Presse et pouvoir
La tentation totalitaire, comme autrefois
Qui ne se souvient pas de cette phrase qui a, entre autres, rendu
tristement célèbre Joseph Paul Goebbels, ministre
chargé de la propagande d'Adolf Hitler. Goebbels disait
à propos de la Culture :"Quand j'entends prononcer
le mot "culture", je sors mon revolver..."
Je suis tenté de le paraphraser en disant de manière
subversive :"Quand j'entends prononcer le mot "boycott"
à l'adresse de la presse, je sors mon bazooka..."
Le boycott et la censure de la presse, nous les avons vécus
dans notre chair dans un passé pas trop lointain, quelque
temps après l'indépendance du pays. Justement après
l'instauration du système des trois quarts, issu de ce
que le rédacteur en chef du Mauricien, d'alors, André
Masson, avait qualifié de "coalition coûte-que-coûte".
Pour s'être opposé à cette coalition des trois
quarts, Masson dût partir en exil en Afrique du Sud, non
parce qu'il était un partisan du régime d'apartheid,
mais parce que ses enfants y vivaient et pouvaient lui assurer
une subsistance quotidienne, pour lui et pour son épouse.
Pendant l'exil de Masson, la répression battait son plein
à Maurice : la presse était censurée, les
manifestations interdites, les syndicats et certains partis politiques
interdits et leurs dirigeants emprisonnés. Le pouvoir absolu
exercé dans le pays sortait une nouvelle arme de son arsenal
répressif : le boycott publicitaire des journaux. Un dirigeant,
puissant prince politique de l'époque, convoqua le gratin
des publicistes dans son bureau et leur ordonna de boycotter,
publicitairement, les journaux Le Mauricien et Week-End.
L'idée était simple : il fallait étouffer
économiquement ces deux journaux.
Mais, qu'est-ce qui a changé depuis? Week-End, depuis
cinq ans, ne reçoit plus la publicité gouvernementale.
Aujourd'hui, à en croire le directeur de La Sentinelle,
Jean Claude de L'Estrac, son groupe est, aussi frappé d'ostracisme.
Nous ne sommes plus, désormais, seuls. Et le combat peut
commencer !
Depuis quelque temps, un vent mauvais menace une "certaine"
presse. Petit à petit, on semble vouloir préparer
une certaine opinion publique à l'idée que "la
presse, voilà l'ennemie..." Et, ce faisant, les
princes qui nous gouvernent oublient que la presse mauricienne
est plus que trois fois centenaire, que c'est une institution
incontournable de notre histoire, passée et présente,
que les chancelleries étrangères n'ont de cesse
de la citer en exemple pour une démocratie qui se respecte.
Quand l'UNESCO et les Nations unies m'invitent à la conférence
de Windhoek, en 1991, pour débattre sur l'avenir de la
presse libre et indépendante en Afrique, et me présente
comme le rapporteur-général de la Conférence.
Ce n'était pas ma petite personne qui intéressait
les dirigeants de ces deux organismes onusiens. "Nous
t'avons choisi, me répétaient à l'envi,
Alcino da Costa et Alain Modoux, parce que Maurice symbolise
ce qui n'existe, peu ou pas en Afrique, cette presse libre et
indépendante que nous voulons pour l'Afrique..."
Alors, si cette reconnaissance officielle ne suffit pas pour faire
taire ces petits dictateurs en herbe qui se manifestent bruyamment
à la faveur de la nuit, faut-il désespérer
? CERTAINEMENT PAS !
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é d i t o r i a l
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WEEK-END --- dimanche 29 mars 2009
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