p o l i t i q u e WEEK-END --- dimanche 29 mars 2009



  Assemblée Nationale - Une reprise marquée par le jeu des alliances
  Les trois quarts réclamés par Navin Ramgoolam - "Ce fut une catastrophe avec les travaillistes après 67!" déclare Paul Bérenger
  Instances dirigeantes - D'autres nominations à venir
  Le projet Gamma/Covanta vu par le MMM - Des garanties requises…


Assemblée Nationale

Une reprise marquée par le jeu des alliances

Ce n'est pas l'intendance, ni la moquette ni les nouvelles installations de micro et d'équipements dernier cri qui retiendront l'attention pour la reprise des travaux parlementaires mardi prochain mais bien le jeu des alliances. Avec l'élection du leader du MSM à Quartier Militaire/Moka avec le soutien actif du PTr et sa prestation de serment en tant que nouveau député mardi, les options devraient très vite se préciser pour les uns et les autres.

Face au gouvernement, l'opposition officielle avec son leader, Paul Bérenger qui a définitivement abandonné son projet de démission après la défaite du bloc de l'opposition à la partielle du No 8. Le ton des Private Notice Questions donnera, à coup sûr, une indication des intentions de Paul Bérenger.

Il y a aussi une opposition MSM déjà annoncée comme "loyale" par le Premier ministre. Confirmation d'une alliance électorale déjà conclue entre l'alliance sociale et le MSM ou options ouvertes pour tous, on le saura durant cette session parlementaire qui pourrait être la dernière avant des élections générales que les observateurs estiment pas trop lointaines étant donné les sorties publiques récentes et fréquentes de Navin Ramgoolam dans son fief de Pamplemousses/Triolet.

Les rangs des indépendants augmentent à la rentrée puisque Joe Lesjongard, l'ancien président du MSM a claqué la porte de son parti. Il devrait se placer dans l'hémicycle à la même rangée qu'un autre démissionnaire du MSM, Sekar Naidu. Si Joe Lesjongard n'a pas jusqu'ici dévoilé ses préférences, il devrait préciser ses options avant le 1er mai prochain, laisse-t-on entendre dans son entourage.

Alors que tout le monde croyait une alliance PTr et acolytes et le MSM déjà concrètisée, la nouvelle de tractations, par émissaire interposé, entre Pravind Jugnauth et Paul Bérenger, a jeté la costernation dans les rangs du PTr comme ceux d'une aile du MSM hostile à tout rapprochement avec les mauves.

Ce qui a accrédité la thèse de ce dégel, c'est le ton du discours de remerciements de Pravind Jugnauth le jour de son élection, appelant Ashock Jugnauth à oeuvrer pour "l'unité familiale" et l'attitude détendue qui fut la sienne lors du déjeuner organisé à la State House, le 12 mars en l'honneur du président botswanais Ian Khamma et alors qu'il était à la même table que le leader de l'opposition, Paul Bérenger.

Lorsque la nouvelle de tracatations a été ébruitée et que les travaillistes autant que certains membres en vue du MSM et de certaines organisations socioculturelles qui furent actives lors de la campagne du No 8 en ont pris ombrage, Pravind Jugnauth a dû venir publiquement démentir toute négociation et reprendre aussitôt son petit couplet anti-Bérenger.

Ce qui sera intéressant à suivre à l'Assemblée Nationale, c'est l'attitude de Pravind Jugnauth vis à vis de Rama Sithanen, son successeur aux Finances et celui qui a été sa cible préférée ces derniers quatre ans. En sus des questions, les prochains textes importants qui doivent être débattus sont inscrits au nom du "Vice-Prime minister" et ministre des Finances, le Insolvency Bill, ce mardi et le Additional Stimulus Package (Miscellaneous Provisions) Bill, la semaine suivante sans compter le budget qui doit être présenté dans quelques semaines.

Au sein de l'alliance sociale, certaines composantes s'organisent dans la perspective de ce jeu d'alliances. Pour ne pas se faire oublier, le PMXD et le MR qui annoncent comme imminente leur fusion depuis l'année dernière et laquelle est maintenant annoncée pour septembre, on multiplie les réunions publiques où, pour se faire bien voir par le leader de l'alliance sociale, on le couvre de louanges et on pourfend le MMM et son leader. C'est à la mode en ce moment.

Au sein même du PTr, deux clans, l'un qui s'est manifesté lors de la partielle et qui est en faveur d'une alliance avec le MSM tandis que l'autre penche pour un rapprochement avec le MMM dans la perspective des prochaines consultations populaires. Il appartiendra au Premier ministre de trancher. Il ne sera pas dans l'hémicycle mardi et n'assistera donc pas à la prestation de serment du nouveau député Pravind Jugnauth puisqu'il assiste au sommet spécial de la SADC au Swaziland.

L'agenda de mardi

Quant à l'agenda des travaux de mardi, parmi les questions adressées au Premier ministre et auxquelles répondra Rashid Beebeejaun, celles qui portent sur l'arrestation de Nadarajen Pillay, sur la situation financière d'Air Mauritius, sur l'allégation de trafic d'influence contre un conseiller du Premier ministre, la réforme électorale, les honoraires perçus par l'ancien Chef Juge Victor Glover pour avoir présidé le Fact Finding Committee qui a "blanchi" Indira Manrakhan, l'introduction d'une loi sur la conduite électorale, Madagascar, Tromelin, Rodrigues et les cas relevant de la police comme les délits sexuels et la violence conjugale et les accidents de la route.

Pour les autres ministres, les conditions de service du secrétaire financier qui intéressent le député du MSM Mahen Jhugroo, de nombreuses questions sur le Additional Stimulus Package, le licenciement des syndicalistes de Mauritius Telecom, le "hedging" à la State Trading Corporation, Air Mauritius, l'heure d'été, les deux nouvelles lois du travail, les licenciements, la déduction de 1% des salaires, les recrutements à la Cargo Handling Corporation, à la Mauritius Ports Authority et à Airports of Mauritius Ltd, l'achat de glucomètres dans le service de santé, l'érection d'un monument à la mémoire de Kaya, la Mauras School.

Un seul texte sera débattu, Le Insolvency Bill déjà présenté en première lecture avant les vacances de fin d'année 2008. Présenté par Rama Sithanen, ce projet vise à réglementer les conditions de liquidation des entreprises. En première lecture seulement, le Additional Stimulus Package (Miscellaneous Provisions) Bill et le Centre de Lecture Publique et d'Animation Culturelle Bill, que proposera le ministre de l'Éducation, le Dr Vasant Bunwaree.


Les trois quarts réclamés par Navin Ramgoolam

"Ce fut une catastrophe avec les travaillistes après 67!" déclare Paul Bérenger

"La seule fois où les travaillistes ont obtenu une majorité de trois quarts, sans le MMM, en 67, ce fut une catastrophe pour la démocratie avec le renvoi des élections générales, l'abolition des partielles et des municipales. C'est çà la leçon de l'histoire", a déclaré, hier Paul Bérenger, qui rappelle que cet épisode est intervenu avant la naissance du MMM et il en a aussi profité pour dire que Sookdeo Bissoondoyal a été pris d'une attaque lorsqu'il s'était, au Parlement, opposé aux décisions du gouvernement d'alors.

"C'est un truc du métier sa ki li pé rode faire, li pé cause trois quarts pou faire croire ki li fine fini gagné mais gagné pas encore gagné du tout. Li subtil, li cynique ek li pa bête du tout mais li pas encore gagné". C'est ainsi que le leader de l'opposition et du MMM a commenté les déclarations du Premier ministre réclamant une majorité de trois quarts des sièges aux prochaines élections générales.

Le leader de l'opposition et du MMM a, par contre, dit sa fierté qu'à chaque fois que son parti a participé à des gouvernements de 60/0 comme en 1982 et 1995, ce fut pour consolider la démocratie et, rendre, par exemple, impossible, le renvoi des élections générales.

"Si Navin Ramgoolam a besoin de nos votes pour introduire une bonne réforme électorale, nous sommes là mais, pour faire du tort à la démocratie ou pour faire toute autre mauvaise chose, nous ne serons jamais là", a déclaré Paul Bérenger.

Quant à la réforme électorale, répondant à des questions, il a dit ne pas en avoir parlé avec le Premier ministre ajoutant avoir déjà dit, il y a six mois, qu'il ne pensait pas qu'il était sérieux à ce sujet et que c'est bien dommage. Il y a, observe-t-il, un consensus sur cette réforme puisque personne ne préconise une proportionnelle absolue comme en Israël ou en Afrique du Sud même si certains sont dans la confusion après ce qui s'est passé à Rodrigues, alors qu'il s'agit d'un Parlement régional et non d'une assemblée nationale et si Navin Ramgoolam est sérieux, il n'a qu'à reprendre les consultations sur toute la question, a-t-il déclaré.

Invité à réagir aux récentes déclarations de Pravind Jugnauth, Paul Bérenger a maintenu que son "parti garde ses options ouvertes" comme indiqué la semaine dernière. "L'idéal, c'est qu'il y ait une réforme électorale et que chacun, avec ou sans reforme, ait le courage du MMM pour dire qu'il va seul aux prochaines élections et qu'il y ait une lutte à trois", a-t-il dit.

S'agissant du 1er mai, le leader de l'opposition et du MMM a annoncé que, compte tenu de la situation dans le pays avec les deux nouvelles lois du travail qui font beaucoup de tort aux salariés, le rassemblement de la fête du travail aura pour thème, Les travailleurs avant tout. Paul Bérenger a rappelé que son parti n'a raté aucune occasion lors des débats au Parlement et après pour dénoncer ces deux textes. Il a réitéré l'engagement solennel du MMM de les revoir avant de féliciter les syndicats pour l'unité retrouvée autour du rejet de ces lois.

Commentant la réintégration sans conditions des deux syndicalistes de Mauritius Telecom, il a eu des félicitations pour les deux principaux concernés qui ont fait "preuve de courage et qui ont beaucoup subi" et le mouvement syndical pour la victoire remportée. Mieux vaut tard que jamais, a-t-il ajouté non sans avoir rappelé que, là aussi, le MMM n'a raté aucune occasion pour réclamer leur réintégration.

Rappelant aussi avoir, la semaine dernière, invité le Premier ministre à lui donner tort lorsqu'il dit que c'est avec sa bénédiction que les licenciés n'avaient pas encore été réintégrés, le leader de l'opposition s'est dit heureux que ce soit le Conseil des ministres, présidé par Navin Ramgoolam, qui ait pris, jeudi, une décision en faveur des deux syndicalistes. Il faut maintenant les réintégrer sans tarder et espérer qu'ils ne soient pas éventuellement victimisés, a-t-il déclaré.

Autres thèmes d'actualité commentés, hier, les amendements à la loi concernant le divorce qui, bien qu'ayant été approuvés par le Conseil des ministres, n'ont pas encore été circulés, déplore-t-il. Le leader du MMM a souligné que depuis quelques mois, il y a des bribes d'informations émanant de l'Attorney General, Rama Valayden sur d'éventuels amendements sur le divorce et l'avortement et que des polémiques sont ainsi créées.

"C'est malsain, ce n'est pas une façon de procéder sur des sujets aussi délicats", a-t-il commenté avant de demander que, s'il y a des textes qui sont prêts qu'ils soient circulés afin que tout le monde ait le temps de les examiner et d'en débattre dans le pays, ce qui, dit-il, serait sain et dans l'intérêt de tout le monde.

Paul Bérenger a terminé son point de presse sur le sommet spécial de la SADC qui s'ouvre demain au Swaziland sur la situation économique au Zimbabwe et sur Madagascar est a estimé qu'il est bon que le Premier ministre Navin Ramgoolam s'y rende personnellement et qu'il aurait été mauvais pour notre image qu'il délègue quelqu'un à sa place. Il a dit avoir parlé de Madagascar avec Navin Ramgoolam.

Il s'est personnellement prononcé contre des sanctions à l'encontre de Madagascar et que ce pays ne soit pas suspendu de la SADC mais que, le cas échéant, la mesure de suspension soit assortie d'une condition que les élections soient tenues dans un délai raisonnable.


Instances dirigeantes

D'autres nominations à venir

C'est en compagnie de Deven Nagalingum, secrétaire général adjoint et des membres qu'il vient de nommer au bureau politique et au comité central que le leader du MMM a tenu son point de presse, hier, en prenant le soin d'annoncer que d'autres nominations, de "ceux qui le méritent tout autant" sont à venir, l'exercice ne pouvant se faire d'un seul trait, a précisé Paul Bérenger. Et de dire compter sur ses nouvelles têtes pour participer pleinement à l'intelligence collective du parti.

Ceux qui étaient déjà au comité central et qui ont, depuis peu, été nommés au bureau politique sont Jenny Moteealoo, avocate et membre de la commission des femmes du MMM, Sham Mathura, professionnel de la gestion, Viren Ramchurn, avocat, Vinay Koonjul, directeur et ancien président du conseil de district de Pamplemousses/Rivière du rempart, Reza Uteem, avocat et spécialiste financier, Sailendra Gokhool, économiste et ancien directeur de la State Investment Corporation, Bernard Marie, avocat et Dave Kissoondoyal, expert en informatique et président du Bhojpuri Speaking Union.

Ceux qui font leur entrée au comité central sont Tony Apollon, entrepreneur et fils de pécheur, Kishore Pertab, avocat, Sandy Beedassy (absente hier pour raison de santé), Naveena Ramyead, qui quitte la fonction publique pour s'engager pleinement au MMM, les Drs Basdeo Bhuspoteea, ophtalmologue et Raffick Soregfan dentiste et ancien maire de Quatre-Bornes et Atma Pursan, enseignant qui était candidat aux municipales de 2005.

Quant aux articles de presse qui ont paru sur ses nominations, le leader du MMM a déclaré que "il est évident qu'il y en a qui sont téléguidés par la NIU, comme la liste de noms datant d'une dizaine d'années et ki li clair ki pé rode essaye mette enn dibri, li pas normal et li malsain mais çà pa inquiète nous du tout". Et d'ajouter que "NIU ek nou banne adversaires kapav essaye faire croire le contraire, mais nou enn démocratie fonctionnelle et nou pou continué comme ça!".

Le MMM, a souligné son leader, "est le seul parti qui fonctionne sur une base démocratique, avec un comité central dont les membres sont élus par une assemblée de déléguées, composée d'un membre de chaque branche du parti et par les 20 comités régionaux". Ces instances tiennent des réunions régulières, en quinzaine, à l'instar du comité central qui est l'instance suprême entre deux assemblées de délégués. Paul Bérenger a également expliqué qu'il se plaît souvent à provoquer des débats et à faire des propositions au comité central et qu'il n'y a pas eu de contestation de ses nominations.

Il a aussi précisé avoir, à plusieurs reprises dans les instances du parti, évoqué la tenue de nouvelles élections au comité central d'autant que le délai de deux ans pour leur organisation est passé depuis le dernier exercice de 2005 et qu'il n'y a, jusqu'ici, aucune voix pour suggérer que l'on aille dans cette direction. Il remettra la question sur la table à la réunion du comité central de samedi prochain.

A l'heure des questions, le leader du MMM a reconnu qu'il y a quelques remous autour des nominations mais a dit, "NIU pas NIU", qu'il n'acceptera pas l'argument selon lequel quelqu'un qui aurait appartenu à un autre parti ne puisse être nommé aux instances dirigeantes. "Ceux-ci ne pourront garder à jamais une tâche alors qu'ils ont fait leurs preuve sur le terrain, ils ont toute leur place dans la grande famille du MMM", a-t-il affirmé.

L'absence d'élection ne contribue-t-elle pas à ces remous?. Oui, a concédé le leader du MMM qui a réitéré son intention d'évoquer une nouvelle fois toute la question au prochain comité central. Ceci dit, il a reconnu que de nouvelles élections peuvent être source de frustrations et de tiraillements et que, depuis 2005, personne n'a exigé des élections internes parce qu'il y avait eu les générales et les municipales, tenues dans des "conditions malsaines" et que, là, on est à la veille de nouvelles consultations populaires.


Le projet Gamma/Covanta vu par le MMM

Des garanties requises…

Des garanties sont requises à l'effet que le projet d'incinérateur de Gamma/Covanta ne comporte aucune menace à la santé et l'environnement. C'est ce que réclame le MMM, invité par Week-End, hier, à expliquer les raisons pour lesquelles son parti s'est prononcé clairement sur le projet CT Power et qu'il ne l'a pas fait pour celui de Gamma/Covanta.

Paul Bérenger dit avoir lu attentivement les commentaires d'un expert très respecté, le Dr Khalil Elahee qu'il a trouvé valables. Il ajoute qu'il faut voir tous les détails du projet et ce qui est envisagé pour la protection de l'environnement avant de se prononcer de manière définitive. Il a aussi souligné que le conseiller spécial du Premier ministre, Joël de Rosnay a, lui, utilisé des mots très forts pour dire son opposition puisqu'il s'agit d'un projet d'incinérateur sans filtre.

Disant ne disposer d'aucune expertise pour se prononcer de manière catégorique, il a ajouté que c'est au gouvernement qui dispose de certaines compétences de venir de l'avant avec ses arguments et que s'il ne les a pas, il peut toujours recourir à l'expertise étrangère en vue d'assurer que ce projet ne comporte aucune menace à la santé et l'environnement.

Le leader de l'opposition et du MMM avance que le projet CT Power "sent mauvais depuis le commencement ; c'est puant et c'est polluant, il a été fait en catimini sans appel d'offres", et que le CEB aura à assumer ses responsabilités dans cette affaire qui risque de peser lourd, dit-il, pour les 50 ans à venir.



p o l i t i q u e WEEK-END --- dimanche 29 mars 2009