p o l i t i q u e WEEK-END --- dimanche 5 avril 2009



  Paul Bérenger hier : - "Nou aret koz l'alliance"
  Démissionnaire du MMM - Ravi Gunnoo parle de "rajeunissement par 'outsourcing'"
  Prix des carburants - "Augmentations non-justifiées", estime Pravind Jugnauth
  Rassemblement du 1er mai - Maurice Allet souhaite "une opposition unie"
  Assemblée nationale - Mardi dernier: Grand calme pour une reprise
  Cà va se savoir


Paul Bérenger hier :

"Nou aret koz l'alliance"

Expliquant ses prévisions que des élections auront lieu au mois de septembre prochain, le leader de l'opposition et du MMM a dit que son parti se base sur des informations précises et de celles qui circulent au ministère des Finances et prévoit aussi que la détérioration de la situation économique sera encore plus prononcée à partir de juillet/août. Paul Bérenger en a profité pour dire "que le MMM est prêt à toute éventualité et qu'il ne sera pas pris par surprise", ajoutant "nou aret koz l'alliance" non sans avoir rappelé que son parti a déjà pour partenaires l'Union nationale et le PMSD.

C'est par un commentaire sur la persistance du Premier ministre à dire que les élections générales auront lieu l'année, comme l'y oblige la constitution, a-t-il rappelé, que le leader de l'opposition a entamé son point de presse hier. Il a dit que "l'on n'est pas obligé de le croire" et qu'il y a des indications que ce scrutin aura lieu cette année même. Se disant prêt à toute éventualité, Paul Bérenger a dit que son parti préparera sa liste de candidats après le 1er mai et peaufinera son organisation au niveau de chaque circonscription.

Il en a aussi profité pour démentir les rumeurs qui veulent qu'il soit disposé à aller au Réduit comme président de la République dans le cadre d'une éventuelle alliance. "Li complètement out et, arrive qui arrive, et dans n'importe quel scénario, mo reste à la tête du parti", a-t-il dit. Répondant à une question sur l'éventualité qu'il se présente lui-même comme Premier ministre, Paul Bérenger a dit que cette question sera, en temps et lieu, tranchée par le MMM. "Mo éna mo banne préférences mais sa qui mo parti dire moi faire, sa meme mo pour faire !"

Le leader du MMM a aussi annoncé qu'à part Vishnu Lutchmeenaraidoo et d'autres, une "équipe choc" va venir soutenir la commission économique, la "meilleure équipe possible" pour proposer de nouvelles idées et préparer un programme économique en vue de faire face à la crise. Cela dit, il a reconnu que ce sera "very tough".

Interrogé sur la démission de Ravi Gunnoo, Paul Bérenger a dit qu'il n'est pas comme ceux qui, au départ d'un bon collègue militant, parlent de "bon débarras" et qu'il trouvait, en fait, cet "épisode bien triste". Il a expliqué que le démissionnaire, qui siège au comité central depuis des années, n'a jamais rien dit sur ses nominations ou ne s'est-il prononcé sur la tenue d'élections internes. C'est clair, a-t-il ajouté, que cette décision est motivée par "l'ambition personnelle et un clash de personnalité au niveau du comité régional du N°14".

Le leader du MMM a aussi tenu à souligner qu'une récente assemblée de délégués, qui est l'instance suprême de son parti, lui avait donné le feu vert pour procéder à des nominations et pour surseoir à la tenue d'élection internes. "Pa kapav pli démocratique ki sa et, au lieu allé, Ravi Gunnoo ti kapav vine comité central tout à l'heure (hier) et vine exprime li", a par ailleurs déclaré Paul Bérenger qui a condamné "les bêtises qu'il a débitées".

Le scandale de la STC est énorme

Commentant des sujets d'actualité comme la récente décision de la "so-called APM" - qui est en fait celle du gouvernement - d'augmenter de manière maximale l'essence et le diesel, il a dit trouver cela "choquant" à un moment où les cours des produits pétroliers ont baissé. Il a jugé encore plus choquant que ce soit de la poche des consommateurs que la STC va éponger les dettes de Rs 2,8 milliards perdues sur le "hedging" du fait de ses "gabegies et de son incompétence". Le scandale de la STC est énorme et elle devra rendre des comptes à l'avenir, a-t-il dit.

Il n'est par ailleurs pas question, a-t-il renchéri, que les travailleurs n'obtiennent pas une compensation salariale après qu'ils aient eu à subir la ponction de 1% de leurs salaires et l'abolition du Termination of Contract of Service Board qui permet aux employeurs de licencier sans préavis et sans justification. Il a évoqué une question sur la compensation d'Alan Ganoo au Parlement mardi prochain et a assuré les syndicats de l'appui du MMM à leur combat et leur mobilisation, sans tirer les draps sur son parti.

"Vaste bluff !". C'est ainsi que le leader de l'opposition et du MMM a qualifié le texte sur le Additional Stimulus Package que présentera Rama Sithanen mardi. Pour lui, le ministre des Finances n'a fait que reprendre les projets d'infrastructures et dans l'éducation déjà prévus dans le budget et même le PRB pour tenter d'impressionner les gens, une démarche qualifiée de "honteuse".

De l'argent public au secteur privé

La seule nouveauté de l'enveloppe de mesures est que, pour la première fois dans l'histoire du pays, l'argent public va être donné au secteur privé. Et de s'interroger sur ce qu'aurait été la réaction du PTr et de son aile gauche et des Nita Deerpalsing et autre Cader Sayed Hossen si c'était le MMM qui avait pris une telle décision. Il a promis de revenir sur tout cela mardi. Il a aussi évoqué les nouvelles témoignant de l'enfoncement du pays dans la crise.

Confirmant que sa Private Notice Question de mardi prochain portera sur la situation à Air Mauritius, Paul Bérenger a précisé qu'il le fera plus par souci patriotique de voir survivre la compagnie que par motivation politique, ajoutant également qu'il compte faire des suggestions à cette occasion.

Paul Bérenger a rappelé que, mardi dernier déjà, Xavier Duval a, en réponse à des questions parlementaires, indiqué que le gouvernement a garanti Air Mauritius à hauteur de Rs 5,5 milliards sur le scandale du "hedging" et qu'une autre est requise pour un montant de Rs 5 milliards si le prix du pétrole reste au même niveau et, qu'en plus, la compagnie veut contracter un emprunt de Rs 750 millions du NPF.

Comment Air Mauritius va-t-elle rembourser ces dettes de plus de Rs 11 milliards ? s'est demandé le leader de l'opposition qui n'a pas caché son inquiétude à ce sujet et son indignation aussi que Sanjay Bhuckory parti sans qu'il n'y ait eu la moindre enquête sur le scandale du "hedging", le gouvernement nomme Raj Ringadoo à la présidence de la compagnie. "C'est de la folie furieuse !" s'est-il écrié.

Le gouvernement laisse-t-il sombrer la compagnie nationale d'aviation en vue de la vendre ? Le leader de l'opposition dit ne pas partager cet avis selon lequel Air France et d'autres seraient intéressés à une reprise et qu'il ne fait pas de procès d'intention de cette nature au gouvernement. Il a maintenu que le recrutement du directeur financier, impliqué dans un scandale de "hedging" en Afrique du Sud, a cassé le moral de la direction et du personnel d'Air Mauritius, d'autant plus que c'est une "fortune" qu'on lui octroie, mais que le Premier ministre et Xavier Duval ont décidé de défendre ce choix avec entêtement.

Interrogé sur le classement de Maurice en tant que centre financier, le leader de l'opposition et du MMM a dénoncé les "commentaires enfantins" du gouvernement et a soutenu que c'est surtout en 2001 qu'un travail a été fait en vue d'amener les organisations internationales à retirer le pays de la liste des paradis fiscaux et que cela a continué après avec les toutes récentes démarches de Rama Sithanen aboutissant aujourd'hui à la présence de Maurice sur la liste dite blanche.


Solidarité avec la presse et les syndicats: Le boycott de certains journaux est anticonstitutionnel, soutient Bérenger

Le boycott de certains journaux et l'aide accordée à d'autres titres sont clairement anticonstitutionnels et c'est bon que la Cour Suprême ait l'occasion de se prononcer. C'est ce qu'a soutenu le leader du MMM hier. Il a exprimé la solidarité de son parti avec la presse et les syndicats, et a dénoncé le boycott publicitaire de certains titres et les menaces répétées du Premier ministre et d'autres à l'encontre de la presse. Pour lui, après la persécution des syndicalistes de Mauritius Telecom, il est clair qu'il s'agit d'un "pattern" cette façon d'enfermer les syndicalistes et de les frapper de même que le boycott de certains journaux.

Interrogé sur la démission de Jean-Claude de l'Estrac de la présidence du National Empowerment Foundation, Paul Bérenger a fait le commentaire suivant : "Li logique avec li même, mieux vaut tard que jamais, parce que depuis les élections générales, soutient-il, il y a des journaux dont l'express qui font l'objet d'un boycott."


G 20: Un grand coup de chapeau à Obama

Le G 20 a été aussi "successful" qu'il pouvait l'être, a par ailleurs commenté le leader de l'opposition et du MMM qui a tiré un grand coup de chapeau à Barack Obama pour les initiatives prises à ce sommet et en marge de cette réunion qui semble tourner le dos à l'esprit restreint du G 8.S'il a salué les mesures prises pour plus de régulation, pour la relance de l'économie mondiale, Paul Bérenger a dit avoir apprécié que l'environnement ait figuré en bonne place à ce sommet. Il s'est aussi dit impressionné par la position du président américain, une première pour ce pays, en marge du sommet de l'OTAN, en faveur d'un monde sans armes nucléaires lors de pourparlers avec les Russes.

Sur Madagascar, Paul Bérenger a pris note des retombées des assises nationales tenues cette semaine et qui ont vu la participation de tous les partis sauf le TIM de Marc Ravalomanana bien que certains de ses ex-collaborateurs y aient assisté et des déclarations de l'Union européenne et de la France qui se sont déclarés disposées à aider le nouveau pouvoir dans sa transition.

Il a dit qu'il aurait été bon pour Maurice, avec tout le respect dû à la SADC et à l'Union africaine, qu'il fasse comme l'UE et la France. Les assises nationales ont décidé du calendrier suivant : mise sur pied d'une conférence nationale d'ici le 26 juin, jour de la fête nationale de Madagascar en vue de la rédaction d'une constitution démocratique et moderne, référendum constitutionnel en septembre 2009, législatives en mars 2010 et présidentielle en octobre 2010.

C'est un calendrier serré mais c'est déjà extraordinaire que tout cela ait été annoncé, a commenté Paul Bérenger.


Démissionnaire du MMM

Ravi Gunnoo parle de "rajeunissement par 'outsourcing'"

Mécontent du "rajeunissement par 'outsourcing'" de la direction de son parti alors que, dit-il, ceux qui ont toujours été fidèles sont laissés sur la touche, Ravi Gunnoo, membre du Comité Central et ancien président de l'aile jeune du MMM a démissionné de ce parti. Ne comptant pas, pour autant, abandonner la politique, il dit regarder, dorénavant, dans la direction du MSM et du PTr.

M. Gunnoo rappelle s'être joint au MMM en 1997 à l'âge de 22 ans. Actif depuis au niveau du comité régional MMM du No 14, il adhérait dès 1998 au Comité Central et a présidé l'aile jeune du MMM de 1999 à 2005. Il se dit "déçu" du récent exercice de rajeunissement au cours duquel, selon lui, les jeunes qui ont été "sincères et fidèles" et qui ont fait preuve de "loyauté" envers le MMM ont été "sacrifiés" au bénéfice de "parachutés" de la onzième heure. C'est ainsi que Ravi Gunnoo parle de "rajeunissement par 'outsourcing'" du MMM.

Et le Bureau Politique et le Comité Central du MMM sont, désormais, dit-il, dirigés par une majorité de non-élus. Ce qui, selon M. Gunnoo, est en violation de la Constitution de ce parti comme amendée le 13 novembre 2005. En raison de ce qu'il appelle les nombreux "zig-zag" du MMM s'agissant, notamment, de l'éventualité ou pas d'une démission collective de l'Assemblée nationale ou encore de ses choix d'alliance, l'avenir de ce parti s'annonce "très sombre", selon le démissionnaire.

"Alors que nous sommes à la veille des législatives, l'on ne sait encore qui sera le candidat au poste de Premier ministre. En réalité, au train où vont les choses, le MMM va nulle part", dit-il. Ayant démissionné de ce parti, Ravi Gunnoo dit s'accorder un temps de réflexion. Il ne compte pas, pour autant, abandonner la politique mais envisage de rejoindre, éventuellement, le parti qui, dit-il, sera en phase avec ses idéaux de démocratie et de Justice sociale.

"Je choisirai de me joindre à un parti qui a contribué au développement économique et qui fait confiance aux jeunes". Invité à être plus précis, M. Gunnoo explique qu'il regarde en direction de "deux grands partis" sur l'échiquier: le MSM et le PTr. A ceux qui seraient tentés de l'accuser d'opportunisme, le démissionnaire soutient que l'on devrait, plutôt, saluer sa décision "courageuse" de dénoncer la "situation pourrie" dans laquelle se trouve, dit-il, désormais, le MMM.


Prix des carburants

"Augmentations non-justifiées", estime Pravind Jugnauth

"Les nouvelles augmentations des prix des carburants ne sont pas justifiées", estime Pravind Jugnauth, leader du MSM. Selon lui, plutôt que d'être la conséquence logique de la hausse du cours des produits pétroliers sur le marché mondial, ces nouvelles hausses s'expliquent par l'opération "suicidaire" de hedging sur les carburants achetés par la State Trading Corporation (STC). Par ailleurs, M. Jugnauth condamne la brutalité dont ont fait preuve certains policiers à l'encontre de femmes manifestant contre leur licenciement devant l'assemblée nationale, mardi dernier.

Se référant à son retour à l'assemblée nationale à la reprise des travaux mardi, Pravind Jugnauth soutient que pour cette séance le MSM a assumé comme il se doit son rôle de parti "sérieux" de l'opposition, "constructif" et "responsable". "Nous avons à l'occasion défendu les intérêts de la classe des travailleurs comme ce fut le cas lors de la PNQ du leader de l'opposition quand j'ai interpellé le ministre du Travail sur les possibilités d'abus qu'offrent les nouvelles lois du Travail en matière de licenciements."

Pour le leader du MSM, il est "primordial" qu'en cette période de "crise économique" le dialogue et l'entente priment entre les différents partenaires sociaux. Il convient, selon lui, de reconsidérer certains aspects des nouvelles lois du Travail à la lumière des 28 projets d'amendements, dans le temps proposés par le député MSM Showkutally Soodhun lors des débats sur les deux nouveaux projets de lois.

Évoquant ensuite les débats sur l'Insolvency Bill, M. Jugnauth rappelle que sa collègue de parti Fazila Daureeawoo et lui-même ont eu l'occasion d'accueillir "favorablement" ce projet de loi qui, dit-il, est est une "séquelle" du Companies Act. Il rappelle à ce propos que ce projet de loi date en fait de l'ancien gouvernement et avait été "travaillé" par le Professeur MacKenzie en compagnie de l'ancien ministre Sushil Kushiram.

"C'est un projet de loi qui était longtemps attendu. Il avait été approuvé par le précédent cabinet sous la présidence de Paul Bérenger mais n'avait pu être présenté à l'assemblée nationale en raison des élections générales. C'est pratiquement le même projet de loi qui a été présenté et l'on ne pouvait faire de la démagogie et le rejeter", explique le leader du MSM.

Il explique avoir quand même suggéré quelques ajustements puisque le projet de loi aura été présenté près de quatre ans après sa préparation. Aussi, M. Jugnauth dit son appréciation que ses suggestions concernant nommément le rehaussement du plafond pour déclarer faillite ainsi que la vocation préventive à être aussi donnée à l'Insolvency Service ont été considérées par le ministre des Finances.

Sur le même sujet, le leader du MSM est d'avis que les responsables d'entreprises doivent être "answerable" de leurs éventuelles "incompétences" ou "irresponsabilités" ou de toute décision "délibérée" visant à la perte de leurs entreprises. Il est tout aussi d'avis qu'en cas de faillite les salaires des employés doivent avoir préséance sur toute taxe à être payée au gouvernement.


1er mai : militants MSM "gonflés à bloc"

Pravind Jugnauth estime par ailleurs que les nouvelles augmentations des prix de l'essence et du diesel après l'exercice de l'Atomatic Pricing Mechanism de cette semaine ne sont pas justifiées. Il explique que le stock de produits pétroliers de la STC a été acheté il y a trois mois et que c'est, de ce fait, "malhonnête" pour elle de "brandir" le cours de $46,50 le baril du mois de mars.

Pour le leader du MSM, la "vérité" de ces nouvelles augmentations des prix des carburants s'explique par l'opération "suicidaire" de "hedging" sur les carburants qui, dit-il, aura occasionné des pertes de Rs 160 millions pour la STC "en un mois seulement".

Évoquant la mobilisation en prévision du rassemblement MSM du 1er mai, M. Jugnauth assure que les militants de son parti son "gonflés à bloc", surtout après son élection à la partielle du N°8. De manière générale, il est d'avis qu'il y a un fort courant qui estime que l'avenir est avec le MSM. C'est à Place de la Gare à St-Pierre que le MSM, rappelle son leader, tiendra son rassemblement du 1er mai "pour dire mille fois merci" à l'électorat du N°8.

Par ailleurs, répondant à une question, le leader du MSM a dénoncé la brutalité dont ont fait preuve, dit-il, "certains policiers" à l'encontre des femmes salariés manifestant contre les conditions de leur licenciement mardi devant l'assemblée nationale. Bien qu'il reconnaisse que la loi interdit à quiconque de manifester devant le Parlement quand les élus sont en session, Pravind Jugnauth dit comprendre la "tragédie" que vivent ces licenciées et est d'avis que c'est "dans un moment de désespoir" qu'elles auront exprimé leur misère devant l'assemblée nationale.

"Je ne pense pas qu'il fallait, en la circonstance, faire usage d'autant de force à leur encontre, même si la police se devaient de maintenir l'ordre. Ils auraient pu parlementer. En tout cas, ce n'était pas correct de la part de certains policiers de brutaliser ainsi certaines des manifestantes", déclare M. Jugnauth.

Abordant enfin le conflit qui oppose le MSM au journal l'express, Pravind Jugnauth soutient que c'est son "droit démocratique" de critiquer la ligne éditoriale de notre confrère. Revenant à ses dernières critiques contre ce quotidien, M. Jugnauth dit avoir déclaré à son auditoire à Le Hochet que l'express "a son agenda" et reconnaît avoir appelé au boycott de ce titre. Il récuse en revanche avoir réclamé le bannissement de ce journal. "En tant que démocrate, j'accepte sa présence, même s'il m'est défavorable tout comme, en tant que démocrate, j'ai le plus grand respect pour Le Militant, le journal de mon adversaire", dit-il.


Rassemblement du 1er mai

Maurice Allet souhaite "une opposition unie"

Les bleus ne tiendront pas de meeting politique le 1er Mai. Le parti a décidé de soutenir la classe ouvrière et appelle à la participation de ses partisans au rassemblement des syndicalistes. "Le 1er Mai, c'est la journée des travailleurs et c'est à leur côté que nous serons", explique le leader du parti, Maurice Allet. Il a profité de sa conférence de presse, vendredi dernier, pour lancer un appel à "une opposition unie pour le peuple et non une "opposition loyale" envers le gouvernement".

"L'heure est au pardon," estime Maurice Allet. Un pardon qui entraînerait la réunification d'une alliance PMSD/MMM/MSM. C'est son souhait d'une opposition unie à l'Assemblée nationale. Après la prise du pouvoir de Navin Ramgoolam, Sir Anerood Juguauth a été humilié, sur la place d'armes en 2005, mais ce dernier a par la suite su pardonner", affirme Maurice Allet. Citant cet exemple de pardon, le leader du PMSD demande donc aux leaders du MMM et du MSM de tirer un trait sur le passé afin de reconstruire ce gouvernement qui était, selon lui, "un bel exemple d'unité". Ces propos, soutenu par le leader adjoint du parti, Eric Gimbeau devait déclarer que c'est le virus raciste et le "noubalisme" qui séparent le PMSD du PTR. "Avan kot ti pe tann sa bann group socio-ciltirel la? Kot ti ena sa? mo bann to bann?" demande-t-il.

Le PMSD n'est pas insensible aux problèmes que rencontre la classe ouvrière, soutiennent ses leaders. Ils appellent en masse à une mobilisation en masse au rassemblement syndical, le 1er mai prochain. Toutefois, aucun drapeau bleu ne figurera au rassemblement des syndicalistes, avance Maurice Allet pour la simple raison que le soutien PMSD n'est pas un gain politique. Selon les leaders bleus, "Travayer p gagne tappé kuma lissien (...) C'est innacceptable dit-il, les travailleurs doivent lutter pour leurs droits". Par ailleurs, le PMSD estime que le 1er mai, devrait être une occasion de rassemblement familiale. Maurice Allet, invite de ce fait, la population à assister au "PMSD Live Music Festival", qu'organise le parti du 1er mai, dans l'après-midi à Malherbes, Curepipe.

Dans un autre volet, Eric Gimbeau a lui abordé le boycott de la presse écrite notamment, Week-End et l'Express. "Depuis peu, ces deux journaux ne bénéficient plus d'aucune publicité de la part du gouvernement", indique Eric. "C'est porter atteinte à la presse libre. Kot democratie ladan?" Le PMSD est révolté par cette situation, qu'il estime de "une porte ouverte à de la dictature", selon lui. Plus révoltant encore, aux yeux des bleus, "Bane publicités la payé par tax-payers. C'est nou bane ti dimoun, ki paye tax".


Assemblée nationale

Mardi dernier: Grand calme pour une reprise

Une reprise dans un grand calme. En effet, aucune étincelle pour la grande rentrée parlementaire de mardi dernier. On en était au round d'observations, les uns guettant les autres pour voir s'il y avait convergence entre une faction et une autre, d'autant plus qu'a été assermenté un tout nouveau député en la personne du leader du MSM, Pravind Jugnauth. Entre l'officielle et la loyale, l'opposition a tenté de jouer son rôle sans trop se forcer et un gouvernement, plutôt content de ne pas être mis en difficulté au tout début de cette année parlementaire, les indépendants, à l'instar de Joe Lesjongard qui a fait une sortie contre les avatars du transport gratuit.

C'est par la prestation de serment du nouveau député Pravind Jugnauth que les travaux ont commencé mardi. Les applaudissements étaient très chauds dans les travées du MSM, sans débordements sur les bancs du gouvernement et plutôt tièdes dans les rangs du MMM, avec le leader de l'opposition tambourinant la table du bout du doigt.

Cet événement a été marqué par une forte présence des proches et activistes du MSM. En sus de Kobita Jugnauth et de son frère Sanjeev Ramdamnee, de nombreux apparatchik orange, tels les anciens ministres Emmanuel Leung Shing et Ravi Yerrigadoo et les députés Rashid Daureeawoo et Ashit Gungah, parmi lesquels avait pris place le maire travailliste de Beau Bassin/Rose Hill, Rajkumar Aubeeluck, ainsi que des activistes du MSM.

Place ensuite à une déclaration de Kailash Purryag que la séance a commencé, le Speaker étant visiblement fier des travaux réalisés dans l'hémicycle, réfection du mobilier, remplacement de la moquette, installation d'équipements digitaux et meilleure sonorisation. Il a rappelé que cela fait 42 ans que tout cela n'avait pas été changé et que, conformément aux engagements pris dans des forums parlementaires, Maurice s'achemine aussi au "e-parliament".

Ce coup de neuf est certes bienvenu, mais il ne concerne que l'hémicycle et ses alentours. Les toilettes des femmes sont toujours dans un état lamentable avec des sanitaires d'un autre siècle. Ces travaux ont aussi, hélas, été accompagnés d'un renforcement de la sécurité tous azimuts, proches de la paranoïa, avec, par exemple, des portes électroniques, même pour accéder au mess des messengers, là où les journalistes se rendent pour récupérer ordre du jour, textes et autres documents.

Dans l'hémicycle, on peut regretter que le fond blanc du mur vis-à-vis de la chaire du Speaker détonne avec le reste et qu'ils fassent très écran de cinéma. Ceux qui ont travaillé à la rénovation du lieu auraient pu mettre les artistes mauriciens à contribution pour la réalisation d'une fresque retraçant les grands moments de la vie du Parlement mauricien.

Hommage à Gaëtan Gangaram

Après les problèmes d'intendance, l'attaque de l'agenda. Avec pour entame un hommage à l'ancien député Gaëtan Gangaram, décidé le 15 février dernier. Il avait été député de 1983 à 87 et avait aussi présidé, de 2000 à 2003, le conseil d'administration du Nelson Mandela Trust Fund for African Culture. Le Speaker et le leader de l'opposition se sont joints au Premier ministre par intérim, Rashid Beebeejaun, pour présenter leurs condoléances et celles de la chambre à la famille du défunt.

La Private Notice Question qui était consacrée à un sujet de brûlante actualité, les deux nouveaux textes sur les relations industrielles, s'est déroulée dans une ambiance très civilisée. Si d'un côté le leader de l'opposition a contesté l'abolition du Termination of Contract of Service Board et a réclamé sa réouverture dans un contexte marqué par les licenciements et les Rs 16,4 millions mensuels que représente la contribution de 1% des salariés, le ministre Jean-François Chaumière, qui s'en est plutôt bien tiré, a dit qu'on ne peut avoir un débat permanent sur ces textes et qu'il faut maintenant voir comment ils fonctionnent.

Le nouveau député du MSM de même que ses collègues ont pleinement participé à cet exercice qui a témoigné d'interventions ponctuelles de Kailash Purryag pour écarter toute interruption intempestive. À certains qui tentaient de petites piques à l'endroit du leader de l'opposition, un cinglant rappel du Speaker à l'effet qu'il n'y a "qu'un seul ministre du Travail" dans cet hémicycle. Si, d'un côté, l'absence de Rajesh Bhagwan, en visite médicale à l'étranger, n'est pas passée inaperçue, les animateurs habituels de la "shouting brigade" gouvernementale, Nita Deerpalsing et James Burty David, présents, eux, se sont comportés de manière exemplaire mardi. Rashid Beebeejaun, pas tellement inquiété lors de la tranche des questions pour le Premier ministre, sera néanmoins mis à rude épreuve sur l'interpellation de Nadarajen Pillay pour avoir essayé d'entrer en communication avec le Premier ministre. À Ajay Gunness qui voulait savoir si ce journaliste de la MBC n'avait pas pour habitude de converser au téléphone avec Navin Ramgoolam, le chef du gouvernement par intérim a dit ne pouvoir confirmer une telle chose.

À noter durant cette tranche le coup de gueule de Joe Lesjongard sur l'accident qui a causé l'amputation d'une collégienne de Terre Roue qu'il a mis sur le compte de la gratuité du transport, ce qui a soulevé des cris indignés des bancs de la majorité alors même que Rashid Beebeejaun a énuméré les mesures prises pour venir en aide à la jeune fille.

Attitudes policées et bastonnades policières

S'est également fait remarquer Mahen Jhugroo qui, publiant qu'il fait partie de l'opposition loyale, a voulu poser une question supplémentaire sur un membre de l'assemblée nationale qui aurait été accusé de violence domestique. "Pas bon", a déclaré le leader de l'opposition alors que le Speaker annonçait qu'il rejetait la question. Chiffres effarants sur ce problème de société, 1 933 cas rapportés en 2008 et 406 de janvier à mars 2009 et 418 de violation du Protection Order.

Un seul texte débattu, le Insolvency Bill, annoncé par le ministre du Développement économique et des Services financiers Sushil Khushiram depuis 2002 et qui est venu dans sa version finale. Rama Sithanen a expliqué que, dans la conjoncture, c'est le texte qu'il fallait tandis que le leader de l'opposition a regretté que le projet ne tienne pas compte des nouvelles réalités nées de la crise économique et que les travailleurs ne viennent qu'en troisième position après les banques et le fisc. Il a parlé de "debt recovery bill".

Même tonalité de son collègue Jayen Cuttaree. Ton, par contre, plus loyal de la part de Pravind Jugnauth qui s'est approprié une partie de la paternité du texte pour y trouver une heureuse coïncidence que le texte est présenté le jour même où il fait son come-back à l'assemblée nationale.

Bilan de la séance : si l'opposition était bon enfant dans l'hémicycle, les syndicats, dans la rue, étaient, eux, très remontés contre le non-paiement des salaires des licenciés de Shibani. Ici, les attitudes policées et, là, les bastonnades policières.


Mardi prochain: Les Rs 300 millions de l'agent travailliste

Les Rs 300 millions avec lesquelles se balade, entre Grande Bretagne et la Suisse, l'agent travailliste Heman Bangaleea intéressent les députés. Deux questions à son sujet seront adressées mardi prochain au Premier ministre, la première de la député du MMM Arianne Navarre-Marie demandant si la police mauricienne a été informée de l'interpellation en Suisse du chauffeur de Mauritius Telecom et, la seconde, de la même veine, de Mahen Jhugroo.

Les autres questions adressées au Premier ministre, Navin Ramgoolam, porteront sur les tests ADN obligatoires (Maya Hanoomanjee), les cours au sein de la force policière et les agressions dans la région de St Pierre (Suren Dayal), le Fact Finding Committee sur les inondations (Mahen Jhugroo), la réforme électorale et la télévision privée (Éric Guimbeau), les étrangers sans permis de résidence à Maurice (Yatin Varma), le code de conduite électoral (Sekar Naidu), la disparition des Rs 22 millions de la MPCB, la disparition d'un bateau dans le port et les doléances contre les policiers (Fazila Daureeawoo), la MBC (Ajay Gunness), les promotions dans la police (Mireille Martin), les honoraires touchés par Sir Victor Glover pour les travaux du Fact Finding Committee sur Indira Manrakhan (Jean-Claude Barbier), la police et le changement climatique (le Dr Ramloll), les délits sexuels sur mineurs (Françoise Labelle), Madagascar, le problème de Subutex (Nando Bodha), le poste de Coast Marine Commander dans la police et la signature du Protocole sur le genre (Dany Perrier), l'affectation d'un hélicoptère à Rodrigues (Nicolas Von Mally) et les arrestations pour non-production de permis de conduire (Sheila Grenade).

Pour les autres ministres, une palette d'interpellations dont celles sur Air Mauritius de Shekar Naidu qui demandera au ministre des Communications extérieures l'identité et les conditions de service du nouveau président du conseil d'administration, d'Ajay Gunness sur l'emprunt que cherche à contracter la compagnie d'aviation nationale auprès du National Pension Fund et de Nando Bodha sur d'éventuels licenciements.

Les terres de l'État intéressent toujours le député du PMSD Éric Guimbeau qui demandera au ministre des Terres et du Logement où en est le projet de révision des conditions des baux industriels et commerciaux de même que le détail des baux accordés à 46 fonctionnaires du ministère.

L'avortement sera par ailleurs évoqué par la député du MSM Mireille Martin avec une question pour la ministre de la Femme sur les mesures envisagées pour aider les femmes qui ont souffert de complications des suites d'une interruption de grossesse. Son collègue Showkutally Soodhun s'intéresse à l'Empowerment Programme et ses réalisations de même que la restructuration en cours à la Banque de Développement.

Joe Lesjongard a pour sa part trois questions sur les investissements du NPF, sur le NRPT et sur deux enfants qu'aurait refusé de prendre le CEDEM. La Corporation nationale de transport fait par ailleurs l'objet de deux questions, l'une d'Ajay Gunness sur un éventuel projet de privatisation et l'autre de Shekar Naidu allant dans le même sens.

Mauritius Telecom reste d'actualité avec, cette fois, un projet de départ à la retraite volontaire qui interpelle le député Alan Ganoo, lequel réclame par ailleurs la convocation des tripartites pour discuter de la compensation salariale.

À l'item texte de loi, le Additional Stimulus Package Bill de Rama Sithanen, qui contient un train de mesures pour faire face à la crise économique. À l'ajournement des travaux, le député Yatin Varma va poser le problème du relogement de la cité de Union Vale.


Cà va se savoir

Ravi Gunnoo lorgne du côté du MSM

Démisionnaire du MMM pour n'avoir pas été promu du comité central au bureau politique, Ravi Gunnoo lorgnerait du côté du MSM. Ce parti s'intéresserait à l'ancien président de l'aile jeune du MMM pour combler un certain déficit au niveau de sa composition sociologique dans la perspective de son attachement aux "réalités" du pays. Cette approche fait partie de la stratégie du MSM à attirer des seconds couteaux mauves - à défaut des premiers comme le sont Sekar Naidu et Joe Lesjongard- au MSM.

L'intervention remarquée de Ahmad Jeewah

Intervention remarquée de Ahmad Jeewah au bureau politique du MMM lundi dernier. Conscient qu'à l'instar d'un Pradeep Jeeha, certains songent à communaliser jusqu'au choix de la direction du parti, l'ancien président a fait quelques mises au point pour demander que l'on en finisse avec certains discours qui ne font pas honneur à ce que le MMM a historiquement représenté sur l'échiquier. Ce fut une espèce de remise à jour bienvenue du "à bas la lutte des races" si chère aux membres fondateurs du MMM.



p o l i t i q u e WEEK-END --- dimanche 5 avril 2009