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Avec le président du CTSP
Reeaz Chuttoo : "Travayer finn konpran ki si pa bouze
pas pou gagne nanien"
Les principaux dirigeants de la Confédération des
travailleurs du secteur privé (CTSP) se sont vite remis
à l'ouvrage après les incidents de mardi dernier
où quatre syndicalistes et des travailleurs de l'usine
Shibani ont été interpellés par la police
pour avoir manifesté devant l'hôtel du gouvernement.
Avec un cahier de revendications très étoffé,
allant de la déduction de 1% sur les salaires aux menaces
qui pèsent sur l'emploi en passant par le National Pay
Council (NPC), le CTSP, avec l'appui d'autres confédérations
syndicales, annonce une série d'actions dans les jours
à venir pour afficher sa force vis-à-vis du gouvernement.
"Le plus gros point de satisfaction que nous notons après
les événements de cette semaine c'est qu'il y a
un sentiment à la base que nous bizin bouzé
aster. Travayer finn komans konpran ki si pa bouzé pas
pou gagn naryé", analyse Reeaz Chuttoo, président
du CTSP. Cette semaine a en effet été marquée
par les manifestations des licenciées de Shibani devant
l'hôtel du gouvernement (voir plus loin) et l'interpellation
de syndicalistes et travailleurs par la police.
Le dirigeant syndical relativise ces événements
en ces termes : "Cette manifestation a démontré
que les travailleurs prennent leurs décisions indépendamment
des conséquences. D'ailleurs, le ministre Chaumière
a demandé à les rencontrer le lendemain de la manifestation.
Et nous rappellerons au ministre que nous ne sommes pas en train
de recruter des membres en aidant les travailleurs de Shibani.
Ils ne sont pas syndiqués. Mais nous les soutenons comme
n'importe quel travailleur syndiqué."
Les mises en garde ne manquent pas depuis ces derniers jours.
"Le ministre Chaumière est en train d'entrer sur
un terrain glissant", prévient le syndicaliste
après une analyse de ses déclarations tout récemment
dans la presse. "Pou nou li pé assise lor ene volcan
parce ki li pa ti impliqué dans préparation de sa
deux nouveau lalwa là. Li ki ene fervent partisan du PM
jamais pou osé contrarié Navin Ramgoolam. Et en
tant que ministre du Travail, il devrait se montrer plus ouvert
envers les travailleurs au lieu de leur faire croire que les syndicalistes
pé anbet zot. Il a eu la réponse avec les travailleurs
de Shibani ki fine dire li ki zot assez grand pou pran zot décision
et ki personne pas pou anbet zot."
Pour Reeaz Chuttoo, la priorité de la CTSP dans les jours
à venir sera de poursuivre la campagne d'éducation
entamée chez les travailleurs. L'objectif, dit-il, est
de faire comprendre l'actuel "système"
qui est en place et qui mènera les "travailleurs
à leur perte." "Notre priorité est d'assurer
l'éducation de nos membres qui fine subir ene erosion de
zot pouvoir d'achat et ki continué senti zot kouma bann
zenfant pauvres du pays, alors ki PRB fine accordé aux
fonctionnaires en 2008. Ena ene accumulation frustration. Bann
travayers encore pé comporte zot kouma ene consommater
et avec nouveau lalwa, zot pé trouvé qu'il est de
plus en plus difficile de satisfaire leurs besoins. Nou bizin
kapav faire zot konpran qui dans ene situation de crise financière,
kouma zot kapav passe sa lalwa-la", fait-il comprendre.
Le dirigeant de la CTSP énumère plusieurs points
pour soutenir que le cahier de revendications syndicales doit
être redéfini avec les récentes décisions
annoncées par les gouvernements. Il cite les services de
santé payants que le gouvernement veut introduire, l'abolition
des subsides sur les frais d'examen, l'introduction des études
tertiaires payantes pour une partie de la population, sans compter
les questions du jour qui opposent le mouvement syndical au gouvernement.
"Où est l'Equal Opportunity Act quand on demande
à ceux qui ne sont pas admis à l'université
de Maurice de payer Rs 150 000 pour obtenir une place ?"
s'interroge-t-il avant de souligner qu'un mouvement syndical unifié
est susceptible de développer un "vrai rapport
de force."
Le CTSP se félicite d'ailleurs que les autres organisations
syndicales font cause commune sur certains dossiers, dont le National
Pay Council (NPC) qui, dit-il, n'a pas sa raison d'être
dans la forme actuelle. "Le mouvement syndical en général
a compris que nous ne pouvions continuer dans ces discussions
stériles, d'autant plus que son term of reference n'est
pas acceptable. Donc, il paraît que personne ne veut réclamer
des tripartites. Cela devrait déboucher sur une question
de rapport de force. En restant mobilisés, nous aurons
plus de chances de réclamer au gouvernement une compensation
salariale la plus réaliste possible face à la perte
du pouvoir d'achat", soutient-il.
Incidents mardi devant l'hôtel du gouvernement
Licenciées de Shibani racontent: "Nu fine brutalisé,
humilié juste parce ki nu pé réclame nu salaire
ki Rs 3 500 par mois"
Odile, licenciée de Shibani, et ses collègues Maggy,
Ashana, Aisha, Suzette ou encore Vydya n'oublieront pas de sitôt
ce mardi 31 mars lorsqu'elles se sont regroupées devant
le Parlement. "Ti enn des pires zour nu lavie",
disent-elles, "nu ti en colère oui! mais nu aussi
nu mérite nu salaire." Elles réclamaient
tout simplement leur salaire de mars après la fermeture
de l'usine de Phoenix. Une moyenne de Rs 3500 pour la plupart.
Et en retour, elles ont été bousculées, brutalisées
et humiliées. Recit de cette journée d'une centaine
de travailleurs.
Mardi matin. Il est 9h45. Une centaine de travailleurs se rendent
à l'usine, qui a été placée sous administration
judiciaire le mois dernier, pour récupérer leur
salaire pour le mois de mars. "Zot tidire nu vine cherche
nu larzan le 31 mars", disent-ils. Sur place, un des
préposés leur fait comprendre que rien n'a été
prévu dans ce sens. Massés devant l'entrée
de l'usine, ils attendent malgré tout. Le préposé
leur lance: "ki sanla dir vine cherche cash! pas pou gagne
gagne cash azordi!"
La colère des travailleurs monte alors d'un cran, car ils
apprennent en même temps que les travailleurs étrangers
de l'usine ont été payé et rapatriés
dans leur pays d'origine. "Nu fine d'abord téléphone
Jane Ragoo pu demande li ki pou faire. So secretaire dire nu li
dans ene réunion avec Reaz Chuttoo au ministère
du Travail à Port-Louis. Mais zot dire nu ki pou envoye
deux représentants syndicat pou nous", explique
une des ouvrières.
Entretemps, deux véhicules de la police arrivent sur place.
Les policiers demandent aux licenciés de l'usine de ne
pas obstruer la route. Et ils obéissent. Vu qu'il n'arrivent
pas à avoir accès à un des dirigeants de
l'usine, ils décident de se rendre à Port-Louis.
Ils s'organisent. "Nu fine met tout nu ti cash ce ki
nu énan ensam et nu fine réussi gagne deux bus et
un van pour alle Port-Louis pou rencontre Reaz et Jane",
racontent-ils. Les deux syndicalistes participaient entretemps
à une session de travail avec les officiers du ministère.
Une fois à Port-Louis, les travailleurs se dirigent vers
la Victoria House. Regroupés devant l'immeuble, ils apprennent
que le ministre du Travail et des Relations industrielles, Jean-François
Chaumière, se trouve au Parlement. Et il se décide
cette fois d'aller devant le Parlement, dans l'espoir de le rencontrer.
Certains commencent à s'exciter. "Ministre Chaumière
ti dire nu ki li pou aide Receiver Manager ek koz ar li pou ki
paye nu nou salaire mars. Bizin joine li même",
lancent-ils. Les deux syndicalistes, Reaz Chuttoo et Jane Ragoo,
essayent pour leur part de calmer le groupe. Ils les décourage
d'aller manifester devant l'hôtel du gouvernement.
"Personne pas fine oulé konpran. Banne madame là
pas ti oulé konpran", explique un des ouvriers.
Devant l'hôtel du gouvernement, c'est un important effectif
de la police qui les attendait. Les travailleurs demandent à
rencontrer le ministre Chaumière. Les policiers les dissuade.
Les syndicalistes essaient de les contrôler. Les employées,
en grande majorité des femmes, sont bousculées à
un moment par la police qui leur demande de reculer. Alors que
certains parmi lancent dans la foule: "Aret bwar disang
travayer!" Les choses devaient se dégénérer
à ce moment précis. Un employé est arrêté.
Des bousculades s'ensuivent et les coups de matraques commencent
à pleuvoir.
"Zamé fine senti nu humilié koum sa en tant
ki femme. Zot rissé, traîné et donne coup
de pied. Enan madame empoigne zot par zot l'estomac. Zot batte
syndicalistes qui pé essaye calmé bann travayer
la tout", témoigne une des ouvrières avant
qu'une autre n'ajoute: "pas kapav raconté sa kalité
ki la police fine brutalise nu verbalement et physiquement. Zot
dir nu, "risse f... allé! bez simin allé".
Enan même deux madame la police ki fine osé dire
nu "bouss f... allé". Koum sa zot traite
bann madame, bann dimoune ki pe zis demande ki paye zot zot salaire?"
Une des participantes ne cache pas son sentiment de révolte
en révélant que ses collègues ont été
"maltraitées et humiliées" pour un salaire
de Rs 3500. "La majorité gagne ene salaire de base
de Rs 3500. Li parait dérisoire, mais nu nouri nu zenfants
ar sa larzan là. Nu pas pé vine mendié. Nu
pé réclame nu du. Mais kan traite ou koum sa, ou
pas kapav konpran à ki point nu senti nu sali par bann
dimoune ki pa énan leker. Kan nu fini gagne zouré
dans l'usine tout nu lavie, azordi zot maltraite nu parce ki nu
demande ki paye nu. Ou pensé ki nu mérite ça?",
témoigne Odile.
Lors de cet incident, plusieurs personnes devaient être
arrêtées, dont les syndicalistes et quelques ouvriers.
Ils devaient être libérés sur parole dans
l'après-midi avant de comparaître en cour le lendemain.
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