é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 29 mars 2009

Presse et pouvoir

La tentation totalitaire, comme autrefois
Gérard Cateaux


Qui ne se souvient pas de cette phrase qui a, entre autres, rendu tristement célèbre Joseph Paul Goebbels, ministre chargé de la propagande d'Adolf Hitler. Goebbels disait à propos de la Culture :"Quand j'entends prononcer le mot "culture", je sors mon revolver..." Je suis tenté de le paraphraser en disant de manière subversive :"Quand j'entends prononcer le mot "boycott" à l'adresse de la presse, je sors mon bazooka..."

Le boycott et la censure de la presse, nous les avons vécus dans notre chair dans un passé pas trop lointain, quelque temps après l'indépendance du pays. Justement après l'instauration du système des trois quarts, issu de ce que le rédacteur en chef du Mauricien, d'alors, André Masson, avait qualifié de "coalition coûte-que-coûte". Pour s'être opposé à cette coalition des trois quarts, Masson dût partir en exil en Afrique du Sud, non parce qu'il était un partisan du régime d'apartheid, mais parce que ses enfants y vivaient et pouvaient lui assurer une subsistance quotidienne, pour lui et pour son épouse.

Pendant l'exil de Masson, la répression battait son plein à Maurice : la presse était censurée, les manifestations interdites, les syndicats et certains partis politiques interdits et leurs dirigeants emprisonnés. Le pouvoir absolu exercé dans le pays sortait une nouvelle arme de son arsenal répressif : le boycott publicitaire des journaux. Un dirigeant, puissant prince politique de l'époque, convoqua le gratin des publicistes dans son bureau et leur ordonna de boycotter, publicitairement, les journaux Le Mauricien et Week-End. L'idée était simple : il fallait étouffer économiquement ces deux journaux.

Mais, qu'est-ce qui a changé depuis? Week-End, depuis cinq ans, ne reçoit plus la publicité gouvernementale. Aujourd'hui, à en croire le directeur de La Sentinelle, Jean Claude de L'Estrac, son groupe est, aussi frappé d'ostracisme. Nous ne sommes plus, désormais, seuls. Et le combat peut commencer !

Depuis quelque temps, un vent mauvais menace une "certaine" presse. Petit à petit, on semble vouloir préparer une certaine opinion publique à l'idée que "la presse, voilà l'ennemie..." Et, ce faisant, les princes qui nous gouvernent oublient que la presse mauricienne est plus que trois fois centenaire, que c'est une institution incontournable de notre histoire, passée et présente, que les chancelleries étrangères n'ont de cesse de la citer en exemple pour une démocratie qui se respecte. Quand l'UNESCO et les Nations unies m'invitent à la conférence de Windhoek, en 1991, pour débattre sur l'avenir de la presse libre et indépendante en Afrique, et me présente comme le rapporteur-général de la Conférence. Ce n'était pas ma petite personne qui intéressait les dirigeants de ces deux organismes onusiens. "Nous t'avons choisi, me répétaient à l'envi, Alcino da Costa et Alain Modoux, parce que Maurice symbolise ce qui n'existe, peu ou pas en Afrique, cette presse libre et indépendante que nous voulons pour l'Afrique..."

Alors, si cette reconnaissance officielle ne suffit pas pour faire taire ces petits dictateurs en herbe qui se manifestent bruyamment à la faveur de la nuit, faut-il désespérer ? CERTAINEMENT PAS !



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 29 mars 2009