o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 26 octobre 2008



  Faits et effets - Il y a urgence…
  Humeur - L'ère de la barbarie
  Pris sur le vif - Changements


Faits et effets...

Il y a urgence…
Josie Lebrasse


Viol d'une étudiante dans un terrain vague à Sodnac, viol collectif d'une adolescente de 17 ans sur la plage de Flic en Flac, mort suspecte d'une fille de 13 ans qui se serait vraisemblablement suicidée et dont l'autopsie a révélé un détail choquant, c'est qu'elle avait " une vie sexuelle active ". A cet âge ? Et, pire, son frère, âgé de 19 ans, aurait, lors de son interrogatoire par la police, reconnu avoir eu des relations incestueuses avec sa sœur. Un jeune homme qui viole la mère de son copain après qu'ils aient tous deux regardé un film pornographique sous le toit de cette même dame. Un autre kidnappe une fille qui repousse ses avances. Un inspecteur des écoles primaires qui est accusé de pédophilie sur les enfants dont il était censé assurer les bonnes conditions de scolarité au niveau du préprimaire et un gang qui viole des jumelles de 15 ans dans une… école de la circonscription de Premier ministre et ministre de l'Intérieur, à Triolet. Ça fait vraiment beaucoup pour un petit pays comme le nôtre.

Nous ne sommes pas entrés dans tous les détails des crimes sexuels et autres violences meurtrières ordinaires. Juste quelques horreurs récentes et récurrentes qui ont défrayé la chronique. Qu'est-ce que cela indique ? Que la société mauricienne est malade, gravement malade. Et qu'il y a urgence à agir. Avant qu'il ne soit trop tard. Dans cette avalanche de nouvelles scabreuses, une décision de la justice nous réconforte quand même. Le juge Paul Lam Shang Leen a utilisé les amendements de 2003 sur le viol en réunion pour infliger 24 ans au violeur en chef de Flic en Flac et 22 ans aux autres participants actifs à cette abomination. Comme quoi, cela nous rappelle qu'il y a déjà les lois et qu'il suffit de les appliquer.

Cela ne veut pas dire que tout est parfait et qu'il ne faut pas revisiter nos textes. Les lois doivent suivre l'évolution de la société. Mais cela dit, ce serait une grave erreur que de croire que seules les lois empêcheront la montée des délits et les atténueront. Le mal est plus profond. Les Mauriciens sont confrontés depuis quelques temps déjà à un choc de civilisation, à un saut non maîtrisé dans la modernité. La culture de l'image a envahi tous ls compartiments de la vie. Pire, les jeunes sont confrontés avec le portable le plus sophistiqué et l'internet largement accessible à des images qui les excitent et qui les incitent à passer à l'acte. Si cela se produit, c'est parce qu'il y a une très grande misère sexuelle à Maurice et surtout parmi les jeunes.

Une des causes de cette situation, nous ne cesserons de le répéter, est l'éducation. Qu'est-ce qui explique que le préprimaire et le primaire fonctionnent sur une base mixte et, qu'arrivés à la période la plus délicate de la construction humaine, l'adolescence, le secondaire, lui, fonctionne sur la ségrégation sexuelle. Tout se joue là. On voit ainsi des jeunes garçons aller se mettre devant les institutions de filles pour les regarder, les admirer. Cela commence comme ça, puis c'est la chicane et, ensuite, le harcèlement, l'agression pour finir avec le viol comme ultime moyen de compenser une pulsion insatisfaite. Dans les écoles mixtes, il n'y a pas de gros problèmes, les filles s'asseyent six heures durant dans les salles de classe avec des garçons et se voient aussi dans les cours de récréation où ils peuvent partager leur vécu. Ils apprennent le vivre ensemble au moment le plus important de leur évolution. C'est là toute la différence!

Au lieu d'assommer les enfants de 11 ans avec un A+ aléatoire, les autorités auraient dû commencer par rendre immédiatement tous les établissements publics mixtes. Avec un encadrement poussé et autant de psychologues que de simples relais pédagogiques. Une vraie éducation sexuelle devra être dispensée aux jeunes des deux sexes. Ce serait un bon commencement, un prélude à l'assainissement des relations entre garçons et filles. Mais la grande entreprise d'apaisement d'une société devenue trop violente ne saurait s'arrêter à cela. Il y a tout à refaire.

Prenons le cas de cette fille qui aurait été abusée par son frère. Elle a quitté l'école après des échecs au CPE et est restée chez elle à ne rien faire si ce n'est de devenir une espèce de bonne à tout faire pour la famille. N'y avait-il pas un moyen, alors que l'éducation est censée être obligatoire jusqu'à l'âge de 16 ans, de suivre cette fille et de l'intégrer dans une de ses structures de la rééducation. Combien de cas analogues encore dans le pays ? Ne faudrait-il pas introduire une carte scolaire informatisée qui permettrait de retrouver tous ceux qui sont entrés dans le système et qui se sont égarés dans la nature ? Pour pouvoir les récupérer et ne pas les livrer comme proies à toutes sortes de prédateurs.

En sus de l'éducation, il y a aussi un autre immense chantier à attaquer si nous voulons vraiment réduire les risques d'agression sexuelle et de criminalité tout court, la lutte contre la pauvreté. Il y aura toujours des malades qui commettront des crimes horribles. Mais une société a le devoir de prévenir les dérives les plus abjectes. La pauvreté expose des fillettes et des garçons à des abus insoupçonnables et le plus tôt on retire ces enfants de la marginalité, le mieux. Il y a urgence à agir là aussi. Lorsqu'on aura fait tout ça, s'il y a encore des désirs inassouvis, il restera le jardin de la compagnie et autres endroits. De nos salons, nous nous en moquons avec des jugements à l'emporte-pièce, mais il rend peut-être service à la société.

Comment, finalement, ne pas déplorer certains silences dans ce déferlement d'agressions sexuelles. Il est ainsi étonnant que les experts du " pas touche " ne nous aient pas sorti leurs refrains habituels, genre "pa touche nou Yashdev, nou Antish, nou Arshaad nou Jean Wendy" et qu'ils ne se soient pas fait entendre. A côté de leur bondieuserie réelle ou feinte et leur sectarisme à tous crins, ils auraient fait œuvre utile en veillant à ce qu'une éducation civique soit dispensée aux jeunes. Le silence de ces vociférateurs d'occasion n'a d'égal que cette dérive radiophonique qui a consisté pour Radio Plus de nous apprendre, mercredi, qu'Antish, le frère présumé incestueux, curieusement remis en liberté par la police, s'est "confié" à elle pour dire qu'il avait raconté des salades à la police. Avec de telles confidences, il faut vraiment craindre pour la pérennité des valeurs dans ce pays.




Humeur

L'ère de la barbarie
Jean-Claude Antoine


Déjà, au début de l'année, dans le premier billet d'Humeur, la question suivante avait été posée : "Mais d'où vient cette barbarie, qui semble devenue à la mode, pour ne pas dire la norme, dans les faits divers qui occupent la une de l'actualité ces temps derniers ? Cette tendance ou, plutôt, cette fascination pour les crimes crapuleux avec mutilation de cadavres particulièrement horribles notées depuis deux ans semble s'accélérer, prendre l'ascenseur, ces jours-ci ." Dix mois plus tard, force est de constater que la tendance s'est maintenue. Pour montrer que l'on a raison ou que l'on est plus fort, on tue, on brûle ou on blesse mortellement. De préférence, après avoir fait souffrir. Pour prouver son amour, on kidnappe ou on enlève avec le concours de chauffeurs complices. Pour se venger d'avoir été trompé ou de ne plus être aimé, on va dénoncer l'infidèle avec force détails à la police pour le faire payer sa trahison. Le nombre de mineures ayant déclaré à la police avoir eu des relations sexuelles avec des majeurs est en augmentation ahurissante. Surtout si le majeur refuse de se marier avec la mineure. Les faits divers, de préférence crapuleux, qui sont en train de devenir la principale source d'actualité du pays, semblent avoir ces dernières semaines une tendance marquée pour des agressions sexuelles sur des enfants. En effet, en dehors des faits divers "normaux", l'actualité de ces dernières semaines n'est faite que de viols ou tentatives de viol sur des mineurs et parfois de tout jeunes enfants. Ces agressions, plus horribles les unes que les autres, font la une des médias, qui se battent pour obtenir les témoignages/confessions des acteurs et victimes. Qui eux-mêmes semblent faire concurrence pour donner le maximum de détails sur ce qu'ils ont subi ou fait subir. Le public, c'est-à-dire vous et moi, se dit choqué, scandalisé par tout ce déballage mais ne rate aucune édition, pas une seule nouvelle révélation, et en redemande.

C'est dans les révélations destinées à apaiser cette soif de détails sordides qu'on a appris qu'un frère de 17 ans, pour éviter à son père et à sa grand-mère d'avoir des ennuis avec la police, s'est accusé d'avoir pratiqué l'inceste avec sa sœur de 13 ans, qui s'était pendue. Le père déclare avoir dissimulé le suicide pour "ne pas entacher l'honneur de la famille." Le frère affirme qu'il s'est accusé d'inceste pour protéger ses parents. L'explication du frère et celle du père sont acceptées comme choses banales, normales. Personne ne semble choqué qu'une fille de 13 ans ait mis fin à ses jours. On ne semble pas davantage choqué par le viol allégué de deux jumelles mineures, en présence de témoins, dans une salle de classe d'un collège, pour venger un conflit de mauvais voisinage qui avait fait l'objet d'un procès en Cour. Quel peut être le degré de mauvaises relations entre voisins pour aboutir à une vengeance par viol ? Dans ce double cas aussi, tous les acteurs/victimes racontent en détail le pourquoi et le comment, expliquent, accusent, justifient. On ne sait plus, dans la presse d'hier matin, qui des victimes alléguées ou des violeurs donnent plus de détails. Sans compter les témoignages exclusifs en "direct live" qui alimentent tout ce déballage.

Le pire, si tant est qu'il puisse y avoir une hiérarchie dans ces sordides faits divers, est le viol allégué d'un garçon de sept ans, sodomisé dans une salle de classe par des camarades de son âge. Vous avez bien lu : un enfant de sept ans entraîné dans une classe et violenté sexuellement par des gamins du même âge ! Si des gamins sont capables de sodomiser des camarades de classe à sept ans, que seront-ils susceptibles de faire quand ils auront dix ans de plus ?

Il y a quelques années, des psychologues affirmaient que la diffusion de films basés sur la violence et le sexe allait finir par pervertir la société mauricienne. Ces psychologues se trompaient : aucun réalisateur n'oserait inventer les faits divers qui font la une de l'actualité mauricienne pour en faire un film. Le premier billet d'humeur de 2008 se terminait par cette phrase : nous sommes en train d'aller vers la barbarie… Dix mois après, un unique constat s'impose : nous sommes dans l'ère de la barbarie.




Pris sur le vif

Changements
Jean-Claude Antoine


-Tu as fini d'avancer tes réveils et pendules pour l'heure d'été ou tu vas attendre dimanche pour le faire ?

- Je vais faire ça dimanche. De toutes les manières, pour moi, rien ne change parce que heure d'hiver ou heure d'été mo même ki leve en premier chez moi pour réveiller les autres.

- Tu ne fais pas grasse matinée le dimanche, toi ?

-Je ne peux pas bonne femme avec les voisins que j'ai. Ils se lèvent alors qu'il fait encore noir et ils font un tapage ça, je te dis.

- Pourquoi, ils n'ont pas sommeil ?

- Je ne peux pas te dire, moi. Je crois qu'ils viennent de la campagne et ont l'habitude de se lever avec les poules. Il faut entendre ça : ils claquent les portes, ils causent fort entre eux et ils mettent la radio fort ça, qu'est-ce que je peux te dire !

- Ca doit être terrible d'entendre cette radio-là le matin.

- Non il y a pire.

- Qu'est-ce qui peut avoir de pire que d'entendre une radio qui joue fort le matin ?

- Il y a définitivement pire. C'est ma voisine qui chante avec tous les disques. Elle chante tout je te dis avec une préférence pour Céline Dion.

- Elle chante bien?

- Tu vas croire. Elle n'a pas de voix, mais persiste à chanter. Si Céline Dion tane li ça, li poursuive li pour diffamation.

- Tu n'as pas essayé de lui dire de baisser un peu le son le matin ?

- Avant je lui, faisais une remarque en passant, pour ne pas la blesser. Elle arrêtait un jour ou deux, puis elle recommençait. Maintenant, je n'ose plus…

- ...pourquoi ?

- Avec ce qui passe à Maurice avec des gens qui tuent, brûlent ou violent leurs voisins pour un oui, pour un non, je préfère fermer ma bouche. On ne sait jamais ce qui peut arriver maintenant. Je préfère subir le bruit, c'est plus "safe" par les temps qui courent.

- Tu as raison toi, avec tout ce qu'on entend sur les radios ces jours-ci.

- Et toi qu'est-ce que tu pense de cette heure d'été la ?

- Je ne sais pas trop. Si tout le monde se leve comme avant ça va être pareil. On aura les mêmes embouteillages avec une heure de décalage. J'espère que le CEB va arrêter de laisser la lumière des colonnes allumées pendant la journée. Et puis, il paraît que se lever de bonne heure, c'est bon pour la santé et ça apporte des ondes positives. Mais est-ce que ce sera positif si tout le monde se lève en même temps avec une heure d'avance ? Moi, ce qui va me gêner dans l'heure d'été, c'est la télévision.

- Pourquoi ? La MBC aussi va avancer d'une heure.

- Je ne te parle pas de la MBC, mais de la télévision française.

- Ah, je vois, tu vas devoir attendre une heure en plus pour les informations en direct le soir.

- Non, ça ne pose pas un problème. La MBC avait déjà pris l'habitude de diffuser les informations depuis la France en direct soi-disant, mais avec une heure de retard. Ce ne sont pas les informations qui me gênent, mais le live and direct de ma Star Act et ma Nouvelle Star, toi. Avant, c'était trois heures de décalage pour pouvoir suivre les éliminatoires en direct, maintenat ça va être quatre heures. Je me demande dans quel état on se levera le lendemain.

- Tu n'as qu'à enregistrer sur ton magnétoscope pour regarder tranquillement le lendemain.

- Tu peux croire. Le lendemain, c'est pas pareil du tout. Il faut vivre le suspense en direct, regarder les membres du jury s'engueuler, les éliminés, pleurer. C'est ça le charme de ces programmes. Et puis, tu sais, si tu enregistres, tu peux être sûr que un quelqu'un te donnera le résultat avant que tu regardes.

- Alors comment tu vas faire?

- Il va falloir que je m'organise bien là. Il faut que je dorme juste un petit peu avant le programme pour ne pas dormir pendant. Donc, je vais dormir à 8 heures et mettre le réveil à minuit pour ne pas rater le programme. En tout cas, ton gouvernement a au moins réussi quelque chose ?

- Ah bon. Et quoi donc?

- Il n'a pas réussi à changer ma vie, qui s'est détériorée, depuis qu'il a pris le pouvoir. mais avec son heure d'été, il va réussir à changer ma façon de dormir !!!





o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 26 octobre 2008