Faits et effets
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Il y a urgence…
Humeur
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L'ère de la barbarie
Pris sur le vif
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Changements
Faits et effets...
Il y a urgence
Viol d'une étudiante dans un terrain vague à Sodnac,
viol collectif d'une adolescente de 17 ans sur la plage de Flic
en Flac, mort suspecte d'une fille de 13 ans qui se serait vraisemblablement
suicidée et dont l'autopsie a révélé
un détail choquant, c'est qu'elle avait " une vie
sexuelle active ". A cet âge ? Et, pire, son frère,
âgé de 19 ans, aurait, lors de son interrogatoire
par la police, reconnu avoir eu des relations incestueuses avec
sa sur. Un jeune homme qui viole la mère de son copain
après qu'ils aient tous deux regardé un film pornographique
sous le toit de cette même dame. Un autre kidnappe une fille
qui repousse ses avances. Un inspecteur des écoles primaires
qui est accusé de pédophilie sur les enfants dont
il était censé assurer les bonnes conditions de
scolarité au niveau du préprimaire et un gang qui
viole des jumelles de 15 ans dans une
école de la
circonscription de Premier ministre et ministre de l'Intérieur,
à Triolet. Ça fait vraiment beaucoup pour un petit
pays comme le nôtre.
Nous ne sommes pas entrés dans tous les détails
des crimes sexuels et autres violences meurtrières ordinaires.
Juste quelques horreurs récentes et récurrentes
qui ont défrayé la chronique. Qu'est-ce que cela
indique ? Que la société mauricienne est malade,
gravement malade. Et qu'il y a urgence à agir. Avant qu'il
ne soit trop tard. Dans cette avalanche de nouvelles scabreuses,
une décision de la justice nous réconforte quand
même. Le juge Paul Lam Shang Leen a utilisé les amendements
de 2003 sur le viol en réunion pour infliger 24 ans au
violeur en chef de Flic en Flac et 22 ans aux autres participants
actifs à cette abomination. Comme quoi, cela nous rappelle
qu'il y a déjà les lois et qu'il suffit de les appliquer.
Cela ne veut pas dire que tout est parfait et qu'il ne faut pas
revisiter nos textes. Les lois doivent suivre l'évolution
de la société. Mais cela dit, ce serait une grave
erreur que de croire que seules les lois empêcheront la
montée des délits et les atténueront. Le
mal est plus profond. Les Mauriciens sont confrontés depuis
quelques temps déjà à un choc de civilisation,
à un saut non maîtrisé dans la modernité.
La culture de l'image a envahi tous ls compartiments de la vie.
Pire, les jeunes sont confrontés avec le portable le plus
sophistiqué et l'internet largement accessible à
des images qui les excitent et qui les incitent à passer
à l'acte. Si cela se produit, c'est parce qu'il y a une
très grande misère sexuelle à Maurice et
surtout parmi les jeunes.
Une des causes de cette situation, nous ne cesserons de le répéter,
est l'éducation. Qu'est-ce qui explique que le préprimaire
et le primaire fonctionnent sur une base mixte et, qu'arrivés
à la période la plus délicate de la construction
humaine, l'adolescence, le secondaire, lui, fonctionne sur la
ségrégation sexuelle. Tout se joue là. On
voit ainsi des jeunes garçons aller se mettre devant les
institutions de filles pour les regarder, les admirer. Cela commence
comme ça, puis c'est la chicane et, ensuite, le harcèlement,
l'agression pour finir avec le viol comme ultime moyen de compenser
une pulsion insatisfaite. Dans les écoles mixtes, il n'y
a pas de gros problèmes, les filles s'asseyent six heures
durant dans les salles de classe avec des garçons et se
voient aussi dans les cours de récréation où
ils peuvent partager leur vécu. Ils apprennent le vivre
ensemble au moment le plus important de leur évolution.
C'est là toute la différence!
Au lieu d'assommer les enfants de 11 ans avec un A+ aléatoire,
les autorités auraient dû commencer par rendre immédiatement
tous les établissements publics mixtes. Avec un encadrement
poussé et autant de psychologues que de simples relais
pédagogiques. Une vraie éducation sexuelle devra
être dispensée aux jeunes des deux sexes. Ce serait
un bon commencement, un prélude à l'assainissement
des relations entre garçons et filles. Mais la grande entreprise
d'apaisement d'une société devenue trop violente
ne saurait s'arrêter à cela. Il y a tout à
refaire.
Prenons le cas de cette fille qui aurait été abusée
par son frère. Elle a quitté l'école après
des échecs au CPE et est restée chez elle à
ne rien faire si ce n'est de devenir une espèce de bonne
à tout faire pour la famille. N'y avait-il pas un moyen,
alors que l'éducation est censée être obligatoire
jusqu'à l'âge de 16 ans, de suivre cette fille et
de l'intégrer dans une de ses structures de la rééducation.
Combien de cas analogues encore dans le pays ? Ne faudrait-il
pas introduire une carte scolaire informatisée qui permettrait
de retrouver tous ceux qui sont entrés dans le système
et qui se sont égarés dans la nature ? Pour pouvoir
les récupérer et ne pas les livrer comme proies
à toutes sortes de prédateurs.
En sus de l'éducation, il y a aussi un autre immense chantier
à attaquer si nous voulons vraiment réduire les
risques d'agression sexuelle et de criminalité tout court,
la lutte contre la pauvreté. Il y aura toujours des malades
qui commettront des crimes horribles. Mais une société
a le devoir de prévenir les dérives les plus abjectes.
La pauvreté expose des fillettes et des garçons
à des abus insoupçonnables et le plus tôt
on retire ces enfants de la marginalité, le mieux. Il y
a urgence à agir là aussi. Lorsqu'on aura fait tout
ça, s'il y a encore des désirs inassouvis, il restera
le jardin de la compagnie et autres endroits. De nos salons, nous
nous en moquons avec des jugements à l'emporte-pièce,
mais il rend peut-être service à la société.
Comment, finalement, ne pas déplorer certains silences
dans ce déferlement d'agressions sexuelles. Il est ainsi
étonnant que les experts du " pas touche " ne
nous aient pas sorti leurs refrains habituels, genre "pa
touche nou Yashdev, nou Antish, nou Arshaad nou Jean Wendy"
et qu'ils ne se soient pas fait entendre. A côté
de leur bondieuserie réelle ou feinte et leur sectarisme
à tous crins, ils auraient fait uvre utile en veillant
à ce qu'une éducation civique soit dispensée
aux jeunes. Le silence de ces vociférateurs d'occasion
n'a d'égal que cette dérive radiophonique qui a
consisté pour Radio Plus de nous apprendre, mercredi, qu'Antish,
le frère présumé incestueux, curieusement
remis en liberté par la police, s'est "confié"
à elle pour dire qu'il avait raconté des salades
à la police. Avec de telles confidences, il faut vraiment
craindre pour la pérennité des valeurs dans ce pays.
Humeur
L'ère de la barbarie
Déjà, au début de l'année, dans le
premier billet d'Humeur, la question suivante avait été
posée : "Mais d'où vient cette barbarie,
qui semble devenue à la mode, pour ne pas dire la norme,
dans les faits divers qui occupent la une de l'actualité
ces temps derniers ? Cette tendance ou, plutôt, cette fascination
pour les crimes crapuleux avec mutilation de cadavres particulièrement
horribles notées depuis deux ans semble s'accélérer,
prendre l'ascenseur, ces jours-ci ." Dix mois plus tard,
force est de constater que la tendance s'est maintenue. Pour montrer
que l'on a raison ou que l'on est plus fort, on tue, on brûle
ou on blesse mortellement. De préférence, après
avoir fait souffrir. Pour prouver son amour, on kidnappe ou on
enlève avec le concours de chauffeurs complices. Pour se
venger d'avoir été trompé ou de ne plus être
aimé, on va dénoncer l'infidèle avec force
détails à la police pour le faire payer sa trahison.
Le nombre de mineures ayant déclaré à la
police avoir eu des relations sexuelles avec des majeurs est en
augmentation ahurissante. Surtout si le majeur refuse de se marier
avec la mineure. Les faits divers, de préférence
crapuleux, qui sont en train de devenir la principale source d'actualité
du pays, semblent avoir ces dernières semaines une tendance
marquée pour des agressions sexuelles sur des enfants.
En effet, en dehors des faits divers "normaux",
l'actualité de ces dernières semaines n'est faite
que de viols ou tentatives de viol sur des mineurs et parfois
de tout jeunes enfants. Ces agressions, plus horribles les unes
que les autres, font la une des médias, qui se battent
pour obtenir les témoignages/confessions des acteurs et
victimes. Qui eux-mêmes semblent faire concurrence pour
donner le maximum de détails sur ce qu'ils ont subi ou
fait subir. Le public, c'est-à-dire vous et moi, se dit
choqué, scandalisé par tout ce déballage
mais ne rate aucune édition, pas une seule nouvelle révélation,
et en redemande.
C'est dans les révélations destinées à
apaiser cette soif de détails sordides qu'on a appris qu'un
frère de 17 ans, pour éviter à son père
et à sa grand-mère d'avoir des ennuis avec la police,
s'est accusé d'avoir pratiqué l'inceste avec sa
sur de 13 ans, qui s'était pendue. Le père
déclare avoir dissimulé le suicide pour "ne
pas entacher l'honneur de la famille." Le frère
affirme qu'il s'est accusé d'inceste pour protéger
ses parents. L'explication du frère et celle du père
sont acceptées comme choses banales, normales. Personne
ne semble choqué qu'une fille de 13 ans ait mis fin à
ses jours. On ne semble pas davantage choqué par le viol
allégué de deux jumelles mineures, en présence
de témoins, dans une salle de classe d'un collège,
pour venger un conflit de mauvais voisinage qui avait fait l'objet
d'un procès en Cour. Quel peut être le degré
de mauvaises relations entre voisins pour aboutir à une
vengeance par viol ? Dans ce double cas aussi, tous les acteurs/victimes
racontent en détail le pourquoi et le comment, expliquent,
accusent, justifient. On ne sait plus, dans la presse d'hier matin,
qui des victimes alléguées ou des violeurs donnent
plus de détails. Sans compter les témoignages exclusifs
en "direct live" qui alimentent tout ce déballage.
Le pire, si tant est qu'il puisse y avoir une hiérarchie
dans ces sordides faits divers, est le viol allégué
d'un garçon de sept ans, sodomisé dans une salle
de classe par des camarades de son âge. Vous avez bien lu
: un enfant de sept ans entraîné dans une classe
et violenté sexuellement par des gamins du même âge
! Si des gamins sont capables de sodomiser des camarades de classe
à sept ans, que seront-ils susceptibles de faire quand
ils auront dix ans de plus ?
Il y a quelques années, des psychologues affirmaient que
la diffusion de films basés sur la violence et le sexe
allait finir par pervertir la société mauricienne.
Ces psychologues se trompaient : aucun réalisateur n'oserait
inventer les faits divers qui font la une de l'actualité
mauricienne pour en faire un film. Le premier billet d'humeur
de 2008 se terminait par cette phrase : nous sommes en train d'aller
vers la barbarie
Dix mois après, un unique constat
s'impose : nous sommes dans l'ère de la barbarie.
Pris sur le vif
Changements
-Tu as fini d'avancer tes réveils et pendules pour l'heure
d'été ou tu vas attendre dimanche pour le faire
?
- Je vais faire ça dimanche. De toutes les manières,
pour moi, rien ne change parce que heure d'hiver ou heure d'été
mo même ki leve en premier chez moi pour réveiller
les autres.
- Tu ne fais pas grasse matinée le dimanche, toi ?
-Je ne peux pas bonne femme avec les voisins que j'ai. Ils se
lèvent alors qu'il fait encore noir et ils font un tapage
ça, je te dis.
- Pourquoi, ils n'ont pas sommeil ?
- Je ne peux pas te dire, moi. Je crois qu'ils viennent de la
campagne et ont l'habitude de se lever avec les poules. Il faut
entendre ça : ils claquent les portes, ils causent fort
entre eux et ils mettent la radio fort ça, qu'est-ce que
je peux te dire !
- Ca doit être terrible d'entendre cette radio-là
le matin.
- Non il y a pire.
- Qu'est-ce qui peut avoir de pire que d'entendre une radio qui
joue fort le matin ?
- Il y a définitivement pire. C'est ma voisine qui chante
avec tous les disques. Elle chante tout je te dis avec une préférence
pour Céline Dion.
- Elle chante bien?
- Tu vas croire. Elle n'a pas de voix, mais persiste à
chanter. Si Céline Dion tane li ça, li poursuive
li pour diffamation.
- Tu n'as pas essayé de lui dire de baisser un peu le son
le matin ?
- Avant je lui, faisais une remarque en passant, pour ne pas la
blesser. Elle arrêtait un jour ou deux, puis elle recommençait.
Maintenant, je n'ose plus
- ...pourquoi ?
- Avec ce qui passe à Maurice avec des gens qui tuent,
brûlent ou violent leurs voisins pour un oui, pour un non,
je préfère fermer ma bouche. On ne sait jamais ce
qui peut arriver maintenant. Je préfère subir le
bruit, c'est plus "safe" par les temps qui courent.
- Tu as raison toi, avec tout ce qu'on entend sur les radios ces
jours-ci.
- Et toi qu'est-ce que tu pense de cette heure d'été
la ?
- Je ne sais pas trop. Si tout le monde se leve comme avant ça
va être pareil. On aura les mêmes embouteillages avec
une heure de décalage. J'espère que le CEB va arrêter
de laisser la lumière des colonnes allumées pendant
la journée. Et puis, il paraît que se lever de bonne
heure, c'est bon pour la santé et ça apporte des
ondes positives. Mais est-ce que ce sera positif si tout le monde
se lève en même temps avec une heure d'avance ? Moi,
ce qui va me gêner dans l'heure d'été, c'est
la télévision.
- Pourquoi ? La MBC aussi va avancer d'une heure.
- Je ne te parle pas de la MBC, mais de la télévision
française.
- Ah, je vois, tu vas devoir attendre une heure en plus pour les
informations en direct le soir.
- Non, ça ne pose pas un problème. La MBC avait
déjà pris l'habitude de diffuser les informations
depuis la France en direct soi-disant, mais avec une heure de
retard. Ce ne sont pas les informations qui me gênent, mais
le live and direct de ma Star Act et ma Nouvelle Star, toi. Avant,
c'était trois heures de décalage pour pouvoir suivre
les éliminatoires en direct, maintenat ça va être
quatre heures. Je me demande dans quel état on se levera
le lendemain.
- Tu n'as qu'à enregistrer sur ton magnétoscope
pour regarder tranquillement le lendemain.
- Tu peux croire. Le lendemain, c'est pas pareil du tout. Il faut
vivre le suspense en direct, regarder les membres du jury s'engueuler,
les éliminés, pleurer. C'est ça le charme
de ces programmes. Et puis, tu sais, si tu enregistres, tu peux
être sûr que un quelqu'un te donnera le résultat
avant que tu regardes.
- Alors comment tu vas faire?
- Il va falloir que je m'organise bien là. Il faut que
je dorme juste un petit peu avant le programme pour ne pas dormir
pendant. Donc, je vais dormir à 8 heures et mettre le réveil
à minuit pour ne pas rater le programme. En tout cas, ton
gouvernement a au moins réussi quelque chose ?
- Ah bon. Et quoi donc?
- Il n'a pas réussi à changer ma vie, qui s'est
détériorée, depuis qu'il a pris le pouvoir.
mais avec son heure d'été, il va réussir
à changer ma façon de dormir !!!
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o p i n i o n
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WEEK-END --- dimanche 26 octobre 2008
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