"La décision de diminuer les vols d'Australie ne
nous a pas fait plaisir, mais je comprends les contraintes du
CEO d'Air Mauritius"
"Dans cette période d'incertitude, l'objectif est
de limiter la casse autant que possible "
"Maurice s'en sort honorablement dans cette période
de crise avec une croissance positive. C'est pire ailleurs chez
nos compétiteurs pas très loin de chez nous"
"Maurice reste une destination haut de gamme et dans cette
période de crise toutes les études nous prouvent
que nous avons eu raison de miser sur ce créneau"
Notre invité de ce dimanche est Robert Desvaux, président
du conseil d'administration de la Mauritius Tourism Promotion
Authority (MTPA). Il livre son analyse de la situation et ses
prévisions pour les arrivées touristiques pour les
trois derniers mois de cette année.
Robert Desvaux, tous les matins, le site web de la MTPA publie
un bulletin avec photos couleurs qui annonce que tout est magnifique
à Maurice dans le domaine du tourisme : les visiteurs sont
enchantés, les clients satisfaits, les promotions réussies,
les salons pleins à craquer. C'est ça la réalité
du tourisme mauricien ou c'est de la propagande touristique ?C'est
la vitrine du tourisme mauricien, sa diversité et ses propositions.
Comme dans toutes les vitrines, nous exposons ce qu'il y a de
beau tout en continuant à travailler derrière pour
améliorer le produit. Nous ne nous contentons pas de dire
que tout va bien. Nous faisons des études et sondages à
intervalles réguliers pour veiller que tout aille bien.
C'est vrai qu'il y a quelques petits manquements. Il faut peaufiner
le produit, l'améliorer en travaillant sur la saleté,
sur les affiches qui défigurent le pays, sur les problèmes
de sécurité. Nous faisons tout ce qu'il faut avec
nos partenaires pour améliorer le produit.
Quelle est la situation de l'industrie touristique mauricienne
en cette fin d'octobre 2008 ?
Je n'ai pas de réponse à tout, mais je dirais ce
que tout le monde sait, que nous avions jusqu'en septembre une
moyenne de 4,6% de progression pour les neuf premiers mois comparés
à l'année dernière. Nous avons atteint ce
chiffre avec au moins quatre mois d'incertitude dans le monde
et une récession planétaire à partir de juin-juillet,
suivie d'une dépression. Nous avons réussi à
nous tirer d'affaire malgré tout comparé à
nos compétiteurs. En juin et juillet, face à la
situation, nous avons pris des mesures pour continuer à
donner l'envie aux gens de venir à Maurice. Nous avons
dû investir là où, comme on dit en termes
de marketing, le poisson mord le mieux en tenant compte des contraintes
de l'accès aérien.
Allons-nous arriver à ces 10% de croissance annoncés
sur tous les tons depuis le début de l'année ?
Je considère que nous allons finir octobre avec le même
pourcentage que l'année dernière ou avec une toute
petite progression. Pour novembre, tout indique que nous serons
un peu moins bien que l'année dernière et je pense
que nous aurons aux alentours de 1% en moins. Pour décembre,
nous allons finir plus ou moins comme l'année dernière
si rien de grave ne se passe entre-temps dans le monde et que
l'émotion cède le pas à la confiance retrouvée.
Avec ces projections, nous allons terminer l'année avec
une croissance de 3,2%, ce qui sera bien dans la conjoncture actuelle.
On aurait pu baisser les bras en se réfugiant derrière
la situation internationale la récession et la dépression
qui incitent les gens à ne plus voyager, surtout sur les
longues destinations qui devraient connaître du -5% comparé
à l'année dernière. Nous continuons à
nous battre pour faire passer le message suivant sur les marchés
émetteurs : et si on allait à l'île Maurice
? Nous suivons la situation au jour le jour.Sans les différentes
crises, l'industrie touristique mauricienne aurait-elle réalisé
les projections du début de l'année ?
Sans les crises nous aurions fait 10% de croissance sans aucun
problème. Notre stratégie était la bonne,
mais nous ne pouvions prévoir la crise. Nous suivons la
situation au jour le jour avec nos partenaires pour pouvoir lancer
une nouvelle promotion dès que la reprise de l'activité
économique mondiale sera enclenchée. J'aimerais
revenir à votre première question pour un complément
de réponse. Cette page web a son importance dans la mesure
où les sondages montrent que pour les longues destinations
comme Maurice les gens vérifient la destination sur internet
avant de se décider. Il y a actuellement une baisse de
demandes pour les destinations long courrier. Les gens privilégient
les destinations à deux ou trois heures de vols de chez
eux. Par conséquent, nous continuons nos efforts de marketing
sur le marché réunionnais - qui est excellent pour
nous - un peu moins sur le marché sud-africain en raison
de la baisse de valeur du rand. Nous avons cru et nous croyons
toujours en le marché australien
Comment allez-vous
faire venir des touristes australiens à Maurice alors qu'Air
Mauritius diminue ses vols à partir de ce pays ?
Quand nous avons commencé la campagne de marketing en Australie,
nous avions les vols. Nous les avions eus et nous les avons vendus
pendant le road show auquel participait d'ailleurs le directeur
général d'Air Mauritius en Australie. Mais, malheureusement,
à peine rentré à Maurice, il a été
obligé de prendre la décision de diminuer les vols
en provenance d'Australie pour des raisons économiques.Vous
mettez le doigt sur un des problèmes du tourisme mauricien
: l'incohérence qui peut exister entre deux de ses partenaires.
Ce qui autorise à se demander si tous les partenaires du
tourisme regardent dans la même direction ou chacun de son
côté, selon ses intérêts particuliers
La campagne sur l'Australie qui a nécessité des
mois de travail a été préparée avec
Air Mauritius. Son CEO était partie prenante mais l'augmentation
du prix du baril de pétrole l'a obligé de prendre
des décisions commerciales essentielles. Vous savez, les
règles du business ont changé et Air Mauritius a
dû s'adapter à la situation. Les dynamismes changent
tellement vite. Cette décision que nous avons apprise à
notre retour d'Australie ne nous a pas fait plaisir, mais je comprends
les contraintes du CEO d'Air Mauritius. Il nous a toutefois promis
que dès que la situation sera revenue à la normale
il remettra l'avion pour l'Australie, il en a pris l'engagement.Nous
n'allons pas vous demander comment les tours opérateurs
australiens ont réagi à ce revirement de situation
qui témoigne du sérieux de leurs interlocuteurs
mauriciens ! Parlons d'investissement. Êtes-vous satisfait
de la somme allouée à la MTPA pour ses besoins de
marketing ?
En général, entre 1,5 à 2% d'une industrie
sont alloués à son marketing en général.
Aujourd'hui, l'industrie touristique mauricienne rapporte plus
de Rs 40 milliards, soit le double d'il y a trois ans. Le budget
de la MTPA est de Rs 340 millions et avec l'investissement des
autres partenaires dont les hôteliers, le budget global
de Maurice est d'environ Rs 1,7 milliard. Nous sommes dans les
normes et ça va en période normale. Mais nous aurons
à investir davantage pour redémarrer une campagne
agressive quand les choses vont aller bien et nous aurons à
demander des crédits additionnels.Quel sera le montant
de la somme qu'il faudra investir pour le redémarrage,
quand il se produira ?J'en ai parlé au ministre du
Tourisme la semaine dernière. Je crois que la somme tournera
autour de Rs 50 millions.
Êtes-vous satisfait de la promotion de la destination
île Maurice à l'étranger ?
Dans tous nos pays émetteurs, il ne se passe pas une semaine
sans que Maurice ne soit dans les magazines haut de gamme, à
la télévision ou sur les radios. Nous avons des
stratégies différentes sur nos différents
marchés et essayons de nouvelles formules de promotion.
Notre taux de pénétration sur la majeure partie
de nos marchés émetteurs est phénoménal
Mais ne se reflète nullement dans le taux des arrivées
Je ne suis pas d'accord. Au cours de ces dernières années,
Maurice a toujours eu un taux d'arrivées supérieur
à la tendance mondiale. Mais comme vous le savez, la conjoncture
a changé depuis ces cinq derniers mois, et il n'y a plus
de business rules, comme je vous l'ai déjà
dit. On aurait pu se cacher derrière la conjoncture, mais
nous continuons à nous battre pour améliorer nos
chiffres.Que répondez-vous aux hôteliers qui vous
disent qu'ils ne disposent pas de suffisamment de places d'avion
pour remplir leurs chambres d'hôtels ?
Je vous ai dit, sans langue de bois, que si la situation demeure
ce qu'elle est aujourd'hui, nous allons faire un taux de croissance
d'un peu plus de 3%. Avec ce que nous avons comme places dans
les avions, nous devrions pourvoir 5% de croissance. Je ne crois
pas que dans la situation actuelle l'île Maurice refusera
un vol direct de n'importe quel pays où Air Mauritius n'est
pas présent.Êtes-vous satisfait d'Air Mauritius
?
L'humain n'est jamais satisfait par définition mais je
considère qu'un taux de satisfaction de 80% est acceptable.
C'est le cas aujourd'hui avec Air Mauritius, mais il reste encore
du chemin à faire. La compétition a été
bénéfique à Air Mauritius, la compagnie nationale
va dans la bonne voie en tenant compte de ses contraintes commerciales.
Est-ce que les problèmes d'embouteillage à l'aéroport
qui ont lieu fin décembre-début janvier ont été
réglés ?
C'est vrai qu'il y a un problème mais, comparativement
à ce qui se passe dans certaines capitales européennes,
ce n'est rien du tout. Il y a parfois de l'attente mais c'est
généralement raisonnable.
On ne parle pas de ceux qui passent par le salon VIP. Vous
pensez que le touriste bloqué dans une salle bourrée
de voyageurs et devant faire queue pendant des heures se console
en se disant que c'est pire ailleurs ?Ce n'est pas ce que
je suis en train de dire. Je suis conscient de ce problème
et j'espère que les mesures ont été prises
pour le régler.
Abordons le problème des agressions contre les touristes
Ce sont des cas isolés, mais ce sont des cas en trop. Ce
problème sera adressé dans le branding de
la destination qui est en train de se faire. Des campagnes seront
faites pour montrer aux Mauriciens à quel point nous avons
besoin des touristes et leur exposer les valeurs que nous devons
défendre. J'attends beaucoup de cet exercice de branding
de la destination qui va faire démarrer une nouvelle synergie.
Je crois qu'il faut que les Mauriciens se rendent compte que nous
sommes tous impliqués dans la défense de l'image
de la destination. J'aimerais souligner le comportement responsable
de ceux qui ont occupé une haute fonction politique à
Maurice qui veillent à ce que leurs déclarations
publiques ne puissent en aucune façon porter atteinte à
l'image de marque du pays. Nous devons améliorer notre
produit en développant de nouveaux créneaux et,
par exemple, passer de la cuisine à la gastronomie pour
apporter un plus à la destination. On commence déjà
à parler de la cuisine fusion et de l'inventivité
de la gastronomie mauricienne. Il faut également mettre
l'accent sur le développement des activités culturellesMaurice
est toujours une destination haut de gamme ou est-que le touriste
sac à dos commence à se manifester ?
On ne fait pas quatorze heures de vols pour faire du tourisme
sac à dos. La durée du vol et la distance nous protègent
de cette catégorie de touristes. Maurice reste une destination
haut de gamme et dans cette période de crise toutes les
études nous prouvent que nous avons eu raison de miser
sur ce créneau. Parce que l'on sait qu'à Maurice
on peut se retrouver seul sur une plage, ce qui n'est pas le cas
de toutes les autres destinations. Je veux dire sur une plage
devant un hôtel.Et l'objectif de deux millions de touristes
par an ?
L'objectif du Premier ministre est de faire venir 2 millions de
touristes. Nous y avons travaillé et nous pensons que cela
peut se faire sans gêner la population mauricienne et tout
en préservant l'image de marque de la destination. Mais
je pense que nous risquons d'avoir des difficultés au niveau
du service, ce qui nous obligerait à importer de la main-d'uvre.
Et je crains qu'il y ait une différence entre le service
mauricien et le reste. Mais ce qui est plus important, c'est le
présent et, je le répète, Maurice s'en sort
honorablement dans cette période de crise avec une croissance
positive. C'est pire ailleurs chez nos compétiteurs pas
très loin de chez nous.
Vous avez fait part de vos projections en termes d'arrivées
touristiques pour la fin de 2008. Que sont-elles pour janvier
2009 ?
Il n'y a pas beaucoup de visibilité sur l'année
prochaine. En janvier, valeur du jour, c'est au ralenti, comme
les réservations. Mais on s'est rendu compte au cours des
derniers mois qu'il y a eu beaucoup de réservations de
dernière minute. Je ne vais m'engager sur un chiffre, l'objectif
c'est de maintenir au moins ce que nous avons fait en termes d'arrivées
pour janvier 2008. Dans cette période d'incertitude, l'objectif
est de limiter la casse autant que possible. Le pire pour moi
est que tout redémarre en juin de l'année prochaine
et on va rattraper comme après le chikungunya, phase que
nous avons su gérer.Les bureaux de la MTPA de Paris
et de Londres sont-ils toujours opérationnels ?Nous
n'avons plus de bureau à Paris et nous avons une personne
à Londres dans un bureau qui nous est prêté
qui fait l'administratif et la distribution de nos matériaux
publicitaires.
Le chanteur Zul Ramiah n'a-t-il pas été nommé
au bureau de la MTPA à Londres ?
Non. Zul Ramiah, qui est connu dans le domaine culturel, a un
job spécifique. Il s'occupe de donner aux Mauriciens installés
en Grande Bretagne et à leurs enfants l'envie de redécouvrir
Maurice et de faire la fête à la mauricienne. C'est
une façon de promouvoir le pays
C'est également
une manière de récompenser quelqu'un pour services
politiques rendus. On ne savait pas que la mission de la MTPA
comprenait également ce genre d'activités
On a étudié le travail qu'il devait faire et on
a trouvé que c'était value for money sur
une base contractuelle d'un an. Si on est satisfait de ses services,
son contrat sera renouvelé. Vous êtes en train de
parler de nominé politique, ce qui est mon cas. Je profite
de l'occasion pour dire que ce n'est pas facile
Expliquez-nous
ça
En plus, moi, j'ai été nommé par un ministre
qui est un copain. En tant que nominé politique, j'ai la
responsabilité de réussir la mission qu'on m'a confiée.
Si au lieu d'être nominé j'avais eu le job autrement,
j'aurais eu moins de responsabilités, moins de nécessité
de réussir. Je n'ai pas le choix, je suis obligé
de réussir.
Savez-vous qu'il y a d'autres nominés politiques qui
se contentent de jouir de leur nomination et des avantages qu'elle
comporte ?
Ce n'est pas mon cas. J'ai été nommé dans
un poste taillé sur mesure pour moi. J'ai été
nommé sur mes compétences et mon parcours, pas mon
appartenance politique.Puisque vous avez évoqué
la politique, profitons-en
En tant que membre du PMXD, que
pensez-vous de l'éventualité d'une fusion entre
le PMXD et le MR ?
Je vous répondrai que je ne comprends pas pourquoi il y
a eu au départ le MR. Car le MR et le PMXD c'est la même
chose. Donc, cette fusion est naturelle. Cela étant, je
précise que depuis ma nomination à la MTPA je fais
mon travail sans m'occuper de la politique.
Un mot sur le titre de vice-Premier ministre donné puis
repris avant d'être redonné à Xavier Duval
?
On travaillait tellement à cette époque où
la crise économique commençait qu'on n'a pas eu
le temps de s'intéresser à cette question. Sincèrement,
pour moi, ce n'est pas le titre qui compte, mais le travail fait
et les résultats.Serez-vous candidat aux prochaines
élections ?
Non, parce que je ne suis pas un politicien. Je me contente d'être
un professionnel super content de ce qu'il fait. Je crois dans
l'auto-évaluation et je fais tout pour finir mon mandat
de président de la MTPA avec un bilan positif.
Nous allons terminer cette interview par un exercice d'auto-évaluation,
justement. Est-ce que vous pensez que le fait que le président
et le directeur général de la MTPA se fassent photographier
avec les vedettes et les personnalités du tourisme est
un plus pour la destination île Maurice ?
La mission du directeur de la MTPA et de son président
est de promouvoir la destination île Maurice. Les vedettes
dont vous parlez nous prêtent gratuitement leur image, ce
sont les amis de l'île Maurice. Notre présence sur
la photo est le lien entre les vedettes et Maurice. Car, heureusement
ou malheureusement, notre rôle est d'associer Maurice à
ces vedettes et ces personnalités.