é c o n o m i e WEEK-END --- dimanche 5 octobre 2008



  Crise financière - Sithanen prône la prudence, la retenue et la lucidité
  Analyses sectorielles - Sucre : des signes de détresse émis !


Crise financière

Sithanen prône la prudence, la retenue et la lucidité

Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, prône la prudence, la retenue et la lucidité dans la conjoncture économique marquée par la crise financière sur le plan international. Face au spectre de la récession sur le plan international avec des risques pour les secteurs comme la zone franche et le tourisme, il a voulu être rassurant en avançant que tout dépendra de la durée, de la profondeur et de l'envergure de ce phénomène économique. Il a réitéré que la situation demeure sous contrôle pour 2008 tout en ajoutant que si le besoin se fait sentir, le gouvernement prendra avantage de l'espace fiscal dégagé suite à la réforme économique enclenchée avec l'avènement du gouvernement de l'Alliance Sociale depuis 2005. Il s'est appesanti sur les ressources financières disponibles pour les secteurs alimentaire, énergétique et industriel avec les fonds institués lors de la présentation du dernier budget. Il s'est également félicité de l'adoption de dérogation du Third Country Fabric sous l'Africa Growth Opportunity Act (AGOA) des Etats-Unis en faveur de Maurice.

Abordant le volet de la crise financière internationale, le vice-Premier ministre et ministre des Finances n'a pas manqué d'égratigner l'opposition parlementaire, dont "la seule solution est d'animer des réunions". "Je suis attristé de la démagogie dont font preuve certains. Ils n'ont qu'un seul objectif : créer de la psychose et tenter de tirer un capital politique d'une situation qu'ils veulent apocalyptique. Ce sont ces mêmes qui avaient mis le pays en état d'urgence économique et qui aujourd'hui veulent que je mette le pays en état d'urgence. Leur démarche est irresponsable, démagogique et populiste", a-t-il soutenu.

"Pour notre part, nous sommes partisans d'une approche marquée par la prudence, la retenue et la lucidité. Le fait est qu'aujourd'hui nous sommes mieux préparés à faire face à un choc économique qu'il y a trois ans. La réforme économique adoptée a amélioré la robustesse de l'économie mauricienne", a fait comprendre Rama Sithanen en énumérant les principaux indicateurs économiques (voir encart plus loin).

Le vice-Premier ministre et ministre des Finances est catégorique : "Maurice n'a pas été affectée par la crise bancaire internationale car les banques commerciales ne sont pas exposées aux toxic mortgage backed securities ; le système financier est well regulated, donc pas de problème pour les compagnies d'assurances et de leasing ; la bourse a connu des volatilités mais pas de secousses car la confiance des investisseurs institutionnels est toujours de mise."

La question qui se pose : quel sera l'impact sur l'économie de Maurice ? "Pour 2008, we have not been affected. À court terme, c'est ok ! Mais à moyen terme, pena boukou visibilité. Tout dépendra de la depth, de la length et de la breadth de la récession. Si ce phénomène économique est de longue durée, avec l'ouverture de l'économie vers l'extérieur, les secteurs du tourisme, de la zone franche et du Foreign Direct Investment (FDI) seront affectés. But we are in a better shape to face the cyclone than three years ago", réitère Rama Sithanen.

Le vice-Premier ministre et ministre des Finances confirme qu'il a déjà eu l'occasion de faire un tour d'horizon de la situation avec les principaux opérateurs économiques au cours de ces derniers jours aussi bien qu'avec ses collègues du gouvernement, dont le Premier ministre. "Azordi, Maurice éna enn lespas fiskal neceser, contrairement à la France. Nous avons assaini la fiscalité. Pour le secteur du textile, nous avons institué un fonds de Rs 500 millions en vue de venir en aide aux entreprises. Dans le domaine de la sécurité alimentaire, nous avons prévu un fonds créé dans le budget pour un montant de Rs 1 milliard. Il y a encore le fonds pour les énergiesrenouvelables et les investissements majeurs à l'aéroport. Tout cela sans oublier le projet de Tianli dans le cadre d'un fast tracking des investissements", avance-t-il.

"Si la conjoncture économique l'exige, nous allons nous prévaloir de cet espace fiscal disponible avec la réforme. Le présent gouvernement dispose de deux budgets. Je dois faire comprendre que je ne suis pas un adepte de la formule ad-hoc. Nous avons besoin de comprehensive packages à être élaborés dans le cadre des préparatifs budgétaires. Nous avons encore deux budgets. Nous disposons de Rs 4 milliards avec les fonds spéciaux institués. It's good to be a prudent minister of Finance. Mais s'il faut dégager des ressources financières comme pour encadrer les efforts de pénétration du marché régional, nous le ferons", a fait ressortir le Grand Argentier, qui a exprimé le souhait que "face à la crise globale, une réponse globale s'impose".

Rama Sithanen a identifié la croissance et la création d'emplois comme les priorités économiques du gouvernement. "La priorité des priorités demeure l'emploi car il est de notre devoir d'assurer la stabilité sociale. La création d'emplois reste la plus grande réussite de ce gouvernement avec plus de 11 000 emplois créés en une année. Bizin asir krwasans", a-t-il ajouté.

Tout en concédant que dans la conjoncture une hausse du taux directeur bancaire s'imposait, Rama Sithanen s'est déclaré heureux que la majorité au sein du Monetary Policy Committee (MPC) n'a pas suivi le gouverneur de la Banque de Maurice, Manou Bheenick, partisan d'une révision à la hausse. Le Repo Rate a été maintenu à 8,25% lors de la réunion dMPC, lundi dernier.

Le vice-Premier ministre et ministre des Finances a reconnu que l'inflation demeure une des préoccupations majeures car il demeure difficile de "nurture growth while taming inflation". Il a réclamé la vigilance à ce chapitre.


AGOA : à la reconquête du marché textile US

La dérogation de Third Country Fabric sous l'Africa Growth and Opportunity Act (AGOA) en faveur de Maurice étant entérinée par le Sénat et la Chambre des Représentants aux Etats-Unis, Maurice s'apprête à partir à la reconquête du marché textile américain. C'est ce qu'a soutenu le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, qui a rappelé qu'il y a quelques années de cela, le poids du marché américain était de 25%.

"Avec la dérogation de Third Country Fabric pour la durée de l'AGOA, nous allons bénéficier de la certitude et de la stabilité dans cette nouvelle tentative de percée sur le marché américain. Nous souhaitons que ce développement ouvre la voie à une diversification des marchés. Je fais un appel à tous les opérateurs économiques pour qu'ils conjuguent leurs efforts en vue de tirer profit des retombées de la diplomatie économique en diversifiant les marchés d'exportation et en améliorant la compétitivité des exportations de Maurice", a ajouté Rama Sithanen.

Le vice-Premier ministre et ministre des Finances a évoqué la nécessité de mettre en place un Successor Agreement à l'expiration de l'AGOA en 2015. "Nous travaillons déjà sur un projet de New Partnership for Development Act proposé par le représentant américain McDermott. Nous visons à pérenniser les acquis et bénéfices de l'AGOA tout en recherchant des règles d'origine plus flexibles et des ressources financières additionnelles sous l'Aid for Trade en vue de mettre en place l'infrastructure économique nécessaire", devait-il indiquer.

Initialement, Rama Sithanen a retracé l'engagement du Premier ministre, Navin Ramgoolam, en faveur de l'AGOA depuis son premier mandat et ses propres interventions auprès des membres influents du Ways and Means Committee des Etats-Unis. Il a tenu à associer ceux qui ont lutté en faveur de cette dérogation, dont entre autres l'ambassadeur Kailash Ruhee, le lobbyiste Paul Ryberg, le défunt Peter Craig et le conseiller Busgeeth, entre autres. Il a rappelé que Maurice devait non seulement convaincre les Américains de la pertinence de cette dérogation mais également répondre aux objections du Lesotho à cet effet.


Prévisions 2008: Croissance revue à la baisse

En début de semaine, le Bureau central des statistiques a fait publier les dernières prévisions des paramètres économiques pour l'année en cours. Ainsi, le taux de croissance a été revu à la baisse pour 2008, soit de 5,6% contre 5,7% de juin dernier, des prévisions plus proches que celles établies par la Mauritius Commercial Bank (MCB). Rappelons que dans ses analyses en mars dernier, la mission du Fonds monétaire international (FMI) avait misé sur un taux de 7% pour cette année.

Les dernières prévisions économiques du Bureau Central des Statistiques sont les suivantes :

Croissance : 5,6% contre 5,4% en 2007

Industrie sucrière : Progression de 5,5% en 2008 contre 13,6% en 2007

Secteur manufacturier : Taux de 3,1% en 2008 contre 2,2% en 2007 avec les Export Oriented Enterprises (EOE) affichant une croissance réduite de 6% contre 8% l'année dernière

Construction : Taux à la baisse de 11% en 2008 contre 15% l'année dernière

Tourisme : Croissance réduite à 5,6% après le rebound de 14% de 2007

Commerce : Taux de progression de 4,7%, soit en hausse comparativement aux 4,4% de l'année dernière

Secteur financier : Croissance de 7,8% contre 7,5% en 2007

Investissements : Des prévisions de 6,5% en 2008 contre 8,6% l'année dernière avec la part revenant au secteur privé progressant de 11,3% contre 24% en 2007. "Public sector investment is expected to decline further by around 11% after a decline of 24,7% in 2007. Excluding the acquisition and sale of aircraft, public sector investment would grow by 10.5% after a contraction of 7,4% in 2007, mainly attributable to high government expenditure on sewerage and roads projects", note le BCS.


Analyses sectorielles

Sucre : des signes de détresse émis !

L'assemblée générale annuelle du Syndicat des Sucres, qui s'est déroulée lundi dernier, a été la plateforme de l'industrie sucrière pour émettre des signes de détresse. La responsabilité de cette mission, somme toute délicate dans la conjoncture, avait échu au président sortant, Cyril Mayer, alors que le nouveau ministre de l'Agro-Industrie, Satish Faugoo, n'a pu être présent en raison des funérailles d'un de ses proches parents.

Le président sortant du Syndicat des Sucres a mis l'accent sur les urgences qui se posent à l'industrie sucrière, avec l'échéance de la date butoir du 1er octobre 2009, où le prix du sucre accusera une réduction cumulative de Rs 6 700 par tonne en une année. Il a également fait état des dangers que constitue la nouvelle configuration avec les Accords de Partenariat Économique (APE) mettant Maurice en concurrence directe avec le Zimbabwe pour les exportations sucrières en Europe.

Abordant la phase finale de la réduction du prix du sucre, Cyril Mayer n'a pas mâché ses mots. "It has to be known that we are now left with no margin for manœuvre. It is clear that we are nearing crisis and are left with no choice than to fully assume our responsibilities", devait-il déclarer. Il fit état de la nécessité de respecter "our full commitment and support to the cluster development model prescribed in the Multi Annual Adaptation Strategy, that is sugar, electricity and ethanol under the same roof".

"It is clear that the synergies and efficiency gains derived from those related activities would contribute significantly in mitigating the limitations set by our natural environment and scale of operations in Mauritius. We therefore need to pursue and accelerate our plans in this respect", a souligné le président sortant du Syndicat des Sucres dans son intervention.

Le Syndicat des Sucres n'écarte pas une situation de crise dans une conjoncture internationale des plus contraignantes, notamment le coût de plus en en plus élevé des intrants. "Planters are already experiencing massive increases in the cost of fuel, fertilisers and other chemicals, which have significantly increased their production costs. Distress signals from the farming are becoming stronger and more frequent, and if not urgently and adequately addressed they could lead to a major crisis in the sugar industry", affirme Cyril Mayer.

De graves appréhensions se font également sentir au niveau de la hausse du coût de fret. La majoration de 50% intervenue au cours de ces 12 derniers a réduit la "competitive edge" des exportations de sucre de Maurice. Le Syndicat des Sucres réclament la restoration de la "breathing space on the revenue side" avec des mesures en faveur d'une révision à la baisse du cess ou encore la politique de vérité des prix pour le sucre écoulé sur le marché local.

Le Syndicat des Sucres se félicite du "long term partnership agreement" avec le groupe allemand Sudzucker en vue de l'exportation de 400 000 tonnes de sucre raffiné à partir de l'année prochaine. "We are confident that from a commercial standpoint we have made the right choice regarding our future strategic orientation. Such confidence is reflected in the massive investments injected by the industry into its restructuring plan and new projects such as the two major sugar refineries currently under construction, at a cost of some Rs 2 billion", a poursuivi Cyril Mayer.

Mais une condition sine qua non demande à être honorée, soit "the need to maintain our edge over other ACP suppliers regarding the cost and efficiency of our export logistics". Le Syndicat des Sucres maintient que Maurice doit rester compétitive si l'industrie sucrière doit survivre. "We have therefore to ensure that all necessary facilities will be established in the port area so as to increase the attractiveness of Port Louis as a container hub and to obtain the best possoble freight rates", ajoute-t-il.

Un autre sujet d'inquiétudes dans l'industrie sucrière demeure la présence du Zimbabwe au sein de la configuration régionale de l'APE avec l'Union européenne. Le potentiel de l'industrie sucrière du Zimbabwe représente de véritables risques pour Maurice sur le marché européen avec les changements qui se profilent à l'horizon.

"The critical issue in this context is to ensure that the safeguard ceiling which will be set for our region will provide sufficient space to accommodate the two main non-LDC regional suppliers, namely Mauritius and Zimbabwe. An insufficient ceiling would be extremely risky for Mauritius given Zimbabwe's huge potential for expanding its industry and its exports to the European Union, which would eventually crowd out Mauritius. This remains one of the most critical elements which have to be addressed through our economic diplomacy initiatives", a rappelé Cyril Mayer.

Commentant les nouvelles dispositions du marché en Europe dans le sillage de la réforme sucrière, le président du Syndicat des Sucres a soutenu qu'avec le démantèlement du Protocole-Sucre à partir du 1er octobre 2009, aucun quota d'exportation n'est garanti. "To make a very down to earth analogy, we are in fact like these passengers waiting for the bus on a bus stop knowing that the previous practice of a reserved seat for each passenger has been abolished. Since the number of passengers on the bus stop exceeds the seats available in the bus, we could expect only those passengers first in the queue would be able to find a seat and that once all seats are occupied the bus doors would close automatically even on passengers half way through", s'est-il contenté d'avertir en évoquant le "changing landscape in the EU market" en passe de devenir la réalité.

En conclusion, le Syndicat des Sucres est d'avis que la partie est jouable, à condition que "all the measures necessary for the restructuring of the sugar industry are applied to their fullest extent and that the resulting new organisation is no longer required to carry the burden of past realities." "It will have to go to the full extent of its reform process without any complacency. This has to do with cost reduction and efficiency gains at all levels of our operations."


Centralisation: L'industrie sucrière rappelée à l'ordre

Double rappel à l'ordre cette semaine de l'hôtel du gouvernement à l'industrie sucrière par rapport à la centralisation de Mon-Loisir. D'abord, le coup de semonce lors de l'assemblée générale du Syndicat des Sucres en début de semaine et ensuite l'intervention du vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, lors d'une séance de travail, vendredi, avec une délégation de la Mauritius Sugar Producers'Association (MSPA).

Dans son discours lu par son chef de Cabinet, le ministre de l'Agro-Industrie a fait un appel pour que le litige entre les compagnies sucrières de Belle-Vue et de FUEL, bloquant la centralisation de Mon-Loisir, soit réglé dans les meilleurs délais. Il a rappelé également les risques de gel des fonds au titre des mesures d'accompagnement de la Commision européenne à cet effet.

"Centralization has proceeded well in the South and Centre East but I am deeply concerned with the situation prevailing in respect of the closure of Mon Loisir. Six months have elapsed since my predecessor has signed the authorisation letter for the closure of that factory but the conditions imposed are still not being complied with. This is indeed a very bad signal which may unduly delay the reform process and the release of funds under the accompanying measures. I would, therefore, appeal to the parties concerned for an early settlement of their dispute for the better interest of the industry and of the country", a-t-il déclaré.

De son côté, le vice-Premier ministre et ministre des Finances a déclaré hier à la presse que lors d'une séance de travail avec des représentants de l'industrie sucrière en fin de semaine, il leur a demandé de "résoudre dans les meilleurs délais leurs problèmes pour que le processus de réforme sucrière soit maintenu".



é c o n o m i e WEEK-END --- dimanche 5 octobre 2008