o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 28 septembre 2008



  Faits et effets… - Les limites du capitalisme
  Humeur - La parabole du prêtre qui se prenait pour un politicien


Faits et effets...

Les limites du capitalisme
Josie Lebrasse


Pas la peine, cette semaine, de s'attarder sur le dernier rapport de Transparency International et le bond spectaculaire que Maurice est censée avoir réalisé dans l'échelle de la perception de la corruption dans le pays. Jacques de Navacelle, le président de la branche mauricienne, a, au moins, eu quelques arguments pour expliquer cette " performance " qui tombe comme un cheveu, une énorme perruque même sur la soupe. Il a rappelé que l'étude porte sur la période 2007 à mars 2008. Nous ne sommes pas certains que, même durant cette période, la perception de la corruption a reculé.Jacques de Navacelle a heureusement pris aussi le soin de préciser que cette étude a précédé les affaires Subutex, Cunningham et Boskalis, cette dernière n'impliquant pas moins qu'un conseiller très proche du Premier ministre même si, arrêté comme un autre très bon ami de Navin Ramgoolam, il a eu droit à un traitement différent, lui n'étant qu'en congé seulement alors que Siddick Chady, mêlé à la même affaire, a été révoqué de la présidence de la Cargo Handling Corporation le jour même de son interpellation. Comme quoi, même parmi les proches, il y a une hiérarchie et une différenciation dans l'application des sanctions.Venons-en à ce qui, en ce moment, passionne le monde entier, la crise financière qui ébranle les États-Unis et à laquelle les gouvernements et les opérateurs économiques sont suspendus. Le branle-bas qui avait commencé avec la crise des sub-primes annonçait déjà de grands bouleversements dans le système bancaire américain. En dépit des mesures correctives et les saisies d'innombrables bien immobiliers de particuliers, jetés à la rue du jour au lendemain, l'explosion n'avait été que repoussée. Il y a bien eu des signes de récession notés dès le début de 2008 aux States et qui n'ont été que corrigés momentanément avec l'injection de capitaux. Il n'a pas fallu attendre longtemps pour voir s'écrouler un à un des pans entiers de la colonne vertébrale financière du pays de George W. Bush. Les deux institutions qui étaient supposées couvrir les crédits hypothécaires se sont écroulées et leur jolie appellation, Freddy Mac et Fanny Mae n'a rien pu pour elles. Il a fallu l'intervention de la trésorerie publique pour les sauver.Comme on a affaire à un château de cartes, cette mise sous tutelle a entraîné d'autres géants dans sa chute, les banques d'investissements Lehman Brothers, Merrill Lynch et l'assureur American International Group et, vendredi, c'était au tour de Washington Mutual, la caisse d'épargne des Etats-Unis de déclarer faillite avant d'être absorbé par JP Morgan. Les plus avertis à New York - et le président Bush lui-même l'a rappelé - sont d'accord pour dire que si le plan d'injecter rapidement 700 milliards de dollars dans l'assainissement des finances n'aboutit pas, ce sera la catastrophe. Hélas, pas seulement pour les États-Unis mais pour le monde entier avec son économie globalisée. Déjà ceux qui auraient dû avoir les moyens de résister, en raison de leur taille et de leur place sur l'échiquier mondial prennent des mesures draconiennes pour faire face à la situation. Toutes les grandes entreprises, les joueurs internationaux procèdent à des suppressions d'emplois un peu partout à travers la planète. La Hong Kong and Shanghai Bank Corporation de Londres a annoncé 1,100 licenciements, les constructeurs automobiles, General Motors, Renault dégraissent en raison de la baisse des ventes, elles-mêmes consécutives au renchérissement des prix des produits pétroliers.Avant d'aller entreprendre, en pleine tempête financière internationale, son grand périple européen pour attirer les investisseurs, ce qui n'est vraiment pas le moment, Rama Sithanen, qui croit ferme dans ses multiples missions, a tenu à rassurer. Avec ses réformes, soutient-il, Maurice a accru sa résilience. Il prend quand même la peine d'ajouter que nous ne sommes pas immunisés. Et bien sûr que nous ne le sommes pas. Nos banques ne sont pas menacées. Les plus importantes affichent même des profits mirobolants. Mais ce n'est pas là le problème. Comme on évolue dans une économie ouverte, un phénomène que l'actuel ministre a sensiblement accentué avec sa politique ultra-libérale, Maurice va subir les effets de la contraction dans les marchés fournisseurs de touristes et d'acquéreurs de nos produits textiles.Déjà en août dernier, il y a eu une régression de l'arrivée des touristes français, une de nos sources importantes de visiteurs. Il n'y a pas de surprise à cela. On sait que le pouvoir d'achat est en berne dans ce pays, comme d'autres fournisseurs européens d'ailleurs, que 40 % de la population française n'a pas été en vacances et que 37 % de cafés, bar-tabacs et de restaurants ont fermé leurs portes depuis le début de l'année. Ceux qui ont pris des vacances ont été en province ou sur les côtes ou encore ont voyagé court, en Europe même. Quant à nos IRS, devenus les véritables vaches à lait de l'alliance sociale, on a relevé qu'il y avait, déjà, une villa à revendre la semaine dernière dans une annonce payante d'une agence immobilière. C'est dire ! Quant à nos produits textiles, on sait que le marché américain est difficile compte tenu de la conjoncture et que la faiblesse du dollar n'est pas pour aider la trésorerie de nos usines manufacturières alors qu'en Europe les produits mauriciens trouveront de moins en moins de preneurs parce que les ménages ont réduit leur consommation alimentaire et qu'ils coupent même les dépenses médicales.L'essentiel dans tout cela, ce sont les leçons qu'il faut en tirer. Qui aurait cru que le temple du capitalisme que sont les États-Unis allait nationaliser des monstres de banques d'affaires et que ce serait l'Etat qui viendrait à la rescousse de grosses pointures de la finance ? En France également le président Sarkozy a garanti les dépôts bancaires des français. Ici, depuis trois ans, on nous chante les louanges du moins Etat et du tout marché. Le capitalisme montre en ce moment ses limites. C'est la fin d'un monde. Autant repenser le libéralisme sauvage qui nous a été imposé depuis trois ans. De la fermeture de la Development Works Corporation à la suppression des frais d'examens en passant par l'appauvrissement des classes moyennes incapables aujourd'hui d'envisager accéder à la propriété, il y a urgence. A remettre l'humain au centre du développement.




Humeur

La parabole du prêtre qui se prenait pour un politicien
Jean Claude Antoine


Habitué à figurer à la une des journaux - ce qu'il savait habilement provoquer et entretenir -, le père Grégoire doit faire face, ces jours-ci, à une couverture médiatique dont il se serait sans doute bien passé. Et à laquelle il n'est probablement pas habitué. En effet, depuis son premier retour des Etats-Unis le père Grégoire a eu bonne et même excellente presse. Et il le méritait, tout au moins au début. Au départ, en effet, il s'est présenté comme un prêtre ayant une attitude et un langage modernes, aux antipodes de certains de ses collègues installés. Tellement bien installés et sûrs de leur statut qu'ils étaient devenus un peu comme des fonctionnaires, de moins en moins disponibles et parfois désagréables avec ceux qui avaient besoin d'eux en dehors des horaires. Non seulement Jocelyn Grégoire bénéficiait de l'attrait de la nouveauté, mais il savait également chanter et prêchait avec passion à la manière des évangélistes américains, de véritables showmen comparés aux prêtres se contentant de faire leur sermon à l'ancienne. Et puis, Jocelyn Grégoire, qui est également psychologue, se lança dans des sessions qui donnèrent un coup de vieux aux rites de l'église, composa des chansons en créole aux textes faciles a retenir et dans lesquelles les refrains avaient beaucoup d'importance. Mais, plus important, encore Jocelyn Grégoire s'attaqua à un phénomène dont on parle peu et qui est profondément enraciné chez beaucoup de Mauriciens : la peur du diable et des mauvais esprits que l'on conjure en allant à l'église certes, mais également en faisant appel - on n'est jamais trop prudent - aux gardiens lacour des longanistes. Quelques opérations spectaculaires au cours desquelles des démons furent chassés par le mon père firent le reste. Rapidement, Jocelyn Grégoire devint le « mon père ki konn tiré ». Dans la même ligné de ceux « ki konne guetté » ou « ki konn atttaché ».

Les sessions au cours desquelles les participants - qui avaient été toujours des spectateurs passifs - devenaient acteurs d'un bout à l'autre de la cérémonie, avec un animateur qui savait les valoriser, firent courir les foules. Les petites réunions régionales furent transformées en concerts nationaux ; les enregistrements de fortune des premiers jours cédèrent la place à des cassettes enregistrées en studio et elles mêmes à des CD et autres DVD. Le diable, qui en avait sans doute marre de voir ses gardiens lacour enlevés et remplacés par de l'eau bénite et des images pieuses, décida de réagir en utilisant des armes qu'il avait mis au point depuis la nuit des temps. Il distilla dans l'esprit de celui que l'on avait surnommé le singing priest qu'il était non seulement un crowd pooler, mais l'idole des foules qui venaient assister à ses concerts. Et que ces foules, qui reprenaient ses refrains à la demande, lui étaient acquises à tout jamais et suivraient aveuglement ses mots d'ordre. Le diable, qui connaissait bien les faiblesses des hommes et leur facilité à se laisser tenter par la gloire et la vanité, poussa l'argument plus loin. Puisque le singing priest pouvait rassembler plus de foules que les politiciens, pourquoi n'utiliserait-il pas directement ce pouvoir ? Pour parachever son œuvre, le diable mit sur la route du prêtre des gens à la recherche d'un leader, pas pour le suivre mais pour l'utiliser pour leurs propres desseins et envies de pouvoir. Emporté par son ego, le prêtre crut que pour lui, «the sky was the limit» et abandonna petit à petit le langage et le ton du prêcheur pour celui du politicien. Tout en gardant la robe du prêtre et en jouant sur les deux tableaux. Comme les politiciens. Il se fit d'ailleurs nommer président d'une fédération sans passer par des élections. Mais, alors qu'il pensait être un leader, il n'était qu'une proie facile. Il ne savait pas encore que les politiciens abusaient de la naiveté de tous, même des prêtres diplômés en psychologie. Utilisé et manipulé par des politiciens habitués à faire mousser, promettre et ne jamais tenir, il organisa un meeting le 1er Mai pour diviser les foules. Sa photo entourée de bouncers comme un politicien fit sursauter les plus fervents de ses fidèles. Tout comme ses déclarations sur des sujets divers et variés mais toujours d'un point de vue partisan, pour ne pas dire communal. De la même eau que celle de la Voice of Hindu et des organisations sectaires semblables, grands défenseurs du «nou bannisme». Grisé par le pouvoir attribué par ceux qui l'utilisaient, il crut qu'il pouvait tout se permettre. C'est ainsi qu'il tenta d'imposer son candidat pour la présidence de la République et ses choix pour le remaniement ministériel. Il dut se rendre amèrement compte lorsque le nom du Président fut annoncé ainsi que ceux du cabinet ministériel remanié que son pouvoir politique n'existait que dans son ego. S'il avait encore des doutes à ce sujet, l'acceptation par Etienne Sinatambou du poste de Deputy Speaker, malgré ses conseils, aurait du suffire. Mais, emporté par son délire, Jocelyn Grégoire a multiplié les déclarations et lancé la bataille du «pas touche nou dimanche». Une bataille perdue d'avance puisque le travail le dimanche est pratiqué à Maurice depuis des années, comme l'a souligné le communiqué de l'Evêque de Port Louis. Un communiqué qui a dû faire hoqueter de rire le diable qui aura été un des principaux personnages de la parabole du prêtre qui se prenait pour un politicien. Une parabole dont le dernier chapitre reste à écrire.


o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 28 septembre 2008