é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 22 février 2009

Madagascar: La lumière, enfin !
Gérard Cateaux


Aux dernières nouvelles, les deux protagonistes engagés dans le bras de fer politique opposant le président Marc Ravalomanana et le maire déchu d'Antananarivo, Ange Rajoelina, se sont rencontrés sous l'ombrelle médiatrice des églises oecuméniques malgaches. Les deux hommes se sont concertés pendant 45 minutes, ce qui augure un avancement dans ce conflit qui a trop duré.

Les conflits politiques, à Madagascar, ont occupé les devants de la scène nationale malgache depuis des lustres. Et l'opposition Ravalomanana-Rajoelina se situe dans le droit fil des événements qui ont toujours fait Madagascar trembler sous le poids de son histoire. Voire, ancienne quand Radama Ier déclara que son royaume s'étendait de Tana jusqu'à... l'horizon. C'est-à-dire, plus il avançait sur ses terres, plus son royaume s'étendait. Au détriment des peuples situés dans les plaines, au plus bas, vers les côtes, là où se regroupaient la majorité des Malgaches. D'ailleurs, à la faveur de l'élection au suffrage universel menant à l'Indépendance, c'est un côtier, Philibert Tsiranana, instituteur de son état, et élu dans la province de Majunga, sur la côté ouest, qui devint le premier président de Madagascar.

La problématique politique malgache trouve, donc, son origine dans cette opposition, gens des hauts-plateaux/côtiers. Et Tsiranana en fera son fond de commerce puisqu'il s'adjoindra le Tamatavien, Jacques Rabemananjara - poète et écrivain - qui sera son ministre des Affaires étrangères et de l'Education, mais aussi d'André Resampa, originaire de Tulear, au sud, dont il fera son ministre de l'Intérieur.

Mais, l'usure du pouvoir, appelle inévitablement à cette sentence impitoyable qui frappe tout régime à bout de souffle. Tsiranana devait abdiquer, appellant le général Gabriel Ramanantsoa à lui succéder. La voie militaire devenait, alors, la seule option pour plus de stabilité. Enter, le colonel Richard Ratsimandrava, un clône, avant l'heure, de Thomas Sankara du Burkina Faso. Ratsimandrava et Sankara avaient été formés dans un même moule : ils étaient jeunes, nationalistes et surtout progressistes. C'en était trop pour les puissances coloniales : Ratsimandrava est assassiné, de même que Sankara, des années plus tard...

Enter, un autre côtier, Didier Ratsiraka, originaire de Soanarivongo, sur la côte est de Madagascar. Lui a fait Saint Cyr, l'école militaire française, promu capitaine de corvette, puis fait Amiral. Ratsiraka est un métisse chinois. Quand il monte à Tana, sa garde rapprochée est composée, naturellement de métisses chinois. Ce qui ne plaît pas à l'oligarchie des hauts plateaux. D'où le durcissement de son régime !

Ratsiraka sera, lui aussi, mis à l'épreuve de l'usure du pouvoir. Il s'exilera en France pour laisser la place à Marc Ravalomanana. Et, aujourd'hui, à Madagascar, ce n'est plus une affaire d'ethnie issue des hauts plateaux contre les côtiers, mais elle oppose, désormais, deux opposants issus d'une même ethnie...

L'intervention du Conseil des églises de Madagascar pourrait, nous le souhaitons, de tous nos voeux, apporter cette ouverture que nous attendons, tous, pour faire de la région cet ensemble cohérent pour l'avancement de nos peuples communs...



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