Qui, de nos jours, n'aimerait pas s'acheter une voiture à
Rs 10 000? Si cette possibilité semble être une aubaine
tombée, a priori tout droit du ciel et pourrait
tenter nombre de personnes, cette "aubaine" est,
en fait, un cadeau empoisonné pour ceux qui se laisseraient
appâter par cette perspective alléchante. Les éléments
de la Major Crime Investigation Team (MCIT), placés sous
la supervision du surintendant Yousouf Soopun, travaille d'arrache-pied
sur un important réseau de vols de voitures. Ces voitures
volées sont ensuite complètement relookées,
puis revendues, louées ou, pis encore, utilisées
à des fins plus que malveillantes. Durant cette semaine,
les limiers de la MCIT sont passés à l'offensive,
à travers des perquisitions dans plusieurs garages de la
capitale. A hier, une dizaine de voitures avaient été
saisies, de même que trois mobylettes portant, toutes, les
mêmes plaques d'immatriculation, sans compter un immense
stock de pièces de rechange, qui, à elles seules,
serviraient à l'assemblage de plusieures voitures. Ce qui
a poussé l'inspecteur Ranjit Jokhoo, n° 2 de la MCIT
à dire: "Si bizin rempli Casernes avec sa bann
pièces-là, nu pu fer li". Le commissaire
de Police, Dhun Iswur Rampersad, qui a, lui-même confié
ce dossier à la MCIT il y a 15 jours, suit, d'étape
en étape, les développements concernant ce dossier.
Pour cause: il a exprimé son mécontentement par
rapport à l'incapacité des policiers de la région
de Plaine-Verte à démanteler eux-mêmes ce
trafic.
C'est après une surveillance et des recoupements d'informations
effectués sur une dizaine de jours que les limiers de la
MCIT, menés par le surintendant Soopun et l'inspecteur
Jokhoo, ont effectué une perquisition au garage d'un dénommé
Khalil Ramoly, à la route des Pamplemousses, Ste-Croix.
En arrivant sur place, c'est la débandade, dans la mesure
où le suspect ne s'attendait pas du tout à voir
débarquer la Full Team de la MCIT en son domicile.
Sur place, dans un premier temps, les enquêteurs retrouvent
une kyrielle de pièces de rechange. Khalil Ramoly ne peut
en expliquer la provenance, ni l'utilisation qu'il comptait en
faire. Puis, les limiers font la découverte de trois voitures,
de la marque Nissan, toutes du type AK 12. L'une, de couleur grise,
ne porte aucune plaque d'immatriculation, la seconde, grise également,
portait la plaque 3728 ZR 03, et la troisième, de couleur
jaune, était immatriculée 4565 ZR 03. Là
également, Khalil Ramoly ne peut fournir d'explication
plausible concernant la provenance et la présence de ces
voitures à son domicile.
Le même jour, la MCIT se rend au garage de Hossenkhan Omarkhan,
à l'angle des rues Wellington et Labourdonnais, Port-Louis.
Celui-ci est désert. Mais au bout d'une heure de surveillance,
une Nissan AK 12 grise, immatriculée 3922 ZS 04 se pointe,
avec quatre occupants à bord. Ils sont Teeroomal Rengen,
24 ans, de Cassis, Fawaz Oree, 25 ans, chauffeur de camion habitant
rue Auguste Rouget, Port Louis, Mohamad Ally Sameer Osman, 25
ans, de Plaine Lauzun et Naushad Sahedeen, 21 ans, habitant Vallée-Pitot.
Les quatre hommes tentent d'entrer dans le garage, mais en voyant
la police, ils tentent de prendre la fuite. En vain. Le véhicule
est intercepté et les occupants interpellés. Lors
d'une fouille corporelle, trois faux billets de Rs 1 000 sont
retrouvés sur Fawaz Oree. Une autre Nissan AK 12 est ensuite
saisie, sur place, aux fins d'enquête. En ce qu'il s'agit
de la perquisition de la rue Wellington, les limiers de la MCIT
sont d'avis que les occupants du garage ont dû être
avertis de l'arrivée imminente de la police.
Les recherches policières n'allaient pas s'arrêter
en si bon chemin. De fil en aiguille, la piste de la présumée
bande organisée les mène vers un autre garage, sis
à Vallée-des-Prêtres. Là, ils tombent
sur des mobylettes portant de fausses plaques d'immatriculation
ou pas de plaque d'immatriculation du tout. Ces deux-roues seront
également saisis aux fins d'enquête. Dans la foulée,
deux autres Nissan AK 12 sont retrouvées à la rue
Lenepveu, Plaine-Verte. L'une d'entre elles a été
rapportée volée il y a quelques jours. De perquisition
en perquisition, la MCIT a, au total, saisi une dizaine de véhicules.
Et ce n'est que le début. Les limiers de la MCIT sont d'avis
que d'autres finiront par tomber dans l'escarcelle des enquêteurs.
Modus operandi
Comment opère donc un tel réseau? Comment certains
individus ont-ils pu opérer en toute impunité, au
nez et à la barbe des autorités compétentes
en la matière? Autant de questions que les enquêteurs
de la MCIT devront tirer au clair. Interrogés par Week-End,
hier, le surintendant Soopun et l'inspecteur Jokhoo ont expliqué
les rouages de ce qui s'avère être un réseau
bien huilé, qui a certainement dû opérer depuis
plus d'une année, afin d'être bien rôdé.
"Le Modus Operandi de cette bande organisée est
simple. Ils vont aux ventes de voitures dites Total Loss, font
l'acquisition de ce type de véhicules, s'en procurent du
Horse Power, puis volent des voitures, remplacent le chassis number
et le numéro du moteur par celui de la voiture endommagée.
Et le tour est joué. Cette bande est, en fait, une équipe
complète, qui a son garagiste, son électricien,
son mécanicien, son garnisseur, etc. Ils sont équipés
et ont l'expertise pour complètement changer l'aspect de
chaque voiture volée", a fait ressortir l'inspecteur
Jokhoo.
Ainsi, selon le surintendant Soopun, il a été vérifié
que les voitures saisies portaient les mêmes caractéristiques:
les numéros de châssis et du moteur avaient été
traficotés et modifiés. Dans un premier temps, un
grinder est utilisé pour enlever les vrais numéros,
puis une fine couche de soudure est placée afin de faire
disparaître toute trace, puis, ladite couche de soudure
est recouverte du numéro de chassis/moteur appartenant
au véhicule "Total Loss". Cependant, relativement
au Modus Operandi de cette bande qui n'a visiblement pas
froid aux yeux, une question capitale turlupine les enquêteurs:
comment ces modifications illégales n'ont-elles jamais
été décelées par les autorités
concernées? "Pour ces raisons, nous estimons que
les ramifications de cette affaire sont impossibles à estimer",
déclarent le surintendant Soopun et l'inspecteur Jokhoo.
Dans cette optique, il faudra s'attendre à d'autres perquisitions
des limiers de la MCIT ailleurs que dans de simples garages automobiles.
Autre mode d'emploi
Selon les responsables de la MCIT, la bande en question a d'autres
moyens de voler des voitures, autres que celles de les forcer.
Ainsi, dans au moins deux cas sur lesquels bossent les enquêteurs,
il ressort qu'un employé d'un concessionnaire automobile
a eu la brillante idée de faire une double des clés
de la voiture de ... son propre patron, pour les remettre ensuite
à la bande, en donnant tous les détails nécessaires
concernant ledit véhicule. La voler, avec un double des
clés, n'était plus, à ce moment-là,
qu'un jeu d'enfants.
Compte tenu du pot-aux-roses éventé par les enquêteurs,
les responsables de la MCIT lancent un appel à la vigilance
du grand public. "C'est un signal très fort qui
est lancé au public et à tous ceux qui croient encore
qu'ils peuvent acheter une voiture avec Rs 10 000. Faites attention.
Procédez à toutes les vérifications nécessaires
avant d'acheter une voiture, et emmenez un mécanicien en
qui vous avez totale confiance avec vous", recommande
l'inspecteur Jokhoo. Les limiers de la MCIT disent également
n'être nullement étonnés si certains de ces
véhicules et autres mobylettes ont été utilisés
pour des braquages ou autres cas de larceny with violence.
"Certains de ces véhicules sont loués à
Rs 400-Rs 500 par jour, et cette bande sort gagnante sur toute
la ligne, même si la voiture en question est endommagée",
ajoute l'inspecteur Jokhoo.