o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 5 avril 2009



  Faits et effets… - Et notre stimulus à nous…
  Humeur - Sauter pour mieux reculer
  Pris sur le vif - Sacrifice


Faits et effets...

Et notre stimulus à nous…
Josie Lebrasse


L'Assemblée nationale sera, mardi prochain, appelée à débattre et à voter l'Additional Stimulus Package (Miscellaneous Provisions) Bill. Pour ce que l'on a déjà enregistré comme commentaires, cela risque de chauffer et constituer un singulier contraste avec la séance de mardi dernier, marquée par un calme exceptionnel.

L'opposition loyale, comme elle se décrit elle-même, applaudira le ministre des Finances. Eh oui, c'est possible, on en a eu un avant-goût déjà sur le Insolvency Bill avec une intervention "soft" de Pravind Jugnauth. Ce n'est que la deuxième fois qu'il est au Parlement et la première fois qu'il siège dans l'opposition, faut le comprendre, il cherche encore ses marques. Pas toujours facile ni commode, d'ailleurs, d'assumer ce grand écart qui consiste à avoir été élu avec les votes massifs de l'électorat du gouvernement et de siéger dans l'opposition.

L'opposition réelle s'éveillera pour dire ses quatre vérités au gouvernement et dénoncer surtout le "cadeau" - expression chère, jadis, au leader du MSM du temps où il pourfendait les largesses de Rama Sithanen au secteur privé -, le seul point focal relevé par le MMM dans ce fouillis de mesures, anciennes et rebaptisées pour la circonstance dans cette enveloppe visant à stimuler une économie gravement menacée.

Stimulus surtout pour le secteur privé et rien pour le salarié. Contrairement aux autres pays qui ont agi sur plusieurs fronts pour relancer leur économie et protéger les plus bas salaires, comme en Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion, ici, ce sont les salariés et les consommateurs qui, après avoir hier porté seuls le fardeau de la réforme, assurent encore aujourd'hui presqu'exclusivement celui de la relance souhaitée.

Nul besoin de revenir sur la flambée des prix ces dernières années. On nous avait annoncé la baisse de 4 000 produits dans le dernier budget. On est à quelques semaines du prochain et on n'a toujours rien vu venir de ce côté-là ! Face à cette constante érosion du pouvoir d'achat des plus pauvres et de la classe moyenne, jamais rattrapée avec des compensations salariales bien en deçà du taux d'inflation à deux chiffres. Au lieu d'améliorer le pouvoir d'achat et de donner un petit coup de pouce à la consommation, on a fait mieux, on a ponctionné 1% des salaires des employés pour financer leur propre mise à pied.

Ajoutés à cela la National Residental Property Tax, la taxe sur l'épargne et les frais d'examen revenus à la charge de la majorité des parents parce que la barre des Rs 7 500 par mois exclut des familles également dans le besoin comme ces ménages qui touchent Rs 8 000 mensuellement. Lorsqu'il vous arrive d'excéder de peu la limite de vitesse, ce n'est plus Rs 500 mais Rs 2 000 d'amende qui vous attend. C'est normal, ceux qui votent ce genre de texte se déplacent, pour la plupart, dans des limousines conduites par des officiers de police. Ils ne connaissent pas les petites misères du grand public voyageur.

Comme si ce n'était pas assez, un drôle de Père Noël est passé fin décembre. La légende n'a pas été respectée. Ce n'est pas par la cheminée que le visiteur du 24 décembre est passé mais par les compteurs du CEB qui semblent avoir tourné de manière tellement folle que cela s'est reflété après par un doublement et un triplement même, dans certains cas, de la facture d'électricité. Selon certaines victimes de ce dérèglement resté jusqu'ici sans explication valable, il faudrait maintenant inclure le paiement de l'électricité dans le Hire Purchase Act.

La saga des prix des produits pétroliers est, elle, encore plus scandaleuse. Alors que ce 1er avril, le gaz a, en France, baissé de 10%, ce qui n'est pas négligeable en termes d'aide au pouvoir d'achat, ici, c'est le contraire, les produits augmentent parce que ce sont les consommateurs qui doivent payer pour les mauvais choix de "hedging" des seuls cadres de la State Trading Corporation et qui ont coûté la bagatelle de Rs 2,8 milliards.

Même irresponsabilité et même légèreté qu'à Air Mauritius, sauf que nous ne sommes ni en Europe ni aux États-Unis où, en ces temps de crise, ceux qui fautent ou qui plaisantent avec l'argent des actionnaires et des contribuables sont carrément renvoyés ou exposés à la critique, à la vindicte populaire et à la sanction des autorités gouvernementales ou régulatrices. Ici, rien de tout ça, business as usual à la STC comme à Air Mauritius, ce sont les usagers de la route comme des cieux qui trinquent. Et certains continuent à se gargariser de slogans sur la bonne gouvernance et la gestion prudentielle. Franchement écœurant !

Si, ailleurs, on part en guerre contre les parachutes dorés, les stocks-options et les généreux bonus, ici, la discipline salariale c'est que pour les petits et moyens salariés. Aussi, il est difficile, en ces temps de vaches maigres, pour le plus grand nombre de faire accepter les Rs 800 000 mensuelles de Manoj Ujodha, les Rs 700 000 du Sud-Africain viré pour gestion catastrophique du "hedging" à la South African Airways et miraculeusement repêché à la direction financière d'Air Mauritius et les Rs 350 000 du secrétaire financier Ali Mansoor.

Vous avez dit démagogie ? Non, pas du tout, parce qu'on pourrait tout aussi bien ressortir tout ce qui a été dit par Navin Ramgoolam et Rama Sithanen entre 2000 et 2005 et revenir sur les promesses de leurs alliés aussi, comme celle de ne plus faire payer le "dilo sale", ces frais de connexion au tout-à-l'égout qui, non seulement n'ont pas été abolis comme promis, mais sensiblement augmentés depuis mars 2008. Alors, faites gaffe…




Humeur

Sauter pour mieux reculer
Jean-Claude Antoine


Le gouvernement de l'Alliance sociale maîtrise au moins une chose : la capacité de prendre une décision sans réfléchir à ses éventuelles conséquences. En courant le risque d'avoir à l'annuler ou l'amender après que ses conséquences négatives non anticipées aient été mises en exergue. Mais, en dépit de quelques expériences désastreuses que nous allons recenser, il continue de plus belle à sauter pour mieux reculer. Commençons par la plus coûteuse de ces mesures, décréter gratuit le transport scolaire en 2005. Dans le principe, c'était une bonne mesure mais, dans l'application, ce fut une véritable catastrophe. Cette mesure, surtout destinée à rendre populaires le gouvernement et son

Premier ministre, fut prise sans aucune étude sur le nombre de passagers concernés, leurs horaires de déplacement, le nombre d'autobus nécessaires, un système de contrôle et, surtout, son coût. Ce n'est qu'après l'avoir proclamé que le gouvernement se rendit compte que cette décision allait coûter Rs 600 millions, générer des problèmes à n'en plus finir et désorganiser la vie scolaire. Il se rendit également, et tardivement, compte que sans un système de contrôle, sa mesure allait surtout profiter aux collégiens qui avaient la possibilité d'aller faire l'école buissonnière aux quatre coins du pays et aux propriétaires d'autobus individuels qui faisaient payer le prix fort pour un service qui était, soyons polis, loin d'être satisfaisant. La réalité obligea bien vite le gouvernement à faire ce qui aurait dû avoir été fait au préalable : étudier le problème.

Pensez vous que cet insuccès, c'est encore une formule de politesse, poussa le gouvernement à plus de prudence dans ses plans, à analyser les possibles conséquences avant de prendre une décision? Pas du tout. L'année dernière, il imposa l'heure d'été en annonçant que c'était une formule miracle qui allait permettre au pays et à ses habitants de faire de substantielles économies d'énergie. Comme à chaque fois que le gouvernement prend une décision, tous les ministres et la plupart des députés vantèrent la mesure. Une vague d'experts soutinrent la mesure dont le président du conseil d'administration du CEB. Comme pour le transport scolaire gratuit, ce n'est que lorsque l'heure d'été fut appliquée que l'on se rendit compte de ses nombreuses failles et du fait que son principal argument de vente - l'économie d'énergie - était une plaisanterie. Elle a été tellement mauvaise cette heure d'été qu'on ne parle plus de faire un bilan de l'énergie que cette mesure miracle a permis de réaliser. Preuve que le bilan est loin d'être positif : le président du CEB a même dit que l'initiative de cette mesure n'avait pas été proposée par ses services. Entre-temps, une autre mesure à la va-vite avait été prise dans l'Education. Le précédent ministre, qui avait réintroduit et vanté le concept de la protection des élites, prit une bonne décision : augmenter d'une demi heure les heures des classes des collèges. Mais, comme il s'était mis à dos le corps enseignant, les syndicats, les parents et les élèves par son arrogance, il se retrouva face à un mur infranchissable. L'alliance profs, élèves, syndicats - et, on le dit moins mais son rôle fut déterminant dans l'affaire : les donneurs de donneurs de leçons particulières - obligea le gouvernement à exiger de son ministre de l'Education d'annuler sa mesure à toute vitesse. Il le fit la queue entre le jambes avant de changer de portefeuille lors du remaniement ministériel qui suivit. La dernière mesure dans la série sauter pour mieux reculer du gouvernement concerne les nouvelles lois contre le tabac. Dans l'absolu, le gouvernement a raison : la cigarette est nocive pour la santé, son odeur indispose ceux qui ne fument pas et il n'est pas juste de la leur imposer. Mais, dans son désir de légiférer, pour respecter - pour une fois - les conventions internationales qu'il a signées, le gouvernement a fait rédiger, voter et promulguer une loi dont on commence seulement à découvrir les incohérences. A tel point qu'on peut se demander à quoi pensaient ses rédacteurs en la rédigeant ! Des confrères ont relevé les oppositions entre certaines clauses de la nouvelle loi, les modifications apportées par le ministère de la Santé dans la dimension des designs sur les paquets de cigarettes, etc. Évoquons deux points incompréhensibles de cette nouvelle loi. Le premier autorise quelqu'un à fumer chez lui avec sa femme, mais lui interdit de le faire dans SA voiture avec sa même femme. Depuis quand une voiture privée est considérée comme une voie publique dans ce pays ? Ce qui est plus choquant, c'est que la nouvelle loi interdit de fumer sur la voie publique dans les villes et villages du pays, mais autorise les fumeurs à se livrer à leur passion - qu'on a de plus en plus tendance à qualifier de vice - sur les plages publiques !!! Quel est donc le message que véhicule cette clause de la loi votée par un gouvernement dont les membres ne ratent pas une occasion pour parler de défense de l'environnement, de développement durable et autres slogans écologiques qui font joli dans un discours ? Ne polluez pas nos villes, mais transformez nos plages en cendriers !!! Comme dirait l'autre : marqué gardé, un de ces jours un écologiste va entrer une affaire en Cour sur ce point précis et comme il le fait généralement, le gouvernement va bourrer en désordre. Ou, pour écrire plus poliment, va encore une fois reculer après avoir trop rapidement sauté.


PS : Mardi dernier, des ouvrières qui viennent de perdre leur emploi ont manifesté devant le Parlement. Elles ont été maltraitées par la police et certaines d'entre elles ainsi que des syndicalistes arrêtés et traduits en justice. L'incident semble avoir totalement échappé à la ministre de La Femme. Si dans pareil cas le ministre de la Femme ne se sent pas interpellée, à quoi sert-elle ? A essayer de faire joli au Parlement ?




Pris sur le vif

Sacrifice
Jean-Claude Antoine


- Tu n'as pas bonne mine, du tout, toi. Tu es malade ou bien to fine blié mette to make-up ce matin ?

- Non, toi… je viens juste de boire deux jus de tamarin pour faire baisser ma tension…

-…qu'est-ce qui t'arrive encore… ton bonhomme…

-… toi, comme tu entends dire que j'ai un problème, tu penses automatiquement à mon mari… si tu n'étais pas ma meilleure amie, je commencerais à me poser des questions…

-…aiooo… comment tu peux causer n'importe comme ça, toi…tu sais que tu es plus qu'une sœur pour moi…

-… ne dis surtout pas ça, toi… surtout que tu sais très bien ce que ma garce de sœur est capable de faire et de dire !!!!

- Mais alors pourquoi tu as bu deux verres de jus tamarin en pleine journée?

- C'est à cause du journal.

- Ah bon… j'ai pas eu le temps de jeter un coup…quel est le scoop ?

- … au Parlement le ministre des Finances a donné le salaire du secrétaire financier…

-… ce mauricien qui a quitté le Fonds Monétaire je ne sais pas trop quoi la ou une grande banque, pour venir travailler à Maurice ?

- Li même.

- Il parait qu'il touchait des fortunes à l'étranger et a décidé de tout quitter pour venir aider le pays. C'est bien ça, non! Moi je ne connais pas beaucoup de gens qui feraient ce sacrifice-là.

- En tout cas, je peux te dire une chose : si c'est un sacrifice, c'est un sacrifice très bien payé

- Oui, mais lui, il a les compétences et puis l'expérience internationale. Alors combien il touche comme ça ?

- Laisse moi te dire d'abord qu'il a droit en plus de son salaire, de ses salaires parce que c'est tellement gros ki bizin mette ça au pluriel, à son téléphone est payé, il a une car allowance et deux billets d'avions en business class, s'il te plaît, pour aller aux Etats-Unis.

- Écoute, toi, c'est un peu normal non. Il s'est sacrifié pour aider le pays non? Il lui faut quelques compensations quand même. D'après ce que j'ai compris, il gagnait deux, trois fois plus, dehors et que comparé à ce que certains touchent dans le secteur privé, ce n'est pas grand-chose.

- Pas grand-chose ? Le problème c'est que c'est toi et moi qui payons le prix de son sacrifice. Et, crois moi, c'est un sacrifice mari lourd à porter. Et après je ne comprends pas une affaire: si tu acceptes de faire un sacrifice, tu l'acceptes totalement sans demander des compensations ou alors on ne parle pas de sacrifice. Un point c'est tout.

- Ok, ok et dis moi combien il touche comme ça comme salaire ?

-Rs 335, 000 par mois.

- Tout ca ?

- Effectivement, c'est une grosse somme. Ca fait combien ça ?

- Comment ça fait combien ça ? Ca fait 335,000 roupies par mois. Bizin dire toi ça en anglais pou to comprend.

- Laisse moi t'expliquer : je sais que c'est une grosse somme, mais je ne vois pas ce que ça représente. Tu sais, dans ma famille on n'a pas l'habitude de jongler avec l'argent. Alors il me faut un élément de comparaison : qu'est-ce qu'on peut acheter avec Rs 335,000 ?

- Ah d'accord! Dis moi combien tu dépenses pour tes commissions par mois au supermarché.

- Toutes les affaires pour un mois full, avec tout ce qu'il faut pour la maison, la mangeaille tout ça ? Un dans l'autre, on va dire facilement Rs 15,000 pour un caddie.

- Très bien donne moi une seconde je vais faire le calcul pour toi. 335,000 divisé par... non... c'est pas assez... 335,000 par... la c'est trop beaucoup. Voila... je l'ai... Avec le salaire mensuel du secrétaire financier tu peux acheter des commissions pour presque deux ans, plus exactement pour 23 mois et demi à Rs 15,000 le mois.

- Deux ans de commissions de la maison ? Deux ans de caddies. Tu es sûre?

- Regarde toi-même.

- To capave donne moi ene grand verre jus tamarin ?





o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 5 avril 2009