o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 5 octobre 2008



  Faits et effets - Quel est ce pays…
  Humeur - Comme d'habitude
  Pris sur le vif - La présentatrice


Faits et effets...

Quel est ce pays…
Josie Lebrasse


Quel est ce pays où un ministre des Affaires étrangères annonce le plus solennellement possible à l'Assemblée Nationale un 19 septembre que c'est le Premier ministre qui va défendre les intérêts nationaux et ceux du Sud à un sommet qualifié de la dernière chance des ACP à Accra, Ghana, fin septembre-début octobre, et qui finalement ne s'y rend pas ? Qu'il ait de bonnes ou de mauvaises raisons pour rester au pays, c'est son droit mais comme son déplacement avait été annoncé au Parlement par son tout nouveau chef de la diplomatie, et non pas à une quelconque réunion du " constituency labour party ", il doit quand même une explication à la nation. Aucune jusqu'ici.

Quel est ce pays où au lieu d'être sur le front des urgences, ce Premier ministre choisit de mobiliser son cabinet tout entier, non pas pour une feuille de route immédiate en vue d'atténuer les effets de la crise financière sur son propre pays, mais pour une séance de " ti lékol " à la Clarisse House, pas avec un chef d'État important mais avec Mervyn King, le pape, dit-on, de la bonne gouvernance et qui, en plus, n'en est pas à sa première visite ? C'est dans ce même pays que l'on parle de bonne gouvernance depuis des lustres et qu'un comité avait même été mis sur pied depuis 2002 avec le même président Tim Taylor qui officie encore sans que l'on décèle la moindre amélioration dans la gestion des affaires publiques. Bien au contraire !

C'est dans ce même pays où ce sont les nominés du même Premier ministre qui trouvent que c'est tout à fait conforme à la bonne gouvernance que d'intervenir en faveur de personnes impliquées dans le trafic de drogue et que des nominés politiques de son propre entourage sont empêtrés dans des allégations de corruption et dont la plupart pratique tout sauf la bonne gouvernance dans des organismes para-publics ? Demandez ce que CHC, BA (Beach Authority) - pour ne citer que quelques-uns de nos plus beaux fleurons en matière de gestion publique - veulent dire, vous aurez déjà une première bonne indication.

Quel est ce pays unique où, au lieu de baisser sensiblement les prix des produits pétroliers, comme le fait le reste du monde, on les augmentent de manière provocante alors même que son taux d'inflation est déjà à deux chiffres et que cela pousse des ménages à des sacrifices insoupçonnés ? C'est le pays où un conseil des ministres au grand complet glose sur la bonne gouvernance avec un visiteur étranger mais qui affirme à son Parlement et à sa population qu'il a réalisé un " mari deal " avec une compagnie indienne qui met les consommateurs à l'abri des grandes fluctuations de prix et sur lequel on réaliserait chaque année des millions de profits mais dont on ne sait toutefois pas à quel point il est " mari " ce " deal " puisqu'il est tout simplement secret et qu'il n'a pas été le résultat d'un exercice d'appel d'offres international comme cela a été le cas depuis plus de 25 ans. Un dossier d'une épaisse opacité qui est un véritable scandale. C'est ça la bonne gouvernance, paraît-il. Voilà un sujet qui devrait être discuté avec Mervyn King…

Dans ce pays, ceux qui achètent leur carburant à la pompe, les simples usagers mais aussi de nombreuses catégories professionnelles qui en dépendent, chauffeurs d'autobus, de taxis, de motocyclettes, planteurs et pêcheurs, qu'ils soient riches ou pauvres, paient les mêmes taxes au ministre des Finances, sous forme de TVA à 15 %, ce qui veut dire qu'il empoche de plus en plus lorsqu'il y a augmentation, ce poste budgétaire progressant de manière spectaculaire. Mais ce n'est pas la seule taxe qui est prélevée sur chaque litre payé, il y a aussi les items qui vont aux subsides sur le riz et la farine et le transport gratuit mais aussi aux dépenses d'un organisme du nom de la State Trading Corporation.

Ce qui veut dire que, dans ce pays, le petit usager de mobylette, le petit planteur et le petit pêcheur paient de leur outil de travail pour engraisser les compagnies d'autobus qui sont censés véhiculer les étudiants et les personnes du troisième âge, qu'ils soient riches ou pauvres, même lorsqu'ils restent au garage. Ces consommateurs plumés paient aussi pour un clone de la même STC et qui, lui, porte le nom de STC Management Company Ltd. Créée avec l'argent public de la STC, elle est soustraite à tout contrôle puisqu'incorporée comme une compagnie privée. Ça, c'est de la super bonne gouvernance.

Dans ce pays où les enfants ont indistinctement le transport gratuit, ils sont, en plus, supposés être admis dans des établissements scolaires se situant le plus près de leur domicile. Ils appellent ça le " catchment area ", et, on vous assure, ce n'est pas ainsi que l'on désigne les meilleurs endroits pour la prise des pêcheurs. Non, puisque, dans la politique des carburants, ils sont les premiers à être pris dans la spirale des prix chers à la pompe.

Ce pays, ce n'est pas l'Irlande, ce " celtic tiger " comme on l'appelle et, qui, 25 ans durant, a été le meilleur élève de l'Europe et qui a enregistré un taux de croissance exceptionnel et qui, frappé par la crise, a saisi son Parlement d'une loi garantissant les dépôts. Ce n'est pas les États-Unis où qu'ils soient républicains ou démocrates, ils se mettent au-dessus de leurs intérêts partisans en pleine campagne électorale pour aider leur pays et leurs compatriotes à faire face. Ce n'est pas la France, où c'est un régime de droite qui annonce, chaque jour, des mesures pour soulager les plus nécessiteux.

Ce n'est pas non plus, même si on y approche, l'Inde, l'Afrique du Sud ou la Zambie qui ont pris des mesures fiscales pour que le carburant soit à la portée des consommateurs. Si vous n'avez toujours pas trouvé, un dernier tip, c'est celui où on s'amuse à réaliser des sondages à des moments où ils ne s'imposent pas. Ils ne mesurent jamais l'opinion publique au lendemain d'une affaire Subutex, d'un remaniement ministériel ou d'une augmentation à contre courant du carburant. Ce pays, c'est l'île Maurice de l'alliance sociale…




Humeur

Comme d'habitude
Jean-Claude Antoine


L'approche de la fin de l'année est marquée à Maurice par une série d'événements. Au niveau climatologique, l'hiver va céder sa place aux chaleurs de l'été. Encore que cette année, il semblerait que le climat ait subi quelques changements qui fait que l'on continue à utiliser les moletons le soir tout en transpirant pendant la journée. Si l'hiver semble jouer les prolongations cette année, les arbres fruitiers annoncent de belles récoltes, si aucun cyclone ne vient jouer au trouble-fête. Cette floraison a réveillé deux races de prédateurs qui s'attaquent aux fruits : les chauves-souris et les marchands de mangues. Les premières attaquent d'en haut, les autres d'en bas et les deux espèces massacrent nos arbres fruitiers. La première pour se nourrir, l'autre pour les vendre. Si les deux espèces sont également nuisibles, la deuxième est beaucoup plus dévastatrice. Il suffit de se rendre dans une foire aux légumes ou aux bazars improvisés près des marchés pour le découvrir. Des mangues dont le noyau est à peine formé et qui sont à un demi-tiers de la taille qu'elles peuvent atteindre sont vendues par lots. Ce sont visiblement des mangues volées, car aucun propriétaire d'arbre fruitiers ne peut cueillir des mangues qui sont presque encore à l'état de bourgeon. Des mangues dilait, comme on dit en créole. Les vendeurs de mangues sont en fait des voleurs qui arpentent les rues avec une gaulette pour les plus équipés et munis de pierre pour les autres qui massacrent les arbres et les fruits. La police de l'environnement et les inspecteurs des marchés municipaux ne pourraient-ils pas s'occuper de ce dossier et interdire la vente de fruits volés ? Leurs auteurs sont définitivement plus dangereux pour la croissance des fruits que les chauves-souris et les cyclones.

L'autre événement de cette fin d'année sera le retour des marchands ambulants sur les trottoirs de nos villes et de nos gros villages. Comme tous les ans, aucune décision n'a été prise au niveau du gouvernement et des municipalités pour régler ce problème qui existe depuis plus de quinze ans. Comme d'habitude, aucun élu ne voudra prendre une décision contre les marchands de moins en moins ambulants, car ils sont, paraît-il, d'une rare efficacité en période électorale et contrôlent des quartiers entiers. Et n'hésitent pas à mettre la main à la poche pour financer certaines dépenses électorales. Comme l'élu municipal se préoccupe plus des besoins des marchands ambulants que des demandes de ses administrés, qui s'acquittent pourtant de la taxe municipale, les centre villes vont bientôt se transformer en bidonvilles où régneront le plastic et les boîtes en carton. D'autre part, les trottoirs vont se transformer en étaux de fortune qui vont bloquer l'entrée des magasins dont les propriétaires paient pourtant une patente et une taxe municipale annuelle. Quand les citadins en auront assez de la situation et commenceront à harceler les conseillers municipaux ; que les propriétaires de magasins menaceront de ne pas payer la taxe municipale, les maires vont enfin se manifester. Ils organiseront des réunions, tiendront des conférences de presse et participeront à des émissions de radio pour affirmer que "ça ne peut plus se continuer". Ils demanderont aux inspecteurs municipaux et à la police de faire quelques saisies spectaculaires, puis diront qu'ils autorisent les marchands ambulants pour des "raisons humanitaires". Sans manquer de

promettre de prendre des mesures dès le début de l'année prochaine pour trouver "une fois pour toutes" une solution au problème des marchands ambulants. En sachant bien que, sauf notable exception, c'est un autre conseiller qui sera maire et qui se gardera bien de prendre une quelconque décision en attendant… la fin de l'année pour le faire.

Le dernier événement de l'année est l'élection mairale dans les cinq villes. Depuis quelques semaines, les prétendants au collier mairal ont commencé plus ou moins discrètement leur campagne. Comme les municipalités sont contrôlées - le terme gérées ne s'applique pas ici - par l'Alliance sociale, tout repose sur un partage des postes qui ne tient en compte que l'appartenance politique. Pas les qualités de gestionnaire du candidat ou son expérience professionnelle. Une fois le partage des villes fait, il appartiendra à chaque parti ayant obtenu un mairat de départager ses conseillers. Ce ne sera pas chose facile, car tous les conseillers aspirent à la fonction de maire. Surtout depuis que les salaires ont été augmentés par le PRB. Il y aura des cris et des grincements de dents, des dénonciations, des menaces de démission et des dossiers d'accusation refilés à la presse. Et puis, au nom de l'unité du parti, ou de l'alliance, les maires seront élus et ne feront strictement rien de leur mandat ou voudront en faire trop en tombant ainsi dans le ridicule.

Comme d'habitude.

PS : Puisque nous parlons de municipalités, quelqu'un aurait-il des nouvelles de l'enquête que l'ICAC a ouverte sur le dossier des conseillers de Quatre-Bornes impliqués dans l'histoire de location d'étals dans une des foires de la ville ?




Pris sur le vif

La présentatrice
Jean-Claude Antoine


-Tu as vu le concours Miss Mauritius à la télévision toi?

- Tu peux croire! C'est un gaspillage. Ça dure des heures et c'est toujours la même chose. Quand on l'a vu une fois, on l'a vu toutes les fois. Après, sorry bonne femme, ce n'est pas un concours de beauté. J'ai vu des photos des candidates dans les journaux. Certaines sont tellement maigres qu'on dirait de véritables gaulettes casse maçons.

- C'est la tendance, ma chère. Plus tu es maigre, plus tu est supposée être jolie. Moi je trouve que les candidates étaient plutôt potables cette année.

- Ah bon, qu'est-ce que tu veux dire par plutôt potables ?

- Bon, elle ne sont pas des top des tops, elles ne sont pas du niveau de Aiswarya Rai, non, mais elles ne sont pas cette quantité de vilain là. Elles sont plutôt potables, je te dis.

- Tu penses que des candidates plutôt potables de Maurice peuvent aller faire bonne figure au concours Miss World? Tu as vu les filles canons qu'il y a dans ce concours-là. Tous les pays envoient des top des tops et nous on envoie des gaulettes casse maçons, toi. Dans un concours de ridicule, on gagnerait sûrement un prix, dans un concours de beauté, no way. Alors comment est la Miss de cette année ?

- Elle cause bien en tout cas…

-…Ah bon, elle ne mélange pas les LE avec les LA…

-…pas du tout toi. Elle se débrouille plutôt bien, je te dis. D'ailleurs, toutes les filles ont plutôt bien répondu. Il n'y a pas eu de gaffe monumentale.

- Il n'y a pas eu de beautés, il n'y a pas eu de gaffe, mais qu'est-ce qu'il y avait dans ce concours alors ? Je sais, c'est pour regarder les Mr World que tu as regardé le programme. Alors, comment ils étaient ?

- Tu as raison, c'est un peu pour ça que je regardais. Je croyais qu'ils allaient être un peu plus bouffons que les filles, mais ils étaient plutôt corrects.

- Ils étaient plus jolis que les filles quoi ?

- Non, je ne peux pas dire ça. C'était comme pour les filles. Il n'y avait pas parmi les candidats des Brad Pitt, des Hritik Roshan ou des Jude Law, mais ils étaient plutôt potables, eux aussi.

-Si les candidates et les candidats sont potables, il faut faire un change of name avec le concours. Et par rapport aux filles, les candidats ils causent bien.

- Plutôt. Il y a eu un seul qui a confondu un LE avec un LA au moment des questions, mais ça même tout. Ils se débrouillent bien dans l'ensemble.

- Il y a eu un scandale à la fin, comme d'habitude, une candidate qui est venu dénoncer l'organisation?

- Même pas.

- Mais qu'est-ce qu'il y avait dans ce concours où il ne s'est rien passé pour que tu regardes jusqu'à la fin.

- La présentatrice.

- Ah bon, c'est la présentatrice qui était le clou du spectacle, non pas les Miss, ni les Mr ? Qu'est-ce qu'elle avait de si extraordinaire cette présentatrice ?

- Sa taille….

-…ok, ok, je vois. On m'a dit ça. C'est une grosse présentatrice de la radio qui a fait l'animation. Et alors ?

- Tu viens toi-même de dire que les candidates étaient des gaulettes casse maçons. Alors tu imagines une grosse présentatrice dans un concours de beauté.

- C'était peut-être fait pour mettre en valeur la minceur des candidates. En tout cas, elle a le droit de présenter et je trouve que ce n'est pas chic de la critiquer.

- N'importe quoi. Tu trouves normal de dire que les candidates ressemblent à des gaulettes casse maçons et injuste qu'on dise que la présentatrice est grosse.

-Je trouve pas chic de s'attaquer à sa personne.

- Mais c'est elle-même qui a exposé sa grosse personne devant le public, toi. Sorry bonne femme, elle va présenter un concours de beauté où les candidates acceptent d'être jugées et critiquées sur leur physique et tu dis qu'on n'a pas le droit de la critiquer! Pourquoi tu es chagrine pour elle, c'est elle-même qui a rôdé. Et encore elle a eu de la chance, toi.

-Comment ça, elle a eu de la chance?

- Heureusement que Radio Pirates ne fait plus de programmes à la radio.

- Qu'est-ce que ça à voir avec la présentatrice.

- Tu sais comment ils avaient surnommé une candidate à Miss Mauritius: Sheila Coenne.





o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 5 octobre 2008