é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 26 octobre 2008

RAM !
Gérard Cateaux


Avec un prénom pareil, on peut dire que Ram Ruhee était prédestiné pour devenir un de ces dieux du stade, incarnés par Zeus Philios, dieu de l'amitié, et Hermès, divinité de la jeunesse, chez les Grecs. Ceux-là mêmes qui ont inventé l'Olympisme, d'où les Jeux Olympiques.

Ram Ruhee a fait partie de ce trio emblématique, qui comprenait, entre autres, feu Jean-Roland Delaître et Chintamun Rambocus, et qui a régné, pendant des décennies, sur l'univers sportif mauricien. Tous les trois, taillés dans un seul bloc, ont travaillé pour l'avancement du sport mauricien, chacun à son poste, en des occasions diverses, sur les plans locaux et internationaux.

Mais, Ram Ruhee, aura été, sans aucun doute, celui a ramené plus de lauriers à la République mauricienne, que dis-je, bien avant que Maurice ne devienne une République, bien avant que Maurice ne devienne une Nation indépendante... C'est dire le parcours marathonien qu'il a accompli pour inscrire Maurice au fronton du temple où se déroulaient les fêtes sportives, où il s'agissait de fêter la rencontre sublime de la sympathie et de l'amitié.

Un jour, quand j'étais tout jeune, ma mère adoptive, plus connue comme Miss Thérèse, en lisant le quotidien de l'après-midi, le vénéré Le Mauricien, m'appelle et me montre un article où l'on parlait de Ram Ruhee. Elle me dit ceci :"Tu vois ce monsieur, il a été mon élève à l'école primaire de Flacq. Un jour, je l'avais "corrigé" parce qu'il n'avait pas les devoirs que j'avais imposés à mes élèves. Rentrant chez lui, il en avait fait part, à sa maman, de la correction que je lui avais infligée. Le lendemain, sa maman l'accompagna à l'école et me demanda pourquoi je l'avais "corrigé". Je lui ai répondu que c'était parce que le petit n'avait pas fait ses devoirs. Et tu sais ce que la maman de Ram m'a dit :'Miss, mo donne ou la permission kontinié korize li..."

J'ai demandé à ma mère combien de fois après l'aviez-vous "corrigé" ? Et sa réponse fut :"Je n'ai plus jamais "corrigé" Ram parce qu'il était devenu entretemps un bon élève. Et, aujourd'hui, quand je vois que la presse parle de lui, je suis fière de ce petit Ram..."

Cette anecdote peut faire sourire aujourd'hui, mais, en ce temps-là, et même de mon temps, l'éducation visait à l'accomplissement de nos futurs décideurs. Ces jeunes des villages, "coming from nowhere", grâce aux efforts de nos éducateurs, ont su leur donner les outils qui ont fait d'eux des citoyens. Le premier d'entre eux a été, sans conteste, Seewoosagur Ramgoolam, qui, de sa Belle-Rive natale, a fréquenté une des plus prestigieuses institutions secondaires du pays, en son temps, avant des études en médecine, pour finir élu au fauteuil mairal de Port-Louis, puis ministre, enfin Premier ministre...

Ram Ruhee s'est fait une réputation à la force de ses convictions. Il avait compris, très jeune, que sur le terrain sportif se retrouvent des êtres que la vie sociale sépare. Il avait compris, de par les multiples fonctions qu'il a occupées, que le sport n'était autre qu'une manière de collaborer, d'aplanir les différences, de gommer les disparités, afin que les êtres communient dans une même passion.

C'est cette passion-là qui a permis à Ram de labourer les coeurs de nos sportifs, comme une métamorphose du corps humain en une poésie de l'amour, Ram était fait d'un autre métal: d'Or de préférence...

Devi, Rubina et Raj ont, certainement, vécu son engagement, son abnégation et sa fraternité. C'est pourquoi nous pleurons, aujourd'hui, Ram. Dieu de l'Olympe mauricien !



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 26 octobre 2008