Lettre à monsieur Gérard Cateaux, suite à
son Edito du dimanche 2 novembre 2008
Je lis pratiquement tous vos éditoriaux, j'avais de l'estime
pour vous, mais là ce dernier est descendu excessivement
bas. Le fait de dire " Qu'est-ce cette histoire que de laisser
aux seules factions chagossiennes, qui se chamaillent comme des
chiffonniers, le soin d'aller discuter avec les institutions britanniques
d'une affaire qui relève d'une question d'État à
État", montre que vraiment avec tout le respect que
je vous dois, vous ne connaissez rien à l'histoire des
Chagossiens. Vous connaissant au travers de vos écrits,
que vous êtes un homme très cultivé, vous
avez pratiquement lu tous les livres du monde, mais concernant
l'histoire des Chagossiens, vous avez certainement lu une vulgaire
copie. Ce n'est qu'après l'ultime recours, bien qu'on ait
gagné à trois reprises, que vous découvrez
qu'on a laissé les factions chagossiennes mener seules
leur combat, ô combien légitime. Votre discours
aurait été tout autre si la Chambre des Lords avait
confirmé le jugement de la cour en faveur des Chagossiens.
Quand on sait que cela s'est joué à rien (3 Lords
contre, et 2 Lords pour). Je ne vais pas vous apprendre que notre
île, faite de factions communautaires est un pays démocratique,
et que vous-même il n'y a pas si longtemps, étiez
en rogne lorsque on avait essayé de vous bâillonner.
Donc pitié, on ne nous a pas " laissé ",
nous avons tout simplement fait valoir notre droit, personne ne
pourra nous en empêcher, ça se passe comme ça
dans les pays démocratiques. C'est parce que nous avons
laissé cette affaire d'Etat à Etat, qu'aujourd'hui
nous nous retrouvons dans cette situation. Notre soi-disant "
père de la nation ", de par son incompétence,
nous a troqués comme du vulgaire bétail. Beaucoup
de Chagossiens de première génération, ceux
qui ont été " booted out " ne pourront
pas vous répondre, car on leur a volé leur éducation.
Déjà ça n'a pas de prix à mes yeux.
Voilà pourquoi, en tant que Chagossien de deuxième
génération, je ne peux, par respect pour mes ancêtres,
pour ma grand-mère Chagossienne qui est morte il y pas
si longtemps, vous laisser dire ce genre d'ânerie. Imaginez
qu'on vous invite à aller faire un tour dans une île
quelconque, et le jour où vous souhaitez rentrer à
l'île Maurice, pays qui vous a vu naître, où
vous avez laissé des traces indélébiles,
on vous fait comprendre que ce n'est plus possible. Pour réponse
on vous annonce que l'île Maurice a été vendue.
Cessation qui a eu la bénédiction de votre chef
d'Etat qui sans votre avis, l'a géré " d'Etat
à Etat ". Les Chagossiens ont longtemps été
manipulés par les politiciens, traités comme des
moins que rien, ma mère se faisait insulter du seul faite
d'être Chagosienne et ce en public. Je suis aussi étonné
par votre soudaine amnésie quand vous dites " Le plan
d'Olivier Bancoult qui consiste à permettre aux Chagossiens
(lesquels?) " Moi déjà, je veux voir le pays
où ma mère et ma grand-mère sont nées,
ma mère aussi, toute ma famille et plein d'autres, TOUS
les Chagossiens. Se recueillir sur la tombe de ceux qui sont enterrés
là-bas. Pourquoi ? Vous êtes perplexe ? Vous méprisez
les Chagossiens, ils ne sont certes pour la plupart pas éduqués,
mais bon sang, respectez leur combat. " Pour y développer
le tourisme (avec quels soutiens financiers ? Avec quels groupes
industriels ? Parce qu'il faudrait ce genre de soutien pour soutenir
ce type de perspectives, pour l'instant, aléatoires
)
" Je ne sais pas qui a parlé de développer
le tourisme, on veut juste pouvoir rentrer chez nous. Une chose
que vous devez comprendre, reconnue trois fois par la cour de
Londres, " on nous a expulsé de chez nous ".
Je voulais vous dire aussi qu'un cheval de Troie est censé
être un avantage, alors que rien pour défendre son
cas devant la Chambre des Lords, l'Etat britannique a dû
dépenser 5 millions de livres. Quand on sait que ce n'est
pas fini, nous nous tournons désormais vers Strasbourg.
Donc, Olivier Bancoult est un cheval de Troie doré alors
" Que la Perfide Albion en prenne note ", les dirigeants
britanniques doit se plier de rire quand l'Etat mauricien ose
revendiquer sa souveraineté sur les Chagos, car c'est un
incapable. Jamais l'histoire de l'archipel des Chagos a été
aussi connue depuis que des " chiffonniers " s'occupent
de cette affaire. Comme si l'Etat mauricien allait défendre
notre cas avec autant de force et de conviction que nous. L'île
Maurice a peur de la Blonde Albion, en 40 ans les Anglais n'ont
même pas levé le petit doigt sur sa souveraineté.
Les Chagossiens " qui se chamaillent " (pour la bonne
cause), ont placé l'archipel des Chagos sur la carte mondiale.
Le monde connaît ces groupes d'îles perdues dans l'océan
Indien grâce au combat des Chagossiens. Je peux dire merci
au GRC et à son " cheval de Troie " Vous adoptez
une attitude opportuniste sur cette affaire, quand on connaît
le long combat des Chagossiens. Faute d'idée, vous avez
décidé d'insulter un peuple et de l'évincer
de cette bataille pour la reconquête de sa terre natale.
Je ne rate pas l'actualité mauricienne, encore moins l'actualité
chagossienne. Soyez sûr que je vous ferai signe le jour
où les factions chagossiennes, sans aucun état manipulateur
gagneront devant la Cour des droits de l'homme. Ce jour-là
je dirai, " perfide Gérard Cateaux
. "
Mikel Séblin, fils et petit fils de Chagossienne
mikel_seblin@hotmail.com
Notre réponse
Que M. Séblin soit assuré que notre position n'aurait
en rien changé si les Lords anglais avaient donné
gain de cause à M. Olivier Bancoult du Réfugiés
Chagos.
Week - End n'a jamais essayé de bâillonner
une quelconque "faction minoritaire" dans notre pays
démocratique. Nos lecteurs en sont témoins. Au contraire,
durant de longues années à travers mille recherches,
notre journal a aidé les Chagossiens à obtenir les
arguments légaux irréfutables qui leur ont permis,
initialement, de vaincre le gouvernement britannique. C'était,
bien entendu, le procès qui, le 3 novembre 2000, avait
abouti à la victoire historique de nos compatriotes sur
leur exil forcé quand les juges Law et Gibb avaient ordonné
que l'Angleterre retourne les Chagossiens dans les îles
où ils sont nés. Nous n'avions pas vu alors ni M.
Séblin, ni quelque autre Chagossien profiter de cette victoire
- rappelons - le, non - contestée en appel à l'époque
par le gouvernement britannique - pour rentrer chez eux pourtant
qui prétendent tant le vouloir. Nous avions apporté
notre pierre à ce combat avec la conviction que les membres
du Groupe Réfugiés Chagos se considéraient
comme des Mauriciens et allaient, une fois réinstallés
dans l'archipel, aider la République de Maurice à
retrouver sa souveraineté sur les îles, naturellement,
en négociant avec le gouvernement mauricien une forme d'autonomie
de gestion avant même que cette formule ne soit appliquée
à Rodrigues. Hélas, c'était compter sans
l'opportunisme, l'ambition, voire la folie de grandeurs de certains
qui ont ensuite utilisé cette victoire légale pour
quémander et obtenir une citoyenneté britannique
- pourtant refusée par Londres durant plus de quarante
ans - mais qui leur a ensuite été généreusement
octroyée dans l'unique but d'utiliser les bénéficiaires
pour perpétuer la colonisation britanique dans l'océan
Indien!
Plus loin, M. Séblin semble reprocher à l' Etat
Mauricien d'avoir " volé leur éducation à
beaucoup de Chagossiens de première génération
qui ont été "booted out". Sous ce chapitre,
il utilise soudainement le pronom impersonnel " on ",
sans doute pour ne pas offenser le gouvernement britannique. Or,
ce n'est pas à la République de Maurice, mais auprès
du gouvernement de Londres qu'il doit justement réclamer
de comptes pour avoir fait fermer les écoles primaires
qui fonctionnaient dans les îles avant qu'il ne "boot
out" les Chagossiens. Comme les Chagossiens, l'île
Maurice a été, dans cette affaire, victime de l'impérialisme
anglais et américain. Au contraire, malgré les maigres
ressources de notre pays entre 1965 et 1975, l'Etat Mauricien,
lui, a fait l'effort de former des Chagossiens de la deuxième
génération en permettant à certains d'entre
eux - comme M. Mikel Séblin lui-même - d'entreprendre
des études universitaires. Certains sont ainsi devenus
célèbre animateur de radio ou encore rédactrice-en-chef
! "Les Chagossiens ont été longtemps manipulés
par les politiciens et ma mère se faisait insulter du
seul fait qu'elle soit chagossienne", soutient M. Séblin.
C'est sans doute vrai que quelques imbéciles de Mauriciens
se soient cruellement moqués de Chagossiens ou les ont
méprisés, mais ceux-là n'auront jamais pu
être plus nombreux que les dizaines de milliers d'électeurs
de l'arrondissement no.5 de Port Louis qui, en deux occasions,
avaient élu sa mère comme conseillère municipal
! Si c'est cela que M. Séblin appelle mépris envers
les Chagossiens, c'est pousser un peu trop loin le bouchon quand
on veut jouer aux (faux) martyrs ...
M. Séblin feint de n'avoir jamais entendu parler de développer
le tourisme dans les îles des Chagos ? Soit il veut nous
faire accroire qu'il n'a pas lu (entièrement ou des extraits
) le plan de faisabilité intitulé
" Returning Home" illustré par l'Union
Jack que M. Bancoult a présenté, avec grande publicité-à
la Chambre des Lords britannique, soit, effectivement, il ne s'était
jamais intéressé au combat de ses propres camarades
Chagossiens. Du moins jusqu'à ce que la citoyenneté
britannique ne soit obtenue ...
Quand à la prétention que " le monde entier
connaît ces groupes d'îles perdues dans l'océan
Indien grâce au combat des Chagossiens et au GRC et à
son cheval de Troie doré", cela aussi relève
de l'ingratitude dont sont capables certains Chagossiens envers
tous ces Mauriciens qui se sont constamment battus à leurs
côtés depuis 1965. Des frères Sylvio et Elie
Michel à Paul Bérenger en passant par Kishore Mundil,
Alain Laridon, Hervé Lassémillante à l'actuel
Chef - juge Bernard Sik Yuen, ce dernier en sa qualité
de membre de la Commission des droits de l'homme des Nations-Unies,
à Genève. Mais, la polémique engagée
par M. Séblin a, au moins, un mérite: celui de démontrer
que certains Chagossiens, surtout parmi ceux qui le plus bénéficié
de l' île Maurice, entretiennent envers notre pays une rancoeur
aussi injuste qu'inexpliquable maintenant qu'ils ont été
pris sous les ailes de la perfide Albion. Il vaudrait mieux pour
cette catégorie de Chagossiens colonisés qu'ils
aillent définitivement se faire voir à Londres car
l' île Maurice ne pourra pas retenir ceux-là qui
ne veulent pas d'elle ...
Quant aux attaques personnelles de M. Seblin à notre égard,
nous laissons le soin à nos lecteurs de les apprécier!