é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 31 août 2008

Ça va se savoir !
Gérard Cateaux


Le dénouement dans l'affaire de publication de fausses nouvelles et de diffamation criminelle qui nous avait valu arrestation, inculpation, relâche sous caution et interdiction de quitter le pays, nous a rétablis dans notre bon droit d'exercer notre métier de journaliste et nous réconforte dans notre conviction que le combat pour la liberté d'expression doit être un combat de tous les instants. J'avais l'habitude de dire que, nous, journalistes, lorsque nous nous mettons au lit, le soir, nous devrions dormir que d'un œil afin de veiller à ce que la nuit de la dictature ne s'installe pas, où que ce soit...

Aujourd'hui, après cette expérience traumatisante faite de tracasseries en tous genres, nous avons essayé de comprendre cette réaction surdramatisée de la police, qui, manifestement, nous donnait l'impression qu'elle agissait sur ordre venu de très haut, dans le but de nous punir, nous humilier, cette presse mal-aimée par certains - nous disons bien, certains - au pouvoir, surtout dans l'entourage immédiat du Premier ministre. Vous allez comprendre...

Justement, le dimanche 25 novembre 2007- notre arrestation a lieu le 21 précédant -, un de ces personnages gravitant dans les arcanes du pouvoir m'appelle sur mon portable, le matin, aux environs de 10 heures. Furibond, au départ, il réagissait à un articulet publié le même jour sous la rubrique devenue célèbre "Ça va se savoir...", où il était question d'un incident impliquant une personnalité de l'État. Et comme il se croyait visé, il voulait savoir de moi qui avait écrit l'articulet. Comme quatre jours auparavant, il a eu droit à mon silence. Ensuite, il se confie à propos de mon arrestation : "Tu sais, nous en avions discuté ... et moi. Il n'avait jamais été question d'arrestation, mais d'une enquête..." Vous comprendrez ma perplexité devant pareil aveu. Je serai davantage perplexe lorsqu'il rajouta : "Ne t'en fais pas, tu vas t'en sortir..."

Nous avions alors tout compris ...

Le scénario avait été écrit à l'Hôtel du gouvernement. Il prévoyait, donc, notre arrestation par une demi-douzaine de policiers. Leur voiture m'attendrait devant la porte pour me conduire dans les locaux du CCID. Mais les pseudo-scénaristes n'avaient pas prévu que mon directeur, Jacques Rivet, s'opposerait à ce que son rédacteur en chef soit entraîné comme un vulgaire aux Casernes... Deuxième accroc dans le scénario, décidément mal ficelé : on avait prévu que je balancerais le nom de l'auteur de l'articulet non signé : "Qui a écrit cet article ?", m'a-t-on demandé. Face à mon refus de mettre un nom au bas de l'articulet, la police m'inculpa pour publication de fausses nouvelles. Encore une autre erreur de casting : là où les ordres se prenaient, on suivait de loin, par téléphone, ma réaction. On attendait le moment où je cracherais le nom de l'auteur. Ils ont compris, finalement, que je n'étais pas fait de vil plomb, mais d'un autre métal...

Dans le scénario, il était même prévu que nous passions la nuit à... Alcatraz, avant notre comparution, en Cour, le lendemain matin. Mais le réalisateur a refusé de tourner cette scène. Il a dû me lire, quelque part, où j'évoquais la nuit et de dictature...



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 31 août 2008