s o c i é t é WEEK-END --- dimanche 28 septembre 2008



  Energie alternative - Autobus au gaz naturel: option "verte" pour le transport public
  Changer les modes de consommation et de production - Un défi difficile, mais pas impossible !
  Justice de haute instance - La première session historique du Privy Council à Maurice
  Rencontre avec les syndicalistes de l'éducation - Bunwaree demande un dossier complet des doléances
  Miss Mauritius 2008 - Toujours le même fancy-fair
  Pension de retraite post-PRB 2008 - Des retraités du gouvernement déclarent la guerre au département du Trésor
  Iles éloignées - Mission européenne à Rodrigues en fin de semaine
  Toxicomanie et jeunes - Deux expertes américaines pour rappeler les principes de prévention
  Inondations du 26 mars dernier - La FAPEC entendue par le comité d'enquête
  Portrait posthume - Guy Juliette, un enseignant comme on n'en fait plus


Energie alternative

Autobus au gaz naturel: option "verte" pour le transport public

Utiliser le gaz naturel produit par les déchets ménagers pour remplacer le diesel dans le transport public est une réalité à notre portée. Grâce aux nouvelles technologies reposant sur des carburants de remplacement, près de 6,5 millions de véhicules au gaz naturel (dont 150 000 autobus) circulent à travers le monde. La viabilité économique de cette énergie de remplacement, de surcroît verte, n'étant plus à douter avec la flambée du prix des produits pétroliers, ils sont de plus en plus nombreux les pays à adopter cette technologie dans le transport public. La firme consultante anglaise, SUSTRACO, présente ce concept comme une aubaine pour Maurice dans le cadre de la modernisation du transport public et dans la mise en oeuvre du projet "Maurice, île durable".

"The whole public transport could be ran by biogas", soutient Clive Hinchcliffe, manager de SUSTRACO Europe (Sustainable Transport Company Ltd) actuellement en visite chez nous (voir plus loin). La firme anglaise, spécialisée dans le transport urbain et pionnier du système Ultra Light Rail, pense ainsi que le pays peut réduire sa dépendance sur les énergies fossiles utilisées dans le transport public en adoptant d'autres sources non-polluantes. Le biogaz produit à partir des déchets pourrait en effet être utilisé pour alimenter les autobus. Cela grâce aux nouvelles technologies favorisant la fabrication des moteurs à combustion à haut rendement énergétique. "En capturant le biogaz émanant des décharges, vous pouvez les convertir en fuel pour le transport public. Ce qui permettrait à votre pays de faire d'importantes économies et aussi de réduire les émissions de gaz à effet de serre et les polluants émis dans le secteur du transport", explique l'expert britannique.

Cette technologie d'autobus au gaz naturel comporte en effet des avantages significatifs pour le pays, car non seulement le transport public pourrait ne plus avoir à dépendre sur les produits pétroliers, mais il produira moins d'agents polluants. Les véhicules au gaz naturel sont reconnus pour donner lieu à une combustion plus propre que les moteurs au diesel. De plus, le taux d'émission de CO2 par ces véhicules de moins de 30g de CO2/km en fait un des combustibles les plus avantageux pour la réduction des gaz à effet de serre. Cet avantage est également amélioré par un faible taux de consommation de carburant. Il existe, par exemple, en Suède plus d'une vingtaine d'installations de raffinage de biogaz servant à alimenter les véhicules à haut rendement énergétique.

De l'énergie dans les déchets

En sus de réduire sa facture pétrolière, le pays peut également tirer avantage des "carbon credits" (fonds à la banque mondiale) misent à la disposition de projets innovateurs et favorisant la réduction des gaz à effet de serre sous le Clean Development Mechanism (CDM) du Protocole de Kyoto. Car non seulement le transport public polluera moins, mais le biogaz récupéré à partir du Centre d'enfouissement de Mare Chicose contribuera à une réduction importante des émissions de "greenhouse gaz" dans l'air. Ce sera également une opportunité de promouvoir la valorisation des déchets et de faire du biogaz une énergie renouvelable.

Les secteurs de l'énergie et des transports sont les deux principales sources d'émission de gaz à effet de serre et d'autres agents polluants. Cela fait près de quatre ans que le gouvernement subventionne le prix du ticket d'autobus et le diesel. Ce qui coûte plus de Rs 500 millions annuellement. Une réduction dans la consommation des produits pétroliers et une réaffectation des subventions vers des technologies durables permettrait, selon les premières analyses, d'économiser des milliards de roupies annuellement sur le long terme. "C'est une solution écologiquement et économiquement viable dans l'optique d'un développement durable", assurent les experts.

Ultra Light Rail

Les technologies proposées par le cabinet britannique ne se résument pas uniquement aux autobus. Il propose également le système de "Ultra Light Rail" (ULR) comme solution pour créer un mode de transport alternatif. Le gouvernement envisage en effet de développer un système de transport alternatif sur l'ancienne voie ferrée entre Port-Louis-Curepipe. "L'ULR fournit une alternative non polluante, qui offre un bon rapport coût-performance ainsi que la capacité d'attirer des usagers. Le changement climatique et la sécurité énergétique sont des impératifs environnementaux qui exigent l'introduction de transports en commun propres, populaires, de bon rendement énergétique dans nos villes pour fournir une alternative à l'utilisation de la voiture particulière. Le plus tôt serait le mieux pour le climat et pour l'économie", explique les experts.

Les avantages associés à l'ULR sont entre autres le faible taux d'émissions, la possibilité de rouler au biocarburant, les économies de carburants, la faible consommation d'énergie ou encore le confort. SUSTRACO met également l'accent sur l'aspect économique de l'URL: "Ces trams sont comparables aux coûts d'achats des autobus. Ils ont une durée de stockage d'au moins 30 ans alors que les autobus ont une durée de conservation d'au moins 8 à 13 ans. Du fait de leur efficacité énergétique, les trams ULR ont des besoins relativement bas en énergie. ce qui réduit leur consommation d'énergie et donc les coûts d'exploitation."


C'est quoi le biogaz?

Le biogaz est le gaz produit par la fermentation de matières organiques animales ou végétales en l'absence d'oxygène. Cette fermentation appelée aussi "méthanisation" se produit naturellement (dans les marais) ou spontanément dans les décharges contenant des déchets organiques, mais on peut aussi la provoquer artificiellement dans des digesteurs (pour traiter des boues d'épuration, des déchets organiques industriels ou agricoles, etc.). Les déchets verts dits organiques représentent plus de 50% de la composition des déchets à Maurice. Le biogaz est un mélange composé essentiellement de méthane (typiquement 50 à 70%) et de gaz carbonique, avec des quantités variables d'eau, d'hydrogène sulfuré (H2S) et d'oxygène. La récupération du biogaz produit par les décharges est d'autant plus intéressante que le méthane est un gaz à effet de serre bien plus puissant que le dioxyde de carbone (CO2) produit par sa combustion. Le biogaz s'obtient à partir de déchets putrescibles. Les boues étant beaucoup plus riches que dans le cas précédent, il y a généralement un excès de gaz qui peut être valorisé commercialement. La méthode la plus courante est de le brûler dans un moteur à gaz ou une petite turbine pour produire de l'électricité injectée sur le réseau. Dans d'autres projets, il est utilisé comme carburant pour véhicules.


Avec le Manager de SUSTRACO Europe

Clive Hinchcliffe: "The whole public transport could be run by biogas"

"The whole public transport could be run by biogas". C'est l'avis du Manager de SUSTRACO Europe, Clive Hinchcliffe, qui, durant sa visite a Maurice, a présenté au secteur privé les nouvelles technologies désormais disponibles dans le secteur du transport. Il faut dire que l'île Maurice ne lui est pas tout à fait étranger, car, d'une part, son épouse est d'origine mauricienne, et d'autre part, cela fait presque vingt ans qu'il suit l'ascension du pays en matière de développement. "Vous avez fait des progrès énormes. Avec les nouveaux enjeux économiques, énergétiques et environnementaux, il est temps que vous adoptiez des solutions plus durables dans les différents secteurs économiques. Vous avez le potentiel et les opportunités de devenir une île durable", confie-t-il.

Le Manager de SUSTRACO s'intéresse particulièrement au secteur du transport public. Durant son passage à Maurice, il a eu l'occasion de rencontrer les opérateurs du secteur privé pour proposer les nouvelles solutions dans le secteur. "Les opérateurs du privé sont très intéressés par nos solutions alternatives, dont l'Ultra Light Rail et les autobus pouvant rouler au biocarburant. Ces produits sont économiquement viable aujourd'hui. Leur coût est accessible. Il faut maintenant voir qu'elle est la politique du gouvernement, car le plus important est de venir avec un "scheme" qui encouragera le secteur privé de bouger vers différentes formes de transport solution", explique-t-il.

Pour l'expert britannique, une des "biggest options" qui s'offrent au pays est la possibilité d'introduire des autobus au gaz naturel dans le transport public. "En capturant le biogaz émanant des décharges, vous pouvez les convertir en fuel pour le transport public. Ce qui permettrait à votre pays de faire d'importantes économies et aussi de réduire les émissions de gaz à effet de serre et les polluants émis dans le secteur du trasport.The whole public transport could be runed by biogas", ajoute-t-il.

Citant les grandes villes anglaises ou françaises ayant réussi un programme de modernisation durable du transport public, il se dit d'avis que le pays a tout gagner sur le plan économique et écologique en s'engageant dans les énergies renouvelables. "Les nouvelles technologies que nous proposons sont non seulement propres, mais il sont économiquement viable. Le retour sur l'investissement est de six ans au maximum. Avec les dernières technologies dans le secteur du transport, Maurice a la possibilité de réussir en matière de développement durable et aussi de rendre plus attractif son secteur du transport. Ces autobus aussi bien que l'URL représentent des solutions majeures afin de réduire l'utilisation de la voiture particulière en encourageant le public à se tourner plus vers le transport public. C'est aussi un moyen pour le pays de réduire sa facture pétrolière", déclare-t-il.


Changer les modes de consommation et de production

Un défi difficile, mais pas impossible !

Produire et consommer plus en réduisant la pression sur nos ressources naturelles et en polluant moins notre environnement, est un défi difficile à relever, mais pas impossible. Cela implique toutefois un changement radical de chacun de nos gestes quotidiens, de notre mentalité et de nos modes de consommation et de production qui, en ce faisant, peut aussi faire de l'île Maurice un modèle en matière de développement durable. Et aussi de permettre au pays de s'engager activement dans la lutte contre le réchauffement planétaire. Sommes-nous prêts à prendre le pari ?

Ce qui est sûr, c'est que le gouvernement a fait un premier pas dans cette voie en adoptant à cet effet un programme national réalisé au terme de plusieurs mois de consultations entre les différents partenaires et acteurs économiques du pays. La mise en œuvre de ce programme intégré constituera une première dans la région d'autant que Maurice a été sélectionnée comme " pays pilote " par le United Nations Environment Programme (UNEP) en vue de promouvoir un concept de production et de consommation durables à travers la planète pour contrer le phénomène de réchauffement climatique. Un protocole d'accord a ainsi été signé entre le PNUE et le Ministère de l'Environnement en mai de l'année dernière pour l'élaboration de ce programme. Le projet, piloté par le professeur Tulsiraj Ramjeawon, agissant également comme consultant pour le compte de l'UNEP, est aujourd'hui prêt à être implémenté.

C'est lors du Sommet mondial sur le développement durable (SMDD) à Johannesburg en 2002 que la question de "changer les modes non viables de production et de consommation" a été évoquée comme un des principaux éléments du développement durable. Le concept " Getting more well-being from less " se décline ainsi en un véritable pari, voire une opportunité de rectifier le tir, de préserver ce que nous n'avons pas encore détruit et d'apporter notre contribution, aussi minime soit-elle, dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

L'objectif consiste ainsi à réduire les impacts négatifs sur l'environnement à travers des stratégies visant à modifier les modes de consommation et de production. Combien sont ceux qui ont tiré des bénéfices en détruisant la nature, et ce sans avoir à verser des indemnités ? Combien de fois avons-nous réutilisé un sac en plastique ou acheté des boissons dans des logements en verre, donc réutilisable ? Pendant combien de temps avons-nous continué à dilapider les richesses de la nature - comme nos lagons ? Combien sont-ils les automobilistes qui convergent à Port-Louis seuls dans leurs véhicules à Port-Louis -, un comportement qui implique un gaspillage d'énergie, la dégradation de la qualité de l'air et l'aggravation de la congestion routière ? Ou encore combien sont ceux qui oublient de fermer le robinet quand ils se brossent les dents ? La liste d'exemples est loin d'être exhaustive quant aux comportements et gestes qui, souvent de manière inconsciente, ont pourtant un effet sur notre environnement, notre qualité de la vie ou les ressources naturelles dont nous disposons.

Corriger nos erreurs

Comment donc développer une approche qui corrigerait nos erreurs et qui permettrait de promouvoir un modèle de production et consommation respectueuses de l'environnement ? Comment parvenir ? Le premier constat du rapport est que les tendances actuelles en matière de consommation et les activités de production ont augmenté de manière significative au cours des deux dernières décennies et devraient, selon les projections, s'intensifier dans les prochaines années d'après le même schéma. Notamment une tendance à réduire les ressources naturelles, à accroître la pollution de notre environnement et à multiplier les menaces que cette pollution représente sur la santé des êtres humains... Les facteurs inhérents à cette situation : la hausse du revenu par habitant, la démographie, les changements dans le mode de vie, les nouvelles technologies, les institutions et les infrastructures qui, est-il souligné, ont une incidence directe sur nos comportements de tous les jours.

Le comité en charge du projet s'est ainsi aligné sur les lignes directrices de l'UNEP pour l'élaboration et la mise en œuvre de ce plan d'action pour l'île Maurice. En identifiant tous les secteurs clés de l'économie mauricienne, en particulier les petites et moyenne entreprises (PME), les auteurs du programme notent également l'absence de paramètres pour promouvoir au niveau industriel un concept de production propre et moins polluant. Ce qui leur fait dire qu'il reste encore "un long chemin à parcourir avant que ce genre d'approche ne soit largement adopté et pleinement intégré comme une pratique quotidienne dans toutes les entreprises locales".

Au chapitre de la consommation, le document soumis au ministère de l'Environnement analyse que les intérêts du jour des consommateurs portent actuellement - et uniquement - sur les prix, la qualité et la sécurité des consommateurs. Pour renverser cette situation, est-il soutenu, les principes de consommation durable devraient faire partie intégrante des actions des organisations des consommateurs, tout en leur procurant les outils nécessaires pour assurer leur promotion.

Volonté et leadership

C'est dans cette optique que plusieurs ateliers de travail avaient été constitués pour débattre sur des thèmes centrés sur l'énergie, l'eau, les infrastructures et les styles de vie et d'examiner les problèmes clés qui s'opposent au développement durable. Le rapport souligne ainsi que "la consommation et la production durable" sont directement liées aux secteurs et questions socio-économiques tels que la croissance économique et la compétitivité, la création d'emplois, la protection de l'environnement, l'eau et la sécurité énergétique, la réduction de la pauvreté, la santé et l'éducation. Ce qui totalise 44 projets, qui seront initiés, pour atteindre les objectifs précis dans les secteurs identifiés (voir plus loin).

La mise en œuvre du programme SCP dépendra dans une large mesure des synergies entre les secteurs clés de développement pour atteindre les objectifs tels que la création d'emplois, la promotion de la qualité dans le domaine de l'environnement, la santé publique, l'énergie, la gestion des ressources naturelles et la réduction de la pauvreté. L'implémentation du programme reste toutefois une étape cruciale sur laquelle le rapport s'y attarde, car un suivi continu est une des conditions sine qua non de son succès. C'est pour cela qu'il est recommandé que des indicateurs de performance - 30 au total - soient mis en place pour assurer l'évolution des progrès accomplis dans ces différents secteurs. Il est également recommandé qu'un comité consultatif soit mis en place pour examiner sur une base régulière les progrès accomplis une fois le programme mis en application.

C'est dire que la réalisation d'un tel projet relève d'un véritable défi, qui nécessitera non seulement la participation de tout un chacun, mais aussi d'un véritable leadership.


Rs 35 millions pour sa mise en œuvre

Le coût total du SCP programme est estimé à environ Rs 35 millions. Les mécanismes de financement identifiés dépendra de laide des organisations gouvernementales et du secteur privé. Le Maurice île Durable Fund (MID) est aussi identifié comme une source de financement qui a été introduite par le gouvernement dans son budget 2008-09. Alors que le centre de l'UNEP sur la consommation durable et de la production fournira un appui technique pour les différents projets. Le rapport indique également que le soutien des agences de coopération sera recherché, en sus des actions qui devront être enclenchées par le ministère de l'Environnement pour la mise en œuvre des projets pilote.


Les mesures recommandées en fonction des secteurs clés

Consommation d'énergie

- Développer des standards pour les principaux appareils ménagers

- Remplacer les lampes à incandescence par des lampes dites économiques

- Renforcer les capacités des fournisseurs d'énergie et promouvoir les sociétés offrant des services énergétiques

- Identifier les équipements consommateurs d'énergie

- Conduire un audit énergétique obligatoire pour les gros consommateurs d'énergie

- Aider les PME à mener à bien Audits énergétiques

- Exiger des organismes publics d'acheter seulement de l'énergie efficace pour les systèmes d'éclairage

- Accroître les connaissances sur la consommation durable (conduite de véhicules et véhicules économes en énergie)

- Conduire une enquête sur les émissions de véhicules et renforcer les capacités mesurer les d'émissions

- Changer le comportement des usagers de la route et les encourager à opter pour d'autres modes de transport

- Formulation d'un programme stratégique et de recherche sur l'énergie

Consommation d'eau

- Mettre en place un des codes et des règlements dans le domaine de la plomberie

- Rendre obligatoire les "audit" d'efficacité concernant la consommation de l'eau

- Encourager l'utilisation et le stockage de l'eau de pluie pour l'arrosage

- Maintenir une campagne nationale de sensibilisation sur les économies d'eau

Infrastructures, bâtiments et construction

- Développer une vision commune et élaborer les lignes directrices d'un plan d'action pour un système de construction durable

- Modification du règlement de la construction et introduire des incitations financières

- Promouvoir un programme de bourses et des projets de démonstration

- Lancement d'un programme d'étude pour assurer le développement et la formation des professionnels de l'industrie ; et promouvoir des campagnes d'éducation et de sensibilisation

- Promouvoir le concept de recherche et développement dans le domaine de la construction

Gestion des déchets

- Promouvoir le recyclage des déchets en mettant l'accent sur cartons et plastiques

- Lancer un programme de récupération des déchets organiques générés par le secteur hôtelier

- Promouvoir le compostage

- Elaboration d'une stratégie de gestion intégrée des déchets dans toutes les collectivités locales

Service public

- Assurer un suivi en matière de consommation d'énergie dans le secteur public et exiger des rapports annuels

- Économiser l'eau dans le secteur public et encourager une utilisation durable

- Recycler les équipements informatiques usés en vue d'être réutilisés

- Sensibiliser les différents ministères et département public en ce qui concerne les rapports, normes et standards du ministère de l'Environnement

Consommation et services

- Développement d'un système national d'éco-étiquetage avec accent sur l'agriculture et produits alimentaires

- Promotion de produits durables grâce à des incitations financières et l'amélioration de leur visibilité

- Renforcement des capacités des industries quant à une meilleure gestion du cycle de vie et de durabilité des produits

Éducation, communication et styles de vie

- Maintenir une campagne nationale de sensibilisation sur les économies d'énergie

- Développer des ressources éducatives sur des matériaux conformes aux principes de consommation et de production durables

- Renforcement des capacités des ONG sur le développement durable

- Mettre au point un matériel éducatif ciblant les PME sur les avantages et l'utilisation des ressources

- Lancement des concours et des projets reconnaissant et récompensant les efforts vers des modes de vie durables.


Justice de haute instance

La première session historique du Privy Council à Maurice

Selon les premières estimations avancées dans des milieux avisés, le coût de la première session historique des Law Lords du Judicial Committee du Privy Council à Port Louis - y compris les frais d'aménagement et administratifs - pour entendre des procès intentés par des citoyens mauriciens en leur évitant d'aller à Londres pourrait dépasser légèrement les 5 millions de roupies. Mais, pour une fois, il semble que les deniers publics aient été bien utilisés et que la démarche - une initiative de Rama Valayden - se soit avérée concluante. C'est, en tout cas, le sentiment général qui s'exprime parmi les plaignants qui ont pu se faire entendre et parmi les hommes de loi locaux à l'exception notable de l'avocat et ancien ministre, Anil Gayan, qui formule encore des critiques.

Après une semaine passée à écouter des procès, les Law Lords ont quitté le pays, hier matin, avec la quasi-certitude qu'ils reviendront vers la même période de septembre, l'année prochaine... Toutefois, les effets collatéraux que pourrait entraîner le retour des Law Lords à Maurice de manière régulière seraient, fait-on remarquer à ce stade, (i) la délocalisation définitive de la Law Review Commission et du Centre des Droits de l'homme parce que, à compter de cette semaine, le bâtiment qui abritait ces instances - soit l'ancien Tribunal correctionnel de Port Louis - et qui a servi de cour pour le Judicial Committee repasse sous le contrôle total des services judiciaires qui y logeront, entre autres, la Cour des affaires commerciales (ii) le déplacement, pour la troisième fois, de la statue d'Anjalay Coopen, la femme martyre, vers un lieu politiquement plus approprié et, surtout, (iii) la fin d'un mythe qui faisait jusqu'ici accroire que seuls les Queen's Counsels et autres Senior Counsels pouvaient plaider devant les Law Lords. Pour ce qui est de ce mythe, dès leur première audition - celle du procès interjeté en appel par l'ancien Temporary Magistrate Dattatreya Panday contre son licenciement par la Judicial and Legal Services Commission - les Law Lords, y ont mis un terme. "Je voudrais dissiper tout malentendu concernant les pratiques du Judicial Committee pour ce qui est des droits d'audience. Le Judicial Committee autorise à quiconque qui a été admis aux barreaux de tout Etat qui sollicite ses services comme instance de justice finale à plaider devant lui. Bien sûr, nous aurions souhaités voir à l'œuvre des membres du barreau local. Mais, les membres du barreau des pays qui nous accueillent n'ont pas droit d'audience exclusive", a déclaré le Judicial Committee par la voix de Lord Hope of Graighead (John Arthur David). Les autres membres du Judicial Committee étaient Lord Mance (Jonathan Hugh), Lord Rodger Of Earslferry (Alan Ferguson), Lord Carswell (Robert Douglas) et Sir Paul Kennedy.

"Libre d'accepter ou de rejeter nos services"

Dans une île Maurice souveraine depuis quarante ans maintenant, a-t-on toujours encore besoin de se tourner vers une instance judiciaire d'inspiration coloniale pour que justice soit rendue dans notre pays ? Il ne fait aucun doute que le débat autour de cette question persistera encore longtemps, certains ayant fait connaitre leurs préférences, soit pour une Cour d'Appel constituée de juges de pays du Commonwealth, soit pour une cour avec des juges de la région. La question n'a pas non plus laissé insensibles les Law Lords britanniques eux-mêmes. C'est ainsi que le Lord Hope of Graighead a fait ressortir ce qui suit, lundi dernier :

"Le Judicial Committee du Privy Council est venu siéger à Maurice parce que la Constitution de la République de Maurice prévoit que le Privy Council est la Cour d'Appel de dernière instance du pays. Mais, il faut souligner que nous siégeons ici à Maurice non seulement parce que la Constitution le prévoit, mais encore parce que nous avons été invités à le faire. Nous sommes ici sur invitation afin que nous puissions remplir notre fonction constitutionnelle. Il n'a jamais été dans l'intention du Privy Council de s'imposer sur un Etat ou sur une juridiction qui ne voudrait pas de lui. Nous offrons un service, et tout Etat indépendant est entièrement libre, dans les limites de sa propre Constitution, d'accepter ou de rejeter notre offre. Dans des cas - comme à Maurice - où le service du Privy Council est encore jugé être de valeur, nous ferons tout ce que nous pourrons pour le servir au mieux de nos capacités".

Lord Hope a précisé que "le Privy Council siégeait en public à Maurice, comme toutes les cours de justice auraient dû le faire, afin que ses membres puissent être vus et entendus par le public. La façon dont nous conduisons nos délibérations est conforme aux traditions bien établies à Downing Street (siège du Privy Council). Nous écoutons et, quand c'est nécessaire, nous testons les arguments. Nous ne nous précipitons pas pour rendre nos jugements et il ne faut pas s'attendre à des jugements rapides (ex-tempore decisions). Prendre notre temps fait également partie de nos traditions".

Special Leave aux frères Callachand

Malgré cette dernière affirmation, les Law Lords n'ont pas mis plus de quinze minutes, lors de leur séance de travail vendredi dernier, pour délibérer et accorder un Special Leave à deux frères, Mohamed Iqbal et Mohamed Anwar Callachand, leur permettant de demander à la Cour suprême de reconsidérer une révision de leur peine de sept ans d'emprisonnement pour coups et blessures infligés à leur beau-frère, mais sans intention de tuer. Représentés par Me. Guy Ollivry et Me. Yanilla Moonshiram, les frères Callachand s'étaient plaints que ni la Cour intermédiaire, ni la Cour suprême, ni la Cour d'Appel de Maurice n'aient tenu compte qu'ils ont passé 18 mois en détention avant d'écoper des sept années d'emprisonnement. Les objections de Me. Geoffrey Cox Q.C, conseil légal du gouvernement mauricien à la démarche des frères Callachand n'ont pas convaincu les Law Lords.

D'un autre côté, l'ancien Temporary Magistrate Dattatreya Panray, qui a contesté son licenciement par la Judicial and Legal Services Commission et les Health Care Assistants, renvoyés par le ministère de la Santé au lendemain des élections sous accusation qu'ils avaient été recrutés illégalement, devront patienter. Dans le cas du Temporary Magistrate Panday, son homme de loi, Me. James Guthrie, QC, a qualifié "d'injuste le fait qu'il avait été mis à la porte sans s'être vu la possibilité de faire entendre son point de vue". Dans celui des Health Care Assistants (H.C.A's) - cas que l'avocat Kailash Trilochun a réussi à soumettre à très peu de frais à l'attention du Privy Council - les Law Lords auront, entre autres points, à statuer si leur renvoi avait été ordonné par un ministre sur instruction du gouvernement ou par la Public Service Commission (PSC) seule instance habilitée à recruter et à licencier les employés du Service civil ? Si c'est le ministre qui a fait annuler le contrat des Health Care Assistants, l'annulation pourrait être déclarée nulle et non-avenue.

En attendant les décisions du Privy Council dans ces deux affaires, toute la petite équipe d'employés des services judiciaires qui ont assisté les Law Lords dans leurs travaux disent avoir été impressionnés par leur simplicité. Ces derniers n'ont pas également manqué de saluer le dévouement de leurs assistants mauriciens. Une chose est aussi certaine, leg colonial ou pas, plus jamais le Privy Council ne sera considéré à Maurice comme un austère instrument de justice distante...


Rencontre avec les syndicalistes de l'éducation

Bunwaree demande un dossier complet des doléances

Les rencontres entre le ministre de l'Education, Vasant Bunwaree et les syndicalistes des secteurs primaire et secondaire, se sont succédées durant la semaine. "Nous pouvons qualifier la première réunion que nous avons eue avec le ministre Bunwaree comme une prise de contact", déclare Vinod Seegum, président de la Government Teachers' Union (GTU). Depuis qu'il occupe le siège le plus important à l'IVTB House, Vasant Bunwaree n'avait encore eu de rencontre officielle avec les représentants des enseignants du primaire et du secondaire. Et même si les syndicalistes se sont rendus à Phoenix dans l'optique de présenter leur instance, ils ont aussi saisi de l'occasion pour évoquer les dossiers jugés prioritaires. Ainsi, après avoir reçu les représentants de l'Union of Private Secondary Education Employees, le nouveau ministre de l'Education a rencontré les dirigeants de la GTU mardi dernier. "La GTU lui a signifié sa volonté de collaborer pleinement avec le ministère. Toutefois, nous lui avons également rappelé que nous assumerons notre rôle de syndicalistes", explique d'emblée Vinod Seegum. Et parmi les sujets évoqués, le retard dans la nomination de 80 Deputy Head Teachers, les cours de B.ed et le transfert des enseignants. Autre syndicat, autre discussion. En effet, lors de sa rencontre avec la Government Urdu Teachers' Union (GUTU), le ministre de l'Education a pris connaissance des revendications de celle-ci. "A notre avis, il y a une faille au niveau de la communication au ministère de l'Education. Nous avons abordé cette question avec le ministre. Puis, s'agissant de la nomination des Deputy Head Teachers, nous l'avons informé qu'il y a des enseignants de langues orientales qui ont plus de six ans d'expérience et qui sont toujours dans l'attente d'une promotion", explique Haniff Peerun, président de la GUTU. " Le ministre de l'Education a paru très attentif à la question des leçons particulières", poursuit ce dernier. Dans l'ensemble, les syndicalistes du primaire ont exprimé la satisfaction après leur première prise de contact avec Vasant Bunwaree. Ce dernier, disent-ils, a fait preuve d'attention à l'heure où les dossiers importants ont été évoqués. "Nous sommes confiants qu'il apportera des résultats positifs" fait ressortir Haniff Peerun. A l'issue des différentes rencontres, le ministre de l'Education a demandé à ses interlocuteurs de lui soumettre un dossier détaillé sur leurs doléances.

Managers du privé: "l'ancien ministre n'était pas à l'écoute de nos doléances… "

Si la Fédération des Managers des Collèges Privés, n'a pas encore eu de rencontre avec le successeur de Dharam Gokhool, elle lui a toutefois envoyé une requête dans ce sens, mardi dernier. La fédération qui avait réuni ses membres, le lendemain à Rose-Hill, avait soulevé la question d'extension of hours. "Nous espérons qu'à partir de janvier prochain, de nouvelles mesures seront prises pour que nous puissions travailler avec les élèves jusqu'à 15 heures. Nous avions déjà fait cette suggestion. Car les réunions et autres corrections qu'on nous a proposées de faire entretemps, sont choses courantes pendant l'année", déclare Harris Bachwa porte-parole de la fédération. Et si le ministère accède à cette proposition, il lui faudra, également, ajoute-t-il, intervenir auprès de la National Transport Authority, afin de revoir les horaires de trajet dans le cadre du transport gratuit. "Jusqu'ici il y a eu une réticence de la part de la NTA à ce niveau", note Harris Bachwa. Par ailleurs, la fédération qui lors de son assemblée de mercredi dernier, a réitéré ses préoccupations et son sentiment d'être laissée pour compte, était plutôt silencieuse depuis quelques temps. "L'ancien ministre n'était pas à l'écoute de nos doléances… " avance Harris Bachwa pour expliquer le silence des managers. Ces derniers qui souhaitent vivement une rencontre avec Vasant Bunwaree, devront cependant attendre le retour de celui-ci de l'étranger. D'autre part, les interventions de Vasant Bunwaree, samedi prochain dans le cadre des activités marquant le Teachers day sont aussi attendues avec intérêt. Le ministre pourrait bien donner des indications quant à sa vision et ses projets pour le secteur éducatif.


Miss Mauritius 2008

Toujours le même fancy-fair

La dernière édition de Miss Mauritius a eu lieu samedi dernier à la Citadelle. Comme d'habitude, ce concours de beauté a été marqué, au niveau de son organisation et de son déroulement, par l'amateurisme et l'à-peu-près qui sont devenus ses deux traits caractéristiques en trente-neuf ans d'existence. Compte rendu d'un concours organisé par une compagnie familiale portant le label national et qui ressemble de plus en plus à un fancy-fair.

Le fancy-fair de 2008 commença bien avant le début du spectacle, dans la salle avec les places supposément numérotés qui ne l'étaient plus et celles, réservées, qui étaient déjà occupées. Pour régler le problème et faire taire les récriminations, l'organisation fit ajouter des chaises supplémentaires. C'est ainsi que pendant tout le déroulement du concours, on assista à un transport de chaises dans la salle pour les gens qui continuaient à arriver. En dépit du fait qu'il était souligné que les portes de la Citadelle allaient être fermées à 19h45 pour les besoins de la retransmission à la télévision du show. Nom grandiloquent pour un spectacle de patronage soi-disant conçu par un chorégraphe qui aurait travaillé à Broadway avec l'aide d'un chanteur/danseur ayant fait carrière en Australie. La partie "Broadway" fut une catastrophe exécutée - le terme est juste - par des danseurs de toutes les formes et de tous les gabarits. Il ne suffit pas de faire trois pas à gauche et trois autres à droite et de lever la main où la jambe, d'avancer ou de reculer avec une chaise pour faire un numéro de cabaret en play-back. Si Bob Fosse avait pu voir ce que Rémy Vacher a fait de ce chef-d'œuvre musical et dansé qu'est "All that Jazz", il aurait probablement changé de métier. Le clou du show supposément chorégraphié par un ex-de Broadway, se produisit quand les spectateurs médusés virent entrer, hésiter, reculer, puis essayer de sortir discrètement de scène des danseurs alors qu'une concurrente habillée en robe de mariée, suivies par d'autres, s'immobilisait sur scène. Cette scène burlesque filmée en direct dura quelques bonnes minutes. On expliqua par la suite que c'est parce que l'entrée de scène était trop petite et que la collision entre les danseurs et les candidates avait eu lieu. En direct live !!! C'était tout simplement un manque de coordination et de professionnalisme, inacceptables n'importe où dans le monde. Mais nous étions à Maurice dans ce fancy-fair que l'on appelle Miss Mauritius. La partie "australienne" du show fut beaucoup plus enlevée que les séquences "Broadway". Jerry Nayna est certes un danseur chevronné et sa troupe est assez dynamique. Mais sa chorégraphie, visiblement destinée à le mettre en valeur avec ses changements de costumes, était répétitive et les nombreuses chansons qu'il a interprétées se ressemblent un peu trop. Si le show fut à la mesure du concours et de l'organisation, désordonnée et ringarde, les différents clips réalisés par la télévision sur les préliminaires du concours étaient bien faits et, pour une fois, agréables à suivre. Au niveau de l'animation de la soirée, une question doit être posée : comment se fait-il qu'un concours dont la principale condition est d'exiger que les candidates soient minces est-il co-animé par une présentatrice qui s'habille en taille au moins 50 ?

Les Miss étaient-elles au moins jolies, allez-vous me demander ? Il est difficile de répondre à cette question dans la mesure où le concours Miss Mauritius est tout sauf un concours de beauté. Les candidates étaient charmantes, certaines avaient de la personnalité, du charme, mais il y avait définitivement beaucoup plus de jolies filles dans la salle, samedi soir, que sur la scène. Mais il convient d'ajouter que par rapport aux années précédentes, les candidates 2008 étaient plus potables - pas forcément au niveau physique - et s'exprimaient beaucoup mieux. A tel point qu'il n'y a pas eu, au moment des interviews redoutées, des boulettes à faire rire pendant toute une année. La boulette du concours fut prononcée par la toute nouvelle Miss Réunion. Interrogée sur ce qu'elle avait d'important à dire, elle répondit avec le ton d'un élève qui répète son texte mal appris :

-Il faut absolument que je dise merci à Mme Obeegadoo de m'avoir invitée. Voilà, c'est fait.

Et les fameux Mr Mauritius World ? Beaucoup ont cru que ce nouvel appendice masculin au concours Miss Mauritius allait être une occasion de franche rigolade. Surtout après les débuts d'un concours similaire rapidement annulé. On se trompait : les candidats à ce concours se sont plutôt bien débrouillés, ce qui veut dire qu'ils n'ont pas été ridicules et ont apporté un tout petit peu de sang nouveau à ce concours. A ce niveau, une autre question mérite d'être posée: à quoi va servir ce roi sans couronne, mais avec écharpe, et son titre qui ne mène nulle part, même pas à la finale d'un Mr World, puisque ce concours n'existe pas encore ? Au niveau des questions, on pourrait également poser celle-ci : où est donc cet hôpital, qui devait s'appeler Medicaid, que l'organisation de Miss Mauritius devait faire construire avec les recettes et les dons des sponsors depuis plus de trente ans?

Il y a quelques années encore, Miss Mauritius suscitait, sinon des passions, du moins quelques polémiques. Aujourd'hui, il ne provoque qu'une seule réaction : ça existe encore ? Et la bonne question est celle-ci: Comment, au début du ce 21ème siècle, un concours dont l'organisation est aussi ringarde, totalement aux antipodes de la beauté et de l'élégance, peut-il non seulement exister encore, mais bénéficier d'une appellation nationale alors que c'est en fin de compte une affaire purement privée? Familiale même. En effet, les droits du concours sont détenus par Primerose Obeegadoo; le concours est organisé par son fils et sa belle-fille et c'est sa petite fille qui apporte les résultats sur scène. Ils ont crée une dynastie et celle-ci est secondée, dans sa perpétuation, par un comité dont la tâche principale des membres semble consister à marcher d'un bout à l'autre de la salle pendant le concours et à aller remettre des prix aux dauphines de la reine en les embrassant devant les caméras de la télévision.

Il serait d'utilité nationale que quelqu'un fomente une révolution, détrône la reine mère et sa dynastie et organise enfin un concours national digne de ce nom et de ce pays. Pas ce fancy-fair dont la trente-neuvième édition a eu lieu samedi dernier.


Pension de retraite post-PRB 2008

Des retraités du gouvernement déclarent la guerre au département du Trésor

Des retraités de la Fonction publique contestent le mode de calcul de leur pension de retraite adopté par l'Accountant General's Office après la publication du récent rapport du Pay Research Bureau (PRB) et déclarent la guerre au département du Trésor. Ces fonctionnaires à la retraite menés par M. Philippe Jeantou, ancien dirigeant de la Government Servants'Association (GSA) arguent que le calcul adopté par le Trésor n'est pas conforme à celui recommandé par le PRB dans sa table de conversion officielle.

Lors d'une réunion, hier matin, à Port-Louis, les protestataires ont affirmé que l'anomalie les concernant perdure depuis la publication du rapport Chesworth en 1988. Selon eux, ce sont surtout les plus âgés qui sont partis le plus longtemps à la retraite qui se retrouvent les plus défavorisés. Pour eux, le département du Trésor est devenu "une agence de contre-développement"; un "promoteur de la misère pour les petites gens".

"La grande famille des quelque 27 000 retraités de la Fonction publique est pénalisée par cette institution et le gouvernement doit mettre en place un organisme pour étudier nos doléances et nous rétablir dans nos droits", estime M. Jeantou. Il précise que les récriminations ne visent pas une personne en particulier mais l'institution en général. Selon lui, le ministre des Finances n'est pas au courant de la situation.

Il explique qu'alors que, généralement, les pensionnés du gouvernement reçoivent leur "payslip" deux fois l'an dont une fois à la fin de juillet, ils l'ont reçu, cette fois, après les premiers paiements post-PRB fin août. Selon lui, cela serait intentionnel en vue de ne pas permettre aux retraités de faire des représentations pour la correction des anomalies. Il rappelle, à cet effet, que la date limite fixée par le PRB était le 31 août dernier.

C'est, invoque M. Jeantou, en prenant connaissance de leur "payslip" que nombre de retraités de la Fonction publique ont constaté qu'ils n'ont pas obtenu le dû auquel ils estiment avoir droit en se basant sur la table de conversion officielle du PRB. "L'Accountant General's Office est-il habilité à procéder à un mode de conversion "batard" en outrepassant la table de conversion officielle du PRB ?", se demande M. Jeantou.

Il avance que ce sont surtout les moins instruits des fonctionnaires à la retraite qui ne maîtrisent pas les subtilités d'une table de conversion qui se retrouvent, ainsi, pénalisés. Philippe Jeantou et d'autres retraités comptent sur le "sens de justice" du Premier ministre et du ministre des Finances pour intervenir en leur faveur.

Faute de quoi, disent-ils, ils n'auront d'autre choix que de saisir la Justice et, ainsi, "ouvrir les vannes" pour une compensation rétroactive depuis le rapport Chesworth de 1988, date depuis laquelle, selon eux, leur pension est mal calculée à chaque révision salariale qui concerne les fonctionnaires et les retraités de la Fonction publique.


Iles éloignées

Mission européenne à Rodrigues en fin de semaine

La chef de la délégation de la Commission européenne à Maurice, Claudia Wiedey, l'ambassadeur de France, Jacques Maillard, et le haut-commissaire britannique, John Murton, ont effectué une mission officielle à Rodrigues en fin de semaine. De son côté, le chef commissaire de l'Assemblée Régionale de Rodrigues, Johnson Roussety, a profité de son transit à Maurice, jeudi matin, pour établir un premier contact avec le nouveau ministre, responsable du porte-feuille de Rodrigues, James Burty David.

"La mission de la Commission européenne dans l'île a permis aux responsables de faire un constat des projets mis en œuvre dans le cadre du Decentralised Cooperation Programme visant à encourager le développement de micro-projets. Avec les officiels de l'Agence Française de Développement, nous avons pu passer en revue le projet d'adduction et de fourniture d'eau à Rodrigues. Nous avons procédé à une redéfinition de nos priorités dans le secteur de l'eau, qui bénéficiera prochainement de la visite de deux experts français en la matière", a déclaré à Week-End Johnson Roussety.

Le chef-commissaire de Rodrigues, qui s'est entretenu avec le ministre David, jeudi matin, a obtenu la confirmation que le nouveau ministre de Rodrigues fera le déplacement pour les manifestations officielles marquant la fête de l'autonomie, qui sera célébrée à Rodrigues le dimanche 12 octobre prochain.

Le ministre David pourrait effectuer son premier déplacement officiel à Port-Mathurin au cours de la semaine prochaine. "Le ministre m'a fait comprendre qu'il viendra à Rodrigues dans les jours à venir pour une première prise de contacts officiels. Mon souhait au ministre est qu'il fasse preuve de flexibilité pour une meilleure gestion de l'autonomie dans l'esprit de la loi, qui a été votée par l'Assemblée nationale", a ajouté le chef commissaire.

Le dossier de la reconversion des pêcheurs avec le paiement d'une compensation demeure au centre des préoccupations des dirigeants de la majorité à l'Assemblée Régionale de Rodrigues. Il sera abordé en profondeur lors des discussions avec le ministre David. Un bras de fer est engagé depuis plusieurs mois avec le ministère des Finances à ce sujet.


Toxicomanie et jeunes

Deux expertes américaines pour rappeler les principes de prévention

Expertes en prévention dans le domaine de la toxicomanie, Maurice Cynthia L. Timmons et Mona M. Johnson étaient à Maurice, la semaine dernière, à l'initiative du Département d'Etat des Etats-Unis. L'objectif : se mettre à l'écoute des jeunes et des acteurs engagés dans la lutte pour aider le pays à rendre ses actions plus efficaces. Cynthia L. Timmons et Mona M. Johnson ont eu plusieurs sessions de travail avec les concernés et sont venues nous rappeler quelques principes de base.

Il ne suffit pas de donner l'information aux jeunes. Il est tout aussi important de savoir la leur transmettre. Au cas contraire, ils seront indifférents aux messages entendus. L'un des principes de la prévention, rappellent Cynthia L. Timmons et Mona M. Johnson, est de sensibiliser les jeunes pour qu'ils sachent faire les bons choix. Le travail auprès de ces derniers est appelé à commencer le plus tôt. La qualité de l'information donnée est aussi importante. Il est attendu qu'elle soit " claire et honnête".

Telles sont quelques-uns des conseils donnés à Maurice par Cynthia L. Timmons et Mona M. Johnson. Depuis le 22 septembre, ces deux expertes américaines en prévention ont eu des sessions de travail avec des groupes de jeunes de différents établissements. "Ils ont été très attentifs à ce que nous avons dit et nous avons noté le changement d'attitude qui s'opérait chez certains alors que nous leur passions l'information", ont-elles noté. Comme technique de travail Cynthia L. Timmons et Mona M. Johnson ont opté pour des discussions interactives. Une approche qui, selon elles, s'avère efficace auprès des jeunes quand il est question de prévention.

Ces sessions de travail ont aussi permis aux deux expertes de mieux comprendre la situation de l'abus des substances licites et illicites à Maurice. Les collégiens rencontrés " nous ont parlées de cigarettes, d'alcool, de gandia et, quelques-uns, de Subutex". La situation auprès des jeunes mauriciens, poursuivent-elles, ne diffère pas grandement de celle qu'elles ont rencontrée ailleurs. Cynthia Timmons travaille avec les enfants de prisonniers en Oklahoma en tant que directrice de Children of Promises. Mona Johnson est directrice d'une compagnie active auprès des jeunes et des communautés sur la question de toxicomanie. Avant leur arrivée à Maurice, elles avaient pris part à un programme similaire aux Seychelles. Pour les deux expertes, les raisons qui encouragent les jeunes vers les substances sont les mêmes : curiosité, pression, influence, etc.

"Put actions behind words "

Comme partout, des mesures sont nécessaires pour mettre les jeunes à l'abri. C'est ce qu'ont fait comprendre Cynthia L. Timmons et Mona M. Johnson qui rencontraient la presse dans les locaux de l'ambassade des Etats-Unis à Port-Louis, jeudi, en présence de Craig White, First Secretary et Public Affairs Officier de l'Ambassade. Précisant que, " there are many good things happenning here ", elles recommandent au pays de: " Put actions behind the words ." Elles demandent aussi que le bien-être des jeunes soit gardé en tête au moment des prises de décision. Dans ce domaine, disent-elles, la tâche sera moins difficile pour ceux qui se soucient de l'intérêt des jeunes.

Comme recommandé par les différents professionnels maurciens, Cynthia L. Timmons et Mona M. Johnson sont d'avis qu'au moins une personne devrait être attachée à chaque établissement de l'île pour faire de la prévention auprès des jeunes et pour répondre à leurs questions. Après une rencontre avec le ministère, elles précisent avoir constaté que le nombre de personnes employées pour la prévention reste restreint en fonction du nombre de collèges. Elles demandent que plus de moyens soient accordés dans ce secteur.

Plus de moyens et plus de formation ; c'est ce dont ont aussi besoin les travailleurs sociaux opérant auprès des enfants des rues. Cynthia L. Timmons et Mona M. Johnson souhaitent que la possibilité soit offerte aux jeunes concernés par ce problème d'intégrer le système. Les deux expertes avouent avoir été touchées par la passion et le travail des éducateurs de rue et ont exprimé le souhait de passer davantage de temps avec ces derniers si l'occasion leur est donnée de revenir à Maurice.

" Le problème est national, il fait appel à une réponse nationale", ont aussi précisé les deux expertes. Elles ont lancé un appel aux autorités et aux différentes organisations de s'unir et de travailler en collaboration. Ce qui n'est pas toujours le cas à Maurice, ont-elles constaté. " Nous aurions souhaité que la même énergie et la même synergie que nous avons constatées dans les ateliers de travail continuent après notre départ ", ont-elles demandé. Au début de leur programme, Cynthia L. Timmons et Mona M. Johnson avaient eu des sessions de travail avec les acteurs engagés dans la lutte contre la drogue. D'autre part, elles ont aussi lancé un pressant appel aux autorités pour une étude de la situation concernant la toxicomanie dans le pays. Ce qui permettra de mieux définir les stratégies de lutte.

Ces deux expertes, a expliqué Craig White, a été une manière pour le département d'État des États-Unis de venir en aide à Maurice et aux Seychelles face au problème de toxicomanie qui affecte les deux îles. Précisons que les principales recommandations de Cynthia L. Timmons et Mona M. Johnson sont les mêmes que celles des différents rapports et plans d'action lancés ces dernières années à Maurice avec pour but de rendre efficace la lutte contre la toxicomanie. Plusieurs de ces recommandations n'ont cependant jamais été mises en application.


Callixt d'Offay (COI) : " Discrimination et stigmatisation toujours de véritables freins pour le dépistage et les soins"

Jeudi, les gagnants du concours de dessins " Jeunes face à la stigmatisation et à la discrimination des personnes vivant avec le VIH ", ont reçu leurs chèques dans les locaux du ministère de la Santé. Visant à la sensibilisation, ce projet a été organisé par le Projet AIRIS de la Commission de l'Océan Indien avec le soutien de la AIDS Unit. Intervenant lors de cette cérémonie, Callixt d'Offay a tenu à féliciter les organisateurs d'avoir surtout donné l'occasion aux jeunes d'exprimer leur point de vue et de leur permettre de porter un nouveau regard sur leur environnement. "Car depuis 25 ans, la discrimination et la stigmatisation sont toujours de véritables freins pour le dépistage et les soins. Et le regard que les jeunes portent sur les autres, infectés ou pas, va apporter la différence dans l'immédiat et surtout dans les années à venir ", a précisé le SG de la COI. De son côté, le ministre Jeetah a rappelé que, " contre la stigmatisation, il nous faut passer l'information correctement ". Selon le ministre de la Santé : " Le problème doit être sérieusement considéré car ce que nous subirons dépendra de ce que l'on aura fait ou de ce que l'on n'aura pas fait. "

Sur cette même question, ce n'est donc pas seulement " parce que c'est la mode du moment " que des concours pour les jeunes doivent continuer à être organisés a souligné Callixt d'Offay: " L'implication des jeunes dans les projets de développement et dans la vie communautaire est nécessaire, car elle peut révéler de nouvelles perspectives concernant les problèmes, créer plus d'unité et de confiance au sein de la communauté et développer les aptitudes citoyennes et le réflexe citoyen pour le présent et l'avenir. En effet, aujourd'hui, nous avons plus que jamais besoin de ces aptitudes et ce réflexe, car 45% des nouvelles infections à VIH à l'échelle mondiale sont parmi les jeunes de moins de 24 ans. Pour le cas de Maurice, vous savez déjà que la prévalence est estimée à plus de 1% et que parmi les cas qui sont recensés, près de 20 % se trouvent dans la tranche d'âge 15 à 24 ans."

Des chiffres illustrant la gravité de la situation sur les plans international et local ont aussi été cités par le nouveau ministre de la Santé. Le VIH & SIDA ajoute-t-il : " N'est pas une maladie qui choisi ses victimes. Elle nous concerne tous. Si une personne est infectée, elle doit être soutenue, au lieu d'être rejetée. " Par ailleurs, le ministre a rappelé que dans son dernier plan d'action, Maurice s'est réengagée à lutter contre le VIH à travers une approche multisectorielle. Rajesh Jeetah a aussi précisé qu'il faudra veiller sur l'efficacité des campagnes lancées.

À souligner que les œuvres des gagnants mauriciens seront pris en considération pour la deuxième partie du concours qui réunira cette fois des participants des Comores, de Madagascar et des Seychelles.


Inondations du 26 mars dernier

La FAPEC entendue par le comité d'enquête

L'audience des différentes parties devant déposer devant le Fact Finding Committee, institué dans le sillage des inondations du 26 mars dernier, se poursuit. Mardi dernier, c'était au tour de la Fédération des associations de parents d'élèves des Ecoles Catholiques (FAPEC) d'être entendue, par le juge Bushan Domah, qui préside le comité d'enquête. Deux jeunes élèves, Jennyka Grégoire du collège Darwin et Sébastien Charlot, du collège Saint Mary's, ont également apporté leurs témoignages. Dans le dossier qu'elle a constitué, la fédération a relevé des cas d'écoliers diversement affectés par la montée des eaux et des rivières en crue. Elle a aussi présenté deux lettres signées par des responsables des écoles Marie-Reine RCA et Poste de Flacq RCA, respectivement, dans lesquelles ils relatent l'inondation de leur établissement. Le dossier de la FAPEC comprend aussi d'autres éléments, notamment la troisième édition du Newsletter de la station météorologique, d'août 2001, abordant le changement climatique. S'interrogeant sur les échanges téléphoniques entre la Météo et le ministère de l'Education, le 26 mars dernier, la FAPEC souhaite que le comité d'enquête se penche davantage sur la teneur de ces correspondances. Dans ses recommandations, la fédération propose, entre autres : "As from now the Mauritius Meteorological services should place some stations in some schools, which were inundated before their opening hours on 26th March 2008" ; "The government should adopt the Annual Rental Value to Primary Catholic schools as it is for secondary colleges for repair and installation of drains as many of such schools were flooded on that day due to lack of proper infrastructure."


Portrait posthume

Guy Juliette, un enseignant comme on n'en fait plus

Guy Juliette s'est éteint jeudi à l'issue d'une brève mais douloureuse maladie. Il faisait partie de ces enseignants d'exception qui ont su ouvrir les fenêtres de la vie à des générations d'adolescents boutonneux et leur apprendre à forger les outils pour affronter la vie et devenir des hommes responsables. Voici le portrait posthume d'un enseignant comme on ne sait plus en faire.

Guy Juliette est né en 1937, deux ans avant le début de la deuxième guerre mondiale à Port Louis, qui était alors plus une ville résidentielle qu'une capitale bruyante. Il était l'aîné d'une famille de six enfants, trois garçons et trois filles, nés de l'union d'un courtier maritime et d'une femme au foyer. Il passe son enfance dans les années de guerre et des privations surtout alimentaires et celles de son adolescence dans les années de l'après guerre et du début de l'opulence. C'est sans doute de ces années difficiles, surnommées " létan margoz"' où l'on ne mangeait pas toujours à sa faim et rarement selon ses envies qu'il tient son amour de la cuisine. Après les classes primaires à l'école de l'Eastern Suburb puis celle de Villiers René Guy Juliette poursuit ses études secondaires au collège Royal de Port Louis. Son diplôme en poche il postule pour entrer dans la fonction publique mais au lieu de devenir fonctionnaire il choisit l'enseignement. Sa candidature est accepté comme élève à l'école normale, qui à l'époque s'appelait encore Teachers Training School. C'était un centre de formation pédagogique, dans l'interprétation noble du terme, où des professeurs non seulement qualifiés mais surtout pédagogues dans l'âme apprenaient aux futurs enseignants comment éveiller l'intelligence de l'élève, lui faire découvrir l'univers, exciter sa curiosité et comment forger les armes nécessaires pour affronter la vie et devenir des hommes dignes de ce nom. Guy Juliette fera partie de ces enseignants émérites qui ont donné ses lettres de noblesse au système d'éducation mauricien dans une école où les ministres étaient encore compétents et ne passaient pas leur année à faire des déclarations ridicules. Des enseignants que le système mauricien ne sait plus fabriquer. Après ses années de formation Guy Juliette entame le début d'une longue et brillante carrière en devenant instituteur des écoles catholiques. Il fera le tour des écoles catholiques de l'île avec des "postings" aussi bien dans les villes que dans ce que l'on appelait autrefois des régions retirées. C'est-à-dire des écoles tellement perdues au fin fond des campagnes mauriciennes que les enseignants étaient obligés habiter sur place pendant la semaine. C'est au cours de ce tour de l'île des écoles qu'il acquit sa réputation de pédagogue hors pair et monta en grade pour finir comme maître d'école en fin de carrière . La réputation de Guy Juliette était tellement établie qu'après sa mise à la retraite, le Bureau d'Education Catholique fit appel à ses compétences par la suite et le nomma Conseiller Pédagogique. Poste qu'il occupa avec compétence, humanité et humilité.

Ce célibataire endurci était aussi un bon vivant, dont le goût de la fête était connu. Il avait un sens aigu des relations humaines et établit , tout au long de sa carrière, de solides amitiés qui lui sont restées fidèles jusqu'au terme de sa vie. Il aimait les gens et avait constitué, au fil du temps, une bande d'amis qui se rencontraient régulièrement autour d'une bonne table. Avec les bouteilles, les rires et les chansons qui vont avec. Comme les gens de sa génération, Guy Julliette connaissait par cœur les grands airs du répertoire classique et ceux des opérettes. Selon ceux qui ont eu le privilège de faire partie de la bande à Guy, il était un gourmand qui savait également faire la cuisine. "Il savait transformer un vulgaire carri bringelles avec des pilchards ou une vindaye d'ourites avec des poivrons en œuvres d'art culinaires. Il avait gardé les recettes d'autrefois où un petit bout de gras ou une pincée d'aromates donnaient de la vie à une vulgaire fricassé de lentilles ou un simple étouffé de légumes." Il allait lui-même faire ses courses et avait son boucher, son marchand de poisson et de légumes et était capable d'aller à Port Louis juste pour acheter un élément indispensable à une sauce. En dehors de la bonne chère Guy Juliette aimait également les courses - il piquait régulièrement son pool et pestait contre les faux tuyaux qu'on lui refilaient - et le football. Son équipe favorite était celle de Liverpool dont il ne ratait aucun match. Il était capable de décrire dans les détail les qualités de chacun des joueurs de son équipe et tous les défauts de ses ennemis historiques: les membres de Manchester United. Chose curieuse : Guy Juliette qui ne savait pas conduire était l'heureux propriétaire d'une voiture avec chauffeur. Quand on lui demandait pourquoi il ne passait pas son permis il répondait invariablement "J'ai déjà une mauvaise conduite, je ne vais pas en plus le mettre sur un document. De toutes les façons comme ça je peux boire et rentrer chez moi sans jamais prendre le volant et sans jamais subir d'alcootest."

Et puis subitement la vie de ce retraité sans histoire bascule. En février de cette année, cet homme qui n'a jamais été malade de sa vie, a un malaise au cours d'une fête familiale. Ses proches pensent qu'il a eu une alerte cardiaque et qu'il s'en était sorti. Ils se trompaient. Son médecin lui apprend que ses poumons sont attaqués par un cancer et lui donne seulement six mois à vivre. Il en vivra un de plus. Atteint de cette terrible et désormais banale maladie qui vous bouffe une partie du corps de l'intérieur, rend impuissantes les défenses, naturelles, avale les globules et s'étend comme l'eau sale contamine les plus belles rivières, Guy accepte la fatalité. Sans jamais se plaindre ou maudire son sort. "J'accepte ce qui m'arrive. J'ai tellement bien profité de la vie. Et il y a des gens qui sont tellement plus malheureux ou plus malades que moi." Avec un courage qui a stupéfié son entourage, il a suivi le traitement requis en gardant autant que possible - quand la maladie le lui permettait- ses habitudes. Entre ses ponctions il a continué son train de vie habituel : son shopping pour ne pas rater les promotions des supermarchés ; ses tournées au bazar pour profiter des légumes de saison; les courses qu'il suivait de loin avec de temps en temps, une incursion au Champ de Mars d'où il revenait heureux mais, un peu plus fatigué à chaque fois. Il continuait à recevoir et à organiser des soirées, prenait soin de son apparence et ne se plaignait jamais. Même si l'on remarquait à quel point la maladie progressait sur son visage. Il continuait à suivre l'actualité politique et éducative et à en discuter avec ses visiteurs. A qui il faisait toujours offrir un " p'tit fort" en s'excusant de ne pas pouvoir les accompagner. Il parlait de sa maladie avec détachement, même quand elle lui coupait le souffle et l'obligeait à ralentir le débit, à parler plus bas. Il a su rester jusqu'au bout cet enseignant qui savait se tenir, employer les mots justes et le ton approprié.

Comme il avait préparé pendant des années ses "time table" de classes d'avance Guy Juliette avait également préparé la cérémonie de ses funérailles. Il avait choisi les chants et les textes et décidé de remplacer le cantique final par une de ses chansons préférées. C'est ainsi que ceux qui sont allés assister à la cérémonie funèbre vendredi après midi ont eu la surprise d'entendre "We shall overcome." Un gospel de combat vers la vie éternelle qui est aussi l'hymne international de l'équipe de Liverpool. C'était la dernière note de Guy Juliette, un de ces grands enseignants comme on n'en fait plus.



s o c i é t é WEEK-END --- dimanche 28 septembre 2008