Ce n'est pas l'intendance, ni la moquette ni les nouvelles
installations de micro et d'équipements dernier cri qui
retiendront l'attention pour la reprise des travaux parlementaires
mardi prochain mais bien le jeu des alliances. Avec l'élection
du leader du MSM à Quartier Militaire/Moka avec le soutien
actif du PTr et sa prestation de serment en tant que nouveau député
mardi, les options devraient très vite se préciser
pour les uns et les autres.
Face au gouvernement, l'opposition officielle avec son leader,
Paul Bérenger qui a définitivement abandonné
son projet de démission après la défaite
du bloc de l'opposition à la partielle du No 8. Le ton
des Private Notice Questions donnera, à coup sûr,
une indication des intentions de Paul Bérenger.
Il y a aussi une opposition MSM déjà annoncée
comme "loyale" par le Premier ministre. Confirmation
d'une alliance électorale déjà conclue entre
l'alliance sociale et le MSM ou options ouvertes pour tous, on
le saura durant cette session parlementaire qui pourrait être
la dernière avant des élections générales
que les observateurs estiment pas trop lointaines étant
donné les sorties publiques récentes et fréquentes
de Navin Ramgoolam dans son fief de Pamplemousses/Triolet.
Les rangs des indépendants augmentent à la rentrée
puisque Joe Lesjongard, l'ancien président du MSM a claqué
la porte de son parti. Il devrait se placer dans l'hémicycle
à la même rangée qu'un autre démissionnaire
du MSM, Sekar Naidu. Si Joe Lesjongard n'a pas jusqu'ici dévoilé
ses préférences, il devrait préciser ses
options avant le 1er mai prochain, laisse-t-on entendre dans son
entourage.
Alors que tout le monde croyait une alliance PTr et acolytes et
le MSM déjà concrètisée, la nouvelle
de tractations, par émissaire interposé, entre Pravind
Jugnauth et Paul Bérenger, a jeté la costernation
dans les rangs du PTr comme ceux d'une aile du MSM hostile à
tout rapprochement avec les mauves.
Ce qui a accrédité la thèse de ce dégel,
c'est le ton du discours de remerciements de Pravind Jugnauth
le jour de son élection, appelant Ashock Jugnauth à
oeuvrer pour "l'unité familiale" et l'attitude
détendue qui fut la sienne lors du déjeuner organisé
à la State House, le 12 mars en l'honneur du président
botswanais Ian Khamma et alors qu'il était à la
même table que le leader de l'opposition, Paul Bérenger.
Lorsque la nouvelle de tracatations a été ébruitée
et que les travaillistes autant que certains membres en vue du
MSM et de certaines organisations socioculturelles qui furent
actives lors de la campagne du No 8 en ont pris ombrage, Pravind
Jugnauth a dû venir publiquement démentir toute négociation
et reprendre aussitôt son petit couplet anti-Bérenger.
Ce qui sera intéressant à suivre à l'Assemblée
Nationale, c'est l'attitude de Pravind Jugnauth vis à vis
de Rama Sithanen, son successeur aux Finances et celui qui a été
sa cible préférée ces derniers quatre ans.
En sus des questions, les prochains textes importants qui doivent
être débattus sont inscrits au nom du "Vice-Prime
minister" et ministre des Finances, le Insolvency Bill, ce
mardi et le Additional Stimulus Package (Miscellaneous Provisions)
Bill, la semaine suivante sans compter le budget qui doit être
présenté dans quelques semaines.
Au sein de l'alliance sociale, certaines composantes s'organisent
dans la perspective de ce jeu d'alliances. Pour ne pas se faire
oublier, le PMXD et le MR qui annoncent comme imminente leur fusion
depuis l'année dernière et laquelle est maintenant
annoncée pour septembre, on multiplie les réunions
publiques où, pour se faire bien voir par le leader de
l'alliance sociale, on le couvre de louanges et on pourfend le
MMM et son leader. C'est à la mode en ce moment.
Au sein même du PTr, deux clans, l'un qui s'est manifesté
lors de la partielle et qui est en faveur d'une alliance avec
le MSM tandis que l'autre penche pour un rapprochement avec le
MMM dans la perspective des prochaines consultations populaires.
Il appartiendra au Premier ministre de trancher. Il ne sera pas
dans l'hémicycle mardi et n'assistera donc pas à
la prestation de serment du nouveau député Pravind
Jugnauth puisqu'il assiste au sommet spécial de la SADC
au Swaziland.
L'agenda de mardi
Quant à l'agenda des travaux de mardi, parmi les questions
adressées au Premier ministre et auxquelles répondra
Rashid Beebeejaun, celles qui portent sur l'arrestation de Nadarajen
Pillay, sur la situation financière d'Air Mauritius, sur
l'allégation de trafic d'influence contre un conseiller
du Premier ministre, la réforme électorale, les
honoraires perçus par l'ancien Chef Juge Victor Glover
pour avoir présidé le Fact Finding Committee qui
a "blanchi" Indira Manrakhan, l'introduction d'une loi
sur la conduite électorale, Madagascar, Tromelin, Rodrigues
et les cas relevant de la police comme les délits sexuels
et la violence conjugale et les accidents de la route.
Pour les autres ministres, les conditions de service du secrétaire
financier qui intéressent le député du MSM
Mahen Jhugroo, de nombreuses questions sur le Additional Stimulus
Package, le licenciement des syndicalistes de Mauritius Telecom,
le "hedging" à la State Trading Corporation,
Air Mauritius, l'heure d'été, les deux nouvelles
lois du travail, les licenciements, la déduction de 1%
des salaires, les recrutements à la Cargo Handling Corporation,
à la Mauritius Ports Authority et à Airports of
Mauritius Ltd, l'achat de glucomètres dans le service de
santé, l'érection d'un monument à la mémoire
de Kaya, la Mauras School.
Un seul texte sera débattu, Le Insolvency Bill déjà
présenté en première lecture avant les vacances
de fin d'année 2008. Présenté par Rama Sithanen,
ce projet vise à réglementer les conditions de liquidation
des entreprises. En première lecture seulement, le Additional
Stimulus Package (Miscellaneous Provisions) Bill et le Centre
de Lecture Publique et d'Animation Culturelle Bill, que proposera
le ministre de l'Éducation, le Dr Vasant Bunwaree.
Les trois quarts réclamés par Navin Ramgoolam
"Ce fut une catastrophe avec les travaillistes après
67!" déclare Paul Bérenger
"La seule fois où les travaillistes ont obtenu
une majorité de trois quarts, sans le MMM, en 67, ce fut
une catastrophe pour la démocratie avec le renvoi des élections
générales, l'abolition des partielles et des municipales.
C'est çà la leçon de l'histoire",
a déclaré, hier Paul Bérenger, qui rappelle
que cet épisode est intervenu avant la naissance du MMM
et il en a aussi profité pour dire que Sookdeo Bissoondoyal
a été pris d'une attaque lorsqu'il s'était,
au Parlement, opposé aux décisions du gouvernement
d'alors.
"C'est un truc du métier sa ki li pé rode
faire, li pé cause trois quarts pou faire croire ki li
fine fini gagné mais gagné pas encore gagné
du tout. Li subtil, li cynique ek li pa bête du tout mais
li pas encore gagné". C'est ainsi que le leader
de l'opposition et du MMM a commenté les déclarations
du Premier ministre réclamant une majorité de trois
quarts des sièges aux prochaines élections générales.
Le leader de l'opposition et du MMM a, par contre, dit sa fierté
qu'à chaque fois que son parti a participé à
des gouvernements de 60/0 comme en 1982 et 1995, ce fut pour consolider
la démocratie et, rendre, par exemple, impossible, le renvoi
des élections générales.
"Si Navin Ramgoolam a besoin de nos votes pour introduire
une bonne réforme électorale, nous sommes là
mais, pour faire du tort à la démocratie ou pour
faire toute autre mauvaise chose, nous ne serons jamais là",
a déclaré Paul Bérenger.
Quant à la réforme électorale, répondant
à des questions, il a dit ne pas en avoir parlé
avec le Premier ministre ajoutant avoir déjà dit,
il y a six mois, qu'il ne pensait pas qu'il était sérieux
à ce sujet et que c'est bien dommage. Il y a, observe-t-il,
un consensus sur cette réforme puisque personne ne préconise
une proportionnelle absolue comme en Israël ou en Afrique
du Sud même si certains sont dans la confusion après
ce qui s'est passé à Rodrigues, alors qu'il s'agit
d'un Parlement régional et non d'une assemblée nationale
et si Navin Ramgoolam est sérieux, il n'a qu'à reprendre
les consultations sur toute la question, a-t-il déclaré.
Invité à réagir aux récentes déclarations
de Pravind Jugnauth, Paul Bérenger a maintenu que son "parti
garde ses options ouvertes" comme indiqué la semaine
dernière. "L'idéal, c'est qu'il y ait une
réforme électorale et que chacun, avec ou sans reforme,
ait le courage du MMM pour dire qu'il va seul aux prochaines élections
et qu'il y ait une lutte à trois", a-t-il dit.
S'agissant du 1er mai, le leader de l'opposition et du MMM a annoncé
que, compte tenu de la situation dans le pays avec les deux nouvelles
lois du travail qui font beaucoup de tort aux salariés,
le rassemblement de la fête du travail aura pour thème,
Les travailleurs avant tout. Paul Bérenger a rappelé
que son parti n'a raté aucune occasion lors des débats
au Parlement et après pour dénoncer ces deux textes.
Il a réitéré l'engagement solennel du MMM
de les revoir avant de féliciter les syndicats pour l'unité
retrouvée autour du rejet de ces lois.
Commentant la réintégration sans conditions des
deux syndicalistes de Mauritius Telecom, il a eu des félicitations
pour les deux principaux concernés qui ont fait "preuve
de courage et qui ont beaucoup subi" et le mouvement syndical
pour la victoire remportée. Mieux vaut tard que jamais,
a-t-il ajouté non sans avoir rappelé que, là
aussi, le MMM n'a raté aucune occasion pour réclamer
leur réintégration.
Rappelant aussi avoir, la semaine dernière, invité
le Premier ministre à lui donner tort lorsqu'il dit que
c'est avec sa bénédiction que les licenciés
n'avaient pas encore été réintégrés,
le leader de l'opposition s'est dit heureux que ce soit le Conseil
des ministres, présidé par Navin Ramgoolam, qui
ait pris, jeudi, une décision en faveur des deux syndicalistes.
Il faut maintenant les réintégrer sans tarder et
espérer qu'ils ne soient pas éventuellement victimisés,
a-t-il déclaré.
Autres thèmes d'actualité commentés, hier,
les amendements à la loi concernant le divorce qui, bien
qu'ayant été approuvés par le Conseil des
ministres, n'ont pas encore été circulés,
déplore-t-il. Le leader du MMM a souligné que depuis
quelques mois, il y a des bribes d'informations émanant
de l'Attorney General, Rama Valayden sur d'éventuels amendements
sur le divorce et l'avortement et que des polémiques sont
ainsi créées.
"C'est malsain, ce n'est pas une façon de procéder
sur des sujets aussi délicats", a-t-il commenté
avant de demander que, s'il y a des textes qui sont prêts
qu'ils soient circulés afin que tout le monde ait le temps
de les examiner et d'en débattre dans le pays, ce qui,
dit-il, serait sain et dans l'intérêt de tout le
monde.
Paul Bérenger a terminé son point de presse sur
le sommet spécial de la SADC qui s'ouvre demain au Swaziland
sur la situation économique au Zimbabwe et sur Madagascar
est a estimé qu'il est bon que le Premier ministre Navin
Ramgoolam s'y rende personnellement et qu'il aurait été
mauvais pour notre image qu'il délègue quelqu'un
à sa place. Il a dit avoir parlé de Madagascar avec
Navin Ramgoolam.
Il s'est personnellement prononcé contre des sanctions
à l'encontre de Madagascar et que ce pays ne soit pas suspendu
de la SADC mais que, le cas échéant, la mesure de
suspension soit assortie d'une condition que les élections
soient tenues dans un délai raisonnable.
Instances dirigeantes
D'autres nominations à venir
C'est en compagnie de Deven Nagalingum, secrétaire général
adjoint et des membres qu'il vient de nommer au bureau politique
et au comité central que le leader du MMM a tenu son point
de presse, hier, en prenant le soin d'annoncer que d'autres nominations,
de "ceux qui le méritent tout autant"
sont à venir, l'exercice ne pouvant se faire d'un seul
trait, a précisé Paul Bérenger. Et de dire
compter sur ses nouvelles têtes pour participer pleinement
à l'intelligence collective du parti.
Ceux qui étaient déjà au comité central
et qui ont, depuis peu, été nommés au bureau
politique sont Jenny Moteealoo, avocate et membre de la commission
des femmes du MMM, Sham Mathura, professionnel de la gestion,
Viren Ramchurn, avocat, Vinay Koonjul, directeur et ancien président
du conseil de district de Pamplemousses/Rivière du rempart,
Reza Uteem, avocat et spécialiste financier, Sailendra
Gokhool, économiste et ancien directeur de la State Investment
Corporation, Bernard Marie, avocat et Dave Kissoondoyal, expert
en informatique et président du Bhojpuri Speaking Union.
Ceux qui font leur entrée au comité central sont
Tony Apollon, entrepreneur et fils de pécheur, Kishore
Pertab, avocat, Sandy Beedassy (absente hier pour raison de santé),
Naveena Ramyead, qui quitte la fonction publique pour s'engager
pleinement au MMM, les Drs Basdeo Bhuspoteea, ophtalmologue et
Raffick Soregfan dentiste et ancien maire de Quatre-Bornes et
Atma Pursan, enseignant qui était candidat aux municipales
de 2005.
Quant aux articles de presse qui ont paru sur ses nominations,
le leader du MMM a déclaré que "il est évident
qu'il y en a qui sont téléguidés par la NIU,
comme la liste de noms datant d'une dizaine d'années et
ki li clair ki pé rode essaye mette enn dibri, li pas normal
et li malsain mais çà pa inquiète nous du
tout". Et d'ajouter que "NIU ek nou banne adversaires
kapav essaye faire croire le contraire, mais nou enn démocratie
fonctionnelle et nou pou continué comme ça!".
Le MMM, a souligné son leader, "est le seul parti
qui fonctionne sur une base démocratique, avec un comité
central dont les membres sont élus par une assemblée
de déléguées, composée d'un membre
de chaque branche du parti et par les 20 comités régionaux".
Ces instances tiennent des réunions régulières,
en quinzaine, à l'instar du comité central qui est
l'instance suprême entre deux assemblées de délégués.
Paul Bérenger a également expliqué qu'il
se plaît souvent à provoquer des débats et
à faire des propositions au comité central et qu'il
n'y a pas eu de contestation de ses nominations.
Il a aussi précisé avoir, à plusieurs reprises
dans les instances du parti, évoqué la tenue de
nouvelles élections au comité central d'autant que
le délai de deux ans pour leur organisation est passé
depuis le dernier exercice de 2005 et qu'il n'y a, jusqu'ici,
aucune voix pour suggérer que l'on aille dans cette direction.
Il remettra la question sur la table à la réunion
du comité central de samedi prochain.
A l'heure des questions, le leader du MMM a reconnu qu'il y a
quelques remous autour des nominations mais a dit, "NIU pas
NIU", qu'il n'acceptera pas l'argument selon lequel quelqu'un
qui aurait appartenu à un autre parti ne puisse être
nommé aux instances dirigeantes. "Ceux-ci ne pourront
garder à jamais une tâche alors qu'ils ont fait leurs
preuve sur le terrain, ils ont toute leur place dans la grande
famille du MMM", a-t-il affirmé.
L'absence d'élection ne contribue-t-elle pas à ces
remous?. Oui, a concédé le leader du MMM qui a réitéré
son intention d'évoquer une nouvelle fois toute la question
au prochain comité central. Ceci dit, il a reconnu que
de nouvelles élections peuvent être source de frustrations
et de tiraillements et que, depuis 2005, personne n'a exigé
des élections internes parce qu'il y avait eu les générales
et les municipales, tenues dans des "conditions malsaines"
et que, là, on est à la veille de nouvelles consultations
populaires.
Le projet Gamma/Covanta vu par le MMM
Des garanties requises
Des garanties sont requises à l'effet que le projet
d'incinérateur de Gamma/Covanta ne comporte aucune menace
à la santé et l'environnement. C'est ce que réclame
le MMM, invité par Week-End, hier, à expliquer
les raisons pour lesquelles son parti s'est prononcé clairement
sur le projet CT Power et qu'il ne l'a pas fait pour celui de
Gamma/Covanta.
Paul Bérenger dit avoir lu attentivement les commentaires
d'un expert très respecté, le Dr Khalil Elahee qu'il
a trouvé valables. Il ajoute qu'il faut voir tous les détails
du projet et ce qui est envisagé pour la protection de
l'environnement avant de se prononcer de manière définitive.
Il a aussi souligné que le conseiller spécial du
Premier ministre, Joël de Rosnay a, lui, utilisé des
mots très forts pour dire son opposition puisqu'il s'agit
d'un projet d'incinérateur sans filtre.
Disant ne disposer d'aucune expertise pour se prononcer de
manière catégorique, il a ajouté que c'est
au gouvernement qui dispose de certaines compétences de
venir de l'avant avec ses arguments et que s'il ne les a pas,
il peut toujours recourir à l'expertise étrangère
en vue d'assurer que ce projet ne comporte aucune menace à
la santé et l'environnement.
Le leader de l'opposition et du MMM avance que le projet CT
Power "sent mauvais depuis le commencement ; c'est puant
et c'est polluant, il a été fait en catimini sans
appel d'offres", et que le CEB aura à assumer
ses responsabilités dans cette affaire qui risque de peser
lourd, dit-il, pour les 50 ans à venir.