i n t e r v i e w WEEK-END --- dimanche 26 octobre 2008



Robert Desvaux, président de la MTPA :

"Nous allons terminer l'année avec une croissance touristique de 3,2%"

"La décision de diminuer les vols d'Australie ne nous a pas fait plaisir, mais je comprends les contraintes du CEO d'Air Mauritius"

"Dans cette période d'incertitude, l'objectif est de limiter la casse autant que possible "

"Maurice s'en sort honorablement dans cette période de crise avec une croissance positive. C'est pire ailleurs chez nos compétiteurs pas très loin de chez nous"

"Maurice reste une destination haut de gamme et dans cette période de crise toutes les études nous prouvent que nous avons eu raison de miser sur ce créneau"

Notre invité de ce dimanche est Robert Desvaux, président du conseil d'administration de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA). Il livre son analyse de la situation et ses prévisions pour les arrivées touristiques pour les trois derniers mois de cette année.

Robert Desvaux, tous les matins, le site web de la MTPA publie un bulletin avec photos couleurs qui annonce que tout est magnifique à Maurice dans le domaine du tourisme : les visiteurs sont enchantés, les clients satisfaits, les promotions réussies, les salons pleins à craquer. C'est ça la réalité du tourisme mauricien ou c'est de la propagande touristique ?C'est la vitrine du tourisme mauricien, sa diversité et ses propositions. Comme dans toutes les vitrines, nous exposons ce qu'il y a de beau tout en continuant à travailler derrière pour améliorer le produit. Nous ne nous contentons pas de dire que tout va bien. Nous faisons des études et sondages à intervalles réguliers pour veiller que tout aille bien. C'est vrai qu'il y a quelques petits manquements. Il faut peaufiner le produit, l'améliorer en travaillant sur la saleté, sur les affiches qui défigurent le pays, sur les problèmes de sécurité. Nous faisons tout ce qu'il faut avec nos partenaires pour améliorer le produit.

Quelle est la situation de l'industrie touristique mauricienne en cette fin d'octobre 2008 ?

Je n'ai pas de réponse à tout, mais je dirais ce que tout le monde sait, que nous avions jusqu'en septembre une moyenne de 4,6% de progression pour les neuf premiers mois comparés à l'année dernière. Nous avons atteint ce chiffre avec au moins quatre mois d'incertitude dans le monde et une récession planétaire à partir de juin-juillet, suivie d'une dépression. Nous avons réussi à nous tirer d'affaire malgré tout comparé à nos compétiteurs. En juin et juillet, face à la situation, nous avons pris des mesures pour continuer à donner l'envie aux gens de venir à Maurice. Nous avons dû investir là où, comme on dit en termes de marketing, le poisson mord le mieux en tenant compte des contraintes de l'accès aérien.

Allons-nous arriver à ces 10% de croissance annoncés sur tous les tons depuis le début de l'année ?

Je considère que nous allons finir octobre avec le même pourcentage que l'année dernière ou avec une toute petite progression. Pour novembre, tout indique que nous serons un peu moins bien que l'année dernière et je pense que nous aurons aux alentours de 1% en moins. Pour décembre, nous allons finir plus ou moins comme l'année dernière si rien de grave ne se passe entre-temps dans le monde et que l'émotion cède le pas à la confiance retrouvée. Avec ces projections, nous allons terminer l'année avec une croissance de 3,2%, ce qui sera bien dans la conjoncture actuelle. On aurait pu baisser les bras en se réfugiant derrière la situation internationale la récession et la dépression qui incitent les gens à ne plus voyager, surtout sur les longues destinations qui devraient connaître du -5% comparé à l'année dernière. Nous continuons à nous battre pour faire passer le message suivant sur les marchés émetteurs : et si on allait à l'île Maurice ? Nous suivons la situation au jour le jour.Sans les différentes crises, l'industrie touristique mauricienne aurait-elle réalisé les projections du début de l'année ?

Sans les crises nous aurions fait 10% de croissance sans aucun problème. Notre stratégie était la bonne, mais nous ne pouvions prévoir la crise. Nous suivons la situation au jour le jour avec nos partenaires pour pouvoir lancer une nouvelle promotion dès que la reprise de l'activité économique mondiale sera enclenchée. J'aimerais revenir à votre première question pour un complément de réponse. Cette page web a son importance dans la mesure où les sondages montrent que pour les longues destinations comme Maurice les gens vérifient la destination sur internet avant de se décider. Il y a actuellement une baisse de demandes pour les destinations long courrier. Les gens privilégient les destinations à deux ou trois heures de vols de chez eux. Par conséquent, nous continuons nos efforts de marketing sur le marché réunionnais - qui est excellent pour nous - un peu moins sur le marché sud-africain en raison de la baisse de valeur du rand. Nous avons cru et nous croyons toujours en le marché australien…Comment allez-vous faire venir des touristes australiens à Maurice alors qu'Air Mauritius diminue ses vols à partir de ce pays ?

Quand nous avons commencé la campagne de marketing en Australie, nous avions les vols. Nous les avions eus et nous les avons vendus pendant le road show auquel participait d'ailleurs le directeur général d'Air Mauritius en Australie. Mais, malheureusement, à peine rentré à Maurice, il a été obligé de prendre la décision de diminuer les vols en provenance d'Australie pour des raisons économiques.Vous mettez le doigt sur un des problèmes du tourisme mauricien : l'incohérence qui peut exister entre deux de ses partenaires. Ce qui autorise à se demander si tous les partenaires du tourisme regardent dans la même direction ou chacun de son côté, selon ses intérêts particuliers…

La campagne sur l'Australie qui a nécessité des mois de travail a été préparée avec Air Mauritius. Son CEO était partie prenante mais l'augmentation du prix du baril de pétrole l'a obligé de prendre des décisions commerciales essentielles. Vous savez, les règles du business ont changé et Air Mauritius a dû s'adapter à la situation. Les dynamismes changent tellement vite. Cette décision que nous avons apprise à notre retour d'Australie ne nous a pas fait plaisir, mais je comprends les contraintes du CEO d'Air Mauritius. Il nous a toutefois promis que dès que la situation sera revenue à la normale il remettra l'avion pour l'Australie, il en a pris l'engagement.Nous n'allons pas vous demander comment les tours opérateurs australiens ont réagi à ce revirement de situation qui témoigne du sérieux de leurs interlocuteurs mauriciens ! Parlons d'investissement. Êtes-vous satisfait de la somme allouée à la MTPA pour ses besoins de marketing ?

En général, entre 1,5 à 2% d'une industrie sont alloués à son marketing en général. Aujourd'hui, l'industrie touristique mauricienne rapporte plus de Rs 40 milliards, soit le double d'il y a trois ans. Le budget de la MTPA est de Rs 340 millions et avec l'investissement des autres partenaires dont les hôteliers, le budget global de Maurice est d'environ Rs 1,7 milliard. Nous sommes dans les normes et ça va en période normale. Mais nous aurons à investir davantage pour redémarrer une campagne agressive quand les choses vont aller bien et nous aurons à demander des crédits additionnels.Quel sera le montant de la somme qu'il faudra investir pour le redémarrage, quand il se produira ?J'en ai parlé au ministre du Tourisme la semaine dernière. Je crois que la somme tournera autour de Rs 50 millions.

Êtes-vous satisfait de la promotion de la destination île Maurice à l'étranger ?

Dans tous nos pays émetteurs, il ne se passe pas une semaine sans que Maurice ne soit dans les magazines haut de gamme, à la télévision ou sur les radios. Nous avons des stratégies différentes sur nos différents marchés et essayons de nouvelles formules de promotion. Notre taux de pénétration sur la majeure partie de nos marchés émetteurs est phénoménal…

Mais ne se reflète nullement dans le taux des arrivées…

Je ne suis pas d'accord. Au cours de ces dernières années, Maurice a toujours eu un taux d'arrivées supérieur à la tendance mondiale. Mais comme vous le savez, la conjoncture a changé depuis ces cinq derniers mois, et il n'y a plus de business rules, comme je vous l'ai déjà dit. On aurait pu se cacher derrière la conjoncture, mais nous continuons à nous battre pour améliorer nos chiffres.Que répondez-vous aux hôteliers qui vous disent qu'ils ne disposent pas de suffisamment de places d'avion pour remplir leurs chambres d'hôtels ?

Je vous ai dit, sans langue de bois, que si la situation demeure ce qu'elle est aujourd'hui, nous allons faire un taux de croissance d'un peu plus de 3%. Avec ce que nous avons comme places dans les avions, nous devrions pourvoir 5% de croissance. Je ne crois pas que dans la situation actuelle l'île Maurice refusera un vol direct de n'importe quel pays où Air Mauritius n'est pas présent.Êtes-vous satisfait d'Air Mauritius ?

L'humain n'est jamais satisfait par définition mais je considère qu'un taux de satisfaction de 80% est acceptable. C'est le cas aujourd'hui avec Air Mauritius, mais il reste encore du chemin à faire. La compétition a été bénéfique à Air Mauritius, la compagnie nationale va dans la bonne voie en tenant compte de ses contraintes commerciales.

Est-ce que les problèmes d'embouteillage à l'aéroport qui ont lieu fin décembre-début janvier ont été réglés ?

C'est vrai qu'il y a un problème mais, comparativement à ce qui se passe dans certaines capitales européennes, ce n'est rien du tout. Il y a parfois de l'attente mais c'est généralement raisonnable.

On ne parle pas de ceux qui passent par le salon VIP. Vous pensez que le touriste bloqué dans une salle bourrée de voyageurs et devant faire queue pendant des heures se console en se disant que c'est pire ailleurs ?Ce n'est pas ce que je suis en train de dire. Je suis conscient de ce problème et j'espère que les mesures ont été prises pour le régler.

Abordons le problème des agressions contre les touristes…

Ce sont des cas isolés, mais ce sont des cas en trop. Ce problème sera adressé dans le branding de la destination qui est en train de se faire. Des campagnes seront faites pour montrer aux Mauriciens à quel point nous avons besoin des touristes et leur exposer les valeurs que nous devons défendre. J'attends beaucoup de cet exercice de branding de la destination qui va faire démarrer une nouvelle synergie. Je crois qu'il faut que les Mauriciens se rendent compte que nous sommes tous impliqués dans la défense de l'image de la destination. J'aimerais souligner le comportement responsable de ceux qui ont occupé une haute fonction politique à Maurice qui veillent à ce que leurs déclarations publiques ne puissent en aucune façon porter atteinte à l'image de marque du pays. Nous devons améliorer notre produit en développant de nouveaux créneaux et, par exemple, passer de la cuisine à la gastronomie pour apporter un plus à la destination. On commence déjà à parler de la cuisine fusion et de l'inventivité de la gastronomie mauricienne. Il faut également mettre l'accent sur le développement des activités culturellesMaurice est toujours une destination haut de gamme ou est-que le touriste sac à dos commence à se manifester ?

On ne fait pas quatorze heures de vols pour faire du tourisme sac à dos. La durée du vol et la distance nous protègent de cette catégorie de touristes. Maurice reste une destination haut de gamme et dans cette période de crise toutes les études nous prouvent que nous avons eu raison de miser sur ce créneau. Parce que l'on sait qu'à Maurice on peut se retrouver seul sur une plage, ce qui n'est pas le cas de toutes les autres destinations. Je veux dire sur une plage devant un hôtel.Et l'objectif de deux millions de touristes par an ?

L'objectif du Premier ministre est de faire venir 2 millions de touristes. Nous y avons travaillé et nous pensons que cela peut se faire sans gêner la population mauricienne et tout en préservant l'image de marque de la destination. Mais je pense que nous risquons d'avoir des difficultés au niveau du service, ce qui nous obligerait à importer de la main-d'œuvre. Et je crains qu'il y ait une différence entre le service mauricien et le reste. Mais ce qui est plus important, c'est le présent et, je le répète, Maurice s'en sort honorablement dans cette période de crise avec une croissance positive. C'est pire ailleurs chez nos compétiteurs pas très loin de chez nous.

Vous avez fait part de vos projections en termes d'arrivées touristiques pour la fin de 2008. Que sont-elles pour janvier 2009 ?

Il n'y a pas beaucoup de visibilité sur l'année prochaine. En janvier, valeur du jour, c'est au ralenti, comme les réservations. Mais on s'est rendu compte au cours des derniers mois qu'il y a eu beaucoup de réservations de dernière minute. Je ne vais m'engager sur un chiffre, l'objectif c'est de maintenir au moins ce que nous avons fait en termes d'arrivées pour janvier 2008. Dans cette période d'incertitude, l'objectif est de limiter la casse autant que possible. Le pire pour moi est que tout redémarre en juin de l'année prochaine et on va rattraper comme après le chikungunya, phase que nous avons su gérer.Les bureaux de la MTPA de Paris et de Londres sont-ils toujours opérationnels ?Nous n'avons plus de bureau à Paris et nous avons une personne à Londres dans un bureau qui nous est prêté qui fait l'administratif et la distribution de nos matériaux publicitaires.

Le chanteur Zul Ramiah n'a-t-il pas été nommé au bureau de la MTPA à Londres ?

Non. Zul Ramiah, qui est connu dans le domaine culturel, a un job spécifique. Il s'occupe de donner aux Mauriciens installés en Grande Bretagne et à leurs enfants l'envie de redécouvrir Maurice et de faire la fête à la mauricienne. C'est une façon de promouvoir le pays…C'est également une manière de récompenser quelqu'un pour services politiques rendus. On ne savait pas que la mission de la MTPA comprenait également ce genre d'activités…

On a étudié le travail qu'il devait faire et on a trouvé que c'était value for money sur une base contractuelle d'un an. Si on est satisfait de ses services, son contrat sera renouvelé. Vous êtes en train de parler de nominé politique, ce qui est mon cas. Je profite de l'occasion pour dire que ce n'est pas facile…Expliquez-nous ça…

En plus, moi, j'ai été nommé par un ministre qui est un copain. En tant que nominé politique, j'ai la responsabilité de réussir la mission qu'on m'a confiée. Si au lieu d'être nominé j'avais eu le job autrement, j'aurais eu moins de responsabilités, moins de nécessité de réussir. Je n'ai pas le choix, je suis obligé de réussir.

Savez-vous qu'il y a d'autres nominés politiques qui se contentent de jouir de leur nomination et des avantages qu'elle comporte ?

Ce n'est pas mon cas. J'ai été nommé dans un poste taillé sur mesure pour moi. J'ai été nommé sur mes compétences et mon parcours, pas mon appartenance politique.Puisque vous avez évoqué la politique, profitons-en… En tant que membre du PMXD, que pensez-vous de l'éventualité d'une fusion entre le PMXD et le MR ?

Je vous répondrai que je ne comprends pas pourquoi il y a eu au départ le MR. Car le MR et le PMXD c'est la même chose. Donc, cette fusion est naturelle. Cela étant, je précise que depuis ma nomination à la MTPA je fais mon travail sans m'occuper de la politique.

Un mot sur le titre de vice-Premier ministre donné puis repris avant d'être redonné à Xavier Duval ?

On travaillait tellement à cette époque où la crise économique commençait qu'on n'a pas eu le temps de s'intéresser à cette question. Sincèrement, pour moi, ce n'est pas le titre qui compte, mais le travail fait et les résultats.Serez-vous candidat aux prochaines élections ?

Non, parce que je ne suis pas un politicien. Je me contente d'être un professionnel super content de ce qu'il fait. Je crois dans l'auto-évaluation et je fais tout pour finir mon mandat de président de la MTPA avec un bilan positif.

Nous allons terminer cette interview par un exercice d'auto-évaluation, justement. Est-ce que vous pensez que le fait que le président et le directeur général de la MTPA se fassent photographier avec les vedettes et les personnalités du tourisme est un plus pour la destination île Maurice ?

La mission du directeur de la MTPA et de son président est de promouvoir la destination île Maurice. Les vedettes dont vous parlez nous prêtent gratuitement leur image, ce sont les amis de l'île Maurice. Notre présence sur la photo est le lien entre les vedettes et Maurice. Car, heureusement ou malheureusement, notre rôle est d'associer Maurice à ces vedettes et ces personnalités.



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