o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 16 novembre 2008



  Faits et effets… - Ruptures
  Humeur - Pollutions en tous genres
  Pris sur le vif - Le choix


Faits et effets...

Ruptures
Josie Lebrasse


Un énième scandale autour des examens. On dirait que depuis qu'un politicien a été nommé à sa tête, le Mauritius Examination Syndicate est poursuivi par la poisse. Après les erreurs de transmission à Cambridge, celles qui ont marqué la distribution de certains papiers, voilà, cette fois, des bouts de questionnaires de matières en Higher School Certificate qui sont posés sur un site de Facebook pour la grande joie de tricheurs. Ce n'est pas directement la faute au MES, cette fois, mais a-t-il pris toutes les précautions pour que de tels incidents ne se produisent pas ? On ne le sait pas et il faudra attendre les éclaircissements que fournira Cambridge pour savoir comment tout cela s'est produit, si le décalage horaire a été pris en considération et la suite que les uns et les autres donneront à ce nouveau scandale.

Une chose est sûre, c'est que les étudiants déjà stressés rien qu'à l'approche des examens, le sont davantage au moment d'y participer. Aussi, ce qui est arrivé doit les avoir jetés dans un terrible désarroi. Imaginez ceux qui n'ont pas triché et qui seront pénalisés parce qu'ils se seront montrés honnêtes ou tout simplement ignorants que des indications étaient disponibles sur la toile. Ce n'est pas une situation juste et équitable. Les étudiants, eux-mêmes, sont divisés sur ce qui serait acceptable à tous pour réparer ce qui est devenu une terrible discrimination. Certains, trop heureux d'en avoir fini avec certains examens, se sont exprimés contre toute nouvelle épreuve alors que d'autres sont d'avis que la solution la plus équitable serait de tout remettre à plat et que le papier de physique soit repris par tous. Faut attendre pour voir comment sortir de ce dilemme.

A malheur quelque chose est bon, dit l'adage. En effet. Avec Cambridge, ça commence à bien faire. A ceux qui s'asseyent dans des bureaux de la ville britannique et qui ont, pendant longtemps, affirmé que " Cambridge never errs " alors que les faits témoignent du contraire démontrent que " Cambridge always errs ", il faut dire ça suffit. Ces services ne sont pas gratuits, les étudiants doivent, avec la suppression des subventions de l'Etat, payer chers leur participation aux examens de SC et le moins auquel ils sont en droit d'attendre, c'est un service adéquat. Cela dit, il appartient maintenant au gouvernement de décider de la marche à suivre pour mettre un terme à cette interminable saga des erreurs de Cambridge et le plus tôt il engage des discussions dans ce sens, le mieux ce sera pour tous, étudiants, parents et enseignants.

Contrairement à son prédécesseur, Vasant Bunwaree semble être mieux équipé pour comprendre les enjeux du secteur et apporter les changements qui s'y imposent. Il a jusqu'ici montré qu'il était prêt au dialogue avec tous les acteurs de l'éducation. On doit profiter de la présente situation propice aux franches discussions pour poursuivre la réforme engagée sous le précédent gouvernement. Le ministre a évoqué le remplacement de l'examen du HSC par un baccalauréat international. Puisqu'il est question d'un système qui se pratique en France, mais pas seulement, il devrait songer à aller plus loin et faire poursuivre l'école publique mixte au-delà du primaire et abolir une fois pour toutes ce CPE maudit qui a, malheureusement, été affiné avec le A+. Profiter du contexte pour opérer une rupture avec le passé. C'est non seulement possible, mais souhaitable. Pour le plus grand bien de nos enfants.

Le Prix Nobel de littérature, Jean-Marie Gustave Leclézio, a ainsi refusé que son nom soit donné à la Bibliothèque Nationale mauricienne. C'est ce qu'il a dit cette semaine à l'occasion d'une visite au pays. L'affaire peut paraître banale. Non, ce qu'a dit le distingué visiteur est révélateur de la manière dont fonctionne le gouvernement. Dans une tentative de récupérer la distinction de l'écrivain aux origines mauriciennes, le Conseil des ministres est allé vite en besogne et a dans la précipitation, pris une décision de l'honorer à la première occasion. On sait aujourd'hui que l'écrivain n'a même pas été consulté avant la décision officielle. Sinon, il aurait déjà dit son opposition au projet gouvernemental et le Conseil des ministres n'en aurait pas été saisi.

Ce que cela démontre aussi, c'est que nous avons un gouvernement qui n'a qu'un seul réflexe, donner des noms ici et là. L'honneur s'arrête là pour eux. C'est la solution de facilité. On n'a d'ailleurs qu'à voir tous les noms des " papis " de nos actuels dirigeants donnés aux places publiques, ports, aéroports, rues, jardins lorsque ce ne sont pas les bustes des uns et des autres qui envahissent nos artères. C'est de l'infantilisme à l'état pur, avec des héritiers politiques qui se croient obligés d'aller chercher toujours plus pour honorer la mémoire de leurs géniteurs. Des signes de reconnaissance souvent plus ostentatoires et tardifs que ce qui se pratiquait de leur vivant. Là aussi, une rupture avec le passé s'impose si le pays veut réellement se réclamer de la modernité.

Le pavé dans la mare jeté par le nobélisé Jean-Marie Gustave Leclézio ne fait que nous rappeler que certaines de nos méthodes sont franchement dépassées pour ne pas dire ridicules. L'auteur du Chercheur d'or ne voulait manifestement pas être confondu avec un quelconque chercheur de dorure. L'écrivain aime le pays d'origine de son père pour ce qu'il représente sur un plan affectif, émotionnel en terme d'enracinement et non pas pour qu'il soit, lui, représenté sur un immeuble. Le comble dans ce genre d'histoire, c'est que cela attire au pays des railleries. Et il est heureux qu'après avoir dit non à cette décision du gouvernement, il a aussi profité pour suggérer que le gouvernement donne le nom d'un écrivain mauricien à cette bibliothèque.




Humeur

Pollutions en tous genres
Jean-Claude Antoine


Vous savez ce qui est admirable dans notre pays? C'est la capacité des dirigeants politiques à faire le contraire de ce qu'ils ont annoncé ou promis. Exemple : au nom du gouvernement, le ministre du Tourisme - par ailleurs, vice-Premier ministre - a lancé une campagne qui, au départ, a fait un peu sourire, mais qui, il faut bien l'admettre, commence à porter des fruits. Il s'agit, bien sûr, de la campagne Décollé pas collé, qui commence à rendre leurs couleurs originelles - parfois criardes - aux murs, aux devantures de boutiques, aux troncs d'arbres et même aux colonnes électriques du pays. On commençait à se dire que l'époque où nos centres- villes étaient impitoyablement défigurées à chaque élection ou manifestation politique était bien révolue et que peut-être le gouvernement allait prendre les mesures - renvoyées d'année en année - pour purger nos centres-villes de cette autre plaie : les marchands ambulants. On s'est une fois de plus trompé. La preuve est visible depuis la fin de la semaine : la place d'Armes, la portion de l'autoroute allant du centre de Port-Louis à Pailles et le rond-point du Réduit sont recouverts d'oriflammes rouges annonçant la tenue du congrès travailliste. Le congrès anniversaire se tenant au centre de conférence de Pailles, on peut se demander pourquoi est-ce que le centre de Port-Louis a été décoré des couleurs du PTr, tout comme les colonnes du CEB ont été transformées en porte pavillons. Cette opération décoration qui est en fait une pollution mérite quelques questions: Le ministre du Tourisme a-t-il pris les mesures nécessaires dans le cadre de l'opération anti-affichage sauvage ou va-t-il se réfugier derrière le fait que les pavillons rouges sont attachés, pas collés ? Un tailleur estime à Rs 15 pièce le pavillon rouge. Il serait intéressant de savoir qui a payé la note et si cette opération ne peut pas être assimilée - pour rester dans l'actualité - à un "bribe électoral" visuel pour inciter les gens à aller à une manifestation politique ?

Espérons, par ailleurs, que le CEB, dont le directeur général n'arrête pas de menacer les abonnés d'une prochaine augmentation des tarifs fera payer au PTR une location pour l'occupation de ses colonnes. J'aurais bien proposé la même chose au comité responsable de la préservation des monuments historiques pour l'occupation de la place d'Armes. Mais depuis que ce comité a classé la statue de sir Seewoosagur Ramgoolam sur la liste des monuments historiques, je m'interroge sur leur sens de l'Histoire. Ils sont capables de décréter que ces drapeaux rouge font partie du patrimoine de Maurice…

Les habitants de la partie résidentielle du centre de Rose-Hill sont, pour leur part, victimes de pollution sonore. En effet, à intervalle réguliers, la municipalité de Rose-Hill utilise ou loue l'esplanade et la cour du Plaza pour des concerts. Ces manifestations, qui se multiplient en période de fin d'année, provoquent à chaque fois les mêmes problèmes. La route Royale est bloquée, ce qui paralyse tout le centre-ville et les chemins avoisinants. Entrer ou sortir de Rose-Hill devient alors une épreuve qui peut durer des heures. Mais le pire est sans conteste la pollution sonore qui fait partie de ces concerts. Elle commence la veille de la manifestation quand les techniciens commencent la balance du son. Ils sembleraient que ces techniciens aient un problème de surdité aigüe, sinon ils ne pousseraient pas au maximum le son. Les tax payers de la municipalité habitant à des kilomètres à la ronde sont obligés de subir les goûts musicaux des sonorisateurs pendant des heures. La situation est la même tôt le lendemain, puisque des heures avant le concert les techniciens refont la balance sonore qui avait été faite la veille et laissent jouer, à fond la caisse, la musique pour créer l'ambiance. Les habitants des alentours du Plaza qui n'ont pas les moyens d'aller passer la journée ailleurs doivent subir pendant toute la journée la musique d'ambiance, les hurlements des animateurs, les prestations pas toujours musicales des artistes et " last but not least ", le discours du maire. Restons à Rose-Hill pour signaler l'existence d'une autre pollution au centre ville. Tous les soirs après 10 heures et demie, le tronçon de la route Royale allant des églises à Kentucky est transformé en piste de course motocycliste. Tous les soirs, des propriétaires de grosses cylindrées qui se prennent pour des Hell Angels font hurler leurs moteurs et grincer leurs roues dans le cadre de ce qui semble être un rodéo. Il semblerait que les policiers de Rose-Hill soient atteints de la même maladie que les responsables de sonorisation. Autrement, ils auraient verbalisés depuis longtemps ces motocyclistes pour hyper tapage nocturne répété.

Pour mettre fin a ces pollutions sonores, il faut que leurs victimes exigent des candidats aux prochaines élections municipales l'engagement que l'esplanade du Plaza ne servira plus de scène de concert et que le tronçon de la route Royale ne sera plus utilisé comme piste de course pour grosses et bruyantes cylindrées.




Pris sur le vif

Le choix
Jean-Claude Antoine


- Si tu votais là-bas, toi, pour qui tu irais voter ?

- Comment tu peux me poser cette question là? Mais il n'y a pas de choix possible toi, pas un seul moment d'hésitation.

- Ah bon, tu aurais pris ta décision depuis maintenant même?

- Depuis maintenant même !! Mais tu rêves, toi. Ma décision a été prise depuis longtemps. Tu me connaîs:pour moi il y a des questions ki énan enn seule réponse:la bonne réponse.

- Aio, je crois qu'on ne parle pas de la même élection la.

- Comment ça, mais il n'y a eu qu'une élection qui compte, toi : celle de Barack Obama qui, comme on voit sur le panneau de l'autoroute, a cassé la baraque. D'ailleurs tu sais quelle publicité c'est, toi ? Il n'y a que le nom de Barack dessus ?

- Ah bon, tu me parles de l'élection de Barack Obama. Ca c'est top et il y a même pas de discussion à avoir dessus, ça tu as raison. De toutes les manières les américains n'avaient pas le choix : ils ne pouvaient tout de même pas élire cette Palin avec so vilain la queue de cheval et ce vieillard de Mc Cain là. Ils avaient perdu dès le départ, mo ti sire. Mais tu sais ce qui me fait rire dans cette élection Obama là...

-... la queue de cheval de Palin, je parie. To fine déja dire ça.

-Pas du tout toi. Ce qui ne fait rire c'est que tout dumone ici fine vine Obama. Surtout ceux qui disaient qu'Obama n'avait pas d'expérience, était trop jeune et qu'on ne pouvait pas mettre un pays comme l'Amérique entre les mains d'un homme de couleur. Maintenant si tu les entends ça: plus Obama que zotte ça n'existe pas.

- Ma chère on a l'habitude de ça ici. To fine bliyé ki le lendemain de chaque élection à Maurice to bizin rode ban partisans de l'opposition avec la bougie rouge. Du jour au lendemain tout le monde est devenu partisan du gouvernement. Ca même ki est en train d'arriver avec Obama. Comment disait Boodhoo carapatte fine change lichien?? En parlant de cette publicité sur l'autoroute moi aussi j'ai vu, mais je ne sais pas qui l'a fait. Il y a bien une espèce d'affaire jaune, jaune sur le panneau, mais mo pas capave dire toi ce quelle firme c'est.

- Si on peut pas reconnaître le logo ça veut dire que c'est une mauvaise publicité alors.

- Tu as bien raison. Quelle l'autre élection tu me parlais là ?

- De celle de la partielle au numéro huit à Moka. Si tu habitais là-bas pour qui tu voterais: pour le tonton ou le neveu ?

- Ils ont dit qu'ils seront candidats avant même qu'on déclare l'élection ?

- Le tonton a dit qu'il poserait s'il avait une partielle. Je crois que le neveu avait déjà dit ça dans le passé. Alors quel est ton pronostic ?

- Je vais te dire franc toi : si j'habitais là-bas, j'aurais voté blanc, je te dis.

- Mais ki faire ? Tu n'as pas le droit, toi. Il faut accomplir ton devoir civique. Comme le disait mon bonhomme papa les gens sont morts pour obtenir le droit de vote dans ce pays. Nous avons la responsabilité de faire notre devoir civique

- Mais quand tu vas voter ça même veut dire faire son devoir civique, non.

- Mais tu sais bien que le vote blanc ne compte pas. Comme dans les usines ça fait partie des rejects. Donc il faux que tu exprimes ton choix.

- Mais justement, il n'a pas de choix toi. Comme disaient les grandes personnes d'autrefois, dans cette affaire topette ne vaut pas morette.

- Non là c'est pas correct, le tonton lui a été reconnu coupable de corruption d'électeurs.

- Mais il ne faut pas oublier que ce tonton faisait partie d'un gouvernement dont le neveu était le Vice Premier ministre. Pendant des mois ils nous ont dit que le gouvernement d'avant avait été un modèle de "good governance" et de bonne administration. Cette affaire de fraude a eu lieu quand l'ancien gouvernement était au pouvoir, non? Dans cette affaire la topette ne vaut pas morette et si je votais là-bas, je ne voterais pas, je te dis. Il faut que les politiciens arrêtent de prendre les électeurs pour des imbéciles. Après il y a une autre chose que je ne comprends pas dans cette affaire du numéro 8 là.

- Qu'est-ce que tu ne comprends pas encore?

- Si j'ai bien suivi l'affaire c'est un candidat battu des travaillistes qui a porté l'affaire en cour en disant que c'est à cause des mardayes du tonton qu'il a été battu aux élections, non ?

- C'est exactement ça.

- Alors explique moi pourquoi ce candidat battu à qui on a volé la victoire ne pose pas sa candidature lui même? Si on lui a volé la victoire la dernière fois, les électeurs devaient lui faire un triomphe cette fois, non?





o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 16 novembre 2008