o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 29 mars 2009



  Faits et effets - Pour quoi faire …
  Humeur - Envies ramgoolamiennes
  Pris sur le vif - Candidate


Faits et effets...

Pour quoi faire …
Josie Lebrasse


C'était le titre de cette même rubrique, le 28 janvier 2007, après que le Premier ministre eut publiquement déclaré qu'il avait besoin d'une majorité de trois-quarts pour pouvoir mener à bien ses projets pour le pays. Nous voulions savoir précisément ce qu'il comptait faire avec ce qu'on appelle une majorité constitutionnelle, celle qui permet de chambarder la loi suprême du pays. La question était posée, elle est restée sans réponse. Elle reste d'actualité après que Navin Ramgoolam a récidivé samedi dernier dans sa quête des trois-quarts.

Nous écrivions aussi, le 28 janvier 2007, ce qui suit "s'il a des propositions précises en tête et qu'elles vont dans le sens de l'intérêt national et du bien commun, il peut toujours ouvrir le dialogue avec les partis de l'opposition représentés à l'Assemblée nationale et essayer d'obtenir leur soutien et leur vote pour faire passer ces fameuses législations qui lui tiennent tant à cœur. Si ce sont des projets qui vont vraiment dans le sens de l'avancement de tous les Mauriciens et que l'opposition ne les soutient pas, ce sera alors facile de la livrer à l'opprobre nationale. Avec les conséquences électorales que cela peut supposer". C'est encore valable pour peu que Navin Ramgoolam vienne expliciter ses véritables desseins.

Aucune indication sur ses intentions, hier et on n'est pas plus avancés aujourd'hui alors que l'échéance approche. Des gouvernements avec des majorités de trois-quarts, nous en avons eu cinq depuis l'indépendance. Celui de 69, d'une coalition post-électorale Ptr/PMSD particulièrement liberticide avec le renvoi des élections générales, l'abolition des partielles et des municipales, l'état d'urgence, la censure de la presse, l'interdiction des rassemblements, des syndicats et des partis politiques.

En 82, vint le grand coup de balai, le 60/0, le premier quatre-quarts de l'ère post-indépendante de Maurice. Un coup de fraîcheur salutaire tant des effectifs que des projets dans un hémicycle qui avait pris un sérieux coup de vieux. Une belle page dans l'histoire de la consolidation de la démocratie était écrite avec ce gouvernement MMM/PSM qui avait modifié la Constitution pour rendre les élections générales obligatoires tous les cinq ans et leur renvoi quasiment impossible et rétablir les élections partielles et les municipales.

Une anecdote, ici pour situer le sens du respect des engagements pris. Il y avait une grosse pression de la part de la rue et des backbenchers de l'alliance MMM/PSM pour en finir avec les Best Losers mais le gouvernement qui avait les moyens constitutionnels de satisfaire cette demande, a refusé pour la bonne et très valable raison que ce n'était pas prévu dans le programme gouvernemental sur la base duquel il avait été plébiscité. C'est ainsi que lors de la prestation de serment des quatre malheureux Best Losers rescapés de la débâcle de 82, tous les backbenchers de l'alliance MMM/PSM étaient dans la rue devant le Parlement avec le peuple qui manifestait contre un système qui institutionnalise le communalisme dans la Constitution. Et fort heureusement que ce gouvernement n'avait pas réduit le nombre de ministres à moins de 18, il y avait eu alors un risque qu'il n'y ait pas de quorum requis, qui est de 17, pour permettre la prestation de serment des quatre malheureux repêchés de l'opposition.

En 91, l'alliance MSM/MMM obtient une majorité de trois-quarts, 57/3. Pas de grand chambardement si ce n'est que le dernier cordon ombilical avec la colonisation était rompu avec l'instauration de la République. Le nouveau 60/0 viendra quatre ans plus tard avec l'alliance PTr/MMM et, là aussi, pas de bouleversement significatif à signaler. Même chose pour 2000 lorsque l'alliance MSM/MMM obtient 54/6 aux élections. En sus de l'avènement de l'autonomie de Rodrigues qui constitue une bien belle avancée démocratique, il y a aussi eu un renforcement des pouvoirs du président de la République.

Les majorités de trois ou de quatre-quarts n'ont pas toujours été exempts de faiblesses. Chaque gouvernement avec un mandat populaire de cette ampleur a été tenté de recourir à des expédients. Il a été rendu possible depuis 82 de renvoyer les fonctionnaires avec les compensations d'usage. Il faut dire qu'à cette époque, ils étaient nombreux à avoir ignoré les réserves d'usage et l'observance d'une stricte neutralité dans la conduite des affaires de l'Etat. En 91, on a augmenté le nombre de ministres, en 95, on a d'un trait de plume fait comme ci il y avait eu une élection en 72 pour permettre à certains anciens travaillistes de toucher la pension parlementaire. En 2000, c'était facile de liquider l'ECO qui n'avait pas sa raison d'être dans la Constitution si Paul Bérenger n'avait pas persuadé Navin Ramgoolam quelques mois plus tôt que sa directrice devait bénéficier d'une "Security of tenure".

Aujourd'hui, plus que jamais ce pays n'a pas besoin d'un gouvernement de trois-quarts. Déjà, avec celui de l'Alliance sociale qui n'a même pas franchi la barre des 50% au dernier scrutin, c'est à une tentation totalitaire à laquelle on assiste au quotidien. Il y a un Premier ministre qui, comme nous le soulignions ici même il y a quelques années, se comporte de plus en plus comme un monarque qui se croit propriétaire du pays. Navin Ramgoolam a dit n'avoir confiance en personne et aujourd'hui pour justifier sa demande de trois-quarts, il parle de ces obstacles que sont le Conseil des ministres, le State Law Office et possiblement aussi le Procurement Office. C'est le modèle chinois, expéditif, qu'il a cité lorsqu'il a réclamé ses trois-quarts. De quoi faire frémir…

Compte tenu des dispositions du Premier ministre vis-à-vis de la presse - Week-End en sait quelque chose, boycotté qu'il est depuis quatre ans et il est bon que d'autres découvrent aujourd'hui, malgré leur bienveillance vis-à-vis du pouvoir, que leur tour est aussi arrivé et qu'il ne fait pas bon être critique du prince - et de son projet maintes fois réaffirmé de "nettoyer les radios privées" et de son intolérance grandissante, il serait dangereux pour le pays qu'il obtienne une majorité lui permettant de modifier la Constitution. L'Histoire est là qui nous éclaire et qui nous prévient. Une majorité de trois-quarts aux travaillistes et à leurs acolytes, non merci…




Humeur

Envies ramgoolamiennes
Jean-Claude Antoine


Il y a parfois à Maurice des étonnements qui n'en finissent pas d'étonner. C'est le cas d'au moins deux phrases toutes faites qui reviennent régulièrement dans la bouche de Navin Ramgoolam. La première est son désir d'en finir avec la presse indépendante - ou plus exactement de la finir. Celle qui au contraire de la MBC, et de quelques titres grassement subventionnés, ne couvre pas quotidiennement le Premier ministre de colliers de louanges. Pour essayer d'en finir avec cette presse qui le dérange parce qu'elle se permet de le critiquer ainsi que l'action de son gouvernement, Navin Ramgoolam a tout essayé: les menaces, le refus de faire circuler l'information gouvernementale, le boycott publicitaire, sans compter les attaques - souvent féroces - lors des rassemblements politiques. Cette manière de faire, que certains confrères semblent découvrir ces jours-ci, a toujours existé. Depuis son premier gouvernement, le leader des travaillistes n'a raté aucune occasion de s'en prendre à la presse et de promettre de s'en occuper. Il a tenu parole et a lancé à intervalles réguliers, surtout lors des meetings tenus dans sa circonscription, des attaques en règle. Le problème de Navin Ramgoolam c'est qu'en dépit de ses campagnes, répercutées par ses valets, les Mauriciens continuent à faire confiance à " cette presse-là", comme le prouvent régulièrement les sondages. Ce n'est donc pas sa toute dernière campagne qui risque de faire trembler qui que ce soit dans les rédactions non inféodées.

L'autre envie de Navin Ramgoolam c'est de pouvoir disposer d'une majorité de trois quarts au Parlement. Comme son envie d'en finir avec la presse, ce regret de ne pas disposer des trois quarts revient régulièrement dans son discours et prend parfois le ton d'un reproche fait à l'électorat qui, selon lui, n'a pas su bien faire son devoir civique, et lui donner la majorité absolue, c'est-à-dire tous les pouvoirs. Mais, autre leitmotiv du discours ramgoolamien, s'il s'exprime longuement sur ce que l'électorat ne lui a pas donné, il ne dit jamais les lois qu'il souhaite faire voter avec ces trois quarts. Qui, il est utile de le souligner, lui permettaient également d'amender la Constitution. Que lui manque-t-il à ce Premier ministre dont la fonction, taillée sur mesure pour son père, lui permet de régner sans partage comme un monarque, d'autant plus qu'il est entouré de courtisans plus portés à la génuflexion qu'à la remise en cause? En parlant de monarque, signalons que samedi dernier à Triolet un de ses agents a utilisé le terme " son royaume" pour parler de la circonscription où a été élu le Premier ministre. Est-ce que ce regret des trois quarts cache le désir de se faire nommer Premier ministre à vie comme le suggérait un auditeur sur une radio privée, samedi matin? Ou tout simplement le désir de pouvoir enfin dépasser son père en faisant que ce dernier n'avait pas réussi: légiférer pour " finir" la presse indépendante en la censurant définitivement?

Au premier abord, cette hypothèse paraît exagérée. Mais souvenons-nous de la campagne contre les barons sucriers et le MASS, commencée et entretenue par Navin Ramgoolam et ses sbires avec une relecture de l'histoire opposant les colons et les coolies. Avec promesse de faire payer aux descendants des premiers les torts causés aux ancêtres des seconds. Si un Premier ministre est capable de lancer et d'entretenir une telle campagne pour galvaniser ses partisans, qui pourrait l'empêcher de faire taire définitivement la presse indépendante s'il disposait d'une majorité des trois quarts. Comme autrefois son père quand il toucha à la Constitution et bâillonna la presse à travers la censure. Malheureusement pour Navin Ramgoolam l'électorat n'a pas jugé utile de lui donner une majorité de trois quarts cette fois. Contrairement à ce que dit le leader de l'Alliance sociale, l'électorat mauricien sait voter. Souvenons-nous de juillet 2005, de la tonitruante manifestation organisée contre le président de la République lors de la prestation de serment du nouveau gouvernement et des épisodes de l'opération "lev paké allé". Et Navin Ramgoolam et ses alliés ne disposaient alors que de 44 voix au Parlement, où la majorité absolue est de cinquante trois sièges. Qu'auraient-ils fait en juillet 2005 si l'électorat leur avait donné les trois quarts que Navin Ramgoolam n'en finit pas de regretter ?

Heureusement pour l'île Maurice et les Mauriciens que certaines envies ramgoolamiennes n'ont jamais été réalisées...




Pris sur le vif

Candidate
Jean-Claude Antoine


- Je te fais part que j'ai pris une grande décision…

-.. ne me dis pas que tu vas quitter ton mari, toi !!?

-…tu vois comme tu es… je te dis franchement, parfois je me demande s'il ne faut pas plus se protéger de ses amis que de ses ennemis…

-…mais tu as du toupet, toi hein!! To dire moi to fine prend ene grand decision. Et comme tu dis souvent que tu es plein avec ton mari … je n'ai fait que faire un plus un…

-… to mathématiques là extra, je te dis. C'est pas parce qu'on est plein avec son mari qu'on le quitte, ma chère. To croire que j'ai passé tout ce que j'ai passé pour aujourd'hui partir et laisser tout derrière moi. Pour qu'une petite nengresse qui a la moitié de mon âge vienne dans ma maison profiter de tous les sacrifices qui mo fine faire. No way, bonne femme. J'y suis, j'y reste. Même si li ronflé tous les soirs, ça ne fait rien.

- Mais alors quelle grande décision tu as pris ?

- Je vais faire de la politique.

- Toi ? Mais qu'est-ce qui t'arrives ? Tu ne sais pas ce que c'est que la politique. Tu as un projet de société toi ? To konné ki sa été sa ?

- Tu crois que banne ki faire politik la énan ene projet société zotte ?

- Mais enfin, toi. Tout le monde sait que tu ne sais même pas pour qui il faut voter aux élections. Tu es comme les gens qui ne savent pas jouer aux dominos, ils mettent les couleurs ensemble. Tu confonds entre le MSM, le MMM et le PTr…

-…d'après ce que j'ai compris, pénan beaucoup différence entre zotte et d'ailleurs zotte tou énan un seul projet de société : faire ene alliance pour les prochaines élections. Et puis une femme n'a pas besoin de se fatiguer pour préparer un projet de société…

- …ah, bon. On dirait que tu es déjà devenue experte en politique! Ki ene femme bizin faire pour li alle faire politique?

- Ene zafer tou bane femme conne faire, toi : faire li remarquer. J'ai bien regardé ma cousine à qui on a promis un ticket. D'abord, elle a écrit, je crois plutôt qu'elle a fait écrire, deux trois articles dans les pages forum des journaux, sur l'environnement, l'avortement, les droits de la femme…tu sais tous ces sujets-là...

-… pourquoi tu dis qu'elle a fait écrire... c'est pas chic, toi…

-… écoute-moi, on a été a l'école ensemble depuis bilo jusqu'à senior, donc je sais de quoi je parle. Je connais ses capacités, ok? Après ça tu vas dans deux trois réunions de femmes et au moment des questions tu te lève et tu demande le micro.

- Pour dire quoi ?

- N'importe quoi. Tu poses une question ou tu apportes un témoignage, même si c'est pas sur le sujet du jour, mais il faut que ce soit un peu long…

-… même si tu ne connais pas bien le sujet de la discussion ?

- Ça, c'est pas grave. Tu commences par féliciter ceux qui ont organisé la réunion, ensuite tous ceux qui ont pris la parole, sans oublier le public qui s'est dérangé, la même ça te fait deux trois minutes, et puis tu parles.

- Mais pour dire quoi ?

- Tu racontes ce que tu veux, un souvenir de ta vie, par exemple, mais il faut que tout le monde te voit au micro. Comme ça tu va te faire connaître. Si la présidente te dis que tu es trop long, tu lui répond que si c'était un homme qui était au micro, elle n'aurait pas osé dire ça. Comme ça tu marques des points et banne dumone pou konne toi. A partir de là, il faut que tu arrives en retard dans les prochaines réunions pour bien te faire remarquer en cherchant ta place, de préférence dans les premières rangées. Ensuite, il faut que tu téléphones dans les débats des radios pour intervenir en direct, sans jamais oublier de remercier la radio, les participants et surtout les auditeurs. Après, il te faut aller dans les manifestations, surtout les manifestations citoyennes là, il faut que tu sois toujours devant devant même, hein…

- …pourquoi ? pour crier plus fort ?

- Tu vas croire, toi. Tu vas là-bas, devant, devant, bien habillée, mais juste - surtout pas trop mannequin - pour qu'on te voit bien dans la photo du journal et dans les informations de la télévision. Comme ça, les leaders politiques vont te remarquer et tu vas devenir une personnalité civile et ils vont se battre pour te donner un ticket pour les élections.

- Comme ça, on fait de la politique ?

- Mais qu'est-ce que tu croyais, toi. C'est comme ça que ma cousine a eu sa promesse de ticket.

- Mais c'est de l'opportunisme, toi !!!

-- Tu vois comment tu es !!! et tu dis que tu es une grande féministe qui défend la cause des femmes ! Comme dit mon employée de maison, banne femme tellement pas solidaires entre zotte samem nous tout le temps derrière soleil. Alors ban femme pas gagne droit faire opportuniste dans sa pays la ? Sa aussi ene chasse gardée pou ban zomme ?




o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 29 mars 2009