Ça va se savoir !
Le dénouement dans l'affaire de publication de fausses
nouvelles et de diffamation criminelle qui nous avait valu arrestation,
inculpation, relâche sous caution et interdiction de quitter
le pays, nous a rétablis dans notre bon droit d'exercer
notre métier de journaliste et nous réconforte dans
notre conviction que le combat pour la liberté d'expression
doit être un combat de tous les instants. J'avais l'habitude
de dire que, nous, journalistes, lorsque nous nous mettons au
lit, le soir, nous devrions dormir que d'un il afin de veiller
à ce que la nuit de la dictature ne s'installe pas, où
que ce soit...
Aujourd'hui, après cette expérience traumatisante
faite de tracasseries en tous genres, nous avons essayé
de comprendre cette réaction surdramatisée de la
police, qui, manifestement, nous donnait l'impression qu'elle
agissait sur ordre venu de très haut, dans le but de nous
punir, nous humilier, cette presse mal-aimée par certains
- nous disons bien, certains - au pouvoir, surtout dans l'entourage
immédiat du Premier ministre. Vous allez comprendre...
Justement, le dimanche 25 novembre 2007- notre arrestation a lieu
le 21 précédant -, un de ces personnages gravitant
dans les arcanes du pouvoir m'appelle sur mon portable, le matin,
aux environs de 10 heures. Furibond, au départ, il réagissait
à un articulet publié le même jour sous la
rubrique devenue célèbre "Ça va se savoir...",
où il était question d'un incident impliquant une
personnalité de l'État. Et comme il se croyait visé,
il voulait savoir de moi qui avait écrit l'articulet. Comme
quatre jours auparavant, il a eu droit à mon silence. Ensuite,
il se confie à propos de mon arrestation : "Tu
sais, nous en avions discuté ... et moi. Il n'avait jamais
été question d'arrestation, mais d'une enquête..."
Vous comprendrez ma perplexité devant pareil aveu. Je serai
davantage perplexe lorsqu'il rajouta : "Ne t'en fais
pas, tu vas t'en sortir..."
Nous avions alors tout compris ...
Le scénario avait été écrit à
l'Hôtel du gouvernement. Il prévoyait, donc, notre
arrestation par une demi-douzaine de policiers. Leur voiture m'attendrait
devant la porte pour me conduire dans les locaux du CCID. Mais
les pseudo-scénaristes n'avaient pas prévu que mon
directeur, Jacques Rivet, s'opposerait à ce que son rédacteur
en chef soit entraîné comme un vulgaire aux Casernes...
Deuxième accroc dans le scénario, décidément
mal ficelé : on avait prévu que je balancerais le
nom de l'auteur de l'articulet non signé : "Qui
a écrit cet article ?", m'a-t-on demandé.
Face à mon refus de mettre un nom au bas de l'articulet,
la police m'inculpa pour publication de fausses nouvelles. Encore
une autre erreur de casting : là où les ordres se
prenaient, on suivait de loin, par téléphone, ma
réaction. On attendait le moment où je cracherais
le nom de l'auteur. Ils ont compris, finalement, que je n'étais
pas fait de vil plomb, mais d'un autre métal...
Dans le scénario, il était même prévu
que nous passions la nuit à... Alcatraz, avant notre comparution,
en Cour, le lendemain matin. Mais le réalisateur a refusé
de tourner cette scène. Il a dû me lire, quelque
part, où j'évoquais la nuit et de dictature...
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é d i t o r i a l
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WEEK-END --- dimanche 31 août 2008
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