La préoccupation majeure de la Banque de Maurice dans
la conjoncture économique demeure le dérapage du
taux d'inflation. Ce fait a été confirmé,
vendredi après-midi, par le gouverneur de la Banque de
Maurice, Rundheersing (Manou) Bheenick, lors d'un point de presse
à plusieurs volets, dont le principal demeure les effets
de la crise financière internationale sur Maurice. Il a
soutenu que les prévisions d'une "Double-Digit
Inflation" en 2008 pourraient se concrétiser plus
tôt que prévu. D'autre part, un nouveau rajustement
du taux directeur bancaire, le Repo Rate, est à
l'agenda de la prochaine réunion du Monetary Policy Committee
prévue pour demain. Néanmoins, il a tenu à
être rassurant quant aux répercussions de la crise
financière internationale sur l'économie tout en
faisant état des risques d'effets sur le textile, les investissements
étrangers ou encore le tourisme. Il a confirmé que
la cellule de suivi instituée au sein de la Banque de Maurice
assure un "monitoring" quotidien de la situation.
"Nous avons du souci à se faire du côté
de l'inflation pour les trois mois à venir. Nous ne voyons
pas de signes confirmant la tendance baissière. Nos pires
craintes se sont avérées justes. La Double-Digit
Inflation est, malheureusement je dois dire, tout à
fait within reach. A la Banque de Maurice, nous avions
prévu ce problème pour la fin de l'année
mais nous devons constater qu'il interviendra plus tôt prévu,
soit bien avant la fin de l'année", devait concéder
le gouverneur de la Banque de Maurice en réponse à
une question de Week-End.
D'autre part, la Banque centrale devait se féliciter des
retombées positives en ce qui concerne le relèvement
du Cash Reserve Ratio. "Avec l'adoption de cette
mesure, nous avons pu éponger quelque Rs 5 milliards du
circuit. C'est ce qui nous a permis de juguler la poussée
inflationniste. Si nous n'avions pas adopté cette mesure,
la situation aurait été différente aujourd'hui",
a ajouté Manou Bheenick au même chapitre. Il devait
rappeler que la "stabilité des prix et la lutte
contre l'inflation demeurent la raison d'être de la Banque
de Maurice".
Tout semble confirmer que la révision à la hausse
du Repo Rate, qui est actuellement de 8.25 %, sera à
l'ordre du jour des délibérations de la réunion
demain du Monetary Policy Committee. Le gouverneur de la Banque
de Maurice a été catégorique que dans le
présent contexte économique, "il faut adopter
la chirurgie qui s'impose". Mais il n'a pas voulu préciser
le quantum de la hausse préconisée.
"I'll keep my powder dry. Nous allons passer en
revue la situation, nous engager dans des prévisions et
prendre les mesures qui s'imposent", devait-il faire
comprendre au sujet de l'évolution prochaine du Repo
Rate à la lumière des conclusions du Monetary
Policy Committee. La direction générale de la Banque
centrale est engagée durant ce week-end dans une série
de consultations à haut niveau au sujet des principaux
paramètres économiques en prévision de la
réunion de demain.
Manou Bheenick est revenu sur son projet qui prône une transparence
accrue concernant les séances de travail du Monetary Policy
Committee. "Je voudrais faire publier les Minutes
of Proceedings des réunions du Monetary Policy Committee
de même que le vote des membres. Ces mesures vont dans le
sens d'une plus grande transparence", devait-il faire
ressortir.
Lors de son intervention liminaire, le gouverneur de la Banque
de Maurice s'est appesanti sur le fait que "la façon
dont est structuré le Monetary Policy Committee est que
nous encourageons des points de vue diversifiés et divergents.
Nous n'éprouvons aucune difficulté à nous
enrichir avec les points de vie des Outsiders. Cette différence
d'opinions s'exprimant au sein de cette instance ne veut pas dire
que la crédibilité de la Banque de Maurice, du gouverneur
ou du Monetary Policy Committee est minée. C'est voulu
ainsi."
Commentant la crise qui secoue le système financier international,
la Banque de Maurice s'évertue de transmettre une note
positive face aux appréhensions suscitées au cours
de ces derniers temps. "Nous maintenons qu'il n'y a aucune
raison de s'alarmer. La situation est bel et bien sous contrôle.
The Bank of Mauritius is on top of the situation", a martelé
Manou Bheenick, qui a confirmé l'injection, jeudi, des
liquidités pour une valeur de Rs 800 millions dans le circuit
monétaire local.
"En fin de semaine, la Banque centrale avait dressé
un constat à l'effet qu'il y avait toujours des transactions
et pas assez de liquidités. Auparavant, nous avions réussi
à résorber cet excédent de liquidités
sans même que les observateurs, qui parlaient d'excès
de liquidités, n'aient eu le temps d'appréhender
le changement. Un manque de liquidités s'est fait sentir
Overnight et la Banque de Maurice a agi. C'était
la troisième intervention sur le Repo Market en
deux semaines", a-t-il poursuivi.
D'autre part, la Banque de Maurice a commenté le bilan
financier des banques commerciales. "Le secteur bancaire
se porte bien. Nous n'avons qu'à consulter les résultats
des banques. Nous n'avons aucun souci avec les Non-Performing
Loans. Nous n'avons pas ces créances douteuses ou des
Junk Bonds. Bank balance sheets are strong, good and unaffected",
a-t-il souligné.
"La crise financière a presque épargné
le système bancaire mauricien. Nous avons des petites interrogations
en raison de l'économie ouverte de Maurice et la globalisation.
Mais les répercussions devront se faire sentir avec un
Lead Time de six à neuf mois, avec des commandes
réduites pour le textile dans la zone franche, au niveau
des investissements et dans le secteur touristique. C'est à
ce niveau qu'il faut exercer de la vigilance. L'économie
mauricienne n'a aucun souci pour le reste de l'année en
cours. Le taux de remplissage dans les hôtels est correct.
Les commandes dans la zone franche sont bonnes", a déclaré
Manou Bheenick concédant du même coup que "la
présente crise est la pire de l'histoire moderne depuis
la Grande Dépression de 1929/30".
Perspectives
Textile et sucre : les défis de 2009 !
L'économie aborde déjà le dernier trimestre
de 2008 et déjà se profilent des défis pour
les principaux secteurs économiques, notamment le textile,
le sucre ou encore le tourisme, pour 2009. Déjà,
les faits demeurent têtus dans la mesure où à
partir du 1er janvier prochain, la République populaire
de Chine sera libérée des "Remaining Textile
and Safeguards" pour ses exportations vers les Etats-Unis.
Les dernières indications font craindre le pire aux exportateurs
traditionnels, dont Maurice, sur ce marché. Pour ce qui
est du sucre, la réforme adoptée par la Commission
européenne entrera dans sa phase finale, avec la mise en
vigueur de la réduction de 36% du prix du sucre à
compter du 1er octobre 2009. La principale conséquence
: un manque à gagner annuel pour l'industrie sucrière
estimé à quelque Rs 4,3 milliards, soit 100 millions
d'euros. Une récente étude du Fonds monétaire
international (FMI), intitulée Food and Fuel Prices
- Recent Developments, Macroeconomic Impact, and Policy Responses,
fait état des répercussions sur un groupe de 50
pays, dont Maurice.
Déjà, les premiers signes de fébrilité
et d'appréhensions se font sentir avec les développements
prévus dans le secteur textile à partir du 1er janvier
prochain. Les exportations de textile de la République
populaire de Chine ne seront plus sujettes à des quotas
et des contrôles sur le marché américain.
Se basant sur des récentes indications quant aux ambitions
chinoises sur le marché textile américain, des exportateurs
de pas moins de dix-sept pays, dont Maurice, ont pris la décision
d'enclencher une initiative diplomatique auprès de l'Administration
américaine pour parer à toute éventualité.
Ces exportateurs de textile ont sollicité par voie de correspondance
le soutien des membres du Congrès et de l'Administration
Bush pour étendre le "Textile Monitoring Programme"
à la Chine avec la libéralisation totale prévue
le 1er janvier 2009. Le précédent remonte à
2006 quand le Vietnam avait été dispensé
de quotas pour le marché américain. Le "Textile
Monitoring Programme"Dumping
autorise le gouvernement américain à s'engager dans
un monitoring des exportations des pays sur les Etats-Unis en
vue de prévenir des cas de et prendre des mesures qui s'imposent.
"The trade association groups which signed the letters
represent over one million textile and apparel workers in Africa,
Asia, and South and North America whose livelihoods are threatened
by the removal of the safeguards and a likely surge of dumped
Chinese apparel products", note la presse spécialisée
à ce sujet. Pour mieux étayer leurs craintes, ces
producteurs de textile avancent que depuis 2001, la part grignotée
par les exportations chinoises a connu une progression de quelque
400 % en valeur, soit de $6,5 milliards à $32 Md. "As
a result, hundreds of thousands of jobs in developing and least
developing countries have been lost", ajoutent-ils.
Les pays exportateurs citent également la situation dans
les pays de l'Union européenne en 2008 avec la libéralisation
complète du marché ; la Chine a augmenté
de 34 % ses exportations avec une baisse de prix de 44 %. La République
populaire de Chine est également dénoncée
pour sa politique de subsides à son industrie textile,
pratique considérée comme étant illégale
selon l'Organisation mondiale du Commerce. Les gains en productivité
enregistrés par l'industrie textile mauricienne peuvent
difficilement concurrencer les exportateurs de la République
populaire de Chine.
Pour ce qui est de l'industrie sucrière, les yeux sont
tournés vers l'échéance du 1er octobre 2009,
soit dans environ un an, quand la dernière tranche de la
réduction du prix du sucre de 36% sera appliquée.
Cette mesure sera accompagnée d'une libéralisation
du marché du sucre de l'Union européenne aux pays
les moins avancés (PMA) en concurrence avec le sucre de
Maurice, l'un des principaux bénéficiaires du défunt
Protocole Sucre.
Une première analyse chiffrée de la réduction
des 36 % du prix du sucre indique que le manque à gagner
pour l'industrie sucrière et ses partenaires est estimé
à quelque Rs 4,3 milliards annuellement, soit 100 millions
d'euros. Ce montant est nettement supérieur aux injections
venant des mesures d'accompagnement de l'Union européenne.
D'aucuns affirment que la réforme de l'industrie sucrière,
qui avait accusé un sérieux retard l'année
dernière, nécessite ces jours-ci un véritable
coup de fouet pour pouvoir repartir. Lors de sa récente
visite à Maurice, la commissaire européenne à
l'Agriculture, Mariann Fischer Boel, n'a pas manqué d'attirer
l'attention sur les manquements majeurs concernant l'Energy
Cluster et l'absence de développement au niveau de
la production d'éthanol. Le litige entre Belle-Vue et FUEL
pour la centralisation de la sucrerie de Mon-Loisir demeure entier
malgré les tentatives de sortir de l'impasse.
Le nouveau ministre de l'Agro-Industrie, Satish Faugoo, pourrait
profiter de l'Assemblée générale du Syndicat
des Sucres, qui se tiendra demain, pour établir sa vision
de la réforme sucrière dans la perspective des orientations
définies dans la Multi-Annual Adaptation Strategy.
Cette première intervention du nouveau ministre de l'Agro-Industrie
est attendue avec une certaine impatience d'autant plus que l'industrie
sucrière s'apprête à engager d'importants
investissements dans deux projets de raffinerie de sucre à
FUEL et à Savannah.
Le récent rapport du FMI - en date du 19 septembre dernier
et rendu public au cours de la semaine écoulée -
est venu remettre en perspective les dangers qui guettent l'économie
mauricienne avec l'évolution des cours du pétrole
et des denrées alimentaires sur le plan international.
Même si Maurice ne fait pas partie du groupe de "50
PRGF-Eligible Countries", le FMI a inclus l'économie
mauricienne dans son analyse en tant que "Middle Income
Country". La principale conclusion de cette étude
est que les pays de cette catégorie vont continuer à
subir les contre-coups de ces hausses de prix sur le marché
mondial.
"A large group of low and middle-income countries is experiencing
a substantial weakening of their balance of payments and an acceleration
of inflationary pressures. High commodity volatility continues
to cloud the outlook, and vulnerabilities could be aggravated
by slower growth. Some 50 PRGF-Eligible countries and Middle Income
Countries are expected to remain vulnerable through 2009",
souligne le document du FMI, qui a été présenté
officiellement par le directeur général, Dominique
Strauss Kahn.
De ce fait, en 2009, la facture d'importation alimentaire, qui
pourrait être légèrement inférieure
à celle de 2008, devrait définitivement être
plus élevée que celle de 2007 ou 2006. Par ailleurs,
la Food Security Initiative, un des points forts du dernier
budget présenté par le vice-Premier ministre et
ministre des Finances, Rama Sithanen, ne devrait rapporter ses
premiers dividendes qu'en 2009 si le calendrier de mise en uvre
est scrupuleusement respecté.
Le FMI n'occulte pas le fait que la volatilité des cours
mondiaux du pétrole et des denrées alimentaires
influe directement sur le taux d'inflation, avec une accélération
de l'érosion du pouvoir d'achat des ménages. "As
food and fuel prices continued to increase in the second quarter
of 2008, low and middle-income countries experienced a substantial
further acceleration of food and fuel price inflation. As a consequence,
median headline inflation in low-income countries increased by
almost 3 percentage points during the second quarter, reaching
12,7 percent, and is now projected to reach 13,3 percent by the
end of the year. Similar prices increases have been experienced
in Middle Income Countries (dont Maurice)" avance le FMI.
Malgré les assurances officielles, les nuages, qui s'amoncellent
à l'horizon économique 2009, exigent la prudence
à tous les niveaux
Globalisation - Etude du CES sur les défis socio-économiques