o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 31 août 2008



 
Faits et effets - La loi de la jungle
 
Humeur - Les violeurs
 
Pris sur le vif - Le direct était en différé


Faits et effets...

La loi de la jungle
Josie Lebrasse


Il faut dire un très grand merci à l'ancien juge Robert Ahnee, pour avoir attiré l'attention de toute l'île Maurice et probablement, avec l'Internet, du monde entier sur les propos d'une extrême gravité tenus par Rama Valayden dans un entretien accordé à l'express en date du 14 août dernier. Tels que reproduits par l'ancien juge, dans une correspondance adressée au même journal et publié vendredi dernier, 29 août, ces propos effarants de l'Attorney General sont comme suit : "If I really wanted to interfere… I would simply have waited for the cases to reach the DPP's Office instead of calling the police. Surely that would have been easier".

L'ancien juge dit regretter, avec raison, que le "DPP n'ait, à ce jour, pas cru bon d'assurer le public qu'aucun ministre, fût-il Attorney General, peut espérer se servir de son bureau pour "INTERFERE" en faveur de quelque prévenu. Cela eut sans doute rassuré ceux qui espèrent encore vivre dans un État de droit". Ce qui est très bien dit. On peut, en effet, s'étonner de l'absence de toute réaction de M. Gérard Angoh à cette déclaration de l'Attorney General qui jette le doute et le soupçon sur la façon dont ses services fonctionnent et qui seraient sujets à intervention. Rama Valayden, qui a été sévèrement tancé par Navin Ramgoolam pour son ingérence dans le travail de la police, un service qui relève de ses attributions premierministérielles, semble dire qu'il aurait été plus facile pour lui d'intervenir auprès du bureau du DPP.

Les frasques de Rama Valayden, on les connaissait et on l'a vu à l'œuvre depuis 2005. Ce n'est pas cet Attorney General accidentel, n'en déplaisent à ses soutiens sectaires, qui nous intéresse, ce sont, comme écrit, ici même, la semaine dernière, les institutions. Voilà un DPP qui réagit au quart de tour pour réclamer du commissaire de police une enquête sur les propos de Bert Cunningham visant son bureau et qui va même s'en expliquer sur les ondes d'une radio privée, mais qui n'a pas eu le temps, depuis quinze jours, de nous livrer la plus petite réaction à ce qu'a dit un Attorney General sur la possibilité et la facilité dont il disposerait pour intervenir à son bureau.

Il y a des choses troublantes qui se déroulent dans ce pays et cela ne peut qu'accréditer la thèse que les gens bien placés se mêlent de tout, que des prévenus bien connectés peuvent faire accélérer les procédures en leur faveur. On a vu dans l'affaire Subutex avec quelle rapidité les cas de Ved Bucktowar et de Sada Curpen ont été portés en Cour et tranchés alors que d'autres attendent longtemps avant de passer devant les tribunaux. On n'a qu'à voir la liste des procès aux assises qui portent sur les nombreux cas de trafic de drogue datant de 2002, 2003 et 2004, de la période où Hector Tuyau frappait fort à l'ADSU.

Il est vrai, par ailleurs, qu'il n'y a plus de ministre des Droits humains depuis que la Cour suprême a statué qu'un non-élu ne pouvait s'arroger du titre de ministre, mais le ministère et Amnesty Maurice doivent probablement toujours exister. Or, aucune réaction à ce jour au décès par pendaison alléguée d'Ajay Ramjeeawon, 39 ans, qui était en détention policière au poste de Grand-Bois. Il y a quelques années, le plus petit incident dans un commissariat était une affaire d'intérêt public et la nouvelle était répercutée dans tous les médias. Aujourd'hui, rien: les décès "in police custody" semblent relever de la banalité

Cet homme, connu certes des services de police, avait été arrêté, le jeudi 21 août, pour vol. De quoi? On ne sait pas jusqu'ici? Sauf que lui et sa famille résident à Beau-Bassin et qu'il a été transféré à Grand-Bois et qu'il est resté en détention policière vendredi et tout le week-end et que, mardi, il aurait pris ses lacets de chaussures pour se pendre. Personne n'a songé à intervenir en sa faveur, "pou pa batte piti là", et aucun "boss" n'a interrompu son sommeil mérité après une veillée de Noël pour demander que le prévenu soit relâché sur parole. Ce qu'il méritait sans doute dans ce cas-là avec ou sans intervention. Quant à Amnesty Maurice, habituée à monter au créneau pour moins qu'un décès en cellule policière, l'organisation est devenue muette depuis qu'elle s'est acoquinée avec un improbable ministre des Droits humains pour des actions dont on voit bien, avec ce qui s'est passé au poste de police de Grand-Bois, qu'elles n'ont pas servi à grand-chose.

Tout ce qui est décrit plus haut conforte l'analyse extérieure sur le dysfonctionnement de nos institutions. Ce que nous savions et que nous avions peur et même honte de reconnaître, Bert Cunningham l'a publiquement exposé. Il a eu raison d'attirer notre attention sur les liens organiques qu'entretiennent entre eux différents services de la République. Pour faire avancer certains dossiers et pour bloquer d'autres. Il vaut mieux prendre les critiques du ressortissant étranger comme un "wake up call" bienvenu au lieu de nous acharner lâchement contre lui maintenant qu'il n'est plus là. Nous devons veiller à ce que nos institutions ne deviennent pas des caricatures et que plus personne n'ait confiance en elles. Cela pousserait davantage les citoyens de ce pays à prendre la loi entre leurs mains et à faire, eux-mêmes, justice. Et la loi de la jungle n'est jamais loin de ce genre de situation.




Humeur

Les violeurs
Jean-Claude Antoine


Pendant trois ans, la République de Maurice a eu deux vice-Premiers ministres et un ministre des Droits de l'Homme menti menti, pour ne pas dire illégaux. Notre république a été représentée dans le monde entier par des membres d'un gouvernement portant des titres auxquels ils n'avaient pas droit. Du temps du règne d'Anerood Jugnauth comme Premier ministre, le titre de vice-Premier ministre était honorifique. Sous le deuxième mandat de Navin Ramgoolam, ils sont devenus officiels. Le plus anticonstitutionnellement du monde. Le tout lors d'une grande cérémonie au cours de laquelle le président de la République se faisait copieusement insulter par les partisans de l'Alliance sociale. Sans que qui que ce soit dans ce nouveau gouvernement, dont le Premier ministre se dit gardien des traditions westminsteriennes, fasse le moindre effort pour demander aux partisans de respecter les institutions. Selon certaines sources, c'est en total accord avec la direction de l'Alliance sociale, pour ne pas dire à sa demande, que la manifestation fut organisée. C'est au cours de cette honteuse mascarade bruyante que les faux serments furent prêtés et les titres illégaux octroyés. Maurice commençait à passer d'une île sucrière à une république bananière. Aujourd'hui, Rama Sithanen et Xavier Duval déclarent qu'ils n'ont pas demandé le titre de vice-Premier ministre et se sont contentés de l'accepter quand il leur a été offert. Cela ne les a pas empêchés de faire imprimer le titre illégal sur tous leurs documents et de l'utiliser dans tous leurs déplacements officiels, que ce soit dans les foires touristiques ou les séminaires de la finance internationale. D'ailleurs et en dépit du jugement de la Cour suprême, les services gouvernementaux et la MBC continuent à utiliser le titre illégal à toutes les sauces. On a dit qu'au niveau des salaires, les vice-Premiers ministres illégaux percevaient le même que celui des simples ministres. Mais il faudrait savoir si leurs allocations de voyage - le fameux per diem - étaient ceux d'un ministre ou aligné sur ceux du vrai vice-Premier ministre. S'il y a eu faux calcul, comme les serments, un remboursement des surplus s'impose. Le directeur de l'Audit devrait se pencher sur cette affaire de faux titres et de vraies allocations.

On peut croire que deux simples ministres à qui on offre le titre de vice-Premier ministre ne s'inquiètent pas d'en vérifier l'authenticité. Mais comment peut-on accepter que le ministre de la Justice, qui est le conseiller légal du gouvernement, n'ait pas su que selon la Constitution, un candidat battu lors d'une élection ne pouvait occuper qu'un seul poste comme ministre, celui de responsable de la Justice ? Comment a-t-il pu ignorer qu'il ne pouvait pas prêter serment comme ministre des Droits humains puisqu'il n'avait pas été élu aux dernières élections ? Avec le recul, on peut dire que le ministre de la Justice de l'Alliance sociale, responsable du respect de la loi, a commencé son mandat par la violer en faisant un faux serment. Il a continué dans la même voie en transformant le bureau de ministre de la Justice en centre de refuges pour récidivistes notoires, dont un condamné en cavale. Il semblerait que les droits humains qu'il défendait étaient surtout ceux des repris de justice qu'il s'agissait de protéger… des policiers. C'est dans le cadre de cette "mission" qu'il a téléphoné à la police pour veiller à ce qu'un homme pris en flagrant délit de trafic de Subutex soit traité avec délicatesse par les forces de l'ordre. Ou qu'un repris de justice qui venait d'attaquer un policier avec une arme tranchante, soit libéré sur parole afin qu'il puisse… passer Noël en famille. Le tout sous les applaudissements des admirateurs du ministre disant qu'il faisait bien son travail.

Lequel : celui de défenseur de la loi ou celui de protecteur de ceux qui la violent ?




Pris sur le vif

Le direct était en différé
Jean-Claude Antoine


- Ha ben, qu'est-ce que tu vas dire cette fois ?

- A propos de quoi ?

- A propos de quoi !? Mais de ta MBC, toi.

- Comment ça, de MA MBC ?

-On a la mémoire courte, hein ? Pas toi-même qui disait que la MBC était meilleure que la télévision française l'autre jour ?

-Tu sais bien que mo ti pé dire ça de manière ironique. Et puis cela ne concernait que les commentaires des commentateurs de la natation. Qu'est-ce que la MBC a encore fait ?

- Tu n'as pas regardé le reportage censé en direct sur le retour de Bruno Julie à Maurice ?

- Non, j'ai écouté ça sur une radio. Il y avait une ambiance, ça. Casse paké.

- Tu as bien fait, je te dis. J'aurais dû avoir fait pareil.

- Pourquoi ?

- Parce que le direct de la télévision était en différé.

- Qu'est-ce que tu me chantes là ? Comment ça, leur direct était en différé. Comment on peut faire ça ?

- La MBC peut faire ça. Je crois que dans le domaine de la télévision, elle vient d'établir un record du monde qui sera bien difficile à battre.

- Explique-moi bien seki fine arrivé.

- Depuis le matin, la MBC faisait de la pub pour le reportage en direct que la télévision allait faire de l'arrivée de Bruno Julie depuis Pekin. Moi je voulais aller à Plaisance, mais je me suis dit qu'on allait mieux voir à la télévision.

- Alors qu'est-ce qui s'est passé… fine gagne panne courant ?

- Pas du tout, toi. Dans le JT, on a rappelé que le direct allait avoir lieu à 20 h 35 et on a eu même un avant-goût avec un petit bout de direct depuis l'aéroport.

- Et alors ?

- Et alors, moi je mets de force la télé sur la MBC, après avoir attrapé une baise avec les enfants qui voulait voir je ne sais quel clip sur une autre chaîne. Aucun sens du patriotisme, ces jeunes-là, je te dis. Et puis, on annonce que le direct aura lieu à la télé, mais que la conférence de presse sera diffusée à la radio.

-Pourquoi ?

- On n'a pas dit pourquoi et puis franchement te dire, j'étais tellement excitée par le retour de Bruno et sa médaille que j'ai pas pris compte.

- Et alors ?

- A 20 h 35, au lieu du direct, on passe un documentaire sur la Chine.

- Pourquoi.

- Pourquoi, pourquoi ? Moi je ne sais pas, mais je me dis que peut-être que l'avion a eu un retard, ça même on nous fait patienter. Mais je trouve quand même qu'on aurait pu faire une annonce pour expliquer. Mais je me dis aussi que c'est la MBC et qu'il ne faut trop leur demander…

-… Et alors ?

- Bé, on joue même le documentaire sur le Chine joue même et moi j'attends même le direct. Je te dis pas les commentaires des enfants qui attendaient pour voir leur clip. Hé puis un coup, à 21 h 07…

-… comment ça à 21 h 07… mais à cette heure-là, Bruno était déjà arrivé depuis longtemps et avait même terminé sa conférence de presse. Moi j'ai tout écouté sur une radio.

- Ça même je suis enragée avec cette MBC-là. Parce qu'à 21 h 07, on a passé en différé un reportage sur le conférence de presse de Bruno Julie, entouré de ministres.

- Tu veux dire que la MBC était sur place et n'a pas fait le direct.

- Ça même que je suis en train de te dire là. La MBC a réussi l'exploit de diffuser en différé un direct. Tu crois qu'une autre chaîne de télévision va pouvoir casser ce record du monde-là ?




o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 31 août 2008