c o u r r i e r WEEK-END --- dimanche 16 novembre 2008



Lettre à monsieur Gérard Cateaux, suite à son Edito du dimanche 2 novembre 2008

Je lis pratiquement tous vos éditoriaux, j'avais de l'estime pour vous, mais là ce dernier est descendu excessivement bas. Le fait de dire " Qu'est-ce cette histoire que de laisser aux seules factions chagossiennes, qui se chamaillent comme des chiffonniers, le soin d'aller discuter avec les institutions britanniques d'une affaire qui relève d'une question d'État à État", montre que vraiment avec tout le respect que je vous dois, vous ne connaissez rien à l'histoire des Chagossiens. Vous connaissant au travers de vos écrits, que vous êtes un homme très cultivé, vous avez pratiquement lu tous les livres du monde, mais concernant l'histoire des Chagossiens, vous avez certainement lu une vulgaire copie. Ce n'est qu'après l'ultime recours, bien qu'on ait gagné à trois reprises, que vous découvrez qu'on a laissé les factions chagossiennes mener seules leur combat, ô combien légitime. Votre discours aurait été tout autre si la Chambre des Lords avait confirmé le jugement de la cour en faveur des Chagossiens. Quand on sait que cela s'est joué à rien (3 Lords contre, et 2 Lords pour). Je ne vais pas vous apprendre que notre île, faite de factions communautaires est un pays démocratique, et que vous-même il n'y a pas si longtemps, étiez en rogne lorsque on avait essayé de vous bâillonner.

Donc pitié, on ne nous a pas " laissé ", nous avons tout simplement fait valoir notre droit, personne ne pourra nous en empêcher, ça se passe comme ça dans les pays démocratiques. C'est parce que nous avons laissé cette affaire d'Etat à Etat, qu'aujourd'hui nous nous retrouvons dans cette situation. Notre soi-disant " père de la nation ", de par son incompétence, nous a troqués comme du vulgaire bétail. Beaucoup de Chagossiens de première génération, ceux qui ont été " booted out " ne pourront pas vous répondre, car on leur a volé leur éducation. Déjà ça n'a pas de prix à mes yeux. Voilà pourquoi, en tant que Chagossien de deuxième génération, je ne peux, par respect pour mes ancêtres, pour ma grand-mère Chagossienne qui est morte il y pas si longtemps, vous laisser dire ce genre d'ânerie. Imaginez qu'on vous invite à aller faire un tour dans une île quelconque, et le jour où vous souhaitez rentrer à l'île Maurice, pays qui vous a vu naître, où vous avez laissé des traces indélébiles, on vous fait comprendre que ce n'est plus possible. Pour réponse on vous annonce que l'île Maurice a été vendue. Cessation qui a eu la bénédiction de votre chef d'Etat qui sans votre avis, l'a géré " d'Etat à Etat ". Les Chagossiens ont longtemps été manipulés par les politiciens, traités comme des moins que rien, ma mère se faisait insulter du seul faite d'être Chagosienne et ce en public. Je suis aussi étonné par votre soudaine amnésie quand vous dites " Le plan d'Olivier Bancoult qui consiste à permettre aux Chagossiens (lesquels?) " Moi déjà, je veux voir le pays où ma mère et ma grand-mère sont nées, ma mère aussi, toute ma famille et plein d'autres, TOUS les Chagossiens. Se recueillir sur la tombe de ceux qui sont enterrés là-bas. Pourquoi ? Vous êtes perplexe ? Vous méprisez les Chagossiens, ils ne sont certes pour la plupart pas éduqués, mais bon sang, respectez leur combat. " Pour y développer le tourisme (avec quels soutiens financiers ? Avec quels groupes industriels ? Parce qu'il faudrait ce genre de soutien pour soutenir ce type de perspectives, pour l'instant, aléatoires…) " Je ne sais pas qui a parlé de développer le tourisme, on veut juste pouvoir rentrer chez nous. Une chose que vous devez comprendre, reconnue trois fois par la cour de Londres, " on nous a expulsé de chez nous ". Je voulais vous dire aussi qu'un cheval de Troie est censé être un avantage, alors que rien pour défendre son cas devant la Chambre des Lords, l'Etat britannique a dû dépenser 5 millions de livres. Quand on sait que ce n'est pas fini, nous nous tournons désormais vers Strasbourg. Donc, Olivier Bancoult est un cheval de Troie doré alors " Que la Perfide Albion en prenne note ", les dirigeants britanniques doit se plier de rire quand l'Etat mauricien ose revendiquer sa souveraineté sur les Chagos, car c'est un incapable. Jamais l'histoire de l'archipel des Chagos a été aussi connue depuis que des " chiffonniers " s'occupent de cette affaire. Comme si l'Etat mauricien allait défendre notre cas avec autant de force et de conviction que nous. L'île Maurice a peur de la Blonde Albion, en 40 ans les Anglais n'ont même pas levé le petit doigt sur sa souveraineté. Les Chagossiens " qui se chamaillent " (pour la bonne cause), ont placé l'archipel des Chagos sur la carte mondiale. Le monde connaît ces groupes d'îles perdues dans l'océan Indien grâce au combat des Chagossiens. Je peux dire merci au GRC et à son " cheval de Troie " Vous adoptez une attitude opportuniste sur cette affaire, quand on connaît le long combat des Chagossiens. Faute d'idée, vous avez décidé d'insulter un peuple et de l'évincer de cette bataille pour la reconquête de sa terre natale. Je ne rate pas l'actualité mauricienne, encore moins l'actualité chagossienne. Soyez sûr que je vous ferai signe le jour où les factions chagossiennes, sans aucun état manipulateur gagneront devant la Cour des droits de l'homme. Ce jour-là je dirai, " perfide Gérard Cateaux…. "

Mikel Séblin, fils et petit fils de Chagossienne

mikel_seblin@hotmail.com


Notre réponse

Que M. Séblin soit assuré que notre position n'aurait en rien changé si les Lords anglais avaient donné gain de cause à M. Olivier Bancoult du Réfugiés Chagos.

Week - End n'a jamais essayé de bâillonner une quelconque "faction minoritaire" dans notre pays démocratique. Nos lecteurs en sont témoins. Au contraire, durant de longues années à travers mille recherches, notre journal a aidé les Chagossiens à obtenir les arguments légaux irréfutables qui leur ont permis, initialement, de vaincre le gouvernement britannique. C'était, bien entendu, le procès qui, le 3 novembre 2000, avait abouti à la victoire historique de nos compatriotes sur leur exil forcé quand les juges Law et Gibb avaient ordonné que l'Angleterre retourne les Chagossiens dans les îles où ils sont nés. Nous n'avions pas vu alors ni M. Séblin, ni quelque autre Chagossien profiter de cette victoire - rappelons - le, non - contestée en appel à l'époque par le gouvernement britannique - pour rentrer chez eux pourtant qui prétendent tant le vouloir. Nous avions apporté notre pierre à ce combat avec la conviction que les membres du Groupe Réfugiés Chagos se considéraient comme des Mauriciens et allaient, une fois réinstallés dans l'archipel, aider la République de Maurice à retrouver sa souveraineté sur les îles, naturellement, en négociant avec le gouvernement mauricien une forme d'autonomie de gestion avant même que cette formule ne soit appliquée à Rodrigues. Hélas, c'était compter sans l'opportunisme, l'ambition, voire la folie de grandeurs de certains qui ont ensuite utilisé cette victoire légale pour quémander et obtenir une citoyenneté britannique - pourtant refusée par Londres durant plus de quarante ans - mais qui leur a ensuite été généreusement octroyée dans l'unique but d'utiliser les bénéficiaires pour perpétuer la colonisation britanique dans l'océan Indien!

Plus loin, M. Séblin semble reprocher à l' Etat Mauricien d'avoir " volé leur éducation à beaucoup de Chagossiens de première génération qui ont été "booted out". Sous ce chapitre, il utilise soudainement le pronom impersonnel " on ", sans doute pour ne pas offenser le gouvernement britannique. Or, ce n'est pas à la République de Maurice, mais auprès du gouvernement de Londres qu'il doit justement réclamer de comptes pour avoir fait fermer les écoles primaires qui fonctionnaient dans les îles avant qu'il ne "boot out" les Chagossiens. Comme les Chagossiens, l'île Maurice a été, dans cette affaire, victime de l'impérialisme anglais et américain. Au contraire, malgré les maigres ressources de notre pays entre 1965 et 1975, l'Etat Mauricien, lui, a fait l'effort de former des Chagossiens de la deuxième génération en permettant à certains d'entre eux - comme M. Mikel Séblin lui-même - d'entreprendre des études universitaires. Certains sont ainsi devenus célèbre animateur de radio ou encore rédactrice-en-chef ! "Les Chagossiens ont été longtemps manipulés par les politiciens et ma mère se faisait insulter du seul fait qu'elle soit chagossienne", soutient M. Séblin. C'est sans doute vrai que quelques imbéciles de Mauriciens se soient cruellement moqués de Chagossiens ou les ont méprisés, mais ceux-là n'auront jamais pu être plus nombreux que les dizaines de milliers d'électeurs de l'arrondissement no.5 de Port Louis qui, en deux occasions, avaient élu sa mère comme conseillère municipal ! Si c'est cela que M. Séblin appelle mépris envers les Chagossiens, c'est pousser un peu trop loin le bouchon quand on veut jouer aux (faux) martyrs ...

M. Séblin feint de n'avoir jamais entendu parler de développer le tourisme dans les îles des Chagos ? Soit il veut nous faire accroire qu'il n'a pas lu (entièrement ou des extraits ) le plan de faisabilité intitulé

" Returning Home" illustré par l'Union Jack que M. Bancoult a présenté, avec grande publicité-à la Chambre des Lords britannique, soit, effectivement, il ne s'était jamais intéressé au combat de ses propres camarades Chagossiens. Du moins jusqu'à ce que la citoyenneté britannique ne soit obtenue ...

Quand à la prétention que " le monde entier connaît ces groupes d'îles perdues dans l'océan Indien grâce au combat des Chagossiens et au GRC et à son cheval de Troie doré", cela aussi relève de l'ingratitude dont sont capables certains Chagossiens envers tous ces Mauriciens qui se sont constamment battus à leurs côtés depuis 1965. Des frères Sylvio et Elie Michel à Paul Bérenger en passant par Kishore Mundil, Alain Laridon, Hervé Lassémillante à l'actuel Chef - juge Bernard Sik Yuen, ce dernier en sa qualité de membre de la Commission des droits de l'homme des Nations-Unies, à Genève. Mais, la polémique engagée par M. Séblin a, au moins, un mérite: celui de démontrer que certains Chagossiens, surtout parmi ceux qui le plus bénéficié de l' île Maurice, entretiennent envers notre pays une rancoeur aussi injuste qu'inexpliquable maintenant qu'ils ont été pris sous les ailes de la perfide Albion. Il vaudrait mieux pour cette catégorie de Chagossiens colonisés qu'ils aillent définitivement se faire voir à Londres car l' île Maurice ne pourra pas retenir ceux-là qui ne veulent pas d'elle ...

Quant aux attaques personnelles de M. Seblin à notre égard, nous laissons le soin à nos lecteurs de les apprécier!



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