o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 18 janvier 2009



  Faits et effets - Sunday encounter…
  Humeur - Virus
  Pris sur le vif - La rentrée


Faits et effets...

Sunday encounter…
Josie Lebrasse


Ça vous a étonné de lire ou d'entendre parler de "nou dimoune" sur la bande retranscrite ou sonore de la conversation, d'un dimanche après midi portlouisien de juin 2006 entre Sanjay Bhuckory, Indira Manrakhan et Dan Maraye, dont le but était de voir comment faire partir Nirvan Veerasamy, ce cadre qui a exercé à l'étranger et qu'aucun travailliste du sérail ne connaîssait avant que Navin Ramgoolam n'aille le chercher pour diriger Air Mauritius et ne reconnaissait même après sa nomination? Si vous répondez oui, c'est que vous n'avez franchement rien compris de la culture travailliste et du vocabulaire usuel qui l'accompagne.

Souvenez-vous de cette virulente sortie du Premier ministre Navin Ramgoolam, à Union Park en septembre 2007 contre ceux qui avaient osé critiquer et protester comme un empiètement de leurs droits, le cadeau de l'îlot Gabriel fait à son camarade de plongée Jayraj Woochit. Il avait exprimé une vive colère publique que l'on puisse remettre en question une décision en faveur de "nou dimoune". L'exemple vient donc d'en haut et il n'est donc pas étonnant que les travaillistes et leurs innombrables nominés politiques manifestent, en toutes circonstances, publiquement ou dans les officines, un tel esprit de clan et un fanatisme aussi outranciers.

On est au-delà de l'instinct grégaire et à la limite du comportement fasciste mais dans une vraie méthode de gouvernement. Un mode opératoire où seuls, "nou dimoune" ont le droit de travailler, d'exister et d'obtenir quelque chose. Une autre manifestation de cette culture de l'intolérance qui a envahi toutes les sphères de l'administration publique est le fameux "lev paké" qui a épargné ni les grands commis de l'état, ni les diplomates, ni même pas les petits travailleurs de l'environnement.

Et on aurait également tort de croire que ce sont les esprits les plus faibles qui se laisseraient gagner par le clanisme ambiant. Lorsqu'on scrute de plus près la conversation tenue lors du fameux Sunday Encounter, on ne rend compte que celle qui insiste le plus pour connaître le pedigree politique des uns et des autres n'est autre que Indira Manrakhan, la commissaire de l'ICAC post-2005, qu'on nous a vendu comme une institution soi-disant "indépendante".

Or, à sa résidence comme au siège de l'ICAC, elle joue "home". Paul Bérenger n'est pas très fin lorsqu'il dit que tout le monde sait qui est "l'homme fort de l'ICAC" , même si c'est une manière de parler mais, sur un point, il a entièrement raison, c'est que cette dame, une "serial faneuse" a accumulé suffisamment de controverses à son poste pour qu'elle s'éloigne définitivement du Quai D. Il y a eu l'affaire des billets d'avion, les recrutements et ses appels fréquents au directeur du National Security Service, Dev Jokhoo. Aujourd'hui, on est en droit de se demander quelle était la vraie nature de cette collaboration étroite entre Indira Manrakhan et le chef du service de renseignement. Portait-elle sur le filtrage des personnes dénoncées, juste pour établir si c'est "nou dimoune" ou pas? Et quelles en étaient les conséquences sur les suites des enquêtes ?

Le Prevention of Corruption Act, même dans sa version émasculée de 2005, est clair, limpide sur les procédures à suivre pour les enquêtes. Anil Kumar Ujodha, le directeur général et ses commissaires, Indira Manrakhan et Hamid Imrith supervisent les investigations, ils ne les mènent pas eux mêmes. Le Sunday Encounter qui a tenté de mettre au point, dans le moindre détail, l'entreprise visant à mettre un "laké ferblanc" avec Nirvan Veerasamy est le dernier exemple de la perversion des institutions et du dysfonctionnement de l'ICAC. Ceux qui ont accusé cet organisme d'être devenu un outil politique ont eu parfaitement raison. D'autant que les exemples ont abondé dans ce sens ces derniers trois ans.

La culture du complot est également présente partout. Bert Cunningham en a fait les frais et, aujourd'hui encore, il y a toute une meute à l'oeuvre pour tenter de le discréditer. On a tout fait pour qu'il soit arrêté avant son départ forcé et on continue à utiliser le Parlement pour essayer de le salir. L'affaire du Sunday Encounter couplée à la campagne des back benchers travaillistes contre Nirvan Veerasamy à l'Assemblée Nationale à la même époque est particulièrement éloquente quant à la manière d'opérer des travaillistes.

Il y a aussi eu le fameux et ridicule comité scandale qui a tenté de déterrer autant de scandales que de squelettes, BPML, St Aubin avec ou sans Fact-Finding Committee bidon qui se sont tous, plus ou moins, soldés par des échecs. C'est ce même comité qui est lui même un scandale qui, sous l'impulsion de Rama Valayden, avait référé l'affaire du bureau de Ajay Gunness à l'ICAC. On se rappelle aussi que cette enquête fut marquée par une dénonciation en règle de l'avocat de Dhaneswar Soobrah, Me Antoine Domingue qui protesta officiellement contre les pressions exercées sur son client pour qu'il incrimine l'ancien ministre.

Dans cette même affaire, bien qu'un Juge siégeant en référé avait interdit à l'ICAC de prendre une quelconque action contre Ajay Gunness, les relais de "nou dimoune" avaient fonctionné à merveille et l'inspecteur Harry Raddhoa avait débarqué à son domicile un vendredi après midi pour l'interpeller. On aura, par contre, noté que la même diligence était totalement absente du dossier de pot de vin de Rs 50 millions impliquant, cette fois, un "nou dimoune". On pourrait comme çà trouver de nombreux exemples pour démontrer à quel point les institutions sont aujourd'hui perverties, politisées à un extrême jamais égalé dans l'histoire politique du pays et comment certains fanatiques sont devenus de véritables dangers pour la démocratie.

Avec le recul, il faut bien admettre aujourd'hui que le gouvernement de Sir Anerood Jugnauth, avait, en ce décembre 2001, entrepris une grande oeuvre de salut public en démantelant l'Economic Crime Office et en congédiant sa directrice. Indira Manrakhan avait et elle a toujours mieux à faire ailleurs. Si elle tient à "put on record" ceux qui sont de la même famille politique que ses amis avant de décider de ce qu'elle a à faire, pourquoi pas un job de "recording supervisor" au Family Court. Elle jouerait ainsi toujours "home"…




Humeur

Virus
Jean-Claude Antoine


Quand, dans disons une vingtaine d'années, un étudiant mauricien en histoire s'aventurera sur le passé de son pays il aura forcément recours à la presse. Si les archives nationales sont encore dans leur état actuel au lieu de dérouler une bobine de micro film, il aura à demander les albums de journaux reliés. En feuilletant les journaux mauriciens des premiers jours de 2009, il se demandera quel était le virus qui avait frappé Maurice. Car il apprendra que la compagnie nationale d'aviation étant en train de se crasher parce que sa direction avait décidé de signer un accord sur deux ans pour acheter l'essence à 105 dollars le baril alors qu'il se vendait à moins de 40 dollars sur le marché international. Il apprendra qu'alors que toutes les compagnies aériennes du monde répercutent la baisse du carburant sur leurs billets pour essayer de remplir leurs avions, Air Mauritius était obligé de maintenir ses prix élevés pour cause de "hedging". Et qu'il avait besoin d'urgence de plus de Rs 2 milliards pour faire face à ses engagements immédiats dont les salaires de ses employés, managers en tous genres, hauts cadres de toutes dimensions et importance. Dont un general manager qui dit qu'ailleurs il touchait plus que les Rs 800,000 qu'on lui attribue mensuellement. Cet étudiant éberlué apprendra également que la State Trading Corporation responsable de l'approvisionnement de l'île en carburant s'était lancée dans une nouvelle (més) aventure. Après avoir tenté sans succès d'importer du lait, du ciment, de la farine et des gros pois la STC avait suivi l'exemple d'Air Mauritius et avait signé des accords pour acheter le baril de pétrole à plus de 100 dollars alors qu'il se vend à moitié moins. Résultat de la dernière spéculation de la STC: des pertes de Rs 2,9 milliards. Qui seront puisés comme pour les pertes sur les opérations de ciment, de lait, de farine et des gros pois dans les caisses de l'état alimentées par les contribuables mauriciens. L'étudiant dépassé apprendra également que ces deux décisions ont été prises par des directions et des administrations au sein desquelles siègent des représentants des ministères. Dont la mission est de veiller à ce que les boards prennent de bonnes décisions financières.

L'étudiant en histoire prendra également connaissance d'un fait divers touchant encore une fois Air Mauritius. Elle mettait en vedette l'ancien président du conseil d'administration qui venait tout juste de démissionner après la révélation du contrat de hedging. L'étudiant apprendra que toute la presse du début de janvier 2009 parlait de la transcription de l'enregistrement d'une conversation qui avait eu lieu en juin 2006. Autour d'une tasse de thé le président du conseil d'administration d'Air Mauritius avait expliqué à un numéro deux de l'institution chargée de combattre la fraude et la corruption à Maurice, l'ICAC, comment faire pour ouvrir une enquête dont le but était de provoquer la démission du directeur d'Air Mauritius pour conflit d'intérêt. Le tout en présence du directeur de l'aéroport de Maurice qui jurera que s'il avait bien bu le thé, il n'avait pas participé au complot. En traitant celle ou celui qui avait pris l'initiative de l'enregistrement de la conversation de " personne méprisable et indigne de confiance." L'étudiant notera que complot ou pas l'ICAC devait ouvrir une enquête sur le conflit d'intérêt allégué et qu'un rapport déposé dans les premiers jours de juillet 2006 incriminait le directeur d'Air Mauritius, qui devait, comme le souhaitaient les buveurs de thé, démissionner quelques mois plus tard. L'étudiant trouvera sans doute que le plus extraordinaire de l'histoire ce que des méthodes que l'on pensait sortis de l'imagination fertile d'auteurs de romans policiers - enregistrement de conversation, montage de dossiers à charge - semblaient être monnaie courante dans les institutions chargées de mener la guerre contre la fraude et la corruption. Si l'étudiant avait lu les journaux des années quatre-vingts il aurait découvert une expression inventée par un cardinal qui n'avait pas froid aux yeux et ne mâchaient pas ses mots pour dire les choses et qui s'appliquait à la situation de janvier 2009: mette lichien veille saucisse.

Si cet étudiant poussait son enquête au-delà des hedging et autres complots allégués il aurait découvert que Maurice comptait en 2006 un drôle de ministre. Supposé être celui des Droits de L'Homme, jusqu'à ce qu'une observation de la Cour Suprême l'oblige à effacer de sa carte de visite un titre qu'il avait usurpé, ce ministre de la Justice s'était reconverti dans l'écriture des pièces de théâtre. Avec le respect du devoir de réserve qui le caractérise il avait choisi le champ de la justice pour exercer ses talents supposés de dramaturge. Mais en janvier 2009 c'est dans le camp des manifestants contre les raids d'Israël à Gaza qu'on le retrouvera. Il multiplia les déclarations en allant même jusqu'à évoquer la rupture des relations diplomatiques entre Maurice et Israël à l'insu du ministre des Affaires Etrangères. Mais le ministre de la Justice, que rien n'arrêtait au niveau des déclarations verbales, poussa plus loin en annonçant qu'il allait faire décréter persona non grata le chanteur français d'origine algérienne Enrico Macias coupable d'amitiés juives. Du coup le concert que les chanteurs devaient donner à Maurice fut annulé donnant l'occasion au ministre de crier victoire. Un ancien ministre des Droits de l'Homme a brandi une menace d'interdiction sur un chanteur pour délit d'opinion. Oui, cet étudiant qui dans vingt ans lira la presse mauricienne aura raison de se demander quel virus s'était abattu sur Maurice au début de 2009.




Pris sur le vif

La rentrée
Jean-Claude Antoine


-- Je suis sûre que tu es soulagée comme moi avec la rentrée des classes.

-- Oui, toi. Mo ti népli capav avec ces fay batards la, je te dis. Plus tu leur dis de ne pas faire une affaire, ça même ils font.

-- Et en plus ta maison est en bas la haut, ton compte de la boutique prend l'ascenseur avec les copains qui restent à déjeunr, à tifiner et à diner. Tu as beau dire à tes enfants de ne pas fourailler avec les gens, ils n'arrêtent pas. Et je ne te dis pas les paniers de linge sale qu'il faut mettre dansla machine avec ces grosses pluies la. Heureusement l'école est rentrée, mo ti pres pou alle faire un séjour Brown Sequard, je te dis.

-- Tu as raison, j'aime bien mes enfants, mais pas quand ils sont en vacances. Heureusement que le ministre a sorti ce reglement pour cette demie heure d'école en plus tous les jours. Tu sais que je ne suis pas pour ce gouvernement, la, mais ça je dois admettre que c'est une bonne chose qu'ils ont fait. Comme ça nos enfants vont apprendre un peu plus.

-- Nos enfants apprendre un peu plus… ça tu rêve, ma chère.

--Mais c'est la loi maintenant… les professeurs sont obligés.

-- Mais to encore bien naïve, toi. Tu sais à quelle heure a fini l'école le premier jour de la rentrée ?

-- Non, tu sais avec mon travail quand je rentre les enfants sont déjà partis, pour les leçon.

-- Alors laisse moi te dire que le première journée a été une demie journée. On a lâché les enfants à midi.

-- Mais pourquoi ?

-- Mais parce que c'était la rentrée, ça même tout. Déjà on nous a volé une demie journée.

-- Mais je ne comprends pas : les professeurs ne savaient pas que c'était la rentrée et qu'il fallait préparer les périodes.

-- On dirait que non puisque c'est le lendemain qu'ils ont vraiment commencé à travailler.

-- Peut être qu'ils étaient fatigués, toi… tu sais tenir une classe pendant toute une année… ce n'est pas facile…

--… Hé toi, arrête de dire des couillandes, donc. To pé cause couma mo belle sœur avec qui j'ai eu une enguelade maison sur le même sujet hier..

--… celle qui est professeur la…

--… elle même, toi. Si tu l'écoute ça, c'est la femme la plus exploitée du monde… mais quand tu lui poses des questions précises sur son travail… elle bourre en désordre, je te dis.

--.. Quelles questions que tu lui posé ?

--… je lui ai demandé combien de jours elle travaille par an… tu sais ce qu'elle osé répondre ?

--… je ne sais pas moi.

--… qu'elle travaillait déjà trop… quand j'ai entendu ça, mon caca est monté un seul coup dans ma tête.

-- … qu'est-ce tu as fait ?

-- Je lui vomi tout ce que j'avais sur le cœur, toi. Je lui ai demandé comment elle pouvait dire qu'elle travaillait trop alors qu'elle avait les congés de décembre, les congés d'août, plus les congés de Pâques.

-- Hé toi l!!! tu lui as dit ça dans sa figure même?

-- J'avais une occasion en or, ma chère, pas besoin de te dire je l'ai coulouté même. Je lui ai dit que en plus de ces vacances la - qui doivent te faire trois mois - il y avait les samedis et les dimanches, les congés public, les congés pour aller suivre des cours au MIE ou je ne sais pas où et les sicks et les locals. Tu sais quand `ton enfant vient te dire Monsiseur a dit de ne pas venir a l'école demain parce qu'il sera absent. Et j'ai ajouté … je ne parle pas de permissions !!!

-- Aio, toi… tu l'as bien enfoncée même…Elle ne t'a rien répondu…

--… elle m'a dit que c'était la loi… et je lui ai demandé si c'était dans la loi que, comme l'année dernière, le professeur de HSC de ma fille ne vienne pas à l'école depuis septembre, demande à ma fille de réviser chez elle mais de ne pas rater ses leçons particulières payantes.

-- Tu étais sortie pour un kill même, toi. Ki li finn répone?

-- Elle a essayé de débattre mais elle n'avait pas d'arguments valables. D'ailleurs je ne lui ai pas laissé le temps de répondre et j'ai abordé la question de la demie heure en plus que le ministre a fait la.

-- Li pa répone même?

-- Je lui ai pas donné le temps, toi. Pour une fois que j'avais l'occasion de lui dire ses quatre vérités. Je lui ai demandé pourquoi les professeurs refusaient cette demi heure apres avoir signé un accord pour prendre l'augmentation du PRB. L'argent zonne konne prend, travail zot pas lé. La, elle a éclaté…

--…ki li fine dire?

-- Elle m'a tout dit, je te dis. Que j'avais un comportement de colon et d'esclavagiste… que c'est à cause des gens comme moi que les droits des travailleurs ne sont pas respectés et qu'on les traite comme des esclaves. Qu'on lui avait toujours dit que j'avais cette mentalité mais qu'elle n'osait pas croire…

--…to fine laisse li dire toi ça?

--… mais mo fine arrête so l'élan ene seul cout, je te dit. Je lui ai dit que je savais pourquoi elle était, comme tous les professeurs, contre finir la classe à trois heures…

--…pourquoi hein?

--… parce que ça va les mettre en retard pour commencer leurs leçons particulières ! Ce nouvel horaire casse leur time table de leçons, bonnefemme!!

--… ça elle va pas te pardonner, ça…. elle va te garder dans un joint, je te dis !

--… tant pis… au moins mo fine dire li ce que je voulais lui dire depuis bien longtemps. Mo fine soulagée, je te dis.

--… tu as du courage toi. Mais tu as bien fait. Comme le ministre qui a dit qu'il faut finir l'école à trois heures. Ca fera une demie heure d'études en plus pour nos enfants.

-- Mais tu n'écoute pas quand on te parle? Mo fine fek dire toi que les professeurs ne vont pas utiliser ces trente minutes pour faire la classe.

-- Mais ils sont obligés toi, ils ont signé.

-- To encore croire dans bonhomme Noël, toi. Tu sais ce qu'ils ont fait à l'école de ma fille.

-- Ne me dis pas qu'ils lâchent l'école a deux heures et demie comme avant ?

-- Pas du tout. Ils finissent à trois heures même.

--Tu vois : nos enfants vont avoir une demie heure de cours en plus

-- Tu rêves même, toi. Ils n'ont pas augmenté les périodes mais… le temps des récréations. A l'école de ma fille ils ont maintenant quinze minutes en plus pour la récréation et trois breaks au lieu de deux !





o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 18 janvier 2009