é c o n o m i e WEEK-END --- dimanche 28 septembre 2008



  Analyses de la Banque de Maurice - Inflation : Le "Double Digit" arrive plus tôt que prévu !
  Perspectives - Textile et sucre : les défis de 2009 !
  Produits pétroliers - Le prix des carburants et du gaz ménager examiné cette semaine


Analyses de la Banque de Maurice

Inflation : Le "Double Digit" arrive plus tôt que prévu !

La préoccupation majeure de la Banque de Maurice dans la conjoncture économique demeure le dérapage du taux d'inflation. Ce fait a été confirmé, vendredi après-midi, par le gouverneur de la Banque de Maurice, Rundheersing (Manou) Bheenick, lors d'un point de presse à plusieurs volets, dont le principal demeure les effets de la crise financière internationale sur Maurice. Il a soutenu que les prévisions d'une "Double-Digit Inflation" en 2008 pourraient se concrétiser plus tôt que prévu. D'autre part, un nouveau rajustement du taux directeur bancaire, le Repo Rate, est à l'agenda de la prochaine réunion du Monetary Policy Committee prévue pour demain. Néanmoins, il a tenu à être rassurant quant aux répercussions de la crise financière internationale sur l'économie tout en faisant état des risques d'effets sur le textile, les investissements étrangers ou encore le tourisme. Il a confirmé que la cellule de suivi instituée au sein de la Banque de Maurice assure un "monitoring" quotidien de la situation.

"Nous avons du souci à se faire du côté de l'inflation pour les trois mois à venir. Nous ne voyons pas de signes confirmant la tendance baissière. Nos pires craintes se sont avérées justes. La Double-Digit Inflation est, malheureusement je dois dire, tout à fait within reach. A la Banque de Maurice, nous avions prévu ce problème pour la fin de l'année mais nous devons constater qu'il interviendra plus tôt prévu, soit bien avant la fin de l'année", devait concéder le gouverneur de la Banque de Maurice en réponse à une question de Week-End.

D'autre part, la Banque centrale devait se féliciter des retombées positives en ce qui concerne le relèvement du Cash Reserve Ratio. "Avec l'adoption de cette mesure, nous avons pu éponger quelque Rs 5 milliards du circuit. C'est ce qui nous a permis de juguler la poussée inflationniste. Si nous n'avions pas adopté cette mesure, la situation aurait été différente aujourd'hui", a ajouté Manou Bheenick au même chapitre. Il devait rappeler que la "stabilité des prix et la lutte contre l'inflation demeurent la raison d'être de la Banque de Maurice".

Tout semble confirmer que la révision à la hausse du Repo Rate, qui est actuellement de 8.25 %, sera à l'ordre du jour des délibérations de la réunion demain du Monetary Policy Committee. Le gouverneur de la Banque de Maurice a été catégorique que dans le présent contexte économique, "il faut adopter la chirurgie qui s'impose". Mais il n'a pas voulu préciser le quantum de la hausse préconisée.

"I'll keep my powder dry. Nous allons passer en revue la situation, nous engager dans des prévisions et prendre les mesures qui s'imposent", devait-il faire comprendre au sujet de l'évolution prochaine du Repo Rate à la lumière des conclusions du Monetary Policy Committee. La direction générale de la Banque centrale est engagée durant ce week-end dans une série de consultations à haut niveau au sujet des principaux paramètres économiques en prévision de la réunion de demain.

Manou Bheenick est revenu sur son projet qui prône une transparence accrue concernant les séances de travail du Monetary Policy Committee. "Je voudrais faire publier les Minutes of Proceedings des réunions du Monetary Policy Committee de même que le vote des membres. Ces mesures vont dans le sens d'une plus grande transparence", devait-il faire ressortir.

Lors de son intervention liminaire, le gouverneur de la Banque de Maurice s'est appesanti sur le fait que "la façon dont est structuré le Monetary Policy Committee est que nous encourageons des points de vue diversifiés et divergents. Nous n'éprouvons aucune difficulté à nous enrichir avec les points de vie des Outsiders. Cette différence d'opinions s'exprimant au sein de cette instance ne veut pas dire que la crédibilité de la Banque de Maurice, du gouverneur ou du Monetary Policy Committee est minée. C'est voulu ainsi."

Commentant la crise qui secoue le système financier international, la Banque de Maurice s'évertue de transmettre une note positive face aux appréhensions suscitées au cours de ces derniers temps. "Nous maintenons qu'il n'y a aucune raison de s'alarmer. La situation est bel et bien sous contrôle. The Bank of Mauritius is on top of the situation", a martelé Manou Bheenick, qui a confirmé l'injection, jeudi, des liquidités pour une valeur de Rs 800 millions dans le circuit monétaire local.

"En fin de semaine, la Banque centrale avait dressé un constat à l'effet qu'il y avait toujours des transactions et pas assez de liquidités. Auparavant, nous avions réussi à résorber cet excédent de liquidités sans même que les observateurs, qui parlaient d'excès de liquidités, n'aient eu le temps d'appréhender le changement. Un manque de liquidités s'est fait sentir Overnight et la Banque de Maurice a agi. C'était la troisième intervention sur le Repo Market en deux semaines", a-t-il poursuivi.

D'autre part, la Banque de Maurice a commenté le bilan financier des banques commerciales. "Le secteur bancaire se porte bien. Nous n'avons qu'à consulter les résultats des banques. Nous n'avons aucun souci avec les Non-Performing Loans. Nous n'avons pas ces créances douteuses ou des Junk Bonds. Bank balance sheets are strong, good and unaffected", a-t-il souligné.

"La crise financière a presque épargné le système bancaire mauricien. Nous avons des petites interrogations en raison de l'économie ouverte de Maurice et la globalisation. Mais les répercussions devront se faire sentir avec un Lead Time de six à neuf mois, avec des commandes réduites pour le textile dans la zone franche, au niveau des investissements et dans le secteur touristique. C'est à ce niveau qu'il faut exercer de la vigilance. L'économie mauricienne n'a aucun souci pour le reste de l'année en cours. Le taux de remplissage dans les hôtels est correct. Les commandes dans la zone franche sont bonnes", a déclaré Manou Bheenick concédant du même coup que "la présente crise est la pire de l'histoire moderne depuis la Grande Dépression de 1929/30".


Perspectives

Textile et sucre : les défis de 2009 !

L'économie aborde déjà le dernier trimestre de 2008 et déjà se profilent des défis pour les principaux secteurs économiques, notamment le textile, le sucre ou encore le tourisme, pour 2009. Déjà, les faits demeurent têtus dans la mesure où à partir du 1er janvier prochain, la République populaire de Chine sera libérée des "Remaining Textile and Safeguards" pour ses exportations vers les Etats-Unis. Les dernières indications font craindre le pire aux exportateurs traditionnels, dont Maurice, sur ce marché. Pour ce qui est du sucre, la réforme adoptée par la Commission européenne entrera dans sa phase finale, avec la mise en vigueur de la réduction de 36% du prix du sucre à compter du 1er octobre 2009. La principale conséquence : un manque à gagner annuel pour l'industrie sucrière estimé à quelque Rs 4,3 milliards, soit 100 millions d'euros. Une récente étude du Fonds monétaire international (FMI), intitulée Food and Fuel Prices - Recent Developments, Macroeconomic Impact, and Policy Responses, fait état des répercussions sur un groupe de 50 pays, dont Maurice.

Déjà, les premiers signes de fébrilité et d'appréhensions se font sentir avec les développements prévus dans le secteur textile à partir du 1er janvier prochain. Les exportations de textile de la République populaire de Chine ne seront plus sujettes à des quotas et des contrôles sur le marché américain. Se basant sur des récentes indications quant aux ambitions chinoises sur le marché textile américain, des exportateurs de pas moins de dix-sept pays, dont Maurice, ont pris la décision d'enclencher une initiative diplomatique auprès de l'Administration américaine pour parer à toute éventualité.

Ces exportateurs de textile ont sollicité par voie de correspondance le soutien des membres du Congrès et de l'Administration Bush pour étendre le "Textile Monitoring Programme" à la Chine avec la libéralisation totale prévue le 1er janvier 2009. Le précédent remonte à 2006 quand le Vietnam avait été dispensé de quotas pour le marché américain. Le "Textile Monitoring Programme"Dumping

autorise le gouvernement américain à s'engager dans un monitoring des exportations des pays sur les Etats-Unis en vue de prévenir des cas de et prendre des mesures qui s'imposent.

"The trade association groups which signed the letters represent over one million textile and apparel workers in Africa, Asia, and South and North America whose livelihoods are threatened by the removal of the safeguards and a likely surge of dumped Chinese apparel products", note la presse spécialisée à ce sujet. Pour mieux étayer leurs craintes, ces producteurs de textile avancent que depuis 2001, la part grignotée par les exportations chinoises a connu une progression de quelque 400 % en valeur, soit de $6,5 milliards à $32 Md. "As a result, hundreds of thousands of jobs in developing and least developing countries have been lost", ajoutent-ils.

Les pays exportateurs citent également la situation dans les pays de l'Union européenne en 2008 avec la libéralisation complète du marché ; la Chine a augmenté de 34 % ses exportations avec une baisse de prix de 44 %. La République populaire de Chine est également dénoncée pour sa politique de subsides à son industrie textile, pratique considérée comme étant illégale selon l'Organisation mondiale du Commerce. Les gains en productivité enregistrés par l'industrie textile mauricienne peuvent difficilement concurrencer les exportateurs de la République populaire de Chine.

Pour ce qui est de l'industrie sucrière, les yeux sont tournés vers l'échéance du 1er octobre 2009, soit dans environ un an, quand la dernière tranche de la réduction du prix du sucre de 36% sera appliquée. Cette mesure sera accompagnée d'une libéralisation du marché du sucre de l'Union européenne aux pays les moins avancés (PMA) en concurrence avec le sucre de Maurice, l'un des principaux bénéficiaires du défunt Protocole Sucre.

Une première analyse chiffrée de la réduction des 36 % du prix du sucre indique que le manque à gagner pour l'industrie sucrière et ses partenaires est estimé à quelque Rs 4,3 milliards annuellement, soit 100 millions d'euros. Ce montant est nettement supérieur aux injections venant des mesures d'accompagnement de l'Union européenne.

D'aucuns affirment que la réforme de l'industrie sucrière, qui avait accusé un sérieux retard l'année dernière, nécessite ces jours-ci un véritable coup de fouet pour pouvoir repartir. Lors de sa récente visite à Maurice, la commissaire européenne à l'Agriculture, Mariann Fischer Boel, n'a pas manqué d'attirer l'attention sur les manquements majeurs concernant l'Energy Cluster et l'absence de développement au niveau de la production d'éthanol. Le litige entre Belle-Vue et FUEL pour la centralisation de la sucrerie de Mon-Loisir demeure entier malgré les tentatives de sortir de l'impasse.

Le nouveau ministre de l'Agro-Industrie, Satish Faugoo, pourrait profiter de l'Assemblée générale du Syndicat des Sucres, qui se tiendra demain, pour établir sa vision de la réforme sucrière dans la perspective des orientations définies dans la Multi-Annual Adaptation Strategy. Cette première intervention du nouveau ministre de l'Agro-Industrie est attendue avec une certaine impatience d'autant plus que l'industrie sucrière s'apprête à engager d'importants investissements dans deux projets de raffinerie de sucre à FUEL et à Savannah.

Le récent rapport du FMI - en date du 19 septembre dernier et rendu public au cours de la semaine écoulée - est venu remettre en perspective les dangers qui guettent l'économie mauricienne avec l'évolution des cours du pétrole et des denrées alimentaires sur le plan international. Même si Maurice ne fait pas partie du groupe de "50 PRGF-Eligible Countries", le FMI a inclus l'économie mauricienne dans son analyse en tant que "Middle Income Country". La principale conclusion de cette étude est que les pays de cette catégorie vont continuer à subir les contre-coups de ces hausses de prix sur le marché mondial.

"A large group of low and middle-income countries is experiencing a substantial weakening of their balance of payments and an acceleration of inflationary pressures. High commodity volatility continues to cloud the outlook, and vulnerabilities could be aggravated by slower growth. Some 50 PRGF-Eligible countries and Middle Income Countries are expected to remain vulnerable through 2009", souligne le document du FMI, qui a été présenté officiellement par le directeur général, Dominique Strauss Kahn.

De ce fait, en 2009, la facture d'importation alimentaire, qui pourrait être légèrement inférieure à celle de 2008, devrait définitivement être plus élevée que celle de 2007 ou 2006. Par ailleurs, la Food Security Initiative, un des points forts du dernier budget présenté par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, ne devrait rapporter ses premiers dividendes qu'en 2009 si le calendrier de mise en œuvre est scrupuleusement respecté.

Le FMI n'occulte pas le fait que la volatilité des cours mondiaux du pétrole et des denrées alimentaires influe directement sur le taux d'inflation, avec une accélération de l'érosion du pouvoir d'achat des ménages. "As food and fuel prices continued to increase in the second quarter of 2008, low and middle-income countries experienced a substantial further acceleration of food and fuel price inflation. As a consequence, median headline inflation in low-income countries increased by almost 3 percentage points during the second quarter, reaching 12,7 percent, and is now projected to reach 13,3 percent by the end of the year. Similar prices increases have been experienced in Middle Income Countries (dont Maurice)" avance le FMI.

Malgré les assurances officielles, les nuages, qui s'amoncellent à l'horizon économique 2009, exigent la prudence à tous les niveaux…


Globalisation - Etude du CES sur les défis socio-économiques

Le Conseil Economique et Social (CES) se penche sur les défis socio-économiques, qui se posent à Maurice dans le contexte de la globalisation. Cet organisme lance un appel à candidatures pour recruter des consultants en vue de mener une étude à multiples volets, soit les effets sur l'Income Distribution, le problème de la pauvreté à Maurice, la situation sur le marché du travail, les avenues pour augmenter les revenus et le niveau de vie, aussi bien que "the efficiency of aid schemes in support of vulnerable groups".

Pour justifier sa démarche, le CES trouve que "integrating the world economy without being fully prepared to face the challenges of globalisation is the situation in which we, as Mauritians, find ourselves today". Le CES se montre très critique sur ce qui a été accompli jusqu'ici au plan socio-économique compte tenu de l'érosion des préférences commerciales.

"Mauritius has followed a clear dichotomy in its policy to integrate the world trade system. On the one hand it has been devoting significant resources and energy to preserve its export industries from the adverse impact of trade liberalisation (by maintaining existing preferential market access) with limited success. On the other hand, it has implemented a bold autonomous domestic trade liberalisation programme (the duty free island concept) beyond its international or regional trade commitments. As a result the whole industrial and agricultural sectors are under pressure", fait ressortir le CES.

Le Conseil Economique et Social est arrivé à la conclusion que même si le pays a enregistré des performances positives au niveau macro-économique, "there are indications that some segments of the economic structure as well as significant components of the social fabrics are under Duress".

Le CES définit le profil de l'île Maurice d'aujourd'hui en faisant état des manifestations du "Darker Side of Globalisation" avec l'émergence d'une nouvelle classe de nantis et le déclin inéluctable de la classe moyenne, une nette détérioration au niveau des poches de pauvreté, des cycles de plus en courts des "Business Enterprise Cycles", une volatilité des taux de change, une présence accrue des travailleurs étrangers et des Mauriciens cherchant d'autres horizons à l'étranger.

"These manifestations raise one crucial question : what should be done to mitigate the adverse impact of these changes across the economic landscape and among the population at large ?" se demandent les commissaires du National Economic and Social Council. L'étude commanditée devra apporter un début de réponse en vue de permettre la formulation de politiques susceptibles de redresser la barre.


Produits pétroliers

Le prix des carburants et du gaz ménager examiné cette semaine

Les attentes quant à une révision à la baisse des carburants, dont l'essence et le diesel, sont grandes en marge du prochain exercice de révision des prix qui sera conduit cette semaine sous l'Automatic Pricing Mechanism (APM). La baisse du prix des cours du pétrole sur le marché mondial au cours de ces dernières semaines, après avoir traversé la barre des 140 US dollars en juillet dernier, laisse ainsi espérer une baisse de prix à partir de ce jeudi ou vendredi.

Le prix de l'essence avait atteint un niveau record en juillet dernier lorsque le prix d'un litre à la pompe était passé à Rs Rs 41,50 à Rs 49,50. Celui du diesel était passé de Rs 35,60 à 42,70. Le Certification Committee de l'APM avait en effet décidé d'appliquer une hausse maximale pour le diesel, c'est à dire 20%; et 19,28% pour l'essence. La STC avait attribué cette hausse à plusieurs facteurs, dont le prix du CIF (coût, assurance et fret), le volume de vente, le windfall gain or loss et la flambée des cours du pétrole sur le marché mondial.

Autre produit qui sera examiné sous l'APM cette semaine est le gaz ménager. La dernière révision de prix est intervenue en octobre de l'année dernière lorsque le gouvernement avait décidé de soumettre le gaz ménager à ce mécanisme de révision de prix. Il devait plus tard décider de renvoyer le prochain exercice dans un an. La bonbonne de 12kg qui se vend actuellement à Rs 315 et celle de 6kg à Rs 57,50 pourraient en effet coûter plus chères si le gouvernement s'aligne sur les cours sur le marché mondial. Selon indications disponibles, le prix du gaz ménager aurait accusé une hausse de près de 50% comparativement à l'année dernière.



é c o n o m i e WEEK-END --- dimanche 28 septembre 2008