du Sun Trust et menée par cet inénarrable Shawkatally
Soodhun, marcher vers les locaux de Radio One, pancartes en main.
Ils en voulaient à l'estimation de la foule faite par notre
confrère l'Express. Certains partisans du MSM s'en sont
donnés à cur joie, ont fait voler en éclat
la porte d'entrée du journal 5-Plus, ont bousculé
le responsable de la sécurité sous le regard des
députés Sheila Grenade, Leela Devi Dookun-Luchoomun
tandis que Rashid Daureeawoo, son épouse député,
Fazila et l'avocat Ravi Yerrigadoo se cachaient à l'entrée
de l'Eglise Immaculée Conception et se contentaient de
jeter un coup d'oeil de temps en temps voir si les choses allaient
bien. De vrais bye-lookés. Je vous épargne les "femmes
de l'année" et autres "racistes" envoyés
pendant que Soodhun, muni de son porte-voix, faisait le procès
de l'Express.
Pendant que le MSM commettait le délit de "damaging
property by band" qui est un "arrestable offence",
la police effectuait une patrouille autour du périmètre
et bloquait les artères pour mieux protéger les
manifestants. Et dire que pour bien moins que cela, pour avoir
évoqué une possible maladie du Prince, des journalistes
ont été embarqués comme de vulgaires criminels
et que, pour s'être allongé sur la chaussée
sans menacer ni blesser personne, Harish Boodhoo et ses amis ont
été détenus, faut vraiment conclure que tous
ne sont pas égaux devant la loi. Mais çà,
est-ce vraiment une nouveauté lorsqu'on sait qu'il y a
une formidable coalition de petits dictateurs qui se profile à
l'horizon. Gouvernement, paragouvernement, pour reprendre une
formule de Jean Claude de l'Estrac, tou dan nou la main même
non. Effrayant
Humeur
Si to rôdé to pou gagné
Ce premier Mai qui mobilise tant d'énergie de nos politiciens
avant, pendant et après sa célébration est
donc derrière nous. Pendant tout le mois d'Avril toutes
sortes de manifestations - assortis des moyens appropriés
- ont été organisées pour mobiliser les
troupes et les faire venir au meeting. Pendant toute la journée
du premier Mai une part de l'attention des organisateurs fut
concentrée sur les informations sur les foules
rassemblées par leurs adversaires. L'objectif de cette
manifestation est de convaincre ses partisans que l'on a obtenu
la plus grande foule en dépit de ce les journalistes et
les adversaires politiques peuvent écrire ou dire. Ce
qui compte pour le premier Mai c'est l'estimation - souvent très
inflationniste - de la foule que fera le porte-parole du parti.
Chiffre qui sera martelé à intervalles réguliers
pendant le meeting et souvent répété lors
de la conférence de presse bilan. Un bilan évidemment
positif pour tous les partis. Les directions des partis semblent
croire que de l'importance de la foule rassemblée sera
équivalente au nombre de sièges auxquels ils pourront
prétendre dans la prochaine alliance électorale.
Mais comment peuvent-ils avancer cet argument quand on sait comment
sont recrutées ces foules du premier Mai et ce qu'il faut
leur donner pour se déplacer ? Comment peuvent-elles le
dire quand on sait que les alliances sont conclues sur des arrangements
surtout basés sur les mathématiques communales et
castéistes ?
Comme d'habitude ces chiffres annoncés seront décriés,
contestés, susciteront des polémiques selon ce qui
semble être devenue une tradition, celle de l'après
premier Mai. Mais cette année la contestation des estimations
de foule a donné lieu a une première. Une manifestation
qui ressemblait plus a une opération d'intimidation qu'a
expression de protestation démocratique.
Le CC du MSM a organisé une manifestation " spontanée
" et bruyante devant les locaux de Radio One hier pour
protester contre le fait que l'Express ait estimé que le
meeting orange de St Pierre avait rassemblé 4000 personnes.
Une cinquantaine de personnes - le chiffre sera contesté,
j'en suis sûr et me vaudra peut être une manifestation
prochainement - dont des anciens ministres, des députés,
des avocats - essayant de se faire discret en se cachant dans
l'église - sont donc venus crier des slogans et des insultes
devant Radio One. Alors que des bouts de cartons étaient
brûlés une
bouteille a été lancée contre la porte
vitrée de la station de radio. Le plus étrange de
cette manifestation " spontanée " c'est que la
MBC, dont le non respect des horaires est proverbial, est arrivé
quelques minutes à peine après le début des
slogans hurlés dans un porte-voix. Plus curieux encore,
la police, dont le quartier général se trouve a
quelques dizaines de mètres du lieu de la manifestation
a pris son temps pour arriver. Et quand ses représentants
sont arrivés sur les lieux savez-vous ce qu'ils ont f ait
? Je vous le donne en mille :ils ont fait dévier la
circulation routière comme s'ils ne voulaient pas gêner
la manifestation . Certains spectateurs ont même eu le
sentiment que la police protégeait
carrément les manifestants. Des égards auxquels
n'ont pas eu droit les grévistes du sale by levy il y a
quinze jours à Port Louis. Il est vrai qu'il est plus facile
de ramener à l'ordre des grévistes de la faim ayant
tout perdu que des manifestants contestant une estimation de foule
à un meeting du premier Mai. Surtout si ces manifestants
viennent d'un parti politique dont le leader a affirmé
vendredi qu'il fera parti du prochain gouvernement. Certains slogans
et comportement devant le siège de Radio One samedi apres
midi auraient pu laisser croire que le MSM était déjà
au gouvernement
Mais les menaces ne sont pas venues uniquement de l'analyse post
mortem des estimations des foules du 1er Mai. Navin Ramgoolam
qui joue généralement au bon garçon souriant,
un peu farceur a montré une autre facette de sa personnalité
à Vacoas. Une facette qu'il utilise surtout dans les campagnes
électorales et certaines réunions - autour du deal
Illovo ou autour de la centralisation de l'industrie sucrière,
par exemple - pour menacer ses adversaires. Ils étaient
deux à Vacoas - et curieuse coïncidence,
à St Pierre, aussi - ce 1er Mai 2009 : Paul Bérenger
et Harish Boodhoo. Si le leader du MMM est la cible préféré
des leaders du PT et du MSM - quand ils ne sont pas ses alliés
- l'ancien leader du PSM a eu droit aux critiques virulentes du
premier ministre pour son engagement dans le combat aux côtés
des victimes du sale by levy. Navin Ramgoolam
devait lancer a l'homme de Belle Terre, c'est ainsi qu'il nomme
Harish Boodhoo,à qui Bérenger avait exprimé
sa sympathie après son arrestation " are moi pas
pou ena sympati. Si to rodé to pou gagné. "
On peut se demander si ce n'est pas pour mettre a exécution
la nouvelle philosophie du leader du PTr que le CC du MSM est
allé manifester devant les locaux de Radio One ,samedi
après midi . Pratiquement sous la protection des forces
de l'ordre. Cela ne vous rappelle pas la célèbre
phrase prononcée par des gros bras invités a une
garden party pendant le premier règne de Jugnauth père
:gouvernement dans nous la main " ?
Pris sur le vif
La terrasse
- Ha ben ma chère, to fine bien amusée toi dans
meeting 1er Mai ?
- Mais qu'est-ce que tu me chantes-là ? Quelle est cette
mauvaise langue qui a été faire un palabre sur moi.
- Péna oken palabre dans cette affaire
Je ne chante
rien du tout : je te demande seulement si tu t'es bien amusée
dans meeting 1er Mai
. Tsss..tssss
ne me dis pas que
tu n'as pas été
je t'ai vue de mes yeux vue
- Aio
ce n'est pas ce que tu crois
c'est à
cause de la terrasse couverte
-
La terrasse couverte hein... Je ne crois que ce que j'ai
vu, ma chère. C'est-à-dire toi avec to mari et tes
enfants dans un mini bus avec des pavillons rouges
remarque
chacun a le droit de faire ce qu'il a envie
mais je te dis
franc
mo pas ti koné ti to en suiver Navin,
-
mais
donne-moi le temps de t'expliquer ce qui s'est
passé, foutour !!!
-
tu n'as aucune besoin d'expliquer quoi que ce soit
tu étais dans un van labour pour le 1er mai
plus
clair que ça tu meurs, non ?
- Ecoute, il ne faut pas se fier aux apparences
- Ne me dis pas ki banla finn kidnappe zot pou oblige zotte alle
dans meeting travaillistes Vacoas! Pour une kidnappée,
tu n'avais pas l'air trop stressée en tout cas.
- Mais laisse-moi t'expliquer ce qui s'est passé après
tu feras tes commentaires désobligeants. Laisse-moi parler
foutour.
- Mais il n'y a rien à expliquer, toi
tu as le droit
d'aller soutenir Navin si tu veux
- Mais je ne suis allée soutenir personne pour le 1er Mai,
je te dis
- Mais alors explique-moi ce que to ti pé faire dans sa
mini bus avec bann pavillons rouges la.. .
-
C'est ça même que je veux faire mais tu ne
me laisses pas placer un seul mot avec tes kozé foutant
et insultants. Avant de jaser comme une pie laisse-moi au moins
parler.
- Allez, causé, toi
j'aimerais savoir comment tu
vas expliquer ça !
- Le plus simplement du monde. Tu connais X, le petit cousin de
mon mari
- Tu veux dire celui dont la femme s'habille comme une fille de
quinze ans alors que sa figure fait quarante-cinq ans au moins?
- Lui même
on lui avait dit de ne pas épouser
cette fille, mais il n'a pas écouté, qu'est-ce que
tu peux faire de plus
tu sais qu'il est dans le business
et pour son travail il doit fréquenter un ministre
-
c'est parce que le petit cousin de ton mari connaît
un ministre que tu as été à Vacoas
-
mais laisse-moi finir au lieu de me couper comme ça.
On ne t'a jamais appris à fermer un peu ta bouche de temps
à autre ?
-
. !!!!!
- Bonne femme, ça tu as bien cherché. Donc, le cousin
de mon mari rencontre le ministre qui lui demande ce qu'il va
faire pour le 1er Mai. Et comme le cousin de mon mari a quoté
pour un contrat et qu'il vaut mieux ne pas déplaire au
ministre dans ces cas-là
il faut jouer son rôle
-
mais tu sais que les contrats sont examinés par
un board
.
-
je sais, mais le cousin de mon mari, qui connaît
ces affaires-là mieux que moi, pense qu'il vaut mieux prendre
ses précautions et que dire un mot gentil à un ministre
ça peut toujours servir. Alors, il a répondu à
la question : mais je vais aller à Vacoas le 1er Mai.
- Mais ça, c'est l'affaire de ton cousin
-
Oui sauf que au lieu de s'arrêter là, ce
petit m
. a fait son grand noir en ajoutant d'ailleurs nous
allons aller en famille à Vacoas avec mon grand cousin
tout ça
-
et alors ?
- Alors le ministre l'a félicité et lui a dit que
pour éviter les frais d'essence il allait mettre à
la disposition de la famille un mini van avec chauffeur et un
dec de briani pour le pique-nique après. C'est à
cause de sa même que tu m'a vu dans ce mini bus
- Tu n'étais pas obligée d'aller quand même
- Mais si
. à cause de la terrasse couverte
-
quelle affaire de terrasse couverte encore ?
- Tu sais la terrasse couverte de chez nous-là, c'est le
petit cousin de mon mari qui nous avait prêté l'argent
pour la construction. Et avec la crise on n'a pas pu tout lui
rembourser. Alors quand il est venu nous demander de remplir
le mini bus pour aller montrer figure au meeting de Vacoas, on
ne pouvait pas dire non.
- Ah bon! je comprends. Hé toi-là, c'est terrible
la politique dans ce pays.
- J'ai mis un linze craze, crazé et les plus grosses lunettes
de soleil que j'ai pu trouver pour ne pas me faire remarquer...
mais tu ne connais pas le pire, toi.
- Quoi, le ministre est venu t'embrasser à Vacoas ?
- Tu peux croire, toi-même. Nous, on est resté dans
le mini bus pendant que le cousin de mon mari allait montrer sa
figure. Non le pire, c'est que le briyani était tellement
salé qu'on n'a pas pu le manger!
|
o p i n i o n
|
WEEK-END --- dimanche 3 mai 2009
|