UN NOBEL AUX ACCENTS MAURICIENS !
Jean-Marie Gustave Le Clézio attendait, avec nous, depuis
fort longtemps cette consécration planétaire. Elle
est tombée, jeudi dernier, le prix Nobel de littérature
a été attribué au franco-mauricien.
On ne pourrait en quelques lignes décrire le parcours de
cet écrivain hors norme, qui a su capter, en quarante-cinq
ans de métier, des images en tous genres pour nous les
renvoyer sous forme de lignes soigneusement rangées au
fil de ses romans.
Je m'en remettrai, cependant, à son ouvrage fondateur,
le Procès-verbal, où déjà, en ce début
tumultueux des années soixante, Le Clézio exprime
sa profonde curiosité pour les êtres et les choses.
Il écrit en préambule à son premier opus,
comme s'il avait besoin de se faire comprendre sur ses ambitions
littéraires futures. Relisons-le :"J'ai deux ambitions
secrètes. L'une d'elles est d'écrire un jour un
roman tel, que si le héros y mourait au dernier chapitre,
ou à la rigueur était atteint de la maladie de Parkinson,
je sois accablé sous un flot de lettres anonymes et ordurières.
"De ce point de vue, je le sais (qu'il est sévère
envers lui-même
), le Procès-verbal n'est pas
tout à fait réussi. Il se peut qu'il pèche
par excès de sérieux, par maniérisme et verbiosité
; la langue dans laquelle il est écrit évolue du
dialogue para-réaliste à l'empoulage de type pédantiquement
almanach (comprenez romans de gare).
"Mais je ne désespère pas de parfaire plus
tard un roman vraiment effectif : quelque chose dans le génie
de Conan Doyle, qui s'adressait non pas au goût vériste
du public - dans les grandes lignes de l'analyse psychologique
et de l'illustration - mais à sa sentimentalité
"Il me semble qu'il y a là d'énormes espaces
vierges à prospecter, d'immenses régions gelées
s'étendant entre auteur et lecteur
"Je m'excuse d'avoir accumulé ainsi quelques théories
; c'est une prétention un peu trop à la mode de
nos jours. Je m'excuse également à l'avance pour
les impropriétés et les fautes de frappe qui pourrait
se trouver dans mon texte en dépit de mes révisions.
(J'ai dû typographier moi-même mon manuscrit et n'ai
su le faire qu'en me servant d'un doigt de chaque main)."
Ce premier ouvrage du nouveau Nobel, je l'avais acheté
à Rs 15 au lieu de Rs 35. Le Clézio était
au rabais, vous l'imaginez. Cette copie-là contient des
ratures, des altérations qu'il avait lui-même effectuées
après son édition. Et ce passage que l'auteur avait
biffé. Pourquoi ? On n'en sait rien. Et pourtant, à
le lire, nous avions l'impression que, finalement, il annonçait
ses ambitions. Relisons-le ensemble :"Je voudrais bien aller
aux USA, on dit que c'est possible de vivre comme ça là-bas,
et d'avoir du soleil dans le Sud, et rien d'autre à faire
qu'écrire, boire et dormir. Je pense aussi, rentrer dans
les ordres, pourquoi pas ?"
Pensait-il déjà à Faulkner, à Dos
Passos, à Hemingway et autres Henry Miller ? Avec le temps,
Le Clézio les ont rejoints au firmament des monstres sacrés
de la littérature universelle
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é d i t o r i a l
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WEEK-END --- dimanche 12 octobre 2008
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